12.04.2007

La reine du canapé

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A Santeramo, tout tourne. Les délicieux tarallis friables et parfumés, les blanches « mozzarelle » en forme de boule ou de nœuds (nodini), à la délicate saveur de lait frais, les « Santermani » en voiture dans la ville et à pied autour de la « Villa », la place de la bourgade, son cœur, son âme.
Longue, plantée d’arbres, semée de bancs, et entourée par une promenade, la Villa est la fierté de Santeramo, pas tant pour son esthétique, somme toute banale, que par l’extraordinaire animation qui la caractérise.
Le matin elle accueille les jeunes mères de famille dont la progéniture exécute ses premiers pas titubants sous le regard des anciens, exclusivement mâles, qui, fièrement campés sur leurs jambes, si leur vigueur le permet, ou posés sur les bancs, palabrent, observent ou somnolent dans la tiédeur des premiers rayons de soleil.
A l’heure du déjeuner la place se vide, les « nonni » (pépés) regagnent à pas lents et mesurés la « casa » où les « nonne » (mémés) leur ont concocté l’indispensable « pasta », les typiques « orecchiette », agrémentée de tomates, de haricots verts ou de « cime de rapa » (pousses de navets).
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Vers quatre heures, après la sieste, frais et dispos, ils investissent à nouveau les allées de la Villa et se répartissent sur les bancs, l’œil aux aguets, et quand moi, l’étrangère, la « francese », compagne d’un de ces nombreux émigrés qui ont quitté le sud pour étudier dans le nord, attirés comme des abeilles par la docte Bologna, la laborieuse Torino ou l’entreprenante Milano, et qui y sont restés, souvent contraints par des exigences professionnelles et leurs racines chevillées au cœur, bref, quand je passe avec Fabio, tous les regards se braquent sur moi, sans la moindre gêne ni discrétion, et j’y lis quelque chose comme « Ma da dove viene questa qua ? » (Mais d’où elle sort celle-là ?).
Plus tard arrivent les « ragazzi » (les jeunes) et tourne vire, les garçons derrière les filles et les filles derrière les garçons. Les couples se bécotent sur les bancs, mus par des pulsions amoureuses, qu’ici, on ne tolère point dans les maisons.
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Bientôt, les hommes, ayant fini leur journée de travail, se joignent à la foule. Ils se regroupent pour discuter, arpentent les allées, lorgnent les jouvencelles qui pépient et s’esclaffent pour un rien. Quelques familles en goguette, Monsieur, Madame et les enfants, tournent elles aussi dans soir désormais tombé.
Et la promenade collective se prolonge ainsi dans la nuit. Ils dîneront après, vers 10 heures, ici, on a le temps de flâner, on a gardé de l’occupation espagnole le goût de la promenade nocturne et des repas tardifs.
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En cette matinée du jour de Pâques, à la Villa, tous les Santermani se pavanent. Les hommes ont sorti de l’armoire les costumes sombres et les cravates bariolées, les femmes les robes à froufrou et les escarpins à talons.
Quant aux jeunes, ils sont habillés comme leurs congénères du nord les soirs de discothèque, pantalons en tissu brillant et paillettes.
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Je note au passage que le jean dégoulinant sur la pente descendante des fesses, tant prisé par les petits Bolognais n’est pas encore arrivé à Santeramo. Dans le sud, ce sont les femmes, les mères, qui veillent à l’habillement des hommes et leurs critères sont plutôt stricts.
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La foule bruisse et se meut, comme une rivière paisible. Les cloches de l’église égrènent quelques notes. Les enfants se poursuivent en riant.
On vit bien à Santeramo in Colle.
L’air y est sain.
Mais surtout, il y a du travail, ce qui dans le sud de l’Italie est assez rare.
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En 1959, Pasquale Natuzzi, un petit malin, natif de Matera, une ville voisine, a monté à Santeramo une petite fabrique artisanale de canapés. Portée par le sens naturel des affaires de son créateur et des conjonctions économiques favorables, l’entreprise, nommée Divani & Divani, a rapidement connu une expansion fulgurante et internationale. Elle s’enorgueillit d’être cotée à Wall Street et est considérée comme le numéro 1 mondial du canapé.
Les divans, fabriqués dans 11 usines italiennes, une brésilienne, une roumaine et deux chinoises sont exportés dans le monde entier, mais le siège principal est resté à Santeramo, assurant à ses habitants une richesse inusitée dans cette zone des Pouilles, car tous et toutes travaillent, directement ou indirectement, pour Natuzzi.
Alors Santeramo fait la belle et qu’importe que les « mozzarelle » de la toute proche Gioa del Colle soient plus réputées, ici, on a un emploi, une voiture neuve et lorsqu’arrive la saison des mariages, de Pâques à Septembre, on ne lésine pas sur les dépenses.
Mais les esprits chagrins et pessimistes s’inquiètent, des rumeurs de délocalisations circulent entre les arbres de la Villa, dans les ruelles bordées de maisons blanches, sur les terrasses des boucheries où l’on se régale de viande grillée.
Si Natuzzi part, le chômage sera au rendez-vous, et la ville, meurtrie et abandonnée devra tourner au ralenti.
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Et vous, connaissez-vous la région des Pouilles ?
Avez-vous des souvenirs ou des anecdotes ?