24.11.2006
Gili Air, il suffira d’un rien…

Dans le jardin du « resort » nous croisons Daddy, tout de blanc vêtu, qui inspecte son bien en mâchant du bétel. Nous lui demandons un insecticide car une colonie de fourmis rouges-qui -piquent a décidé de traverser le bungalow et la salle de bains. Il hoche la tête « Ok, ok ! »
Nous passons par l’intérieur de l’île pour rejoindre la grande plage. Le bord de mer est réservé aux touristes, mais ceux-ci s’aventurent rarement dans le village qui est resté traditionnel. Les maisons dressées sur pilotis voisinent des constructions basses un peu plus modernes.

Sur le terrain de foot se dispute une partie contre une équipe de Lombok, l’enjeu est important et les supporters crient des encouragements. A côté de l’école, où nous sommes allés l’autre jour pour faire la connaissance des enseignants, des gamins imitent leurs aînés.
Entre les cocotiers le ciel semble de feu.
Puis le soleil disparaît dans l’horizon devenu rose au dessus du bleu profond de l’océan.

A Gili Air, quelque soit la période de l’année, le soleil se couche à six heures.
Nous allons dîner chez Harry, un autre fils de Daddy. Sur l’île on mange tôt, de poissons grillés qui sont exposés devant les restaurants, et que des gamins éventent pour éloigner les mouches.
Depuis peu Harry est marié, avec une fille du village. Sous la pression de la famille, qui a organisé le mariage, le séducteur s’est rangé.
Un Don Juan, Harry !Il y a deux ans, il était amoureux d’une parisienne, Magali. Elle venait souvent, lui envoyait des cadeaux. Pour la séduire, il avait prétendu être masseur. Puis Magali lui a demandé de venir vivre avec elle en France, et il a refusé. Qu’aurait-il fait à Paris ?
D’autant qu’il a déjà tenté l’expérience de l’expatriation. Avec une japonaise qu’il aimait et qu’il a suivie en terre nipponne. Au bout de quelques mois, son île a commencé à lui manquer, puis de plus en plus, elle envahissait ses pensées.
L’hiver est arrivé, il faisait froid.Et que faire de toutes ces journées, sans amis, sans la mer ?Alors quand elle lui a annoncé qu’elle était enceinte il a eu tellement peur d’être coincé à vie dans ce monde ennuyeux qu’il a pris un taxi pour l’aéroport, il est monté dans un avion et a fui à jamais.
Pourtant elle était belle et riche.
Elle vient de temps en temps sur l’île, avec un petit garçon, qui l’appelle « Daddy ».

Tout là-haut, un croissant de lune à l’envers éclaire faiblement la cime des palmiers.Quelques oiseaux nocturnes se parlent en chantant.C’est la nuit sur Gili Air.
Depuis quelques années le sort s’acharne sur l’archipel indonésien. La population connaît de grandes difficultés.A Bali, à Lombok, le tourisme, qui pendant longtemps a représenté une source de revenus importante, est en baisse, pourtant les lieux sont paradisiaques.
Les prédictions des scientifiques concernant l’avenir de la planète sont loin d’être optimistes.Les émissions de gaz des pays industrialisés provoquent un effet de serre, entraînant une augmentation de la température de la planète.Si le phénomène s’accélère, les calottes polaires fondront et le niveau des océans montera.
Gili Air est une île toute plate.
Il suffira d’un rien, quelques dizaines de centimètres, pour qu’elle disparaisse à jamais sous les flots.
Et ses habitants paieront au prix fort les conséquences d’abus, que d’autres, très loin de leur île, auront commis, par égoïsme, par bêtise, pour alimenter un système économique dont les indonésiens ne tirent aucun bénéfice.

09:30 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : gili air indonésie







