Sur proposition d’Eric un petit questionnaire de rien du tout…ou presque
Mon fond de teint : nada, j’assume ma carnation naturelle.
Un mascara : choisi en fonction de la modestie de son coût, mais appliqué scrupuleusement chaque matin, impensable de sortir sans.
Une crème de jour : variable, les critères de sélection étant liés au prix, à la composition et à l’élimination systématique de certaines marques.
Une marque de produits : aucune fidélité de ce côté-là.
Ma marque fétiche de maquillage :idem
Un produit must :je ne sais pas ce qu’est un produit “must”, donc je traduis “must” par inutile-je-le-sais-et-je-pourrais-m’en-passer-mais-je-l’utilise-quand-même : un auto bronzant, n’importe lequel pour pouvoir exhiber mes gambettes dès les premiers rayons du soleil sans être éblouie par leur blancheur
Mon magazine fétiche : Politis (d’accord ça n’a rien avoir avec la choucroute mais je ne lis aucun de ces magazines féminins financés par les firmes parapharmaceutiques et autres)
Tu pars sur une île déserte et tu emportes quoi (trois produits max, sans protection solaire ni rasoir) : un carnet, un stylo et un appareil photo
La femme que tu admires pour sa beauté : Ava Gardner, extraordinairement belle et sensuelle dans le rôle de Maria Vargas, « La comtesse aux pieds nus ».
La femme dont tu envies le look : je n’aime pas le verbe envier
Je me damnerais pour : ne croyant ni aux Dieu ni aux Diables la notion de damnation m’est étrangère
Que signifie pour toi la féminité : une arnaque mais si toutes femmes étaient fières d’être des êtres humains de sexe féminin elles seraient plus fortes pour lutter contre le nouveau patriarcat qui, instabilité et insécurité aidant, recommence à agiter sa vilaine queue.
Un dernier mot : sérénité
Ton adresse blog fashion/beauté préférée :…Joline ou l’art de fabriquer soi même des vêtements et des bijoux. La décroissance passe par là et c’est bien !
Je passe le relais à Fanny, Flopy, Agathe, et Joline
Derrière sa caisse, Laura avait le regard triste hier. Elle déplaçait machinalement les marchandises que les clients déposaient sur le tapis roulant, encaissait, saluait, recommençait sa tâche monotone, sans un sourire.
Parce que d’habitude elle est joyeuse, toujours prête à rire, elle est ma caissière préférée.
Je sais qu’elle s’appelle Laura car une étiquette, hypocritement nommée badge, est épinglée sur son polo rouge et bleu, les couleurs du supermarché Conad.
Quand mon tour est arrivé elle m’a adressé un petit sourire las.
Nous avons échangé quelques mots sur le temps printanier, puis en partant je lui ai souhaité un bon dimanche.
« Ce ne sera pas un bon dimanche, demain le magasin est ouvert et je travaille.
- Demain ? Comment ça se fait ?
- C’est la fête des mères.
- ???
- Pour la fêtes des mères, ils font travailler les mamans. C’est comme ça ici.
- Oh ! Je suis désolée pour vous. Moi je ne viendrai pas demain. Le dimanche les travailleurs doivent se reposer, être avec leurs familles. D’ailleurs peut-être qu’il n’y aura pas de clientèle, ça fera comprendre à la direction que c’est stupide d’ouvrir le dimanche.
- Pffff ! Au contraire, demain ils seront nombreux. Vous savez les points pour avoir des cadeaux, demain ils compteront double, c’est écrit partout dans le magasin. Ils vont tous venir !
- C’est triste.
- Oui, d’habitude pour la fête des mères je vais chez mes parents avec mon mari et ma fille. »
La cliente suivante, une dame dont la blondeur artificielle et le bronzage aux UV tentaient de dissimuler l’ancienneté, a manifesté son impatience en grommelant quelques paroles indistinctes mais dont l’animosité était parfaitement compréhensible. Quelque chose comme : « Elle peut pas s’occuper de mes courses, cette feignasse, au lieu de bavasser avec les clients? »
J’ai dit au revoir à Laura. Des larmes brillaient dans ses yeux sombres.
Et moi j’ai pensé : boycott, boycott, boycott
1968, j’ai douze ans et le mois de mai n’en finit pas de s’étirer entre les cerises et l’ennui des journées immobiles.
Comme mes parents sont en grève la cour de l’école demeure vide, abandonnée.
La radio diffuse sans interruption de la musique classique. Je ne l’écoute pas. Moi j’aime les chansons, elles m’ouvrent la porte des sentiments adultes, des frissons amoureux, des larmes, des trahisons.
J’ai beau guetter de ma fenêtre, pas une voiture ne traverse le village.
Le temps semble suspendu dans la chaleur du printemps.
Mes parents vont à des réunions à Châteauroux. Je ne sais pas pourquoi mais je pressens qu’il se passe quelque chose d’important.
Et puis j’ai un amoureux. Il s’appelle Daniel, il est de Saint Benoît. Tous les soirs, vers sept heures, il vient pétarader en mobylette devant la maison.
Un soir il s’arrête devant la grille. Il m’attend. Je me faufile jusqu’à lui, le cœur battant de joie mêlée de peur. Gare à moi si mes parents me surprennent! Nous échangeons quelques mots. Il me dit que j’ai de la chance d’aller au collège, lui, il est en apprentissage. Sa famille est pauvre, il doit travailler.
Ce n’est pas un garçon pour moi. Nous le comprendrons tous les deux. Notre ébauche d’idylle tournera vite court. Pas même un baiser.
Le mois se termine. Le général revient. Mes parents sont amers.
« On s’est fait avoir » dit mon père.
L’école reprend, comme je n’ai rien fait pendant des jours et que mes pensées tournent autour de Daniel, mes notes sont basses.
Je falsifie grossièrement ma moyenne sur mon livret de fin d’année. Evidemment mes parents s’en aperçoivent et s’abat une inévitable et douloureuse punition.
En apparence rien n’a changé.
Et pourtant si. Le vent d’insoumission qui a soufflé sur la société l’a défaite de ses vieux carcans.
Quand, quelques années plus tard, je céderai avec délices et frénésie au désir amoureux, il me suffira d’aller chez un médecin pour prendre la pilule.
Je le devrai à la détermination et au courage des mouvements féministes qui, renforcés par les événements de Mai, réussiront à imposer des lois essentielles : l’accès à la contraception, le droit à l’avortement.
La liberté de mes vingt ans, ce sont les rebelles de Mai, qui me l’ont apportée.
J’en ai dévoré les fruits et savouré le nectar.
La croyant éternelle, définitivement acquise, j’ai peu songé à perfectionner le monde, laissant à d’autres, qui me semblaient plus sages que moi, le soin de gérer cette société nouvelle.
J’étais persuadée que l’humanité entière marchait vers la solidarité, la paix, la justice.
Puis, peu à peu, ma naïveté s’est effilochée. De vilains coups de canifs ont rompu la bulle.
Septembre 1973, assiégé, Salvator Allende se suicide. Soutenu par l’état américain le sinistre Pinochet installe une dictature sanglante
Juillet 1985, les services secrets français, dans une lamentable opération, tentent de couler un bateau de Greenpeace voulant s’opposer à des essais nucléaires : le Rainbow Warrior.
Mai 1993, Pierre Beregovoy met fin à ses jours et valsent des hypocrites. A tort ou à raison, ce sera pour moi le sacrifice d’un honnête homme et la fin de ma candeur politique.
Prisonnière aussi de mes propres chaînes, celles insidieuses qui avaient résisté à l’exultation du corps, à l’indépendance, aux années de fêtes, j’ai traversé les années 80, puis les premières de 90 en zigzaguant parmi les chagrins, la violence conjugale, les difficultés financières, les désillusions.
Avant qu’à nouveau ma vie ne reprenne un sens.
A l’heure où ceux qui nous tiennent lieu de penseurs, brasseurs de vent et agitateurs de vaines paroles, décortiquent, analysent et critiquent à l’aune de leurs fantasmes et délires intimes ou politiques ce qui fut une explosion de jeunesse et de liberté, je n’ai qu’un seul, absurde, regret, celui d’avoir été trop jeune pour courir dans les rues de Paris, chanter sur les barricades et lancer des pavés.
« Vivre sans temps mort et jouir sans entrave »
Et pour vous, Mai 68?