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Articles de décembre 2008 ↓

Gaza, seule la PAIX…

Les enfants de Gaza ne dormiront pas ce soir, ils grelotteront de peur. Le fracas des bombes résonnera dans leurs pensées, les éloignant à jamais de l’innocente tendresse enfantine. Allongés dans le noir ils chercheront, fébriles, la chaleur maternelle.
Mais la mère épuisée tremble de trop de douleur et d’inquiétude. Elle étouffe ses sanglots et prie éperdument pour que cesse l’horrible folie qui a déjà arraché à ses bras aimants un mari, un fils, un frère. Elle voudrait que ça s’arrête, elle voudrait la paix et plus passent les jours plus elle se dit que celle-ci n’arrivera jamais.

On raconte aux enfants d’Israël qu’ils peuvent dormir en paix, que les gentilles personnes qui gouvernent leur nation font pour le mieux afin d’assurer leur entière sécurité même si cela doit impliquer la mort d’autres enfants, ailleurs, dans un minuscule territoire peuplé de très méchants qui tous veulent  détruire leur pays.

A Gaza comme à Tel Aviv, les enfants grandissent dans la haine de l’autre. La haine de qui fait peur ; la haine de qui a peur.
La haine est terrible, elle détruit tout sur son passage, ne laissant que ruines, cendres et cadavres.

Seule la PAIX peut l’arrêter.

Cela ne signifie pas qu’on baisse pavillon devant certaines idéologies, on est constamment indigné devant certains faits, on cherche à comprendre, mais rien n’est pire que cette haine globale, indifférenciée. C’est une maladie de l’âme. La haine n’est pas dans ma nature. Si j’en venais (par la grâce de cette époque) à éprouver une véritable haine, j’en serais blessée dans mon âme et je devrais tâcher de guérir au plus vite.

“Une vie bouleversée”  Etty Hillesum, jeune femme juive hollandaise, morte à Auschwitz en 1943

Déclaration des voix juives pour la Paix sur les attaques de Gaza.

Comme des graines que le vent éparpille…

Pendant des générations mes ancêtres ont humblement gratté la terre du bas Berry. Fermiers pour le compte de châtelains, ouvriers agricoles, tisserands, ils n’ont jamais rien possédé d’autre que la force de leurs bras.
Au début du XX siècle la République, créant de belles écoles publiques a permis à mes grands-parents d’accéder au savoir, puis, chienne, elle a expédié les hommes au front. Le premier mari de ma grand-mère maternelle n’en revint jamais.
De retour de la guerre mon grand-père paternel, délaissant la terre, embrassa la noble profession de gendarme à cheval.
Plusieurs de ses frères et sœurs furent poussés à  l’exil. Ils partirent pour Paris, certains à pied, comme le Louis, pour y devenir maçons ou femmes de chambre avant de retourner mourir sur la terre qui les avait vus naître.
Continuant ce processus d’ascension sociale mes parents furent admis à l’Ecole Normale qui en ce temps accueillait l’élite du monde paysan, des classes ouvrières et de la toute petite  bourgeoisie, celle des employés.
Enfants de longues lignées sédentaires, ils s’installèrent, leurs études finies, dans un village berrichon où se déroula toute leur carrière.
Ma sœur y moi y passâmes une enfance paisible, ponctuée de nombreux voyages estivaux, et une adolescence ennuyeuse.

Puis nous sommes parties, elle à Paris pour y convoler avec un Japonais dont elle aura trois enfants et moi sur la côte d’Azur rejoindre un rejeton de Russes blancs, des propriétaires terriens qui passèrent en quelques mois de la richesse insolente à la misère de l’exil. Je donnai moi aussi la vie à trois enfants.

Aujourd’hui, comme des graines que le vent éparpille, nos enfants sont au loin.

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Samedi, chez mes parents qui eux aussi ont quitté le Berry et dont nous avons fêté le cinquante sixième anniversaire de mariage, toute la famille n’a pas pu être réunie. Mon fils aîné qui vit en Belgique était à Genève chez son père en compagnie de ma fille qui, elle, habite en Italie avec moi. Par contre, avec ma sœur, il y avait mes nièces, l’une venue de Kinshasa, l’autre de Londres et mon neveu parisien.
Il y avait aussi mon deuxième fils et sa compagne, née en Lorraine et demeurant à Nice avec lui. Et bien sûr, mon amoureux italien.

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En 50 ans, la physionomie de la famille a complètement changé. Nous étions des paysans, cent pour cent français, berrichons de pur souche aux sabots crottés, nous sommes devenus des citoyens du monde, enrichis de gênes japonais, russes mais aussi anglais et italiens car du coté du père de mes enfants les mélanges se sont succédés.

Par chance, je suis née au bon moment. J’aurais pu connaître le sort de ma grand-mère, veuve et mère à 16 ans, morte à 34 d’une fièvre puerpérale, quelques jours après la naissance de son cinquième enfant. J’aurais pu être contrainte d’entrer au service d’une riche famille parisienne. J’aurais pu aussi n’avoir d’autre horizon que les champs autour d’une modeste ferme du bas Berry.

Si l’ascenseur social n’a pas systématiquement fonctionné, nos enfants ont étudié, ils ont choisi les métiers qu’ils font, ils voyagent, ils sont ouverts, disponibles, curieux, joyeux.

A l’instar d’Edgar Morin, je suis convaincue que « l’homme mêlé est l’avenir de l’homme et que le métissage est l’avenir du monde, il porte en lui l’humanisme planétaire ».

Et vous, qui passez par ces pages, comment ont évolué vos familles durant ces cinquante dernières années ?

Nos valeurs communes, la liberté d’expression

Célestissima sera au repos pour quelques jours, je vous souhaite à toustes de beaux moments de sérénité et de détente.

Aujourd’hui, le billet d’une invitée, Anne.

Céleste, amie blogueuse de longue date, me propose de publier ce texte qui a été censuré sur mon blog hébergé par Arte Blog au motif que celui-ci est trop agressif.
J’ai transféré à Céleste le mail d’Arte me signifiant la mise hors ligne de mon article avec le motif invoqué.
J’avais, suite à cette censure,  aussitôt publié un autre texte purement informatif, sans commentaire, expliquant à mes lecteurs la raison de la disparition de cet article, mais Arte a récidivé en me le supprimant aussi d’office au motif que je n’avais pas le droit d’appeler à témoin.

Le texte censuré que Céleste me propose de publier sur son propre espace de façon solidaire  fait écho au sien sur nos valeurs communes et les immigrants. Parce que nous sommes sur une mauvaise voie… si pour si peu, la parole est confisquée.
Merci à toi Céleste.


“Il gèle. Les hommes au bulldozer saccagent les  fragiles cabanes des migrants, confisquent ce qui les protège du froid et les réchauds qui leur permettent de survivre, les laissent nus et vulnérables dans l’hiver, loin de leurs terres, puis les hommes au bull vont acheter leur foie gras et leur dinde pour fêter Noël en famille.
Noël… Sainte nuit. Douce nuit. Bonne année. Le gui de l’an neuf. Les bonnes résolutions. A quoi pense l’homme au bull lorsque la cabane du pauvre hère s’écrase, que les couvertures se déchirent, que le bois brûle, sans que ce migrant n’ait rien fait ni contre lui ni contre sa nation. Comment négocie-t-il  ça avec sa conscience ?
Désobéir. Je désobéis. Désobéissance civile. Dire non. Être juste. Un juste. Tendre les clés du bull au col blanc. Allez-y vous-même. Allez vous faire foutre. ”

mise à jour le 30 décembre qu’ Anne vient de déposer dans le fil de com

“dernière info :
voici le mail que je reçois d’ARTEblog :
Message du 29/12/08 14:25
De : blogs@arte.tv
A : anne.bert…..
Copie à :
Objet : [blogs.arte.tv] - Mise en ligne d’un message

Bonjour,

Après seconde analyse, les modérateurs du site ont décidé de remettre le message suivant en ligne de votre blog lachattehuante :
- date : le 23/12/2008 à 13:38
- titre : l’homme au bull
- rubrique : pelote de réjections

Etant donné que j’avais mis un lien vers le blog de Céleste sur mon espace à la place de l’article censuré, je pense que c’est grâce à l’hôtesse de ce blog et vos commentaires, merci à tous donc.
C’est pourquoi il vaut mieux se battre là où la censure passe, et vaincre… que de leur abandonner la place”

Joli, non?

Noël, une de nos valeurs communes?

Guirlandes et champagne, saumon et foie gras, cadeaux emballés dans du papier brillant, faux Pères Noël et vraie misère, fête pour les uns, faim pour les autres, la célébration de la naissance d’un enfant que son prétendu père, un hypothétique Dieu, aurait abandonné à la folie meurtrière des hommes, s’organise dans les foyers, les villes, les magasins, les églises.

Pendant qu’une petite part de l’humanité se goinfrera à en vomir, l’autre se contentera de sa pitance quotidienne.

Pendant que des enfants de nantis crouleront sous le poids de cadeaux aussi somptueux qu’inutiles ceux des pauvres, des gueux, des misérables, rêveront en vain d’une poupée, d’une petite voiture, d’un vélo, d’un livre ou d’un stylo neuf pour simplement pouvoir écrire à l’école.

Pendant que des bambins enveloppés dans de légers anoraks de plume dévaleront joyeusement des pistes enneigées, d’autres seront confinés dans des appartements trop petits, la peur au ventre.

La peur d’être chassés, expulsés du pays où leurs parents sont venus chercher l’espoir d’une vie digne, du pays où ils ont grandi, du pays où ils vont à l’école, du pays dont ils parlent la langue.

Noël, une valeur commune ?

Non, trop d’enfants n’en verront, de loin, que les ors et les lumières.

Vous qui passez par ces pages, n’oubliez pas les enfants qui risquent d’être embarqués dans des avions pour retourner de force dans des pays que leurs parents ont fui et où les attendent la misère, l’emprisonnement, la mort.

Écrire une lettre, signer une pétition, cela prend peu de temps et plus nous sommes nombreux à les soutenir, plus leurs chances de rester augmentent.

Allez, un petit clic, c’est Noël !

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Avant de partir, allez jeter un oeil avisé à Nos valeurs communes

Auschwitz, Hiroshima et la déconstruction de l’humanité

Le plus horrible n’a pas été la souffrance physique, mais ce que cette douleur a réveillé de lâcheté chez des hommes ordinaires. L’effacement de la surface policée de la morale, l’éveil d’une abjection plus cruelle que celle d’un animal parce qu’élaborée, érigée en système où, pour avoir une chance de survivre, il faut renoncer à l’amour sous toutes ses formes, il faut déchoir. ” Primo Levi

Ma mémoire a gardé d’Auschwitz une sensation de pluie et de froid, l’image d’un ciel gris plombant les bâtiments de brique rouge. Pourtant c’était l’été, le soleil brillait et il faisait chaud.
Le froid était à l’intérieur de moi et les frissons qui hérissaient ma peau ne devaient rien à la température.
Je parcourus hébétée les allées, les enfilades de salles dont les murs affichaient les visages des victimes de la solution finale : un million trois cent mille femmes, hommes, enfants, morts de la démence nazie. Une folie horrible, absurde que je ne comprenais pas « Comment ont-ils pu ? »

Comment des êtres humains avaient-ils pu élaborer et exécuter des projets visant à éliminer plus d’un million d’autres êtres humains ?
Recycler leurs cendres pour construire des routes et leurs cheveux pour tisser des toiles ?

Les vitrines regorgeaient de ces cheveux mêlés, figés par le temps.

Comme ” Les chevelures anonymes que les femmes de Hiroshima retrouvaient tout entières tombées le matin au réveil “  Marguerite Duras, (Hiroshima mon amour)

Hiroshima, où je déambulais l’année suivante, le froid me dévorant à nouveau les entrailles.
Et la même hébétude.

Deux cents mille morts, quatre-vingt mille blessés en neuf secondes “  Marguerite Duras, (Hiroshima mon amour).
Il ne resta aucune trace des celles et ceux qui, le 6 aout 1945 à 8 heures 16 minutes, se trouvaient à moins de 500 mètres du lieu d’explosion de la bombe, à la verticale de l’hôpital de Shima, au cœur d’Hiroshima.
Rien, pas même un ongle ou un cheveu.

C’est comme si le désastre d’une femme tondue à NEVERS et le désastre de HIROSHIMA se répondaient, EXACTEMENT. ” Marguerite Duras (Hiroshima mon amour).

Comme si les morts d’Hiroshima et ceux d’Auschwitz se répondaient, exactement.

Sur les dalles du camp d’Auschwitz il était écrit :
Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants, en majorité des Juifs de divers pays d’Europe, soit à jamais pour l’humanité un cri de désespoir et un avertissement. Auschwitz - Birkenau 1940 - 1945
Et moi, naïve jeune fille, j’avais cru que cet avertissement aurait suffi. Que les hommes, en descendant dans les tréfonds de l’horreur, de l’inhumanité, auraient compris que plus jamais telles monstruosités ne devraient être commises.

Plus de trente ans après je regarde le monde : les enfants des survivants de l’holocauste s’acharnent cruellement contre un peuple qu’ils ont parqué dans un territoire qui se réduit comme peau de chagrin, à Guantanamo,  ceux des anciens sauveurs de l’Europe, les GI’s mâcheurs de chewing gum, détiennent et torturent  illégalement depuis des années de misérables fantoches, partout la haine se répand, se vautre, ici on massacre, ailleurs on torture ou l’on rafle et tandis que l’on désigne de nouveaux boucs émissaires, l’occident sombre dans la pire crise économique qu’il ait jamais connu et dont peut-être il ne se relèvera pas.

Je m’étais trompée, la déconstruction de l’humanité continue.

Il faut donc nous méfier de ceux qui cherchent à nous convaincre par d’autres voix que celle de la raison.” Primo Levi (Les Naufragés et les rescapés )