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Articles de juillet 2008 ↓

Prema Vasam : The Queen

Selvyn nous invite à partager le déjeuner dans la salle commune. La plupart des aliments (riz, légumes) sont offerts à l’association par des donateurs indiens. Ce qui représente une importante quantité de nourriture. L’établissement accueille une centaine de filles et de garçonnets (moins de 10 ans pour ces derniers) orphelins ou abandonnés, qui sont scolarisés à l’école voisine, la trentaine d’enfants infirmes que nous avons vus ce matin et une vingtaine d’adolescents et adultes handicapés mentaux *. Plus de cinquante personnes travaillent pour Prema Vasam.

Si l’état a reconnu l’association et lui a donné une habilitation il n’en n’ouvre pas pour autant les cordons de la bourse. Aucun financement public n’est accordé.
Depuis des années Selvyn et Mumtaj avancent quasiment au jour le jour, jamais certains de pouvoir continuer à mener à bien leur entreprise le mois ou l’année suivante.

Heureusement, Prema Vasam bénéficie du soutien financier et affectif de l association italienne Cotronix.

Après le déjeuner nous retournons dans le bureau pour, enfin, discuter de ce fameux terrain.
« Voir le terrain, s’exclame Selvyn, maintenant ? Ce n’est pas possible, il est à plus de deux heures de trajet d’ici ! »
Nous convenons de remettre la visite à demain mais sans notre hôte qui doit partir pour quelques jours de vacances dans sa maison au sud du Tamil Nadu, en compagnie d’un groupe de jeunes filles orphelines.
Via Skype, d’Italie, Valeria s’immisce dans la conversation, elle a devant elle les plans de la maison qui pourrait être construite sur ce terrain que personne n’a encore vu et voudrait demander quelques précisions, notamment sur les dimensions, écrites en square feet, unité de mesure anglaise inconnue en Italie.
Selvyn se lance alors dans une série peu concluante de calculs et conversions jusqu’au moment où, levant les yeux vers la fenêtre, il s’écrie « Ravi is walking, Ravi is walking ! » avant de se précipiter sous la galerie pour soutenir lui-même les pas chancelants de Ravi, ravi.

Le temps passe et nous sommes toujours là car la voiture qui doit nous ramener servira aussi à accompagner à la gare Selvyn et son petit groupe.

Indra sera du voyage.
Indra, « the queen », la plus éclatante réussite de Prema Vasam.
Un auto-rickshaw la ramène de l’université. Une jeune femme la prend dans ses bras pour la déposer, gracieuse et légère comme une fleur coupée, sur la table du bureau.

Elle est belle, lumineuse.
Quand Selvyn l’a rencontrée elle avait 14 ans.
Elle lui a dit « Je veux étudier ».
Il a dit « Ok »
Alors elle est venue vivre à Prema Vasam.
Elle a désormais 24 ans et passe brillamment un master d’informatique à l’université de Chennai.
Elle maitrise remarquablement l’anglais et a aussi étudié le japonais.

Chapeau !

* Je n’ aime pas cette appellation mais je n’ en trouve pas d’ autre.

Prema Vasam (la maison de l’amour)

Valeria, créatrice de Namaste, l’onlus qui nous aide à gérer la « Casa delle Mamme », nous a demandé de rencontrer Selvyn, un psychologue qui a monté une association caritative, Prema Vasam, dans la banlieue de Chennai.
Cette requête étant toute récente nous ne savons pas vraiment qui est qui et qui fait quoi mais notre mission consiste à voir un terrain appartenant à Selvyn et qui pourrait être utilisé pour construire un centre, géré conjointement pas Namaste et Prema Vasam, destiné à accueillir de jeunes garçons en grande difficulté familiale, orphelins ou abandonnés par leurs familles.

Mumtaj et Selvyn

L’opération doit être financée par une grosse entreprise métallurgique bolognaise implantée à Chennai et les dirigeants de celle-ci attendent un projet diligemment rédigé par les bons soins de Selvyn.
Or, et c’est là où nous devons intervenir, les ébauches de projet qui émanent de Prema Vasam comportent des lacunes. Le temps passe et Valeria s’impatiente.
Bref, nous devons convaincre Selvyn de s’activer efficacement et au plus vite, faute de quoi l’entreprise italienne pourrait bien aller chercher ailleurs !

Nous arrivons à Prema Vasam en fin de matinée, dans la vieille Ambassador blanche que nous a envoyé Selvyn.
C’est un grand bâtiment bleu. Une galerie court sur le côté. A droite, sous un préau, nous apercevons des enfants allongés. Ils se reposent, ou dorment peut-être.
Nous ne le saurons pas tout de suite car Selvyn se précipite à notre rencontre et nous invite à nous asseoir dans un bureau. Nous faisons la connaissance de Mumtaj, sa plus proche collaboratrice.
La bonne humeur règne. On nous sert à boire. Des enfants viennent nous voir de près. Ils appellent tous Selvyn « appa » (papa).
On nous présente différentes jeunes femmes dont j’oublie immédiatement les prénoms.
Après quelques politesses d’usage nous attaquons l’argument pour lequel nous sommes venus, c’est-à-dire, le fameux terrain.
« Plus tard, plus tard, dit Selvyn, d’abord nous voulons vous faire visiter Prema Vasam »
Il nous explique qu’il a crée ce centre après avoir trouvé sur un trottoir un petit garçon mourant, Prem. Bouleversé par les conditions de vie des enfants des rues il a décidé de leur consacrer son temps, son énergie, sa vie. Et, plus particulièrement de secourir les plus faibles, les plus démunis d’entre eux. Ceux envers qui la nature a été la plus cruelle.
Soudain un groupe de joyeuses écolières en uniforme fait irruption dans le bureau. Aussitôt les choses s’accélèrent. On fixe une guirlande de jasmin dans mes cheveux et on nous entraine dans la galerie. Puis, hop, des fillettes nous passent autour du cou de somptueux colliers de fleurs et nous commençons la visite du bâtiment par le préau où il m’avait semblé voir dormir des enfants.

Ils ne sont pas endormis. Ils gisent sur des nattes. Pour beaucoup d’entre eux c’est la seule position que permettent leurs corps.
Ils sont une trentaine, allongés les uns à côté des autres.
Certains ne peuvent pas du tout marcher, d’autres, soutenus esquissent quelques pas.
Aucun ne sait parler.
Assis en file le long d’un muret, des kinésithérapeutes massent les membres décharnés, les ossatures biscornues, les crânes plats ou pointus.
La vaine et douloureuse illusion de partager la souffrance d’autrui mêlée à un profond sentiment d’injustice me transperce avec une telle fulgurance que l’espace d’un instant mes yeux s’emplissent de larmes. Est- ce cela la compassion ?

Mais, allant au-delà de ce qui ne pourrait-être qu’un apitoiement passager, je comprends que grâce à Prema Vasam ces enfants vivent dans les meilleures conditions possibles.
Jetés dans la rue par les familles, abandonnés devant les temples ou les églises, ils ont trouvé ici un havre de paix.
Un refuge tendre et aimant.

Sous les mains expertes des masseurs, les corps se détendent et des sourires viennent éclairer les visages crispés.
De nombreuses femmes s’affairent pour nourrir, changer, déplacer les enfants. Leurs gestes sont doux et sûrs. Elles rient. Parlent aux enfants.
Et je perçois désormais la sérénité qui règne sous ce préau, où chacun s’applique à aider, à soulager, à panser, à nourrir ces petits d’hommes que le destin a maltraités.

Le voyage du 14 juillet

Lundi 14 juillet

5 h 30 : beaucoup de monde à l’aéroport de Bologne, des vacanciers, en groupe ou isolés et des hommes d’affaires en costume cravate, résultat nous devons faire la queue au contrôle. Les brides de mon sac et de mon ordinateur me scient l’épaule. J’avale mes cinq premières gouttes de Frontal.

8 h : l’aéroport de Bruxelles est 100% non fumeur mais, pour Fabio, il est hors de question de renoncer à la cigarette matinale. Nous partons à la recherche d’une sortie. Après une interminable succession d’escaliers roulants, de halls et de couloirs nous atteignons enfin la zone des arrivées et sa porte ouvrant sur un tunnel où se succèdent les taxis et voitures avec chauffeurs.
Les chauffeurs, justement, attendent à l’intérieur, chacun arborant sur un carton le nom de qui il est venu chercher. L’un deux attend Arma Brestovic. Je ne la connais évidemment pas mais, comme le chauffeur que je vois suivre les femmes des yeux, j’essaie moi aussi de deviner qui elle est.
Plusieurs familles de juifs intégristes, perruques, papillotes et longs vêtements noirs palabrent sur le trottoir.
Arma Brestovic arrive et nous entamons le retour vers la zone départ.
Le sac et l’ordi pèsent décidément très lourd, j’ai dû, une fois encore, exagérer sur la quantité de choses, plus ou moins utiles, à emporter.

9 h : de retour dans la zone départ nous constatons, ébahis, que sur le tableau d’affichage la mention « cancelled » est apposée à côté de notre vol.
Supprimé, le vol Jet Aiways sur Chennai, éliminé, radié.
Et nous alors ?

9 h 30 : une charmante hôtesse de la compagnie nous explique que notre vol a bien été « cancelled » mais, qu’à cela ne tienne, nous rejoindrons notre but via New Delhi. Un vol partira vers 14 heures et arrivera à Delhi à minuit. Suite à quoi, deux heures plus tard, un autre avion, affrété spécialement pour les passagers du vol annulé, nous portera à Chennai où nous atterrirons aux alentours de 7 heures du matin.
Conclusion, en deux minutes notre voyage vient de s’allonger de 8 heures.

9h45 : afin de digérer la nouvelle nous décidons de retourner en griller une dans le tunnel de la zone arrivée. Je traîne la patte à l’arrière et Fabio se charge de l’ordi (en plus de la caméra vidéo).

10h 30 : nous patientons dans différentes queues pour faire le check in du nouveau vol. Une certaine confusion semble régner dans le staff de Jet Airways.

15 h : affamés, nous décollons enfin, direction New Delhi, c’est-à-dire à plus de 2000 km de notre destination finale. J’ingurgite une bonne rasade de Frontal.

Assommée par l’absorption des gouttes, je dors.

23h30 : en traversant une zone de turbulences, l’avion dégringole longuement dans un trou d’air. Cris d’effroi. Le mien est un éclat de rire (ou presque), merci le Frontal !

Mardi 15 juillet

00h30 : aéroport de Delhi. Très brièvement traversé, juste le temps de récupérer nos valises (ouf, elles sont là). Puis on nous oriente dans une cour peu éclairée. Il fait chaud. Il pleut. Nous déposons nos bagages à l’arrière d’un camion. Sur le toit de la cabine un homme dort, paisiblement. Fabio demande bien poliment à un policier s’il est possible de fumer et, bonne nouvelle, celui-ci répond d’un hochement de tête affirmatif.

00h55 : nous sommes toujours dans la cour, nos valises aussi.

1h35: on nous propose de monter dans un autobus. Je me précipite sur un siège, pas de chance, il est exactement sous la sortie d’air conditionné, glacé. Je grelotte.

2h30 : au terme d’une promenade en autocar dans la banlieue de Delhi nous arrivons à l’aéroport national, donc à l’avion qui doit (espérons-le) nous emmener à Chennai.

3h15 : alors que nous sommes occupés à subir un énième check in dans le hall de l’aéroport – « font chier ces indiens » grommelle le jeune franco pondichérien d’un charmant petit couple qui partage notre infortune - nous voyons, avec ravissement, passer nos deux valises.

4h30 : l’avion décolle, et j’engloutis cinq gouttes.

6h50 : atterrissage sans encombre sur l’aéroport de Chennai.

7h10 : ô merveille, nos valises sont elles aussi arrivées à bon port.

8h30 : la réceptionniste de l’hôtel nous informe que notre chambre n’est pas prête. Trop fatigués pour lui rétorquer qu’elle aurait dû être prête il y huit heures nous allons prendre un café.

Premier café indien.

8h30 : chambre 1240, enfin seuls !

Encore une chronique indienne

Ma jolie petite valise rouge toute neuve (j’adore les valises) est prête.
Mon passeport est dans mon sac.
Le taxi est réservé.
Tout est en équilibre (faute d’être « en ordre »).
C’est génial !

Le prochain billet sera écrit de Chennai et je serai assise sur le lit de la chambre du New Woodlands, mon ordinateur sur les genoux.

Puis, pour le publier, nous irons à l’Internet Café, le i-way qui est un peu plus bas sur l’avenue.

Au Spencer nous passerons saluer Wassim dans son magasin. A chaque fois nous faisons ensemble le projet de l’accompagner au Cachemire. Il nous montre des photos et nous dépeint les endroits merveilleux où nous irions.
Mais les projets imaginés ne sont pas toujours immédiatement réalisables.
L’année prochaine, peut-être.

Enfin, nous descendrons sur la plage, nous fondre dans la paisible foule colorée qui déambule dans le crépuscule.
Je prendrai alors à nouveau conscience de cette humanité que j’aime tant et dont, comme tous, je suis à la fois une infime partie et le centre.
Ce sera bien.

De la bouffe

Je réponds, enfin, à l’invitation gastronomique, de Falconhill.
Je n’ai vraiment pas été rapide !
Parce qu’en ce moment je passe beaucoup de temps à m’amuser je n’ai plus le temps de bloguer.
Ce n’est pas parce que l’avenir oscille entre sombre et incertain qu’il faut renoncer à profiter allégrement du présent.
Je préconise au contraire la joie et la bonne humeur.
Ne surtout pas donner à ceux qui veulent nous écraser comme des morpions le plaisir de nous voir abattus.
Chaque minute de vie est précieuse, chaque petit plaisir est essentiel.

Et hop, la transition pour arriver à la chaine que m’a envoyée Falconhill :

Un plat que je n’aime pas :
La soupe panade de mon enfance.
Pour qui ignorerait en quoi consiste cette horreur, il s’agit d’un brouet à base de pain rassis. Je revois encore mon assiette emplie de ce liquide marronnasse dans lequel flottaient, telles des méduses (comparaison largement postérieure, en ce temps là je n’avais jamais vu de ces bestioles), de visqueux conglomérats de mie de pain.
A l’époque, les enfants étaient fermement priés de « finir leur assiette » ce qui fait que, le dégoût aux lèvres, la main tremblante et l’œil mouillé, j’ingurgitais lentement cette abomination, jusqu’à la dernière cuillérée, ou presque.
Ceci dit, la panade était (est) un plat de pauvre, mitonné avec du vieux pain quand on n’avait pas encore découvert le gaspillage.
Depuis les temps ont changé, on consomme- on consomme- on consomme- on gaspille- on jette, ce qui nous vaudra peut-être un jour, funeste, de mourir étouffés sous nos propres déchets. A Naples, ce processus est déjà entamé.

Mes 3 aliments favoris :
Du camembert au lait cru bien fait étalé sur une bonne tartine de baguette croustillante.
Une andouillette savamment grillée sur un feu de bois dans un jardin avec des potes.
Le dal (préparation à base de lentilles et d’épices) cher à Gandhiji, dégusté dans une gargote indienne.

Ma recette préférée :
Il fut un temps, aujourd’hui révolu, où je m’appliquais devant les fourneaux. Comme je suis cyclique le goût de cuisiner m’est passé comme il était venu, c’est-à-dire sans crier gare.
Mais je prépare quand même les repas quotidiens (il faut bien que quelqu’un le fasse et mes deux compagnons de vie sont encore moins portés sur la chose que moi), j’ai donc opté pour la simplicité rapide.
Ma recette préférée est actuellement celle des pâtes aux tomates fraîches,  mozzarella et basilic. Impossible à rater, frais, parfait pour les soirées chaudes.

Ma boisson de prédilection
:
L’acqua minerale frizzante italienne.
Découverte avec émotion lorsque j’avais dix ans sur la terrasse d’un restaurant italien où nous (mon papa, ma maman, ma sœur et moi) déjeunions avec nos compagnons de voyage.
Dans mon assiette il y avait des spaghettis avec une sauce bolognaise et devant moi, ô merveille, dans un petit container en aluminium muni d’un couvercle qui se levait en appuyant sur sa queue, du parmesan râpé, pâle poudre odorante.
Des années plus tard quand je suis venue vivre à Bologne, j’ai pensé « Chouette je pourrais boire de l’eau frizzante tous les jours ! ».
Mais depuis une conscience écologique m’est venue et je ne bois plus d’eau en bouteille.
Bouteilles en plastique (déchets), qui traversent l’Italie dans des camions (pollution).
Un minuscule sacrifice pour une bonne cause !

Le plat que je rêve de réaliser :
Toute seule dans une cuisine, rien !
Par contre j’aime beaucoup participer à la réalisation commune de repas, quand on se retrouve à la cuisine pour préparer des bons petits plats en buvant un verre de vin et en papotant.

Mon meilleur souvenir culinaire
:
Un gâteau à la noix de coco et au chocolat que j’ai dégusté à une soirée animée chez des amis la semaine dernière.
Une merveille
Un régal absolu dont j’ai englouti, loin de toute considération diététique, une demi-douzaine de parts.

Voili voilou, comme cette chaîne circule depuis un moment je ne sais pas qui l’a déjà faite, je passe quand même le relais à Eric (dans le Berry on dit un prêté pour un rendu :-) , à Fauvette et Marie Eve.