31.05.2007

Du Kerala à l’Emilie Romagne

medium_anil-monu-wedding1.jpg


Il y a deux semaines, exténués par le voyage et dépités d’apprendre que leurs deux grosses valises n’avaient pas suivi le mouvement et étaient restées coincées à Dubai, Anil et Monu sont arrivés à l’aéroport de Milan.
Fabio les a récupérés au bureau des réclamations où Monu, les cheveux encore cachés par le foulard noir qu’elle avait mis à Dubai pour ne pas déroger à la mode locale, regardait Anil expliquer, en anglais, leur infortune à un employé nonchalant.
Sini et Roy, inquiets de ne pas les voir arriver attendaient impatiemment sur le parking.


medium_arrivée_1.2.jpg
Pour qui n’aurait pas suivi l’intégralité de nos aventures indiennes, Monu est la sœur de Sini, notre amie kéralaise qui vit à Bologne avec Roy, et Anil, son jeune mari.

Venir vivre en Italie était leur souhait le plus cher. Nous les avons aidé à le réaliser. Il y a plus d’un an, après des heures de queue devant un office postal, nous avons déposé (sans trop y croire) auprès de l’administration italienne une promesse d’emploi les concernant. Berlusconi n’a pas été réélu (youpi !) et le gouvernement Prodi a régularisé toutes les demandes (il aura au moins fait ça). Suite a quoi ils ont dû accomplir d’interminables démarches auprès de l’ambassade italienne de Bombay et des autorités indiennes pour obtenir un visa.
Evidemment, quand, nous occidentaux, voulons élire domicile dans un autre pays, tout est généralement plus simple, mine de rien, ça fait une sacrée différence.

Avant de venir, ils se sont mariés, Monu, qui en réalité s’appelle Ninu, en rêvait depuis des années.

Mais comme ils sont jeunes !

Pour dire la vérité nous avons tenté, sinon de les dissuader, du moins de leur expliquer que la vie en Italie, quand on est Indien, donc basané et différent, n’est pas toujours très facile, que Sini et Roy travaillent sans cesse (50 heures par semaine passées à nettoyer des bureaux, des magasins, des écoles), que l’hiver il fait froid – « Qu’est-ce que c’est ? » a demandé Monu, en montrant le radiateur de la cuisine - que les italiens ne sont pas tous sympathiques, certains affichant même un racisme décomplexé (c’est fou cette vague actuelle de « décomplexion » des pulsions négatives) tout à fait inquiétant, et que si nous nous avions le choix nous préfèrerions, sans hésiter, vivre au pays des cocotiers que dans celui des spaghettis, mais nous avons respecté leur choix.
medium_arrivée_2.jpg

D’autant que s’ils n’avaient pas pu venir en Italie, Anil aurait dû immigrer (sans Monu) dans un pays du golf, pour y bosser sans relâche pendant de longues années.
Son père, qui a travaillé au Koweït pendant 25 ans, en avait décidé ainsi, et au Kerala, on ne remet pas en cause les décisions paternelles, on se tait et on obéit.
C’est comme ça, les hommes kéralais s’exilent volontairement dans les pays du golf, où ils se font exploiter sans vergogne.
Et moi je pense toujours à Dennis, le gentil alcoolo de Kochi qui noyait son sort dans des litres de whisky.

Ce n’est pas pour échapper à la misère qu’ils partent ainsi, laissant au pays leurs femmes et leurs enfants, non, ils ne sont pas pauvres, rien à voir avec mon copain Rapa venu à pied de Sierra Leone pour échapper à l’enfer, c’est pour faire construire une belle maison, avec du marbre dans l’entrée, c’est pour envoyer les enfants à l’école privée, c’est pour participer frénétiquement à la société de consommation.

Que reste-t-il de Gandhi ?

Deux semaines après l’arrivée des tourtereaux, Sini et Roy nous ont invités à dîner, avec quelques amies qui sont les collègues de Fabio.
Anil s’est rasé la moustache et les coups de cafard des premiers jours se sont un peu estompés. Sini me dit que dans la journée pendant que Roy et elle travaillent, ils ne sortent pas de l’appartement, mais il est vrai qu’ils sont de jeunes mariés, enfin seuls, après cinq ans d’amour obligatoirement platonique.
Ils envisagent de s’inscrire à un cours d’italien. Ils ont de la chance, Sini et Roy s’occupent d’eux. L’arrivée de Sini en Italie, fut beaucoup plus douloureuse.
medium_arrivée_3.jpg

Je demande à Anil si quelque chose le surprend. Il hésite avant de répondre non.
« And what about italian ladies ? » je désigne nos amies, qui fument, boivent et plaisantent alors que les maris sont, par choix, restés à la maison.
Il sourit. J’insiste.
« They are not like Indians ladies »
Et il a ce joli balancement de la tête qui veut dire oui.

Bonne chance Anil et Monu dans cet occident égoïste et froid, j’espère que vous saurez y être heureux.
medium_anil-monu-wedding2.jpg

24.02.2007

Des nouvelles de la « Casa delle Mamme »

medium_02-NamasteHouse.2.jpg

Depuis le 29 octobre 2006, Deepthy, Mekha, Soorya, Sunila, Jincy, Jithin, Jibin et leurs quatre mamans vivent dans la “Casa delle Mamme” un projet de solidarité que nous avons monté en Inde avec un groupe d’amis et le soutien logistique de Namaste.

Ils ont abandonné leurs huttes de palmes insalubres, et se sont installés dans une vraie maison, avec des murs en pierre, un toit étanche et des salles de bains.Chacune des mamans a apporté le peu dont elle disposait, quelques casseroles, des tissus, un miroir lézardé.
Nous voulions acheter des lits mais elles ont préféré les paillasses que l’on étale sur le sol et sur lesquelles elles dorment avec leurs enfants.
Nous voulions leur acheter un réfrigérateur, élément indispensable de notre vie, mais personne n’en a vu l’intérêt.
Les courses sont faites chaque jour, au marché, et les repas préparés entièrement consommés, autrement dit il n’y a pas de restes, et jamais de gaspillage. Le seul aliment conservé d’un jour sur l’autre est le riz cuit qui est recouvert d’eau froide durant la nuit.
Les légumes sont à la base de l’alimentation, accompagnés d’un peu de poulet, d’œufs ou de poisson. Parfois les mamans font des chappattis, galettes de farine, pour accompagner les mets.
Les menus sont établis par Namaste qui fournit le lait, le riz et la farine. Nous avons décidé de faire ainsi dans un premier temps pour éviter d’éventuelles disputes entre les mamans, qui ne se connaissaient pas.
C’était d’ailleurs bien là toute la difficulté du projet, faire vivre ensemble ces quatre femmes. Nous ne voulions pas être trop directifs, ni imposer notre manière de concevoir la vie en communauté. Aider quelqu’un en souffrance n’est pas le contraindre à accepter d’autres choix que les siens. D’un autre côté, nous avons créé cette maison pour permettre aux enfants de vivre dans de bonnes conditions, d’aller à l’école, d’être suivis médicalement, d’avoir un jardin où s’ébattre et l’estomac plein, il fallait donc s’assurer que ces objectifs étaient atteints.

medium_01-NamasteHouse.2.jpg

C’est Sasikala, qui a été chargée de superviser le projet. Elle a aidé à l’installation et passe plusieurs fois par semaine s’assurer que tout va bien.

Dans la journée les mamans vont travailler à la fabrique de cahiers de Namaste et les petits vont à l’école.

Bon, il y a eu des anicroches.

Susheela, la maman de Mekha, s’est longtemps tenue volontairement à l’écart du groupe, passant l’essentiel de son temps dans sa chambre avec la fillette à qui elle interdisait de jouer avec les autres enfants. Impossible de savoir pourquoi. Sasikala a suggéré un problème de caste. Susheela est catholique, mais même au sein de l’église chrétienne, le système des castes perdure. Il est lié au métier. Avant de venir dans la « Casa delle Mamme » Susheela ramassait les ordures et vivait sous un auvent.
La situation semblant ne pas bouger Sasikala s’est installée quelques jours dans la maison et peu à peu les choses ont évolué. Susheela a accepté de sortir de sa chambre et Mekha peut désormais jouer avec les autres.

medium_04-NamasteHouse.jpg

Mais voilà que maintenant c’est Sheeja, la maman de Jincy, Jithin et Jibin qui n’est pas contente. La quantité de travail ménager a été stabilisée en fonction du nombre d’enfants de chacune, et Sheeja s’estime exploitée. De nouveau, Sasikala va devoir intervenir.
Moralité : rien n’est simple.

Les petits par contre, vont très bien comme en témoignent les photos de la fête de Noël. Ils sont joyeux et en bonne santé.

Et leurs sourires parlent pour eux.
medium_03-NamasteHouse.3.jpg



Water, le superbe de film de Deepa Mehta, dont je vous avais parlé il y a quelques semaines a été sélectionné pour l’Oscar du meilleur film étranger. Il évoque la terrible condition des veuves indiennes, mises à l’écart dans des ashrams. Cette pratique, même si elle tend à disparaître, est malheureusement encore en cours dans l’Inde d’aujourd’hui, et la réalisatrice a été très violemment attaquée par des membres du BJP, parti hindouiste ultra conservateur. Il existe des villages de veuves où celles-ci, abandonnées de tous, survivent grâce à la mendicité. Lorsque le mari meurt les veuves sans enfants deviennent des bouches inutiles pour leurs belles familles, mais, parfois, ce sont les enfants eux-mêmes qui se débarrassent de ces mères âgées dont ils ne veulent pas assurer la charge.
Globalement, la société indienne change, mais, dans certains états ruraux, la condition féminine reste extrêmement pénible.
Comme beaucoup de femmes pauvres, les mamans que nous aidons ont toutes été abandonnées par leur mari et leur sort est misérable.
medium_medium_water_3.2.jpg

28.11.2006

Mandala

 

medium_05-india-mandala.3.jpg

Ce matin une chape de nuages pèse sur Bologne.
Le soleil est bien loin.
Alors pour lutter contre la grisaille.
Pour ne pas se laisser piéger par le stress.
Pour oublier les soubresauts stériles des politiques français.
Pour se sentir faire partie d’un tout qui est l’univers.
Pour se sentir, encore et toujours, reliés aux autres.

Quelques photos de mandalas hindous que nous avons prises dans le temple Sri Meenakshi de Madurai.

medium_02-india-mandala.jpg

En sanscrit, mandala signifie cercle magique, et il sert de support à la méditation, on l’appelle aussi yantra. Il est issu de la tradition tantrique.Comme les ondes sonores, le mandala est formé de cercles concentriques déployés autour d’un centre unique qui est l'essence du mandala, où les opposés se réconcilient, et où les contraires sont abolis.

medium_04-india-mandala.jpg

Entrelacs de formes géométriques dont les lignes s’enchevêtrent les unes aux autres, il représente le tout, l’univers. Il symbolise aussi le chemin de l’initiation, un labyrinthe ou chacun cherche sa propre voie, un voyage vers l’intérieur, là où le cosmos, les dieux et les hommes ne font plus qu’un.« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers. » SocrateSelon Jung le mandala symbolise, après la traversée de phases chaotiques, la descente et le mouvement de la psyché vers le noyau spirituel de l'être, vers le Soi, aboutissant à la réconciliation intérieure et à une nouvelle intégrité.

medium_03-india-mandala.jpg
Chacun des éléments d’un mandala possède sa propre symbolique :
- le cercle : l'univers
- le carré : le temps qui passe
- le triangle : l'union, l'harmonie, pointé vers le bas, il symbolise le Yoni
- le bleu : l'immortalité
- le jaune : la lumière
- le noir : la réincarnation
- l'or : la connaissance
- l'orange : le bien-être
- le rouge : la vie
- le blanc : l'unité
medium_01-india-mandala.jpg


Bon, je ne suis pas spécialiste. Pour écrire ce billet, j’ai effectué diverses recherches, n’hésitez pas à ajouter des précisions.

Et, en prime, une vidéo sur les temples hindous du Tamil Nadu: Madurai, Trichy, Thanjavur, Kumbakonam.

 

16.11.2006

Krishna, un dieu humain.

medium_krishna02.jpg

Comme vous l’avez sans aucun doute compris au fil de mes écrits, je suis athée et la croyance en un, ou plusieurs dieux, m’est totalement étrangère.Néanmoins, j’ai de l’affection pour certains dieux du panthéon hindou, car ce qu’ils  démontrent de profondément humain, me touche.

L’hindouisme n’est pas à proprement parler une religion polythéiste, dans la mesure ou les diverses divinités et avatars adorés par les hindous sont considérés comme différentes formes de l’Un, le dieu suprême, Brahman.Les différentes formes adoptées par Brahman, sont les seules accessibles aux humains, qui peuvent, à leur gré, s’identifier aux uns ou aux autres. Il est par contre des aspects de l’hindouisme, comme le système des castes, qui me sont insupportables. Mais il suffit de regarder la société occidentale pour constater, avec tristesse, que même si le mot « caste » n’est pas utilisé, les divisions sont bien réelles et les possibilités de passer d’un groupe social à un autre, très limitées.Donc un système de caste, hypocrite, qui ne dit pas son nom, mais qui se porte très bien, merci, et même de mieux en mieux, les inégalités allant en s’aggravant.Revenons à l’hindouisme, dans le panthéon de ses dieux, j’ai un préféré : Krishna, le dieu de l’amour, et pas seulement l’amour éthéré, non l’amour charnel, orgasmique, joyeux, qui glorifie la chair et ses plaisirs.
Il y a fort longtemps, le roi Kansa, régnait sur Mathura. Pire qu’un despote, ce roi cannibale et d’essence semi divine, semait la terreur dans son royaume. Horrifiés par ses continuelles  exactions, les dieux, Brahma en tête se rendirent en délégation chez Vishnou pour lui demander d’intervenir. Conscient de l’étendue du problème, Vishnou conçut alors un plan très élaboré.

Ayant prêté une oreille complaisante à une voix venue d’ailleurs, (d’aucuns diraient « céleste »), qui lui prédisait funestement que le fil de sa vie serait tranché par le huitième enfant de sa sœur Devaki et de son époux Varudesa, le curry monta au nez de Kamsa qui ordonna au couple de lui remettre dès la naissance les futurs fruits de leurs ébats nuptiaux.
Les six premiers nouveaux nés furent donc livrés sans hésitation au tyran qui les élimina prestement.
A la naissance du septième, le couple, qui désormais n’était plus si jeune, ne supportant plus ces sacrifices et ignorant probablement l’art de la contraception, décida de passer outre l’injonction fraternelle et de confier l’enfant à une autre épouse de Vasudeva.
Il était temps pour Vishnou de passer à l’acte. Il s’introduisit secrètement dans l’utérus de Devaki et y laissa sa semence, puis il fit de même dans l’utérus de Yasoda, une jeune gopi  (vachère). Puis il fit en sorte que les deux femmes accouchent ensemble dans l’obscurité d’une chambre et opéra une rapide substitution, le garçon que mit au monde Devaki fut glissé entre les jambes de la vachère, tandis que la fillette de Yasoda prenait place entre celles de la princesse.

Le garçon devint donc le fils de Yasoda et on le nomma Krishna, terme sanskrit signifiant bleu, ce qui explique qu’il ait, généralement, été représenté de cette couleur.

medium_krishna01.2.jpg

La fillette considérée nièce de Kamsa, fut remise au tyran qui l’élimina sur le champ, mais, avant de disparaître, la petite déesse, fille de Vishnou ne l’oublions pas, probablement furieuse de tout ce va et vient inutile, glissa dans l’oreille du roi « Fais gaffe à toi, ton meurtrier vient de naître ! »
Ivre de rage, le roi fou ordonna la destruction de tous les nouveaux nés de la contrée, mais, comme dans toute bonne légende religieuse qui se respecte un seul y échappa : Krishna.

L’enfant grandit à la campagne où sa force, sa vigueur et sa beauté valurent bientôt d’être admiré de tous, et surtout de toutes.
Lorsqu’il sortait sa flûte, les donzelles se pâmaient.
medium_krishna04.jpg
S’avisant de l’étendue de son succès et des nombreux avantages charnels qu’il pouvait en tirer il utilisa alors sans vergogne son art de la flûte pour pratiquer celui d’une autre qui, bien qu’enchantée, n’avait rien de musical.
Farceur et jamais repus par les délices de la chair, par un bel après-midi d’été, il cacha les vêtements d’un groupe de jeunes vachères qui se baignaient nues dans un étang. Suite à quoi il grimpa dans un arbre et obligea les jeunes filles à venir le supplier, dans le plus simple appareil.
Une autre fois, comme en témoignent divers tableaux, dont un se trouve dans un musée de Kochi, il réussit à satisfaire de concert et à lui tout seul, huit jeunes gopis avides qui, charmées par le doux chant de sa flûte, s’étaient jetées sur lui.
medium_krishna03.JPG

Parmi ces jeunes femmes, une eut sa préférence, la belle Radha, qui bien que mariée céda a ses charmes. De leur union naquit l’intellectuel universel, conscience de Krishna.

Lorsqu’il ne lutinait pas les gopis, Krishna menait de nombreuses batailles, contre les dieux indo-européens tout d’abord, en persuadant les vachers de renoncer Indra, le dieu de la pluie, mais de vénérer les vaches. Les bovins indiens, qui jouissent encore aujourd’hui d’un total et respect et de maintes attentions de la part de hindous, lui en sont, soyons en sûrs,  éternellement reconnaissants.
Il détrôna ensuite le cruel Ramsa, libérant ses sujets de son despotisme.

Puis il parvint à convaincre Arjun, le beau prince pandava qui avait des penchants pour le pacifisme, de prendre part à la fameuse bataille de Kurukshetra évoquée dans le Mahâbhârata.
Il conduisit lui-même le char du héros et lui enseigna les bases du karma yoga (le yoga de l’action).
medium_krishna05.jpg

Enfin, chose étrange pour un dieu du panthéon indien, il mourut, bêtement, atteint par la flèche d’un chasseur qui le prit pour un daim et qui se ficha dans son talon, seul endroit vulnérable de sa personne.
Chose encore plus étrange il resta sans sépulture, et la légende raconte que l’océan sortit de son lit pour inonder la forêt où reposait son corps.

Les spécialistes de l’hindouisme situent la naissance de Krishna bien avant celle de Bouddha car il est mentionné dans des écritures prébouddhiques notamment dans la Chandogya-Upanishad.
C'est-à-dire vers le  9ème siècle avant J.C.

Krishna est un dieu humain, imparfait, séducteur, joueur et son histoire rappelle en bien des points d’autres mythes religieux ou épiques, Hérode faisant massacrer les bébés, l’enfant conçu directement par l’être divin dans le ventre d’une mortelle, le héros au talon fragile.

C’est en cela qu’il me plaît, il est universel, il ne condamne ni ne juge, ne réclame pas l’obéissance aveugle.
medium_krishna07.2.jpg


Il est un Dieu parmi les autres.

Ou un humain parmi les autres, suivant ce que l’on en pense.

 

En cette époque troublée, où monte la haine monte, où grandit l'intolérance, où les contempteurs de la chair et les obscurantistes grondent leur rage à dominer le monde, à contraindre, à étouffer la liberté, les libertés, regardons ce qui nous rassemble, nous les humains, au lieu de focaliser sur sur ce qui nous différencie.

medium_krishna08.JPG
 
Pour raconter l'histoire Khrisna je me suis inspirée de diverses sources, j'ai retenu ce qui me paraissait le meilleur, mais d'autres versions sont possibles.

03.11.2006

Mohammed et le Président de l’Inde

medium_abdul-kalam1.jpg

Notre ami Mohammed a été reçu par Abdul Kalam, le président de l’Inde.
Vous, mes  fidèles lectrices et lecteurs qui avez suivi au jour le jour ma chronique indienne, vous souvenez vous de Mohammed ? 
Si non, et pour tous les petits nouveaux, clic là.

medium_abdul-kalam3.jpg


Donc Mohammed a traduit en français l’autobiographie d’Abdul Kalam  « Wings of fire » et celui-ci l’a convié à un entretien.

Fils de pêcheurs du Tamil Nadu, Abdul Kalam, âgé de 74 ans, est un scientifique de très très haut niveau. Il a passé sa vie dans les laboratoires indiens de  recherches militaires et spatiales et est considéré comme le père des programmes de missiles de son pays.
Voilà qui ne le rend pas particulièrement sympathique, mais, heureusement, il n’est en rien belliqueux, estimant que la dissuasion nucléaire et une forte puissance militaire sont les garants de la paix.
Opinion qu’il m’est difficile de partager, mais respectable, d’autant que d’autres aspects de se personnalité me semblent fort intéressants.
Tout d’abord il a réussi le tour de force d’être élu président avec à la fois le soutien du BJP, le parti nationaliste et fondamentaliste hindou dont les leaders les plus extrêmes sont d’une remarquable intolérance et celui du Parti du Congrès (parti de Nehru) auquel appartient l’actuel premier ministre sikh Manmohan Singh.
Ensuite, né musulman, Abdul Kalam fait preuve d’une grande ouverture d’esprit en ce qui concerne les autres religions, il lit quotidiennement la Bhagavad Gita et est végétarien.

C’est donc un homme qui rassemble, dans un pays de 1,2 milliards d’habitants, pratiquant des religions différentes et utilisant 22 langues officielles, on ne peut pas dire que ce soit un détail.

medium_abdul-kalam4.jpg

Mettant en avant la primauté de la nation sur l'individu, il a appelé l'Inde à se comporter comme un grand pays, conscient de sa force, tant économique que militaire, mais également autosuffisant : les citoyens indiens « doivent être Indiens et acheter indien » ce qui est une référence au concept traditionnel de la Swadeshi.

La quoi ?
La Swadeshi : autre économie décrite par le Mahatma Gandhi, qui n’est ni un système comme le capitalisme ou le socialisme, mais un état d’esprit, une force intérieure qui nous incite à contrôler nos désirs et à les restreindre à ce qui est accessible dans notre environnement immédiat. En gros, comme ont vécu nos ancêtres pendant des millions d’années, et on peut penser que, tout bien considéré, ils n’étaient pas nécessairement plus malheureux que beaucoup d’êtres humains aujourd’hui. L’adepte du Swadeshi achète donc en priorité à ceux qui vivent dans sa propre communauté, même si le produit local est de moins bonne qualité ou plus cher.
Quand je vois l’invraisemblable quantité de camions qui sillonnent les autoroutes européennes pour transporter, par exemple, des sacs en plastique de l’Allemagne au Portugal ou des oranges de l’Espagne à la Sicile, je me dis que cette injonction est d’un bon sens implacable.

medium_abdul-kalam5.jpg

Mais l’adepte du Swadeshi ne doit pas, selon Gandhi, rejeter un produit étranger seulement parce qu’il est étranger : la préférence communautaire, l’économie conviviale, n’ont rien d’une xénophobie.

Et Ashis Nandy, psychosociologue indien, nous dit : « Un autre modèle est possible. Il consisterait à renoncer à la puissance nationale et à accepter la frugalité. À la différence de la misère, la frugalité, est parfaitement tolérable : elle est l’essence même de la civilisation indienne. »

Enfin, comme nous l’avait dit Vinod, ingénieur à Bangalore, Abdul Kalam est un homme qui regarde vers l’avenir. Voulant transformer l'Inde en une nation développée, ses priorités sont: l'éducation et la santé, l'agriculture et l'industrie agro-alimentaire, les technologies de l'information et de la communication, le développement des infrastructures et l'autosuffisance des secteurs de base.

A ce stade là, je m’interroge, et nos dirigeants à nous, nos candidats à la présidence, regardent-ils eux aussi vers l’avenir, sont-ils des visionnaires ?
Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai comme un doute…

Pour le reste je ne sais pas grand-chose sur Abdul Kalam, j’attends de lire la traduction de Mohammed, en espérant qu’elle trouve un éditeur… si d’aventure l’un d’autre vous croise sur ses pages…

medium_abdul-kalam2.jpg

J’oubliais, depuis peu Mohammed a un blog, http://mohammedsiraj.blog.20minutes.fr/ où vous pourrez faire sa connaissance et lire ses poèmes.

Et, en cliquant ci-dessous, vous pouvez le voir et l'entendre lire un poème de son cru, intitulé "Amitié"

01.11.2006

L’équilibre du monde

medium_equilibre-monde1.jpg

Le degré de civilisation d’une société se mesure à l’attention que celle-ci accorde à ses enfants et à ses anciens.
C’est ainsi.
Les uns construiront l’avenir, les autres ont bâti le passé et dans l’extraordinaire réseau qu’est l’humanité, tous ont leur place et devraient bénéficier des mêmes attentions.
Qu’en est-il dans une France qui a peur de ses enfants et qui laisse ses vieillards mourir dans des hospices ?
« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente » a écrit Aimé Césaire.
Argh ! On est en plein dedans !

La chaîne de solidarité intergénérationnelle s’est fragilisée, devenue simple fil, qu’un rien peut briser.

medium_equilibre-monde2.jpg

En Inde, le respect des anciens est fondamental. Le fils aîné hérite à la fois du patrimoine de ses parents, mais aussi de leur charge, et la cohabitation est presque systématique.

Par le passé, il en fut de même en occident, plusieurs générations vivaient sous le même toit et chacun y trouvait son compte. Mais qu’en était-il de la liberté individuelle et de l’intimité des couples ?
Il faut croire que le système ne nous convenait pas, puisque nous l’avons majoritairement abandonné et que le reprendre serait synonyme de souffrance, voire même de sacrifice. Malgré l’amour, réciproque, que je porte à mes parents et mes enfants, la perspective d’une cohabitation est inenvisageable, tant pour eux que pour moi.
Une fois la séparation accomplie, il paraît impossible de revenir en arrière.

medium_equilibre-monde3.jpg

Pourtant, chez presque tous nos amis indiens, rencontrés cet été et avec qui nous avons passés de longs et superbes moments, vivaient en harmonie plusieurs générations.
Certes, les jeunes couples ont peu d’intimité, mais il vrai aussi qu’ayant généralement fait un mariage arrangé (environ 90% des cas), ils vivent rarement une histoire d’amour passionnée et exigeante. La belle-mère, omniprésente, se comporte fréquemment en tyran domestique, mais elle peut apporter aux petits enfants soins et affection.
Au fil des ans, les anciens perdent leur pouvoir décisionnaire, ils passent la main à leur fils, au sein de la maison, dans la ferme, la boutique ou l’entreprise. Devenus très vieux, qu’ils occupent peu ou beaucoup d’espace, on les considère avec bienveillance, leurs avis sont souvent sollicités, parfois écoutés et tous les soins qu’ils nécessitent leurs sont prodigués.

Bien sûr il arrive aussi, particulièrement dans les couches les plus pauvres de la société indienne, que les parents soient abandonnés par des enfants incapables de survenir à leurs propres besoins. La situation des anciens est alors dramatique et beaucoup sont réduits à une extrême pauvreté, l’aide de l’état étant pratiquement insignifiante.
C’est pourquoi, par exemple, Namaste, a aussi créé des adoptions à distance de « nonnine », pour apporter quelques subsides à des veuves sans ressources.

medium_equilibre-monde4.jpg

Bien évidemment, l’organisation familiale indienne créé de multiples contraintes, contraintes que nous n’avons ni l’envie, ni même probablement la capacité de nous infliger, mais entre leur totale disponibilité envers les anciens et l’égoïsme dont nous faisons de plus en plus preuve, tout occupés que nous sommes à rechercher notre bonheur individuel voire même l’infantile satisfaction immédiate de nos désirs (dans certains cas extrêmes), n’y aurait-il pas moyen d’inventer un moyen terme satisfaisant pour tous ?
L’humanité, qui est un tout, a besoin de la fougue de la jeunesse mais elle ne peut le faire au détriment de la reconnaissance due aux anciens pour tout ce qu’ils nous ont apporté, par leurs luttes et leurs engagements, et même si, parfois, certains d’entre eux ont commis des erreurs.

La compréhension et l’acceptation de l’autre, quelque soit son âge, son sexe, sa nationalité sont essentielles à l’équilibre du monde.

« Enseigner la compréhension entre les humains est la condition et le garant de la solidarité intellectuelle et morale de l'humanité. »
Edgar Morin

medium_equilibre-monde5.jpg

26.10.2006

Courage les filles !

medium_femmes1.jpg

Publicité indienne :

« Payez 500 roupies aujourd’hui pour en économiser 50 000 demain»

De quoi s’agit-il ?
D’une banque qui cherche des investisseurs ? D’un organisme d’épargne ?

Non, c’est le slogan du service échographie d’une clinique privée indienne. Pour 500 roupies (10 euros), on peut connaître le sexe d’un fœtus et si, par malheur, il s’avère que c’est une fille, pratiquer un avortement.
Oui, par malheur. Dans beaucoup de foyers indiens la venue au monde d’une petite fille n’est pas souhaitée, pire, elle est indésirable et tout sera mis en œuvre pour empêcher la naissance.
Pourtant, comme nous le signale le terrible documentaire diffusé mardi sur Arte, la loi indienne interdit aux médecins d’indiquer aux futurs parents le sexe du fœtus.
Mais la corruption est telle qu’il est aisé de contourner la loi, 6 millions de fœtus féminins sont éliminés chaque année et tous les acteurs sociaux concernés y trouvent leur compte.
Le pire n’ayant pas de limites, si l’échographie n’est pas pratiquée et que naît une fillette, il arrive fréquemment que, sous la pression familiale, la mère tue l’enfant de ses propres mains, ou la laisse mourir par manque de soins, ou de nourriture.

medium_femmes2.jpg

Dans le sud de l’Inde, la situation est moins dramatique et nous avons rencontré de nombreux couples, parents heureux et aimants de petites filles. Et je dois dire qu’à chaque fois j’ai éprouvé pour eux une tendresse accrue, justement parce qu’ils n’avaient pas suivi cette horrible coutume.

Coutume ancestrale, mais dont la pratique, au lieu de disparaître, s’est amplifiée durant les dernières décennies, à tel point qu’aujourd’hui, dans certains états indiens, les hommes ne trouvent plus d’épouses et qu’il existe des villages de célibataires ou l’alcoolisme et la violence servent de défouloirs à la frustration sexuelle.
En témoigne le film « Mattrubhoomi, un monde sans femmes», réalisé par un jeune Indien de 26 ans, Manish Jhâ. Dans un village du nord de l’Inde où plus aucune femme ne vit, une jeune fille est vendue à prix d’or, par son père à un homme et à ses cinq fils. La suite est horrible.

medium_Matrubhoomi.jpg

Pourquoi cet acharnement, cruel, stupide, qui prive le pays d’avenir et contraint les hommes à la solitude?

Un dicton indien dit « La femme est sa propre dot », mais ce n’est qu’un dicton, dans la réalité la dot, bien qu’interdite depuis 1960 coûte cher, très cher aux familles et sa pratique est systématique.
Un autre dicton dit « Elever une fille c’est arroser le jardin du voisin » et celui-ci correspond mieux à la réalité. Quand une fille se marie, elle part définitivement, elle change de famille pour se mettre, trop souvent encore, au service de sa nouvelle belle-mère, qui va reproduire, sans pitié, sur elle, les exactions dont elle a été la victime lors de sa jeunesse.
En Inde, le patrimoine des parents revient au fils aîné, qui, en échange, assumera la charge de ses parents vieillissants.
Le système de retraite n’existant que pour les fonctionnaires, les parents qui n’ont pas de fils risquent de finir leur vie dans la solitude et le dénuement.

medium_femmes3.jpg

Tout cela a toujours existé, alors pourquoi le phénomène s’est-il amplifié ?

L’autre soir sur Arte, Isabelle Altané, démographe, a livré des éléments de réponse, dont celui-ci: « La libéralisation économique tend à s’accompagner d’un accroissement du fossé entre les hommes et les femmes, lorsqu’il y a des progrès, les progrès bénéficient d’abord aux hommes » et elle ajoute que les femmes ici, là bas, et partout, sont les premières victimes du chômage et de la discrimination à l’embauche.

medium_femmes4.jpg

Le spectaculaire développement économique de l’Inde ne profite pas à tout le monde et, à Bangalore par exemple, les injustices sociales m’avaient particulièrement frappée.

Le mariage, institution fondamentale de la société indienne a donné naissance à un marché, énorme, gigantesque. Pour payer les dots et les frais de la cérémonie, les familles doivent s’endetter pour des années.
Alors de nombreuses familles, toutes classes sociales confondues, choisissent de ne pas avoir de filles.

Et pourtant comme elles sont mignonnes ces petites filles aux cheveux tressés et aux grands yeux noirs. Comme elles sont douces et souriantes ces femmes bafouées, méprisées, contraintes à l’infanticide, parce que, dit un autre dicton « En éliminant une fille le prochain enfant sera un garçon. »

medium_femmes5.jpg

Et ce libéralisme galopant qu’on nous impose, dans toute son horreur économique, ce libéralisme qui ne parle pas d’être humains mais de ressources humaines, qui ne parle pas de partage mais de profit, ce libéralisme qui tue, qui enchaîne, qui contraint les indiennes, les pakistanaises, les bengalaises, les chinoises, à ne pas mettre au monde, ou à tuer des fillettes, frappe aussi en occident.

Alors nous, femmes occidentales, sommes-nous vraiment à l’abri ?

Après des siècle de soumission nous pensions avoir enfin conquis l’égalité avec les hommes, mais sommes-nous vraiment sûres qu’elle ne soit pas qu’un éphémère feu de broussailles ?

Si les difficultés économiques se multiplient, dans un monde devenu sourd et aveugle, ne serons-nous pas les premières victimes ?

Nous pouvons aider nos sœurs en poussant nos états à faire pression sur les gouvernements des pays concernés.
Nous pouvons œuvrer par le biais d’associations, il en est qui font un travail remarquable.

Les aider, c’est nous aider nous-mêmes, un monde trop déséquilibré n’est viable pour personne.

Courage les filles !

PS : les mecs, on a besoin de vous aussi, sinon, vous pourriez bien connaître les délices de la chasteté!

medium_femmes6.jpg

 

20.10.2006

La casa delle mamme

medium_house-namaste.jpg

Depuis que nous voyageons régulièrement en Asie, nous éprouvons le désir de nous poser quelque part, de défaire les valises, de nous installer, quelques semaines ou quelques mois.
C’est il y a cinq ans, à Gili Air, petite île indonésienne au large de Lombok que le projet fut le plus près d’aboutir. Nous avions engagé des pourparlers en vue de l’achat d’un terrain, à deux pas de la plage, planté de cocotiers. Nous aurions pu y faire construire une petite maison en bois et palme. Et puis il nous a manqué quelque chose, le petit rien qui fait qu’on passe à l’acte.
Le même désir de propriété s’est manifesté à nouveau au gré de nos voyages, pourquoi pas un petit appartement à Bali, au Laos, ou une cabane en Thaïlande ?
Finalement cette année, épuisés de trimbaler nos valises de train en bus et d’hôtel en hôtel, nous avons décidé de mettre le projet à exécution en achetant ou en louant une maison au Kerala.
C’est à Vellanad, lors de notre séjour à Namaste qu’est né le projet définitif.
Acheter, c’est compliqué, louer c’est simple. Va pour la location.
Mais pourquoi laisser vide dix mois par an une belle maison entourée d’un jardin, alors que tant d’enfants vivent dans des cabanes insalubres ?medium_deepthy-logo.jpg
Namaste gère des maisons familiales, les enfants y sont placés durant toute l’année scolaire, les frais sont payés par des sponsors et ils rejoignent leurs familles pendant les vacances.
C’est bien, ils sont nourris, logés, soignés et fréquentent régulièrement l’école, mais seulement voilà, ils sont séparés de leurs familles.
Pire encore, à mon sens, il peut arriver qu’un seul enfant profite de l’aide de l’association alors que ses frères et sœurs n’en bénéficient pas.
C’est alors que nous avons eu l’idée de nous regrouper avec quelques amis de façon à  héberger - dans cette belle maison que nous commencerons à louer début novembre - des femmes que leurs maris ont abandonnées et leurs enfants.
L’abandon de famille est un sport abondamment pratiqué dans le sud du Kerala (entre autre) par des hommes volages qui vont chercher ailleurs le moyen de ne plus subvenir aux besoins de leurs épouses et de leurs enfants.
Pour les femmes, souvent rejetées par les deux familles, car considérées incapables d’avoir su garder le mâle à la maison, la situation prend rapidement un tour dramatique. Le qu’en dira-t-on étant remarquablement bien organisé (comme partout d’ailleurs), le départ du mari entraîne vite des problèmes de logement et des difficultés pour trouver un travail, même humble.medium_jibin-logo.jpg

Il fut aisé de trouver quatre mères en situation périlleuse. Elles occuperont une partie de la maison avec leurs 7 enfants (5 filles et deux garçons) âgés de 3 à 6 ans. Tous les frais de nourriture, scolarité et santé seront à notre charge et les mamans auront la possibilité de travailler dans la fabrique de cahiers que Namaste est en train de créer.

Nous sommes six couples, chacun s’acquittera de 35 euros par mois.

Mais, ne nous réjouissons pas trop tôt. Les premières difficultés affleurent. Il y a quelques jours, un homme s’est présenté à Namaste, pour, a-t-il dit, « nous éviter des désillusions », il a estimé de son devoir de nous informer que l’une des mamans ne méritait pas de telles attentions car « elle couche avec des hommes ».

Ne nous sentant point investis du rôle de contrôleurs de la moralité de ces dames, il est hors de question d’attacher foi à ce genre de déclarations.
Il n’empêche que ces femmes devront vivre ensemble en harmonie et qu’elles se connaissent à peine.
De plus il n’est pas question de les assister en les infantilisant. Il conviendra probablement d’élaborer en commun un « règlement » intérieur.
medium_jincy-logo.2.jpgNous avons demandé à Sasikala d’assumer le rôle de médiatrice afin d’aplanir les problèmes.

Je pense sincèrement que c’est un beau projet, réalisable, mais qu’il faut se garder de tout idéalisme naïf.
Il y aura des disputes.
Des discussions
Des désillusions.

Mais les enfants mangeront à leur faim, dormiront dans de belles chambres, seront soignés, éduqués, ils auront des jouets et un jardin pour s’ébattre.

Et nous et nos amis aurons une pièce à notre disposition, où s’installer de temps à autre, pour partager le quotidien de la « casa delle mamme », où laisser les valises, les vêtements, les livres, nos affaires, où nous pourrons créer un petit chez nous sous les tropiques.medium_jithin-logo.jpg

Il subsiste néanmoins d’autres interrogations.
Pourquoi choisir d’aller porter secours à l’autre bout du monde, dans un pays qui est actuellement la douzième puissance économique mondiale et qui d’ici vingt ans pourrait bien être la troisième ou la deuxième ?
Quelle part de charité occidentale contient notre démarche ?
La charité n’est pas seulement chrétienne, elle est aussi et tout simplement amour du prochain et les religions, contrairement à ce qu’elles prétendent, n’ont pas d’exclusivité en la matière. Les difficultés insurmontables des femmes indiennes abandonnées nous les avons vues, nous sommes entrés dans les cabanes de palmes insalubres, nous avons entendu la respiration sifflante des enfants asthmatiques, et lu la détresse et la faim dans leurs yeux.
L’Inde sera un jour une grande puissance, mais avant que tous profitent du développement économique, il  faudra du temps, beaucoup de temps.

Et pour finir, qui puis-je donc aider, en France ou en Italie avec 35 euros par mois ?
Une goutte d’eau, une misère.
medium_mekha-logo.jpgJe peux signer des pétitions, écrire des lettres indignées, donner 20 centimes aux mendiants que je croise.

Et voter, juste, si d’aventure un candidat soucieux de soulager la misère française se présente.

Alors, « evviva la casa delle mamme ! »

medium_soorya-logo.jpg
medium_sunila-logo.jpg

10.10.2006

Que reste-t-il de Gandhi ?

medium_gandhi1.jpg

La semaine dernière fut celle de l’anniversaire de la naissance de Gandhi, le 2 octobre 1889.
Pendant nos voyages en Inde je me suis souvent interrogée sur son héritage.
Que reste-t-il aujourd’hui, dans l’Inde qui s’éveille irrésistiblement au monde, du petit homme au rouet ?
Quelles traces ont laissé sa pensée et son action ?

medium_gandhi2.jpg


D’innombrables rues portent son nom, et, paradoxe pour l’ascète qui vivait modestement dans un ashram, se nourrissant de lait de chèvre et de dal (plat à base de lentilles) et se vêtant exclusivement de dhotis qu’il fabriquait lui même avec du coton indien, ce sont les plus grandes, les plus commerçantes, les plus riches, celles où le modernisme s’affiche sous sa forme la plus échevelée.
La MG (Mahatma Gandhi) road de Bangalore.
La MG road de Chennai.
Toutes, ou presque, les rues principales des villes les plus importantes, portent le nom de celui qui préconisait de « vivre simplement pour que tous puissent simplement vivre ».
Ses statues dominent les places et les carrefours. Il est debout, il marche, sa besace sur l’épaule, son bâton de pèlerin dans la main et les orteils légèrement soulevés, en plein mouvement.
A Pondichéry les enfants grimpent sur ses pieds et se laissent ensuite glisser, comme sur un toboggan.
A Kanyakumari les gardiens du mémorial qui lui est dédié et où ses cendres furent recueillies avant d’être répandues dans la mer, harcèlent les touristes étrangers pour obtenir quelques pièces d’euros qu’ils échangeront, avec d’autres touristes, contre des roupies.

medium_gandhi3.jpg

J’ai questionné. Dans le cadre de notre documentaire, j’ai demandé à tous nos interlocuteurs qui était leur héros, un seul, Anil, m’a répondu Gandhi. Les autres ont cité des acteurs, le président de l’Inde, des hommes politiques représentant leurs opinions ou un membre de la famille particulièrement marquant.
Je dois dire que j’ai été surprise, un peu déçue aussi. Moi, occidentale, à la même question j’aurais répondu « Gandhi, le pacifiste, qui a réussi à ‘ battre sans violence l’ennemi à son propre jeu » pour bouter les anglais hors de son pays ‘ ».
Eux non.
Plus surprenant encore, au Mohamed Jamal College de Trichy, où avec la complicité de notre ami Mohammed, je fais une leçon de français aux étudiants de deuxième année, je demande « Qui sont vos héros ? »
Acteurs et musiciens indiens.
J’insiste « Et Gandhi ? »
Regards interrogateurs.
L’un deux risque « Sonia ? »
« Non, répond Mohammed, le Mahatma ! »
Soupir dans la classe, le Mahatma, bon sang, mais c’est bien sûr ! On l’avait oublié !
Oublié ? Il est partout.

medium_gandhi4.jpg

Alors j’ai continué à réfléchir, j’ai cherché des indices, j’ai lu et j’ai trouvé des éléments de réponse.
Par exemple : « La grande force de notre démocratie –mais aussi sa grande faiblesse- réside dans le peuple. Les indiens peuvent se montrer paresseux, corrompus, vulgaires ou égoïstes. Mais, pour peu que quelque chose les indigne ou que l’on contrarie leur fibre idéaliste, ils se soulèvent comme un seul homme pour donner toute la mesure de leur grandeur collective »
Tarun J. Tejpal , rédacteur en chef de Tehelka.

En Inde, depuis des siècles et des siècles des communautés religieuses différentes se côtoient, œuvrent ensemble.
Actuellement le Président de l’Union, Abdul Kalam est musulman, le premier ministre Manmohan Singh est sikh et Sonia Gandhi, la présidente du parti du congrès, majoritaire, est hindoue d’origine catholique.
Et ça marche. Avec des tensions, des émeutes, des révoltes, des complots, mais, quand même, l’Inde compte 1,2 milliard de personnes.
1,2 milliard de personnes qui toutes sont fières d’être indiennes.

medium_gandhi5.jpg

La démocratie en Inde, c’est une vieille histoire. Pour s’en convaincre il suffit de regarder le panthéon des divinités. Tout y est représenté, les éléments naturels comme l’être humain sous toutes ses facettes, le destructeur et le créateur, le grossier, le coléreux, le séducteur, la femme aux cinq maris, l’ascète et le glouton.

La pluralité est la clé de l’Inde et Gandhi, tout au long de sa vie a considéré, a aimé, les différentes communautés, il leur parlé, les entraîanat dans son sillage. Ceux qui, par milliers, l’ont suivi pendant la longue marche du sel n’étaient pas seulement hindous, mais aussi musulmans, chrétiens, sikhs, parsis.

Et j’ai réalisé que ma question n’avait pas de sens. Il est stupide de chercher les traces de Gandhi. Tous les indiens sont Gandhi et lui ne pouvait naître et agir que sur cette terre, parce qu’indien, justement.

« Les prochaines générations auront du mal à croire qu’un tel homme ait pu exister », a déclaré Albert Einstein.

Et j’ajoute : « les prochaines générations occidentales auront du mal à croire qu’un tel homme ait pu exister ».

Pour les indiens, no problem, il fait partie d’eux.

medium_gandhi6.jpg

07.10.2006

Hindouisme

medium_hindouisme1.jpg

Il y a quelques temps, j’avais écrit ce cours texte sur l’hindouisme, je vous le propose aujourd’hui car il me semble s’inscrire dans la tonalité du fil des commentaires :

medium_hindouisme2.2.jpg

D’après la cosmologie hindouiste, l’univers n’a pas de substance. La matière, la vie, la pensée ne sont que relations énergétiques, rythme, mouvement et attraction réciproque. Shiva, le dieu destructeur est considéré comme une force positive, car, après la destruction, survient la création régénératrice. Il est symbolisé par le lingam qui représente l’énergie sexuelle.

medium_hindouisme4.jpg


Le lingam haut représente le phallus, il est parfois fiché dans le yoni, représentation du sexe féminin, le petit lingam représente le clitoris (cette interprétation est contestée par des grincheux que la jouissance féminine terrorise)

Plusieurs milliers d’années avant JC (entre 5000 et 1500) les indiens avaient compris l’importance vitale de l’énergie sexuelle. Non seulement parce qu’elle donne la vie, mais aussi car elle donne naissance au mouvement et à la création.

medium_hindouisme3.2.jpg

Aujourd’hui encore, les Indiens adorent ces symboles. Même si leur sens réel a été dilué par des siècles de domination musulmane et anglaise.

Le sexe est partout, dans le ventre humide, luisant et parfumé des temples, sur leurs façades sculptées, dans les danses lascives et rythmées des femmes.


«Je comprenais pourquoi les anciens vénéraient et redoutaient l'extase sexuelle. Elle permet à chaque individu d'atteindre son propre dieu. La clé de l'univers ne repose pas entre les mains du prêtre ni du roi. La clé de l'univers repose dans le corps de l'amant ou de l'amante.»
Tarun Tejpal

Je crois, sincèrement, que notre monde occidental est au bord de l’abîme.
Mais l’Inde, millénaire, survivra.

medium_hindouisme5.jpg

 

 

Toutes les notes