Articles de novembre 2007 ↓

Tabacco

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” J’ai été discriminé pour beaucoup de choses dans ma vie; pour avoir les cheveux longs, pour être communiste, pour écrire ce qu’il ne fallait pas écrire, pour être « extra communautaire ». Maintenant il m’arrive une nouvelle discrimination : être fumeur “.

Cette phrase, écrite par Miguel Angel Garcia, sociologue argentin exilé en Italie, sur le bandeau de son blog Tabacco, en donne le ton.

Ironique, décalé, subversif, allant à l’encontre de la redoutable “bien-pensance” actuelle qui n’en finit pas d’interdire, de culpabiliser, d’empêcher de jouir de la vie, le blog Tabacco (en italien et en espagnol) explore et détaille les vilains dessous et les incohérences de la campagne prohibitionniste menée contre le tabac.

Il nous apprend par exemple que celle-ci trouve ses racines dans le nazisme.

« Pour les nazis il devait y avoir qu’un seul style de vie, celui préconisé par l’Etat : « Notre corps appartient à la nation, notre corps appartient au führer, nous avons le devoir d’être sain » (Robert Proctor, The nazi war on Cancer, chap. 5).
Ce principe, qui légitimait l’élimination de tous ceux qui n’étaient pas conformes à la norme, fut appliqué avec les conséquences que l’on sait.
Quant à l’usage du tabac, il fut condamné dès 1933 et associé à la judaïcité.

Mais finalement les nazis perdirent la guerre. Celle-ci fut gagnée par « les juifs, les noirs, les fumeurs et les autres persécutés ». (Miguel Angel Garcia)
Ce qui mit provisoirement fin au militantisme anti tabac.

Ce n’était que pour mieux renaitre. Dans les années 50, s’inspirant de la propagande anti tabac crée par les nazis, des américains relancent les attaques. Reprenant entre autres le concept de « tabagisme passif » (Passivrauchen, terme inventé par le médecin nazi Fritz Lickint).

Je sais bien en écrivant ces lignes que les critiques vont fuser. Défendre le tabagisme, quelle horreur ! Il y va de la santé publique ! La fumée incommode ! Et que fait-on de la liberté des non fumeurs ?
Loin de moi l’idée de soutenir l’idée que le tabac est bon pour la santé. Il crée des dommages sanitaires qui, au même titre que l’alcool et la goinfrerie responsables de dégâts cardio-vasculaires, nécessitent des soins payés par l’ensemble des assurés sociaux (et l’intéressé lui-même via ses cotisations il ne faut pas l’oublier). Mais si, comme Miguel, on regarde un peu plus loin que le bout de son nez, si on prend la peine de réfléchir, on ne peut que se poser des questions, dérangeantes, sur ce prohibitionnisme. Car c’est du rapport avec son propre corps dont il est question. Du droit de chacun à disposer de soi-même.

Autant il me semble évident, par respect d’autrui, de ne pas fumer lorsque les effluves de tabac peuvent importuner des non fumeurs, autant interdire systématiquement la consommation de tabac me semble être une mesure excessive, discriminatoire, culpabilisante.
Surtout quand parallèlement rien n’est fait contre la pollution et qu’on met dans nos assiettes des aliments d’origine douteuse.
Les relents fascistes larvés dans cette campagne anti-tabac sont inquiétants, d’autant que les religions, en plein regain d’activité prosélyte, accompagnent le chœur de leurs litanies obscurantistes.
Méfiance, le refrain, en ces temps où la peur et la haine se disputent la vedette, pourrait bien devenir : pas de fumeurs, pas d’homosexuels, pas de malades, pas de pauvres, pas d’étrangers, pas de gitans, pas de vilains petits canards, tout le monde en rang, au boulot et ça saute !

Lorsque l’équilibre est rompu et que le fanatisme l’emporte sur la raison, les libertés individuelles disparaissent et les dictatures s’installent.

Auteur de nombreuses études sur l’immigration (et fin cuisinier comme je l’ai découvert dimanche) Miguel a quitté l’Argentine dans les années 1970, il a vécu au Mexique (à Tijuana) à Rome, et maintenant à côté de Bologne.
Il est aussi spécialiste de l’hypertexte. (voir le site Barrio)
« Le réseau c’est le contraire de la frontière. La frontière contient, sépare, le réseau unit. L’existence de ce réseau universel qu’est internet, représente le rêve de chaque immigré, parce qu’il permet à chacun le degré de clandestinité qu’il souhaite . »

Ecrivain, amoureux du tango, il a publié en 2005 un recueil de nouvelles intitulé « Il maestro di tango ».

« Je me retrouve dans les limbes du migrant, seul et sans appartenance, inadéquat ici et là, à la recherche d’une forme, d’une limite corporelle qui contienne mon identité, et risquant toujours de me rompre en mille morceaux ».

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Les illustrations de ce texte sont des œuvres, superbes, de notre amie bourrée de talent: Nole (site en construction nole.biz)

Le bain de Cléopâtre

« Quelle femme n’a jamais rêvé de se baigner dans du vrai lait d’ânesse ? »

Moi !

Nager dans l’eau tiède d’une mer tropicale, me rouler dans l’herbe, faire des galipettes dans le foin, oui !
Mais le bain de Cléopâtre, barboter dans du lait d’ânesse, certes non !
Beurk !

Surtout quand, à la suite de cette question idiote posée une créature aussi suave que conforme aux artificiels canons de l’obligatoire beauté décomplexée, j’apprends que le bain en question a un prix, et non des moindres, puisque chaque litre de lait coûte 68 euros.
Ce qui nous met la trempette à environ, allez… cinq milles euros.

Voilà une fantaisie qui n’est point à portée de toutes les bourses !

Que de riches greluches soient suffisamment inconscientes de la misère du monde pour aller tremper leur chair dans ce brouet luxueux, voilà qui malheureusement ne me surprend guère. Quand la richesse est élevée au rang suprême de la réussite personnelle, elle s’accompagne rarement de la solidarité et de l’humanisme.
Dans un pays où le président consacre l’essentiel de son action à caresser la croupe des possédants de peur que ceux-ci ne lui retirent leur soutien, imaginer que les nantis qui pataugent dans le lait d’ânesse puissent avoir ne serait-ce qu’une pensée pour les familles vivant sur le sol français qui n’ont pas suffisamment d’argent pour acheter du lait tous les jours, relève probablement de l’utopie !
Je ne m’étendrai pas non plus sur le sort des milliers d’enfants bengalis qui, à la suite d’un ouragan dévastateur, sont privés non seulement de lait mais aussi de riz, de viande, d’école et de maison. Les journaux télévisés ont déjà délaissé l’affaire, réservant leurs reportages à des événements autrement plus intéressants.

Car, et c’est là le motif initial de mon énervement, c’est samedi soir, lors du journal de France 2, chaîne publique, que la question du bain dans du lait d’ânesse, me fut posée.

Voilà donc une équipe de « journalistes », travaillant pour un service public, qui est allée, avec tout son matériel (d’où un certains nombre de frais) enquêter sur un sujet de première importance en ce début d’hiver marqué par les grèves, les contestations estudiantines, la baisse du pouvoir d’achat, la misère, les sans papiers, les sans abris et la précarité : les Spas.
« Imaginez-vous, a déclaré samedi soir le blondinet bien coiffé qui présente le journal, vous êtes, en France, 5 millions à fréquenter les Spas. »
« Fichtre ! ai-je pensé, en voilà de l’info ! » Invérifiable par ailleurs.
Suite à quoi, nous sommes partis à la découverte de ce monde enchanté où une heure de massage coûte 195 euros.
Pire encore, on nous a aimablement indiqué les noms de ces délicieux endroits, ce qui permet d’en trouver l’adresse d’un simple clic, ou en consultant un annuaire.
Autrement dit, le journal d’une chaine publique fait, en toute quiétude, la publicité d’établissements commerciaux privés proposant des prestations inaccessibles au téléspectateur Français moyen (en admettant qu’il en ait envie).

Hallucinant, gerbant !

A tel point que je m’interroge.
Les responsables de l’info de France 2 sont-ils :
Des crétins inconscients qui vivent dans une bulle sans se rendre compte de la réalité ?
Des salauds méprisants qui veulent faire baver la populace d’envie ?
Des sbires Sarkoziens qui pensent ainsi motiver le travailleur « si tu bosses plus tu pourras payer le lait d’ânesse à ta femme » ?
Des individus sans scrupules qui profitent de leur position pour faire de la publicité à des copains ?
Ou des cryptorévolutionnaires qui tentent de provoquer chez le téléspectateur une saine rébellion en lui montrant comment vivent les vrais privilégiés d’aujourd’hui ?

Non, parce qu’il pourrait bien arriver que le peuple (nous) qui se serre la ceinture, finisse par ne plus supporter le spectacle du mode de vie de ceux à qui le gouvernement offre des cadeaux fiscaux.

Enfin, j’espère…

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Dessin emprunté et bidouillé par nos soins.

D’autres idées de dialogue?

Khmers rouges

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Des petits vieillards proprets et légèrement tremblotants qui disent qu’ils ne savaient pas ou que ce n’était pas de leur faute ou encore qu’ils n’ont fait qu’obéir.
Pourtant, entre 1975 et 1979, fanatisés par une monstrueuse idéologie, ils ont mené à la mort près de deux millions de leurs compatriotes, soit un quart de la population du Cambodge.

Prônant un retour obligatoire à la terre, ils ont vidé les villes de leurs habitants.
Des milliers de déportés.
Le travail forcé.
Les écoles closes.
Les enfants gardes-chiourme.
L’élite intellectuelle exécutée.

La mort battant la campagne.

Le communisme interprété par des cons sanguinaires.

Aujourd’hui la justice les a rattrapés.

Trente ans après.
Oh, ils n’étaient pas cachés, pas même discrets. Polpot, leur chef, a déjà quitté le monde des vivants, paisiblement il y a quelques années. Eux, ils vieillissaient tout simplement.

Alors pourquoi avoir tant attendu ?
Et bien parce que ce procès, personne ne le voulait.
Les gouvernants cambodgiens ne souhaitaient pas d’ingérence internationale dans leur paquet de linge sale.
Le régime de Polpot entretenait d’excellents rapports avec la Chine et personne n’avait envie de froisser les dirigeants de l’empire du milieu. Position qui ne change guère au fil des ans, intérêts géopolitiques et économiques aidant, la communauté internationale s’accommode assez bien d’innombrables entorses aux droits de l’homme made in China et de soutiens éhontés apportés par un gouvernement peu regardant sur la moralité de ses alliés. Je serais d’ailleurs fort étonnée que le président français, lors de son prochain voyage, fasse autre chose que des ronds de jambes et des courbettes destinés à fourguer des Airbus et des TGV.
Les Etats-Unis, stratèges éclairés comme chacun sait, ont, au début du régime de Polpot, considéré que les khmers rouges pourraient leur être utiles pour agir contre le Vietnam qui à l’époque était prosoviétique et ils n’avaient pas envie eux non plus de déballer les fonds de poubelle de la diplomatie.
Et enfin parce que l’ONU, de façon tout à fait choquante et incompréhensible, a permis aux Khmers rouges de garder leur siège à New York, bien après qu’ils aient quitté le pouvoir.

Le peuple cambodgien quant à lui, massacré, meurtri, affamé, ruiné, privé de toute une génération d’intellectuels, sauvagement exécutés, ayant un pays entier à reconstruire et les mains vides a eu d’autres soucis que d’organiser un procès.

Et puis finalement on les juge.
Je lis dans un article de Jérôme Boruszewski, qui écrit du Cambodge, que ce procès, qui coûte très cher (56,3 millions de dollars prévus), n’est pas soutenu par la population.
« Les nombreux anciens Khmers rouges des environs de Pailin, aujourd’hui des agriculteurs peu fortunées comme Sok Sem, auraient préféré construire des écoles et des routes. May Sarat, une ancienne combattante communiste, aurait aimé que cet argent serve à combattre la corruption qui gangrène sa région. Thong Thon, un ancien officier de l’armée rouge de Pailin, trouve la note un peu salée pour simplement se rappeler un passé douloureux et établir des documents de mémoire. »

Car les préoccupations des Cambodgiens sont ailleurs. Ils veulent avoir un toit, à manger et du travail.

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Le Cambodge est un pauvre, très pauvre. Les champs sont encore truffés de mines. Le système de santé est presque inexistant.

A Poipet, ville frontière avec la Thaïlande, les enfants mendiants nous entourent, et s’attachent à nos pas. Les touristes thais, se pressent dans les rues, ils viennent jouer au casino ou assouvir leurs pulsions sur de la tendre chair juvénile. La ville pue le vice et l’argent sale.
D’autres touristes sillonnent les rues de Siem Rep, venus pour visiter Angkor, ils se déplacent dans des vans munis d’air conditionné et logent dans des hôtels luxueux. Une illusion de richesse pour les habitants des environs qui rejoignent la ville pour survivre. A peine avons-nous fini de déjeuner dans un modeste estaminet du marché que des enfants se précipitent pour s’emparer des reliefs de notre repas.

Alors le procès…

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Cette violence inouïe des khmers rouges, je la retrouve sur les murs d’Angkor Vat gravée dans la pierre depuis des siècles, long défilé de soldats massacrant, pillant, brûlant.
Comme je décèle sur les visages des femmes assises derrière les étals du marché le sourire énigmatique des silencieuses apsaras qui ornent les bas reliefs et les niches.

Les enfants que les khmers rouges avaient transformés en bourreaux ont aujourd’hui quarante ans, leurs victimes sont âgées, la jeune génération est innocente.
Ne pas fouiller le passé, ne pas raviver les plaies, ne pas risquer la vengeance est peut-être aussi une preuve de sagesse, je ne sais pas.

Ci-dessous une vidéo d’Angkor

De la solidarité

Je suis entièrement solidaire des grévistes, qu’ils soient cheminots, fonctionnaires ou étudiants.

Des esprits chagrins de manqueront pas de persiffler qu’étant donné mon éloignement géographique je n’en subis pas les conséquences. C’est vrai, mais je n’ai pas non plus la possibilité d’aller manifester !

Je le fais donc toute seule, sur cette page.

Vous tous qui luttez pour ne pas laisser le gouvernement laminer vos conditions de travail et de retraites, vos salaires, le pouvoir d’achat des travailleurs, la qualité de la formation ou le système sanitaire vous avez tout mon soutien et mes remerciements !

N’oublions quand même pas qu’un gréviste perd sa, ou ses journées de salaire.

Non parce que, curieusement, cet élément, pourtant important, n’est jamais mentionné dans le seul journal télévisé auquel j’ai accès puisqu’il est retransmis par TV5, j’ai cité celui de France 2.

Lundi soir je dois dire que sa duplicité, à laquelle pourtant je suis coutumière, m’a laissée abasourdie.

A peine lancé le sujet de la grève, Pujadas, petit sourire en biais, fait montre d’une bonhommie quasi impartiale. Dans un petit reportage, une dame sympathique, coincée dans une gare explique que:
« Si le droit de grève n’existe plus en France, on sera dans la merde! »
« Il faut les laisser faire leur grève pour défendre les droits des travailleurs. »

Mais peu après, juste avant la fermeté affichée du Sieur Fillon, un petit reportage vite fait bien fait, indique au téléspectateur le coût de la grève.
C’est-à-dire : cent millions d’euros par jour à la SNCF et de trois cents à quatre cents millions par jour à l’Etat, dixit Dame Lagarde.

La faute à qui ce gaspillage, cette terrible menace sur l’économie française ?
Aux grévistes bien sûr, à ces affreux cheminots qui veulent condamner la France à la misère.

Le honteux concept du mauvais Français, apparaît alors, en filigrane, comme ça en passant, sans être cité, mais il est bien là.

Et j’ai pensé aux paroles d’Alain Badiou sur le « transcendantal pétainiste ».

“C’est ce que j’appelle un transcendantal: quelque chose qui, sans apparaître à la surface (d’où que notre situation ne “ressemble” pas à la séquence du règne de Pétain), configure de loin, donne la loi et son ordre, à une disposition collective”.
« Le pétainisme est une donnée fondamentale de la France à mon avis depuis la Restauration de 1815. Le pétainisme ce sont des gens qui préfèrent la vassalisation aux troubles intérieurs, c’est la réaction de gens qui ont peur de ce qui se passe à l’intérieur du pays et qui pour parer à cette peur acceptent des contraintes, des ségrégations ou des persécutions nouvelles. C’est ça le pétainisme dans sa signification la plus générale. Dans le cas de Pétain, c’est particulièrement prononcé parce que c’est évidemment les gens qui avaient eu une peur terrible du front populaire qui ont finalement préféré l’occupation allemande à la continuation de la lutte. Mais de manière générale, le pétainisme c’est ça, c’est la politique de la peur. Je pense que Sarkozy en est un représentant soft. »

Beurk ! Que cela est donc laid !

D’autant plus laid que le déficit de l’Etat français est de 47 milliards d’euros et que le gouvernement Sarkozy vient d’offrir à ses amis les riches la bagatelle de 15 milliards d’euros de cadeaux fiscaux.
Le projet de réforme actuel des retraites de ceux que l’on nomme irresponsable-ment et à tour de bras des « privilégiés » - « preneurs d’otages », vise à rattraper une part ridiculement petite (environ 1/500e) du déficit.

N’importe qui comprend donc aisément que le but du gouvernement n’est certes pas d’économiser, mais de détruire les acquis chèrement gagnés par des travailleurs au cours du dernier siècle (par la grève justement), de casser toute volonté populaire, de laminer, d’asservir.

Alors solidaire avec les grévistes, à fond !

en annexe, à lire:”Casse du code du travail

Du bonheur d’être femme

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J’aime être un être humain et particulièrement, une femme.

Non point par indifférence ou haine des hommes, au contraire, être femme me permet de les avoir à mes côtés, de les observer, de les aimer, à cœur ou à corps ouvert.

L’homme reste pour moi un extraordinaire terrain d’aventures, d’explorations, de jeux.
Enfants, amants, compagnons de vie, de lutte, de réflexion, d’amusement, je ne m’en lasse pas.

Mais être femme, quel bonheur !

Absurde, diront certain(e)s, à l’échelle du monde, la condition féminine est la plus difficile à vivre.
Femmes battues.
Violées.
Bafouées.
Méprisées.
Soumises à l’ordre du mâle, qu’il soit familial, religieux, politique.

Justement, je n’aimerais pas être dans le camp de celui qui frappe, qui impose sa loi à la force de ses muscles ou à celle de ses convictions imbéciles.

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Bien sûr, tous les hommes ne sont pas des brutes sanguinaires ou des bourreaux pervers et certaines femmes sont capables d’ignominie, surtout quand, accédant au pouvoir après une lutte féroce, elles en abusent cruellement (souvenons nous d’une certaine Margaret T.).

Mais force est de constater que la moitié féminine de l’humanité commet moins de dégâts sur autrui que la moitié masculine.
Celle-ci, s’estimant arbitrairement dominante, n’en finit pas de se ridiculiser, tant par ses actes que par ses mots, ce qui pourrait être drôle si ce n’était si tragiquement dangereux.

Mais revenons au bonheur d’être femme.

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D’abord, nous sommes des fillettes ce qui est déjà une chance considérable, pas par les conditions de vie qu’on nous impose, ça non, mais par la grâce, la finesse, l’intelligence, la sensibilité, la créativité dont nous disposons.
Et le courage, le courage incroyable dont chaque fille, chaque femme devra faire preuve tout au long de sa vie.
Parce que l’autre part de l’humanité se croit supérieure, il nous faut user de toutes nos capacités pour lutter.
En ce qui nous concerne, rien n’est jamais acquis, et il suffirait de peu, tiens par exemple, d’une récession économique (comme celle qui pourrait bien s’ici peu nous tomber sur la tronche) pour que nos gouvernants, dont la flagrante médiocrité, (que dis-je nullité), associée à une immoralité confondante, aient l’idée de nous renvoyer dans nos foyers afin de nous y maintenir inactives, muettes.
C’est pourquoi notre vigilance ne doit jamais se relâcher.

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Il est aussi vrai que certaines attitudes de mes consœurs me semblent incongrues, voire même totalement incompréhensibles.
Par exemple se voiler volontairement pour obéir aux préceptes d’un dieu dont je ne reconnais pas l’existence (ni d’aucun autre d’ailleurs), se privant par là des joies de la séduction, du plaisir de se sentir belle et libre de vivre sa beauté. S’interdisant aussi (par peur ?) de se mesurer avec le désir qui brille dans les yeux des hommes, dans ceux de l’aimé comme dans ceux de l’inconnu que l’on croise. On n’y donnera pas suite, mais pourquoi s’en offusquer, y voir autre chose qu’une simple et normale manifestation de la libido masculine ?
Heureusement qu’elle existe cette libido, la vie serait d’un triste sinon!
Et vide d’enfants.

Les enfants !
Quelle indicible merveille que de sentir dans son ventre le doux mouvement, la caresse d’un petit corps qui s’étend et se délie, serein et confiant.
J’ai regardé chacun de mes enfants comme des trésors précieux. Ils sont mes plus belles œuvres.

J’ai aussi du mal à comprendre les femmes qui imitent ostensiblement les hommes, utilisant leurs armes, leurs tics. Savent-elles qui ils sont vraiment ? Moi je ne le sais pas, je ne peux que l’imaginer, et c’est bien ainsi.

A l’inverse du voile, une certaine forme d’exhibitionnisme, destinée à flatter la sexualité du mâle en rut, et mise en scène par d’autres mâles à des fins commerciales, me dérange. Utiliser la nudité pour vendre me semble indigne. Ce procédé, qui ravale l’être humain au rang d’objet, symbolise parfaitement la dérive du néolibéralisme. Et puis trop de films pornographiques présentent des créatures soumises. Leurs visages absents révèlent une feinte indifférence, comme si elles s’étaient retirées d’elles-mêmes pour ne plus être que des corps malléables à merci.

Pourtant le plaisir féminin est extraordinaire et sa gamme infinie.

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En ce moment dans ma cuisine, quatre jeunes filles boivent le thé en papotant.
Elles sont belles, joliment vêtues, soucieuses de donner d’elles-mêmes une image harmonieuse.
L’écho de leurs conversations mêlées de rire parvient jusqu’à moi, comme un petit air de musique merveilleusement… féminin.

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