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5 novembre 2008 — Au jour le jour, Souvenirs souvenirs
Le catalogue automne-hiver, nous le trouvions fin août, dans la pile de courrier qui nous attendait à notre retour de vacances. Il annonçait la chute des feuilles, les champignons dans les sous-bois, la blancheur du givre sur les champs, et tout au loin, Nöel…
Ses pages, impatiemment tournées, proposaient des appareils électroménagers, des radiateurs et des poêles, des skis, de la vaisselle, des draps et des couvertures, des télés, des radios et… des jouets !
Le catalogue printemps-été pointait ses feuilles fin janvier, alors que le précédent, usé par les manipulations, avait été délaissé dans un tiroir. Il nous portait vers le soleil. Nous savions alors que bientôt les jonquilles du jardin fleuriraient, que nous irions nous promener dans le bois, que soirées deviendraient extraordinairement longues et qu’enfin nous accrocherions la caravane à la 404.
Ses pages, impatiemment tournées, proposaient des appareils électroménagers, des cannes à pêches, de la vaisselle, des draps, des glacières, des télés, des radios et… du matériel de camping !
A Parnac, il n’y avait pas de magasins et pas grand chose à voir : quelques maisons, un carrefour à plusieurs pattes, comme une araignée, avec une moche croix rouillée au milieu, plantée sur une espèce de promontoire en pierre rafistolé de ciment, la place déserte du monument aux morts devant l’église et, en face de la fenêtre de ma chambre, une cour de ferme mal entretenue.
Même si ma vie n’était pas ennuyeuse elle pouvait être monotone, et la moindre distraction était toujours la bienvenue.
Mes parents étaient économes et avisés, ils achetaient peu et généralement à la Camif. Par commodité, mais surtout par conviction. La Camif, c’était une coopérative, on pouvait avoir confiance, ça n’avait pas été créé pour enrichir une poignée d’individus mais imaginé par un instituteur, Edmond Proust, afin d’alimenter un fond de solidarité pour les adhérents de la Maif et permettre à ses collègues d’aménager leurs intérieurs et leurs loisirs en dépensant le juste prix.
La Maif, mutuelle d’assurance des instituteurs de France avait été fondée avant la guerre par le même brave maitre d’école.
Etre adhérent permettait de faire des achats à la Camif, par correspondance, ou au magasin. En cas de bilan annuel suffisamment positifs les adhérents bénéficiaient de ristournes.
Impeccable !
Lorsque nous allions camper sur l’Atlantique, la caravane sautillant joyeusement sur le bitume, nous nous arrêtions à Niort, au magasin.
D’abord il était dans le centre, un peu étriqué, puis il s’est déployé, dans la banlieue, superbe au milieu d’un immense parking plein de caravanes. J’observais avec attention ceux de leurs occupants qui étaient nantis d’enfants de mon âge en espérant que le hasard nous conduirait dans le même camping. Cet espoir alimentait alors mes rêveries de Niort jusqu’à la première apparition de la mer dans ma fenêtre, à l’arrière de la voiture.
Et c’était possible car nous n’allions pas poser notre appendice mobile n’importe où, mais dans un camping du GCU. (Je vous en reparlerai.)
Et puis le temps est passé. Le capitalisme, le consumérisme et le libéralisme sont venus. Ils ont observé, écœurés, ces mutuelles et ces coopératives qui n’enrichissaient personne et qui faisaient de la concurrence aux gentilles entreprises privées.
Les conditions de travail des employés étaient très bonnes, ils avaient l’esprit d’équipe, se sentaient impliqués, ça a peut-être agacé…
Le marché a changé, les enseignants aussi.
La direction de la Camif a perdu la tête.
Toujours est-il qu’il y a deux ans le fonds Osiris Partners (fonds français alimenté par des capitaux américains) est devenu propriétaire de la majorité des parts de la société Camif particuliers.
Et lundi, le 3 Novembre, Camif particuliers (780 salariés) et Camif S.A. (200 salariés) ont été respectivement placés en liquidation judiciaire et en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Niort.
980 salariés !
C’est dégueulasse !
C’est infect, c’est la fin brutale, idiote, cruelle de la réalisation d’une belle idée.
D’une idée de partage, de solidarité, de confiance.
Et pourtant, je pense que c’est par là, qu’il faut recommencer…
A lire le très bel article de Annick Cojean dans le Monde
24 octobre 2008 — Au jour le jour
Arraché.
Ils t’ont arraché à moi.
Arraché à mon corps, à mes bras, à ma peau.
Ma peau si blanche sur l’ébène de la tienne.
Je posais au réveil ma tête sur ton ventre soyeux .
Nous restions ainsi, suspendus à la douce léthargie matinale.
Tu caressais mes cheveux, mes doigts jouaient sur ta peau.
Parfois tu te dégageais doucement, roulais sur moi. J’arrimais mes jambes à tes hanches pour t’accueillir dans ma chaleur et nous ne formions plus qu’un seul corps qui tanguait et roulait.
Comme une feuille sur l’onde.
Et je croyais alors que rien ni personne ne pourrait nous séparer.
Arraché.
Ils t’ont arraché à mon corps.
Devenu béance inutile, mon ventre vide de toi se chiffonne et se tord.
Des spasmes glacés me transpercent, révulsent mon estomac, hachent mon souffle. Les larmes ont tracé des rides sur mes joues et mon sourire s’est éteint.
Hier nous étions deux. Aujourd’hui je suis seule.
Et ton nom que je crie rebondit sur les murs, lacérant le silence.
Arraché.
Ils t’ont arraché à mes bras.
Je t’ai attendu au-delà des heures, au-delà du temps. Je t’ai cherché dans les rues. J’ai sillonné la ville et interpelé des passants. J’ai sonné aux portes de tes amis. Ils m’ont parlé de la rafle.
Une banale descente de police, des immigrés sans papiers jetés dans des camions. Embarqués dans des avions.
« Retour à l’envoyeur, m’a dit un policier indifférent. C’est comme ça ma petite dame. C’est la loi ! »
Arraché.
Ils t’ont arraché à moi pour t’expédier vers un pays où t’attend la prison ou la mort.
J’ai mal à hurler, à me cogner contre les murs, à labourer mon corps de mes ongles pour avoir l’illusion que cette douleur là me fera un instant oublier l’autre, insoutenable, celle de ta disparition.
« T’en fais pas, disais-tu, je suis en France depuis longtemps, j’ai fait toutes les demandes, je serai bientôt régularisé. »
J’ai écrit ce texte pour tous les couples que l’Etat français sépare, envoyant souvent vers l’enfer ceux qu’elle a rejetés.
Les amoureux au ban public
Réseau Education Sans Frontières
Des ponts pas des murs.
18 octobre 2008 — Au jour le jour, En Italie
Dans le local la chaleur est intense.
Il est 21 heures et les clients se pressent au comptoir pour acheter des parts de pizzas « al taglio ».
Ni bonnes ni mauvaises, fabriquées avec de la pâte surgelée fournie par la chaine propriétaire de l’échoppe et qu’un homme vêtu de blanc aplatit, garnit, enfourne, aplatit, garnit, enfourne, aplatit, garnit, enfourne…
A la caisse un Pakistanais en chemise claire. Ses gestes sont précis, son visage impénétrable. Il encaisse, rend la monnaie, évalue peut-être dans sa tête les bénéfices du jour, les comptes qu’il faudra rendre.
Derrière la vitrine qui expose à l’appétit des clients de grandes plaques de pizzas fumantes, une femme en sueur, blême malgré la chaleur, distribue les morceaux déjà payés.
Les mouvements mécaniques et le regard absent.
A chaque client, d’une voix monocorde qu’effleure un léger accent slave, elle propose de réchauffer la portion.
Puis elle la glisse sur une petite pelle en fer, l’enfourne dans le micro-onde et se tourne vers un nouvel arrivant.
Elle est exténuée, des mèches blondes s’échappent du ridicule couvre-chef au nom du magasin qui cache son chignon, son menton tremble légèrement.
Ses mains aussi, des mains potelées, comme son corps, trop lourd, trop vieux pour être ainsi traité.
Alors elle serre les dents, courage, il faut travailler, travailler, travailler, travailler, travailler, travailler, travailler…
11 octobre 2008 — Au jour le jour
Le mot est à la mode.
Méfiance.
Un mot ne devient pas tendance par hasard, mais parce que les médias dominants manipulés par les politiques au pouvoir eux-mêmes manœuvrés par les puissances financières et économiques internationales, nous le serinent à longueur de temps.
Car derrière le mot se cache bien sûr le concept : l’extrémisme.
Tremblez braves gens !
L’extrémiste, dit mon Petit Robert, est le partisan d’une doctrine poussée jusqu’à ses limites, ses conséquences extrêmes.
Les français qui ont lutté contre l’occupation allemande ou les partigiani italiens furent en leur temps des extrémistes.
La liberté, ils l’ont gagné par les armes.
Ils sont considérés comme des héros.
On les appelle des résistants.
Mais les allemands, embarqués dans leur délire criminel et expansionniste n’utilisaient pas le terme « résistant », ils lui préféraient celui de « terroriste ».
Appellation que l’on applique aujourd’hui, par exemple, aux résistants palestiniens qui en ont ras la keffieh de la main de fer israélienne qui griffe et enserre, étrangle leur territoire et ses habitants.
Question de point de vue, l’on peut partager celui de l’oppresseur ou celui de l’opprimé.

Dessin gracieusement emprunté au site d’Attac Paris19
Les hautes sphères de l’économie, de la finance et de la politique étant en train de prendre une raclée d’une violence stupéfiante, il y a fort à parier qu’incapables de reconnaître leur propre responsabilité, éclatante, dans la débâcle, leurs représentants vont redoubler d’énergie pour désigner à la foule des coupables, des boucs émissaires : les extrémistes.
Pour des gouvernements de droite qui putassent volontiers avec des partis se proclamant racistes, xénophobes, fascisants il est évident que l’extrémiste à abattre sera de l’autre côté de l’échiquier politique.
Haro sur l’extrême gauche !
Diabolisation de ses représentants.
Les mêmes gouvernements, désireux de renvoyer leurs ressortissants dans les jupons de la sainte église catholique afin de mieux pouvoir les contrôler (les ressortissants, pas les jupons), ne se privent pas d’attaquer la laïcité. Il y a quelques semaines, l’inénarrable Kosciusko -Morizet allant même jusqu’à dénoncer « l’extrémisme de la laïcité ».
Ce serait drôle si ce n’était qu’une bourde, malheureusement ce n’en est pas une.
Assimiler les défenseurs de la laïcité à des extrémistes est une véritable attaque à la constitution.
Article 1er : « La France est une république laïque ».
Pas une bourde, mais un élément d’une stratégie de diabolisation de tous les partis politiques et de tous les individus se situant à la gauche du PS. Les principaux cadres du PS ayant choisi de se bouffer le nez en se vautrant dans la mollesse poisseuse du centre, cela revient à dire que quiconque exprime des idées anti libérales, anti capitalistes, anti racistes, laïques, athées est un extrémiste.
Donc un terroriste potentiel.
Tremblez brave gens !
La crise continuant à gronder (ce n’est qu’un début, attendons-nous à des fracas assourdissants), la nécessité gouvernementale de désigner des ennemis va dramatiquement croître.
De leur optique, il sera hors de question de s’acharner sur les vrais fautifs (leurs potes), et il sera urgent de détourner l’attention du peuple – va savoir ce qui se passerait si les gueux, aigris par la faim, la pauvreté et l’incertitude de l’avenir, réalisaient que tous ensemble ils forment une puissance invincible.
Et l’ennemi, le vilain, le méchant, le barbu, ils le connaissent déjà.
Ça fait des années qu’ils le montrent du doigt.
Des années qu’ils dénoncent les « dangers de l’antiracisme ».
Ne tremblez pas braves gens, ouvrez vos yeux et vos oreilles, délivrez-vous des sirènes maléfiques, regardez le monde, vous en êtes une parcelle et son avenir est entre vos mains.
Les messages des anciens Hopis se terminaient par cette phrase :
« Nous sommes ceux que nous attendions. »
“Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde.” Gandhi
5 octobre 2008 — Au jour le jour

Comment Patrick, le suiveur des choses, a-t-il deviné la vérité ?
Je ne sais mais elle là, sous vos yeux ébahis.
Et oui, Fabio et moi ne sommes pas seulement deux gentils quinquas férus de voyages, la main sur le cœur et le sourire en bandoulière, toujours prêts à secourir la veuve et l’orphelin.
Soucieux de soulager la misère d’autrui, certes, mais l’arme à la main.

Tremblez, suppôts corrompus des pouvoirs iniques!
Céleste Devi et Don Fabio de la Vega