« Latcho drom » (bonne route)

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 » Et je suis fier d’appartenir à un peuple qui n’a jamais déclaré la guerre parce que, nous les tziganes, nous n’avons pas eu besoin d’avoir un territoire; nous n’avons pas éliminé et poussé les autres populations pour nous installer à leur place.  »
Alexian Santino Spinelli, Rom, Maitre assistant à l’université de Trieste

« Avant que ne vienne la haine et la bagarre, accroche ta caravane et pars  »
Proverbe manouche

Tziganes, manouches, romanichels, bohémiens, gens du voyage, ils sont les Roms.
Enfants d’un peuple libre, ils ont quitté le nord de l’Inde vers l’an mille pour échapper à un roi qui voulait les mettre en esclavage. Ils n’étaient pas encore des tziganes, ils le sont devenus.
Pendant des siècles ils ont marché, à pied, à cheval, dormant dans des roulottes parquées à l’orée des villages sous le regard méfiant des villageois qui leur attribuaient tous les maux de la terre.
«Ce n’est pas la destination mais la route qui compte » dit le proverbe gitan

Et les paysans sédentaires se méfiaient de ces êtres libres, de ces fils du vent, dont ils ne comprenaient pas le mode de vie.

Alexian Spinelli explique que les gadjé (non roms) ont une vision de la vie verticale alors que celle des Roms est horizontale.
Les repères des gadjé sont fixes, répétitifs. Le gadgé aspire à une vie ordonnée, statique, qui le sécurise. Il construit des maisons, des tours, des palais, des immeubles.
Le modèle de vie des Roms est flexible. En mille ans, ils se sont adaptés à des environnements différents, c’est le secret de leur longue existence.
Chez les Roms, la base des relations sociales est la solidarité, horizontale.
Chez les gadjé, c’est la compétitivité, verticale, comme la hiérarchie.

Autant dire que nous aurions beaucoup à apprendre du peuple Rom.
Mais les gadgé, occupés depuis toujours à s’écraser les uns les autres comme à piétiner leurs voisins, ont toujours estimé que leur culture était et de loin, supérieure à celle des autres.

La situation des Roms en Europe a toujours été difficile. Elle est devenue dramatique durant la dernière guerre mondiale. Ils furent des milliers, dans l’indifférence quasi générale, à être déportés et éliminés par les nazis.
Au fil des siècles beaucoup se sont sédentarisés, certains par choix, d’autres, nombreux, parce qu’on les y a contraints.
Environ 10 millions de Roms vivent aujourd’hui en Europe. Les plus grandes concentrations se trouvent dans les Balkans, en Europe Centrale et de l’Est.
En Roumanie (comme en Bulgarie), ils sont plus d’un demi-million. Rejetés par les populations, condamnés à la misère, ils vivent dans des ghettos et l’accès à la scolarisation, et aux systèmes de santé leur est extrêmement difficile.

Un rapport de l’Unicef de 2005 sur la minorité tzigane en Europe de l’Est soulignait que « les Roms sont, depuis des siècles, victimes d’une exclusion sociale, politique, économique ou géographique qui a pris la forme d’une discrimination ouverte à motivation raciale ».
Malgré une résolution du parlement Européen « Les autorités roumaines n’ont quasiment rien fait pour intégrer les Roms », estime le sociologue Gelu Duminica, président de l’association Impreuna (Ensemble).
Rom lui même, il ajoute que « les Roms ont eux aussi leur part de responsabilité ». « Nous sommes les victimes de notre propre culture rétrograde. Il faut briser le cercle de l’automarginalisation dans laquelle vivent beaucoup d’entre nous ».
Selon Mihai Neacsu, directeur de l’association Amare Rromentza (Avec nos Roms), « le taux de scolarité parmi les enfants roms est trois fois inférieur par rapport à la majorité, tandis que le nombre de chômeurs au sein de cette communauté est au moins le double de la moyenne nationale ».

Depuis l’entrée de la Roumanie dans l’EU, des milliers de Roms ont rejoint les pays d’Europe occidentale, espérant y trouver des conditions de vie meilleures.

En Italie ils sont particulièrement nombreux.

Ils vivent dans des bidonvilles, refusés par les employeurs italiens ils n’ont d’autres ressources que la mendicité ou la délinquance. Bien souvent, leurs enfants ne sont pas scolarisés.

A la suite d’un récent fait divers crapuleux, l’assassinat d’une femme par un Rom, une violente flambée de xénophobie secoue l’Italie, confondant au passage Roms et Roumains, ce qui fait que des responsables roumains « liant la délinquance à l’ethnie », (à lire avec des pincettes) ont jeté le blâme sur l’ensemble des tziganes. Le gouvernement a adopté dans l’urgence un affreux décret-loi permettant l’expulsion sans procès ni recours de citoyens de l’UE qui « contreviennent à la dignité humaine, aux droits fondamentaux de la personne ou à la sécurité publique ».
« Rentrez chez vous ! » hurlent les Italiens (nul doute que les Français hurleraient la même chose).
Mais ces Roms là n’ont pas de chez eux.

La condition actuelle des Roms d’ Europe de l’Est est dramatique.
Ce n’est pas en les rejetant, en les diabolisant, en les combattant que ce problème sera résolu, mais au contraire en exigeant des pays d’Europe de l’Est un changement radical de politique intérieure et en les accueillant dignement dans les pays occidentaux.

C’est l’histoire d’un peuple qui, parce qu’il a refusé l’esclavage, a été condamné à l’errance, à la misère, au mépris et dont aujourd’hui l’avenir est menacé.

C’est très grave.

« Un pays sans Roms est un pays sans liberté », citation rom.

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Autre source:Le Matin.ma

Photos : enfants gypsies en Inde

Deux belles réactions (en français) à l’infecte vague de xénophobie qui traverse l’Italie: celle de Valentino Parlato dans il Manifesto et celle de Serge Quadruppani

38 réflexions au sujet de « « Latcho drom » (bonne route) »

  1. en France ils sont renvoyés « de leur plein grè « extrèmement forcé, munis d’un petit pécule dans les meilleurs cas pour acheter des chèvres sans possibilité d’en tirer un autre profit que de les vendre et de revenir la somme dépensée, et leur présence en Roumanie toujours aussi précaire

  2. Notre Hortefeux national, l’homme des quotas et des expulsions, se charge tous les jours, par MAM interposée, de « rafler » ici ou là ce qui tombe dans ses filets.

    Sarkozy aurait eu besoin de lui quand il est allé au Guilvinec !

    (Votre site m’a été indiqué par « Posuto ».)

  3. « Ce n’est pas en les rejetant, en les diabolisant, en les combattant que ce problème sera résolu, mais au contraire en exigeant des pays d’Europe de l’Est un changement radical de politique intérieure et en les accueillant dignement dans les pays occidentaux »

    Ca, je suis bien d’accord…

  4. Hello,

    Et dire que le gouvernement en place est de gauche … parait-il … Je ne sais pas pourquoi mais autant je n’ai pas de mal à envisager ce genre d’action de la part d’un Berlusconi ou d’un Sarkosy, autant venant de l’actuel premier ministre (ex haut responsable de l’union européenne qui plus est) j’ai plus de mal …
    Bises. @ + …

  5. bonsoir,

    L’Italien connait bien les codes de l’émigration.
    L’italie doit aussi apprendre celle de l’immigration.
    Les Roms à leur tour doivent apprendre la première humilité de l’invité, avant d’être évité.

    L’Italie céde comme beaucoup de spot Européen, au protectionisme.

    Quel est la légitimité de tout cela.
    Vaste, trop vaste.

    une communauté en laquelle les ponts sont rares pourtant.
    Insaisissables Roms. Insaisissables.

  6. ci dessous, en prolongement de mon billet un texte que m’a envoyé PMB et dont je le remercie.

    PARKING BLUES

    Errant parmi les véhicules agglutinés près de la supérette, elle se dandine d’une jambe sur l’autre. Perdue ? Trop vieille pour ignorer où est la voiture familiale, pas assez pour un trou de mémoire vous envoyant aux quatre cents diables, elle n’a guère l’air de ceux qui, enfouis dans rêverie ou rumination, oublient tout le reste. Elle voit les clients arriver. Elle veut les arrêter. En vain : ils continuent.
    Elle s’approche. Je comprends vite. Sa tenue trop large, son regard las, comme vieux, et surtout les sortes de calendriers tenus d’une petite main gercée : elle mendie. D’un coup reviennent mes livres d’enfant, j’entends les adultes me parler du temps jadis, de Hugo, de Dickens, de Mark Twain si on veut sourire, pourquoi pas Murillo si on est cultivé, ce qui plaît quand on a autre chose à penser que : manger. Je suis loin, à Padoue, une fillette point trop maigre accourt à toutes jambes au débarquement d’une bande de touristes vaguement hagards, elle boite bas dès qu’ils peuvent la voir – une béquille plus courte, ça aide. Je suis en Avila, des frimousses implorantes et crasseuses tendent une paume théâtrale au parvis de l’église, crachant bas derrière qui résiste. Je suis à Lisbonne, un garçon bien cuit et dépenaillé colle aux gros bides pressant l’allure, leur sac serré contre eux. Pittoresque tout ça, on serait presque nostalgique.
    Seulement c’est maintenant, alors que la France des sondages va mieux, que je la vois. Droite, pas vraiment sale mais fatiguée de partout : un trop grand blouson rose saveté sous les avant-bras et taché çà et là, de vieilles Nike sans air, cheveux noirs plaqués – est-ce l’averse d’il y a vingt minutes, ou l’idée que chez elle on ne se lave guère la tête ? Des yeux gris dressés à l’imploration, craintifs ; seuls quelques points d’or les parsemant laissent penser qu’ils peuvent rire. Un petit bracelet de plastique rouge et blanc au poignet, quand même.
    – Une photo, monsieur ? 20 francs. C’est pour aller en classe de neige.
    Ma Noémie aime les chats, je lui ferais plaisir avec ces deux minous blancs aux beaux yeux bleus dans leur corbeille à nœuds-nœuds, même si le cliché n’a rien d’artistique, même si le carton ondule, même si la pluie a signé son passage. Entre une fillette recevant des photos, sourire en retour, et une autre en vendant pour manger, quelle largeur fait le fossé de la malchance ?
    Mais elle est grise, sa neige ; sa classe je la connais, c’est le terrain vague perdu à l’écart où sont parqués les « gens du voyage  » – dénomination où fleurit l’inimitable poésie faux-cul de l’administration – c’est le chiffonnage au dépotoir sous les coups de gueule du gardien, c’est l’affûtage des ciseaux sur la première pierre venue, c’est le lavage des pare-brise que ses petits semblables rendent à peine moins sales qu’avant. Vais-je accepter son mensonge ? La pitié maladroite qui me vient aux lèvres s’arrête, et je m’entends lui dire :
    – Non, tu ne dois pas être ici, mais à la vraie école.
    Puis je m’embrouille dans une grande explication, dont je refuse de me souvenir tellement elle a dû détoner.
    Demi-tour, elle s’éloigne sans rien montrer de particulier. L’habitude. Tiens, la dame là-bas, elle a l’air gentille.
    Fais quelque chose. Direction la gendarmerie. Quelques minutes d’attente règlementaire. Le brigadier de service arrive. Je lui explique. Bon, A… n’est pas Calcutta, mais enfin, une fillette seule sur un parking, d’ailleurs est-elle seule, n’y a-t-il pas quelqu’un au chaud d’une voiture à attendre ses pièces, est-ce un parent, où finit la volonté familiale de chasser la misère, où commence l’exploitation des enfants. Beau discours, qu’il paraît approuver. Il promet d’aller voir. De fait, peu après, je croise le fourgon bleu roulant vers la petite mendiante.
    Le lendemain, quand je reviens chercher le lait que j’ai oublié de prendre, elle est là.

    PMB

  7. Gentils gadjés de gauche, comment expliquez vous que les régimes les plus cruels pour les tziganes ou autres roms ont été les régimes communistes ? (mis à part le National Socialisme du camarade Hitler).

    Lequel d’entre vous est prêt à accueillir un campement de Roms dans son jardin ?

    Est-ce que l’on peut à la fois rejeter une organisation sociale et revendiquer les avantages que l’intégration procure ?

    Est-ce que d’ailleurs les Roms réclament quelque chose ? Je constate plutôt qu’ils ont par exemple tendance à snober les GO du droit au logement… étonnant, non ?

  8. Mmm…

    Moi, je ne me vois pas accueillir un seul poilagratter dans mon jardin !

    Et aucun campement de Roms n’aura envie de venir dans mon jardin (même si j’ai des rapports courotis avec ceux que je connais) si ma commune leur a aménagé un lieu d’accueil décent.

    Et une organisation sociale n’a pas à être rigide au point de ne pouvoir tolérer des modes de vie marginaux. Ou alors, cette rigidité est celle des régimes communistes.

    Attendez, cher poilagratter, seriez-vous une taupe communiste ? Vade retro Stalinas !

  9. @poilàgratter
    « Gentils gadjés de gauche, comment expliquez vous que les régimes les plus cruels pour les tziganes ou autres roms ont été les régimes communistes ? »
    c’est beau et finement analysé comme du Berlusconi!

  10. poil à gratter; je n’ai pa de jardin, mais pas de problème pour voisinner avec des roms, ou pas plus à première vue qu’avec n’importe qui , comme toi par exemple

  11. La vie d’une civilisation est un constant travail d’équilibre entre révolution et fixité. Une civilisation rigide, fermée, ne crée plus, ne s’adapte plus, elle meurt. Mais une civilisation prosternée devant une autre, abandonnant ses fondamentaux, meurt aussi. Qu’on accompagne les Roms dans la réussite de cette évolution. Mais accompagner n’est pas casser. Cher poilagratter, vous semblez privilégier l’intégration. C’est exactement ce que faisait l’URSS de ses nomades (et que la Russie poutinienne continue). Seriez-vous un communiste qui s’ignore (ou se cache) ?

    Voici (en version courte, Céleste ;-) ce que j’ai écrit sur un autre blogue, et qui me parait raccord avec ce que vivent les Roms.
    ………………………
    L’Afrique avait une histoire très riche et complexe, occultée par les envahisseurs occidentaux venus au XIX° s., comme fait tout envahisseur. Regardez comment dans nos livres d’Histoire, on n’a longtemps vu la Gaule que comme un no man’s land vaguement peuplé de sympathiques nigauds.

    On lui a imposé à marche forcée sur quelques générations un progrès* qui nous a pris des siècles. On l’a fait en discréditant tout ce qui constituait son patrimoine économique, culturel, religieux (voir l’emblématique Tintin au Congo).

    L’Afrique n’était pas un eden, j’ai bien dit « histoire complexe », elle avait déjà ses démons (ni plus ni moins que dans nos histoires). Mais nous avons tout aggravé en fabriquant des gens partagés entre le complexe d’infériorité devant Bwana et la rancœur victimaire, gens dont le désir de se projeter dans un avenir maîtrisé est contrecarré car on poursuit sous une autre forme notre action prédatrice de leurs ressources matérielles et humaines. Ce pillage qui il y a un siècle était l’esclavage s’appelle maintenant immigration choisie.

    On nous dit « oui mais ils sont aussi vidimes de leurs propres dirigeants ». Et nous, on a mieux avec nos Sarkozy-Fouquet’s, nos médias asservis aux grands patrons et nos Gautier-Sauvagnac ?

    * Il reste à prouver que notre progrès est aussi un progrès humain. L’Occident est quand même la civilisation de deux guerres mondiales et quelques génocides, qui avec ses moyens techniques supérieurs, pille, pollue, détruit plus qu’aucune autre civilisation avant elle.

  12. Merci Céleste.

    Les Roms subissent indifférence et discrimination depuis des décennies. Ils inspirent la peur ceux qui n’entrent pas dans les circuits imposés. La dignité des Roms est là . Ils résistent, ils choisissent envers et contre tout leur vie.

  13. En hommage aux Roms, le début d’un chanson de Michèle Bernard : Maria Suzanna

    ………

    Elle a débarqué dans la classe,
    Un vrai courant d’air,
    Drôle de dégaine et drôle de race
    Un matin d’hiver,
    Au beau milieu de la dictée
    Sur le ciel et la voix lactée,
    Elle s’est assise tout près de moi,
    Derrière le p’tit bureau de bois

    La maîtresse a dit elle
    S’appelle Maria-Suzanna,
    Elle sera là jusqu’à Noël
    Puis elle s’en ira
    Alors ça pouvait arriver
    Au beau milieu de la dictée,
    Une môme fagotée comme l’orage,
    Fille du vent et du voyage

    {Refrain}
    Oh, Maria-Suzanna où es-tu ?
    Dans quelle nuit t’es-tu perdue ?
    Reste-t-il pour croquer ta vie manouche
    Quelques dents dans ta bouche ?
    Ah, de Varsovie à Saragosse,
    Roulottes-tu toujours ta bosse ?
    Si belle encore mais comme tes semblables,
    Toujours indésirable

    ….

    La suite sur paroles.net

    Mais faites n’importe quoi (genre : dire du bien de poilagratter ;-) pour vous procurer le CD. Des chansons de cette force sont rares.

  14. Habituellement, je fais le dos rond devant la montée de la xénophobie en Europe, mais la mon sang n’a fait qu’un tour car s’il y a bien un pays qui devrait se prémunir de cette tentation au repli identitaire, c’est bien l’Italie. De plus, s’en prendre aux roms est aisé car ils sont des boucs émissaires commodes.
    A ce propos, il serait utile de relire l’ouvrage « Enterrez-moi debout » d’Isabel Fonseca, publié chez 10/18 dans la collection « domaine étranger ».

  15. En écho, un livre très subtil d’Alice Ferney : « grâce et dénuement », qui conte comment une femme s’installe semaines après semaine au bord d’un terrain vague lire des livres aux enfants ROM…et ce qui s’ensuit.

  16. @PMB: il existe même des gens qui considèrent que la civilisation (occidentale) est intrinsèquement mauvaise, est une culture d’occupation et, en détruisant la terre où elle vit, est suicidaire. Que le fameux « progrès » n’est ni inévitable, ni désirable. Et que cette civilisation n’est pas non plus réformable. Pour toutes ces raisons, elle ne peut que s’effondrer dans un futur plus ou moins proche.
    Si le sujet t’intéresse, je conseille vivement les livres de Derrick Jensen (malheureusement pas traduits en français) et « Effondrement » de Jared Diamond.

  17. Nattfodd,

    Merci du conseil. Ne le prenez pas mal, mais je suis toujours mal à l’aise devant les généralités* totalisantes comme vos « gens qui considèrent » en énoncent. Notre civilisation est effectivement en danger, et peut-être dans le processus de rigidité que j’ai dénoncé (cf le refus de Bush and co sur le Protocole de Kyoto). Elle est guettée par une sorte d’obésité. Elle est malade ? Pas réformable ? Mmm, la majorité des maladies se soignent, non ? Beaucoup de gens luttent en son sein, même avec de petits moyens, pour que ça change.

    Céleste-la-célestissime dit : « Le modèle de vie des Roms est flexible. En mille ans, ils se sont adaptés à des environnements différents, c’est le secret de leur longue existence. ». S’adapter. Faudra-t-il leur demander conseil pour ne pas crever comme un ballon trop gonflé ?

    Bon. L’avenir dira si c’est vous qui avez raison…

    * Et avec mon « toujours », je viens d’en faire une !

    (Regardez les photos des enfants : quelle fierté, quelle passion de la vie !)

  18. @PMB: je ne le prends pas mal, ne vous en faites pas (ça fait bizarre de vouvoyer des gens sur internet…). Je suis bien conscient qu’asséner ces « généralités » dans un commentaire de quelques mots ne doit guère être convaincant, surtout quand ces généralités vont à l’encontre d’à peu près tout ce qu’on nous répète depuis la naissance. Je vous affirmerais bien que ce ne sont pas des affirmations en l’air mais qu’elles sont soutenues par de nombreux arguments des plus convaincants, mais rien ne vous oblige à me croire sur parole, évidemment. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je me suis empressé de citer Jensen (et Diamond aussi, même si il n’arrive pas nécessairement aux mêmes conclusions). Je ne connais malheureusement pas de texte en français qui explicite et argumente tous ces points… Si vous lisez l’anglais, je vous conseillerais bien d’aller faire un tour sur http://en.wikipedia.org/wiki/Endgame_%28Derrick_Jensen_books%29 et d’y lire les « prémisses ». Pour leur explicitation et leur argumentation, lire ensuite « Endgame » lui-même :)

    Désolé de parasiter la conversation, Célèste :

  19. Latcho drom vaut dire « bonne route » ? très interessant! d’abord un mot saute aŭ yeux: drom, le grec dromos = route. ils ont longtemps habité dans l’empire byzantin.
    Quant à latcho y a t-il parenté avec le hindi acchâ = bien ?

  20. pour bien comprendre le problème de leur sort en Roumanie il faut connaître l’histoire, et savoir quel est leur passé, leurs conditions de « vie » et le passé des relations des roumains envers eux. Lisez ce résumé (ça fait trois pages, à moins on ne peut pas comprendre, mais le mieux serait un livre entier) vous m’en direz des nouvelles.

    http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=570

    il ne faut pas oublier qu’ils ont été esclaves pendant sept siècles, et traités au moins aussi mal que les noirs aŭ USA (pire! je crois) puis sous Antoniescu ils ont partagé le sort des juifs, et tout ça c’est très récent, l’esclavage par exemple n’a été aboli qu’en 1866 à peu près comme en Alabama!

  21. Nattfodd (Et moi ça me fait bizarre d’être tutoyé sur le net : je ne tutoie que les gens que je vois ;-)

    Merci à vous et à Roland pour les liens.

    Je mets ici une réflexion que j’ai déposée sur Rue89 pour répondre à un posteur car je la crois dans le sujet : le choc pot-de-fer pot-de-terre de deux civilisations. Et puis, Céleste veille !

    « Votre dénonciation de la « fixité » de l’Afrique est intéressante, elle rejoint l’idée qu’une civilisation rigide est menacée. Là, il faut demander leur avis aux gens qui connaissent mieux l’Afrique que vous et moi.
    – Il n’est pas obligatoire qu’une civilisation dominante humilie ou détruise la civilisation dominée. Regardez ce qu’ont fait les Romains avec la Grèce : ils l’ont conquise mais ont gardé ses dieux, ont métissé leur culture à celle des Grecs et permis que nous parvienne tout un précieux patrimoine.
    – Tout progrès est-il un progrès humain ? Notre civilisation, qui a connu deux guerres mondiales, l’Holocauste, et inventé de quoi détruire la planète, devrait y réfléchir.
    – Vous avez la franchise, dont il faut vous louer, de dire que vous connaissez peu les griots. Je vais donc vous inviter à y retourner voir de plus près, à dépasser le cliché de « l’aimable folklore ». Cliché qu’on ne sautait vous reprocher a priori tant il est martelé par les pubs « clubmerdiques » : on amuse le touriste pendant ses vacances en dévoyant pour lui ce qui relève du sacré fondateur. Ces griots sont comme des prêtres, des témoins, des passeurs de tout ce qui permet à un peuple de se construire une identité commune, à des individus de vivre en harmonie avec leur monde, de lui expliquer ce monde. Les contes africains qu’ils véhiculent ont autant d’importance que les Fables de la Fontaine, le seul livre que j’emporterais sur une ile déserte. Ils n’ont ni plus ni moins d’importance que Socrate. »

    (On pourrait sans doute plaquer cette analyse aux Manouches, eux aussi dans la tradition orale, eux aussi « folklorisés ».)

  22. merci à vous pour cette belle discussion.

    je n’y ai pas participé pour cause d’indisponibilité, mais j’en suis très contente.

    maintenant je relis tout attentivement :-)

  23. @roland
    « Quant à latcho y a t-il parenté avec le hindi acchâ = bien ? »
    très probablement, le roms (ou rroms) sont originaires du nord de l’Inde, particulièrement du penjab (dont une partie est actuellement au pakistan)

  24. Intéressante disussion. Mais avec une vision des choses un peu idéalisée et romantique, me semble-t-il.

    Qu’en est-il réellement de la culture Roms des pays de l’est après des siècles de rejet, voire d’esclavage et de persécution, après avoir été parqués dans les lieux immondes par les régimes communistes ? Ayant visité ces pays dans l’enfance, je me souviens de deux choses. D’une part, les villages de manouches où il ne faisait pas bon s’égarer si on voulait repartir avec ses roues. D’autre part, le folklore manouche nettoyé et habillé de couleurs vives qui distrayait le touriste pourvoyeur de dollars au son de ses danses et de ses violons. Au profit du parti, mais en même temps, certaines familles ont ainsi accumulé et placé dans de l’or des fortunes importantes qu’ils ne pouvaient pas dépenser puisqu’il n’y avait rien à acheter… Je ne pense pas que ce soit eux que l’on retrouve échoués sous le périphérique aujourd’hui. Je n’ai pas non plus l’impression qu’il y ait une grande solidarité entre ceux qui ont su se débrouiller et les autres.

    Quant aux nôtres… je me souviens des roulottes tirées par les chevaux, de l’accent traînant des gamins illettrés que l’on mettait en classe à côté du poêle, des femmes en robe bariolée qui passaient vendre des paniers… il en sortait parfois un Django Reinhart et la plupart du temps, beaucoup de pauvres bougres… Mais j’ai l’impression qu’on les laissait vivre en paix. Au moins. A ce jour, plus de roulottes… mais de plus en plus de campements de grosses caravanes et de voitures à 30 000 €.. et il faut bien le dire, alentours, la disparition concomitante de tout ce qui porte nom de cuivre et n’est pas sous étroite surveillance.

    Moi, comme beaucoup de français, j’ai connu le chômage, j’ai un mal fou à boucler mes fins de mois, je paye des sommes astronomiques en charges sociales et en impôts, je ne sais absolument pas si j’aurai de quoi vivre quand je serai vieille… je n’ai rien ni contre les roms riches ni contre les roms pauvres, je suis pour la liberté individuelle, mais j’ai horreur que l’on essaie de me voler mon porte-monnaie dans le métro et par moment, je me dis que ça suffit. Ce n’est pas du fascisme que de dire stop à moment donné. Ce n’est pas du fascisme que de vouloir profiter de son travail.

    J’aime beaucoup ce blog, l’écriture, l’ouverture qu’il apporte sur un autre monde, mais je pense que le parti pris empêche l’analyse objective. C’est dommage.

  25. Annie, vous avez raison de dire qu’il ne faut pas s’en tenir à une vision des choses un peu idéalisée et romantique. Comme nous les Roms ne sont pas tout blancs (vilain jeu de mots, mais il m’est venu comme ça. Désolé ;-), comme nous ils doivent se remettre en cause, évoluer. Mais comme nous, hein ;-)

    Mais comme nous, comme la partie fragile de notre pays, pour les mêmes raisons des souffrance, ils sont peut-être dans un repli individualiste qui empêche la « grande solidarité « dont vous doutez qu’ils l’aient. (Et j’ajoute que je ne vous demanderai pas, par discrétion, si vous-même faites preuve de cette grande solidarité avec ceux qui vivent mal.)

    Votre allusion aux voitures de 30000 euros me gêne. Quand ces gens sont de « pauvres bougres » comme vous dites, on les méprise, quand ces gens sont, riches, on les suspecte. Ils volent ? Sans doute. Et alors, sont-ils les seuls ? Sont-ils les plus grand voleurs de ce pays ?

    Ce discours me gêne car il me fait penser à un autre discours (précisons bien : un autre, pas le vôtre), tenu lui aussi sur une minorité rejetée : les Juifs. Tous voleurs et patin-couffin*. Résultat, on les a chassés, on a aidé les Nazis à les chasser… et on a volé leurs biens, et pour des montants astronomiques, hein, on ne s’en est pas tenu aux petites cuillers !

    Quant aux « gamins illettrés que l’on mettait en classe à côté du poêle » : puis-je vous renvoyer à la chanson mentionnée plus haut ?

    * Définition du racisme : imputer à la totalité d’une population des tares dont nous serions exempts. On y est, là…

    (J’espère que, à la différence de poilagratter, vous reviendrez ?)

  26. Annie, vous parlez de « pauvres bougres ».

    Nous avons eu dans notre collège un jeune Manouche, J… Sa maman est arrivée dans une tenue et avec un physique que par respect pour elle je me bornerai à qualifier de « marqué » (l’alcool…), vous diriez peut-être « pauvre bougresse ». N’empêche qu’elle se battait pour scolariser son J…, pour acheter un terrain afin de s’écarter du terrain pour tous mais continuer à pratiquer le semi-nomadisme : pouvez-vous vous mettre à leur place et réaliser qu’une maison en dur c’est comme un cercueil ?

    Et que son J… a, malgré un gros retard, une intelligence remarquable et l’allure d’un prince ?

  27. j’ai enfin le temps de vous répondre!

    @nattfodd
    « PMB: il existe même des gens qui considèrent que la civilisation (occidentale) est intrinsèquement mauvaise, est une culture d’occupation et, en détruisant la terre où elle vit, est suicidaire. Que le fameux “progrès” n’est ni inévitable, ni désirable. Et que cette civilisation n’est pas non plus réformable. Pour toutes ces raisons, elle ne peut que s’effondrer dans un futur plus ou moins proche. »

    c’est tout à fait ce que je pense. le libéralisme effréné va d’ailleurs accélérer le processus.
    ce sera un bien pour les autres espèces vivantes qui peuplent la planète.
    c’est pourquoi il faut préparer activement « l’après » en explorant les voies alternatives, qui nous viennent aussi du passé.

  28. Beaucoup de choses sont dites sur les Rroms, des choses belles des choses fausses, mais on en parle !
    Et c’est le plus important qu’on parle de nous !

    L’ignorance des gadjé est selon moi le plus grand fléau que subissent les Rroms. On entend souvent dire « il y a des bons et des mauvais partout », il y a surtout La peur de l’autre cette peur de soi, de son propre manque de socialisation !

    Cordialement

    Nérina.

  29. LATCHO DROM :
    Pardonnez mon inculture :
    personnage célèbre tzigane?
    Expression pour exprimer un style de vie?
    Auriez vous l’amabilite de me mettre sur la bonne voie
    MERCI

  30. J’aime les articles positifs comme celui-ci : en paroles et en images, ils enrichissent notre connaissance de ce dont nous avons besoin pour aller vers la fraternité (« imagine »).
    Dans notre monde aujourd’hui, tout est « communication » c’est à dire « pub », c’est pourquoi je me méfie des articles qui étalent la merde des uns ou des autres, dans ce cas je prends ma caravane et je tourne les talons pour reprendre mes modestes occupations de « rêveur » en tentant de convaincre de leur intérêt.
    bises, Céleste très chère.

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