fabio-claudine

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Démasqués

Comment Patrick, le suiveur des choses, a-t-il deviné la vérité ?
Je ne sais mais elle là, sous vos yeux ébahis.

Et oui, Fabio et moi ne sommes pas seulement deux gentils quinquas férus de voyages, la main sur le cœur et le sourire en bandoulière, toujours prêts à secourir la veuve et l’orphelin.

Soucieux de soulager la misère d’autrui, certes, mais l’arme à la main.

Tremblez, suppôts corrompus des pouvoirs iniques!

Céleste Devi et Don Fabio de la Vega

Comme une caresse, rencontre muette

Elle est entrée la première, portant dans ses bras minces un gros chat persan gris. Il la suit de quelques pas.
Machinalement les clients du bar les regardent passer.
Elle, vêtue de lainages informes empilés les uns sur les autres, le caleçon plissant aux genoux, les traits fins de son visage terne, le gros chat somnolant contre sa poitrine plate.
Lui, les cheveux gris noués en un maigre catogan, paupières lourdes, joues mal rasées et un invraisemblable pull arborant un énorme drapeau anglais.

Elle pose délicatement le chat sur la banquette. Il relève fièrement la tête pour observer ce nouvel environnement. Il nous toise d’un regard sans tendresse, nous ses voisins de tablée.

D’une main lasse elle fait signe à la serveuse. Elle n’a pas besoin de parler pour que la fille dépose sur leur table deux verres de whisky et une corbeille emplie de chips.
Ils boivent en silence.

Renato dit qu’ils viennent tous les soirs, qu’ils sont alcooliques, que lui, avant, il était chirurgien, mais qu’il a eu des problèmes, que l’hôpital l’a viré et qu’on ne sait pas qui des deux a entraîné l’autre.

Autour de nous le bar porte les stigmates de l’affluence quotidienne. Le sol est taché, les chaises en désordre. Derrière le long comptoir, le barman regarde sur la terrasse rire un groupe de jeunes femmes. Avec un peu de chance dans deux heures il pourra fermer, rentrer chez lui ou aller se distraire dans un autre lieu, plus nocturne, avec de la musique et des filles. En attendant il met un CD de Philip Glass.
La musique colle parfaitement aux images.

J’aime les bars et particulièrement celui-ci. Si je n’avais rien d’autre à faire je pourrais y passer du temps. A regarder. A écouter.

Je prends quelques photos, de mes amis, de la salle. J’essaie de capter le reflet du comptoir dans le miroir qui me fait face.

Elle tourne la tête vers moi. Nos regards se croisent. D’une mimique je lui demande si je peux photographier son chat. Elle acquiesce, impassible, d’un lent mouvement de tête.

Mais le chat a tourné le cou et son profil boudeur se confond avec son pelage exubérant.

Plus tard elle se lève,  ramasse mon écharpe rouge qui était tombée sur le carrelage maculé, la pose sur le dossier de ma chaise. Sa main effleure mon épaule, comme une caresse. Elle retourne s’asseoir et mon « grazie » s’adresse à son dos.
Elle finit son verre.
Lui aussi.
Elle va payer.

Je voudrais lui sourire mais son regard m’échappe. Elle reprend le gros chat gris dans ses bras, se dirige vers la porte. Il la suit.
Sans un mot.

Puis l’obscurité les happe.

Marché et marché

C’est drôle comme un seul mot peut cacher des réalités différentes.

Marché : lieu public où une réunion de commerçants vendent des denrées, des articles d’usage courant ou de la brocante. (Encarta)

Ce marché là, cœur de la cité, je l’aime.
Je m’y précipite quand j’arrive dans une ville inconnue. Je me remplis de ses bruits de ses odeurs de ses saveurs. Le marché est vivant, coloré, humain.
Qu’il déborde de marchandises ou qu’il n’offre que quelques étals pauvrement garnis, il indique avec précision les conditions de vie des habitants du lieu.

Au marché la parole circule, elle établit les termes de la transaction entre celui qui vend et celui achète.

Sur les marchés lointains le marchandage est souvent de mise. Il faut alors négocier, s’impliquer dans un échange verbal animé dont on est jamais sûr de sortir vainqueur mais qui créera un lien éphémère entre les deux parties. Il se termine par un accord. Chacun y trouve son compte. C’est bien.

Ce marché là existe depuis toujours. Il permet au producteur de vendre ses produits, au revendeur de gagner sa vie, à l’acheteur d’acquérir ce dont il a besoin pour vivre, ou simplement envie.
On aurait pu en rester là.

Mais non, l’homme, animal avide toujours soucieux de compliquer les choses simples afin d’en tirer des bénéfices accrus, du moins le croyait-il dans un premier temps, n’a pu s’empêcher de dévoyer le concept de « marché ».

Il a inventé le marché financier, le marché boursier, monétaire ou que sais-je encore.
Il le définit comme un lieu virtuel conçu comme un espace commercial d’achats, de ventes ou d’échanges (de biens, de services ou de capitaux). (Encarta)
Virtuel !
J’imagine alors des milliers, de millions de devises qui traversent l’espace d’un bout à l’autre de la planète. Comme des comètes devenues folles elles tournoient au dessus de nos têtes avant de finir va savoir où, dans quelles poches déjà garnies alors que le marché, le vrai, l’humain voit ses prix exploser et ses étals se vider.

Et maintenant voilà que le marché virtuel perd de l’argent, des sommes insensées, pour moi inimaginables, paumées, envolées, disparues… pschittt !!

Une poignée d’individus dégénérés, car ayant perdu le sens de l’humanité, se permet de jouer avec des millions de dollars ou d’euros comme les enfants des pauvres le font avec des bouts de bois.

Des apprentis sorciers qui condamnent sans vergogne une partie de l’humanité à la faim.
Sans se soucier des conséquences.

Tout va mal dans les sphères financières. L’économie mondialisée sera-t-elle sauvée ?

Qu’elle le soit ou non, le paysan continuera à déposer ses fruits et ses légumes sur un étal, à interpeler le passant en lui vantant les vertus de ses courgettes, à les échanger contre quelques pièces de monnaie, la femme du pêcheur proposera ses poissons, le petit artisan l’objet qu’il a fabriqué.

Le marché, le vrai, survivra.

Vieillir

Parfois d’un poème il ne reste qu’un vers. On a oublié les autres mais celui-ci s’est accroché à la mémoire.
Il surgit à l’improviste, s’installe dans les pensées. Coupé de son contexte il prend le sens qu’on lui attribue, devient l’écho de préoccupations, de tourments ou de joies intimes.

« La chair est triste, hélas! Et j’ai lu tous les livres. » m’a longtemps taraudée.
J’y voyais, à tort par rapport à l’intention de Mallarmé qui a écrit le poème « Brise Marine » dans sa jeunesse, un désenchantement apporté par les ans.
Dans mon esprit encore jeune, avide de sensations et de découvertes, ce vers symbolisait la vieillesse.
Il m’obsédait et m’effrayait.
Perdait-on en vieillissant le goût de la vie ?

Je pensais à ma grand-mère ronchonne vêtue de gris. A ses lamentations, à ses saillies acides.

Puis les années se sont accumulées et le vers de Mallarmé a cessé de me hanter.

Comme j’ai aimé être enfant, j’aime vieillir.
Entre les deux, le parcours fut agité, irrégulier, compliqué. Je me suis perdue, longtemps cherchée et enfin retrouvée alors que de fines rides prenaient possession de mon visage.
Ma peau est le parchemin de ma vie.

Mes enfants sont adultes et même s’ils sont toujours au cœur de mes pensées ils n’en sont plus l’unique objet. Ils font leur vie et je fais la mienne.
J’ai adoré les regarder grandir, se transformer, devenir qui ils sont.
J’ai contemplé le monde autour de moi et l’ai vu changer d’année en année. J’aime le recul que donne l’âge.

Et surtout j’ai des souvenirs, une infinité de souvenirs. Je peux à tout instant piocher dans ma mémoire, au hasard, comme dans un jeu de cartes, pour en extraire une pépite de bonheur.
Des rires, des frissons, des baisers, des câlins, des senteurs, des saveurs, des discussions, des aubes joyeuses, des notes de musique, des regards fulgurants, des promenades sous les étoiles, des visages amis qui me sourient, le léger poids d’un bébé contre mon sein.

Parfois je choisis de délaisser les souvenirs heureux pour me rapprocher des zones sombres de ma mémoire. J’avance doucement, prudemment, vers les réminiscences des souffrances.
J’avais, afin de me protéger, voulu  laisser s’enfouir dans l’oubli des pans entiers de ma vie.
Je sais désormais qu’il me faut les retrouver.
Parce qu’ils  appartiennent à mon histoire et qu’ils ont entrainé dans leur bannissement les beaux moments qui leur étaient liés.

La chair ne m’est pas triste et il me reste une extraordinaire quantité de livres à lire, de voyages à faire, d’amis à rencontrer.

Délivrée des caprices hormonaux mon humeur est plus douce, plus sereine. Les années ont poli mes exigences égoïstes, mes emballements tempétueux, mes certitudes péremptoires. J’ai appris le doute et la patience. D’avoir beaucoup lu, regardé, écouté, réfléchi je suis moins sotte aussi. C’est agréable d’avoir un peu de culture !

Et j’ai retrouvé en moi, vivace, espiègle, curieuse, la fillette que je fus. Elle me sourit et me dit : « C’est bien, tu ne me trahis pas, je suis contente !».

D’un livre à l’autre, d’un blog à l’autre

Histoire de chaîne:
Celle-ci m’a été envoyée par Wajdi et j’en suis très contente.
Contente parce que dans ma vie quotidienne, je n’aurais jamais rencontré Wajdi.
Contente parce que le blog de Wajdi est très différent du mien.
Il y dépeint l’univers dans lequel il vit, y raconte des souvenirs, récemment un très beau texte sur « la trouille au ventre de ne pas savoir lire » quand il était au CE1. A l’époque où il fréquentait cette classe, j’étais de l’autre côté de la barrière. Souvenirs complémentaires.
Il a son style à lui, vivant, coloré, sincère.
Jeune homme, homme jeune je ne sais pas, mais je sais que son ton me plaît.

Venons à la chaîne :

1- Citer le tagueur.
Mission accomplie.
2- Indiquer le règlement.
Le voici le voilà.
3- Choisir un livre, l’ouvrir à la page 123.
J’ai donc choisi, parmi certains de mes livres préférés, celui qui m’offrirait à la page 123 un extrait que j’aurais envie de partager avec vous. Ça n’a pas été si facile, même d’excellents ouvrages peuvent comporter 5 lignes prises au hasard n’offrant pas le moindre  intérêt.
Heureusement il y a des valeurs sûres !
4- Recopier à la 5ème ligne, les 5 lignes suivantes.

“Le plaisir pris sans réserve à la vie est le meilleur garant contre ce qui convainc de la détruire. Favoriser dès l’enfance la jouissance des êtres et des choses introduira dans les mœurs plus de changements heureux que prôner, avec l’angoisse de ne pas être entendu, la protection de la flore, de la faune et du milieu humain.”

5- Indiquer titre, auteur, éditeur, année d’édition.

« Nous qui désirons sans fin »
Raoul Vaneigem
Folio actuel  Gallimard  paru en 1996

6- Taguer 4 personnes.
Là c’est toujours difficile !
D’abord j’ai l’impression que cette chaîne tourne depuis un bon moment ce qui fait que beaucoup d’entre vous ont certainement déjà  été sollicités.
Ensuite il y a ceux qui ne participent jamais.
Et ceux qu’on a peur de déranger parce qu’ils écrivent des trucs sérieux et qu’on ne sait pas trop comment ils vont prendre l’invitation.

Bon, courage, je me lance : je refile le truc à une blogueuse et trois blogueurs que j’aime (liste non exhaustive bien sûr!), comme ça si vous ne les connaissez pas encore vous pourrez découvrir ce qu’ils écrivent :  La SardineDomMarc, Joël