Articles classés dans 'Journal intime' ↓
1 avril 2009 — Au jour le jour, Journal intime, Récits
De la grande salle du Negresco ce soir-là, je me souviens seulement de l’éclat de l’argenterie, des voilages aux fenêtres, et d’un incessant ballet de vestes blanches.
Autour de la table ronde ornée en son centre d’une luxuriante composition florale, nous sommes quatre : mon mari d’alors, son frère et un ami de celui-ci. C’est un gros homme à la mine sanguine et au verbe haut. Dans son pays il fut ministre. Je le rencontre pour la première fois. Son arrivée m’a été présentée comme un évènement notable, synonyme de coûteuses libations dont il assure entièrement les dépenses grâce à l’ingénieux système des « notes de frais ». Lire la suite →
31 janvier 2009 — Journal intime, Récits, Souvenirs souvenirs

Printemps 1975
Un ministre dont je ne connais que le nom a préparé une réforme et nous, les lycéens, n’en voulons pas.
Depuis deux jours, la fièvre agite le lycée Pierre et Marie Curie de Châteauroux, on palabre dans les couloirs, on rédige des tracts et on néglige les cours. Je ne sais pas grand chose sur la future loi mais je ne vais certes pas laisser filer une si belle occasion de m’amuser. Lire la suite →
1 novembre 2008 — Journal intime, Souvenirs souvenirs
C’est la Toussaint et il fait froid. Un froid piquant qui s’immisce sous ma jupe plissée et rougit mes genoux.
Les sombres gravillons de l’allée du cimetière crissent sous nos pas. Ma grand-mère dépose des hortensias sur les tombes. Aigurande est le berceau de ma famille paternelle. Ils y sont tous enterrés : les parents, les frères et sœurs déjà disparus, les oncles, les tantes. Des dizaines de personnes que je n’ai jamais connues, dont je me fiche complètement mais à qui, chaque année, nous dédions ce rituel.
Le jour des morts.
Tandis que ma grand-mère émet des remarques désobligeantes sur le peu de soin apporté à certaines tombes « Si c’est pas malheureux! », ma mère fronce le nez d’un air agacé, mon père se balade dans ses pensées, ma sœur boude et pour avoir l’air solennel mon grand-père fait sa tête de gendarme.
Après le cimetière nous allons rendre visite à la Mélanie, la sœur de pépère. L’appartement qui donne sur le champ de foire sent le renfermé, la soupe froide, la vieillesse.
Sont-ils si vieux Louis et Mélanie ?
Peut-être pas. Avant de revenir à Aigurande, ils travaillaient à Paris, elle placée comme bonne chez des bourgeois dès l’âge de douze ans, lui maçon.
Leur radinerie légendaire sera comme à chaque fois l’objet des quolibets des adultes sur le chemin du retour à Argenton.
Mais moi ce qui me retient mon attention et m’effraie c’est la poitrine, énorme, de la Mélanie. Comme deux outres à demi pleines ses seins dégoulinent mollement sur sa taille, rebondissent sur son ventre saillant. L’ensemble, étrange, est porté par des jambes restées fines et dont je devine que la Mélanie est fière. Car elle est coquette, elle fait la parisienne, ses cheveux bien que clairsemés sont teints et sa peau fardée.
Elle nous offre des biscuits rassis; les grandes personnes échangent des regards amusés et une pour une fois complices, ce qui est rare.
Le divan gratte les cuisses, je n’ai pas le droit de toucher à la poupée bretonne assise au milieu de la table et les peaux de lait qui flottent dans ma tasse de chocolat tiède me dégoutent. Je grogne et m’agite ce qui attire sur moi le regard d’acier de ma mère, alors je ravale mon impatience et ingurgite le breuvage en me disant qu’avec un peu de chance je n’aurais pas des nichons comme ceux de la Mélanie.
Une fois les politesses finies nous traversons la rue pour nous rendre chez une autre sœur de mon grand-père, la Marie, qui vit, probablement dans un scandale dont le parfum m’échappe, avec la Suzanne, au dessus de la mercerie de cette dernière. Le mot homosexualité n’ayant jamais ô grand jamais été prononcé devant moi, j’en ignore non seulement l’existence mais aussi la signification. Par contre je note les sourires pincés de ma grand-mère, la raideur de mon grand-père et les rires forcés de mes parents.
L’appartement est encombré de bibelots que la longue et maladive Suzanne collectionne. Sa mollesse contraste avec la pétulance autoritaire de la Marie qui entretient à elle seule la conversation.
Nous ne nous attardons pas. Il se fait tard, la nuit approche et il faut compter une heure dans la 403 pour retourner d’abord à Argenton déposer pépère et mémère, puis encore trente minutes pour rejoindre Parnac.
Mais avant de quitter Aigurande nous faisons une brève halte pour saluer la Joséphine, sœur aînée de mon grand-père.
Veuve, moustachue, odorante, négligée elle habite une petite maison dans la campagne. Ne va ni au cimetière ni à la messe, braconne dans les bois et vit sa vie comme elle l’entend, en emmerdant les paroissiens.
Une bouffée de liberté que je ressens avec un mélange de gêne – ses joues piquent et elle sent mauvais- de curiosité et de plaisir.
Aujourd’hui et depuis longtemps Mélanie, Marie et Joséphine ont rejoint le cimetière d’Aigurande.
A Argenton, mes grands-parents reposent dans un caveau de marbre gris.
Je ne porterai pas d’hortensia sur leur tombe mais si je ferme les yeux je les vois tous les deux : lui, dur avec tous et tendre avec ses petites-filles, elle, jolie et apprêtée, un camée fermant le col de son chemisier en dentelle.

15 septembre 2008 — Au jour le jour, Journal intime

Je fus, ce weekend, conviée à un séminaire de blogueurs. Je m’y suis rendue en compagnie de Fabio, un peu inquiet il est vrai de devoir passer deux jours en compagnie de la fine fleur de la blogosperme blogosphère intellectuelle de gauche dont chacun peut imaginer le sérieux.
Même si la pluie n’a pas jugé bon de cesser, ne serait-ce que trente secondes, de dégouliner bruyamment et sans complexe sur la demeure qui abritait cette première rencontre internationale, je peux aujourd’hui affirmer que cette réunion, tant par la haute tenue des échanges que par le comportement digne, modeste et studieux des participants, fut une totale réussite.
Les nombreux ateliers organisés au cours du séminaire ont rencontré un vif succès, chacun ayant à cœur d’apporter sa petite pierre à l’édifice.

Dès notre arrivée, nous étions conviés à participer à un atelier apéro qui donna lieu à de riches échanges culturels. En véritables gourmets nous pûmes savourer quelques gouttes de différents breuvages alcoolisés qui avaient parcouru, en train, voiture ou avion de longues distances pour parvenir jusqu’à nos verres. Petits vins de terroir, bières exotiques, eaux de vie savoureuses, cocktail de fruits légèrement agrémenté de rhum, la variété des boissons proposées enchanta les palais les plus délicats.
Alors que les derniers arrivants sacrifiaient au rituel de l’apéritif, un atelier cuisine permanent se mettait en branle sous la houlette éclairée d’une célèbre gastronome marseillaise. Des petites mains fraîches, agiles et silencieuses, rivalisèrent d’entrain pour trancher les légumes, touiller les sauces, ouvrir les paquets de pâtes, laver les salades, couper les melons, dégraisser les tabliers de sapeur et trancher la morue.
Dans la salle à manger l’atelier mettage de table battait son plein en alternance avec l’atelier goûtage de pinard.
La pause repas permit à de passionnantes discussions de fleurir aux quatre coins de la table.
A la nuit tombée, grisés par l’air frais du soir et les arômes parfumés de l’herbe automnale nous devisâmes longuement sur la terrasse. Au loin, les montagnes répercutaient l’écho de nos rires légers et de nos boutades.
Dès l’aube du samedi, à peine avalée une légère collation, les activités reprirent de plus de belle : épluchage de patates et de carottes, dégustation de produits vinicoles variés, pratique de la guitare, jeux de construction sous la direction de Martin et Alice.

L’après-midi, après un repas diététique à base d’aïoli et tandis que les plus recueillis d’entre nous se livraient à la méditation sur canapé, d’autres dressaient de leurs voix harmonieuses une véritable anthologie de la chanson francophone de qualité des cinquante dernières années : de « La rue de la tombe Issoire » à « La complainte d’un phoque en Alaska » en passant par « Le petit vin blanc », « L’homme à la moto », « Que je t’aime », une interminable succession d’œuvres musicales majeures.
Puis l’austérité des travaux culinaires fut égayée par quelques pas de danse au rythme de la voix de Moussu T.
Mitonnés avec amour des tabliers de sapeur panés vinrent apporter une note raffinée à un dîner à base d’anchoïade et d’humous.
Lors de l’ultime soirée quelques hommes de l’assemblée proposèrent d’enrichir le séminaire en pratiquant d’innocentes activités corporelles communes. L’un d’entre d’eux offrant de mettre à disposition un instrument d’une remarquable dimension. Après un débat animé mais néanmoins fort courtois, et malgré l’impossibilité d’arriver à un réel consensus il fut décidé, à titre purement expérimental, de débuter les exercices à moins le quart.
Malheureusement, à l’heure fatidique, les membres masculins durent essuyer une véritable débandade : l’un s’enfuit dans le jardin, d’autres se réfugièrent à la cuisine.
Quand ils réapparurent moins le quart était passé…
Un peu déroutée par cet échec, l’assemblée continua néanmoins courageusement à chercher des points d’entente pouvant donner lieu à une décision commune.
Finalement, peu avant deux heures du matin, une proposition téméraire fut soumise au vote : Olivier devait-il, oui ou non, interpréter à nouveau la gracieuse balade belge « Chef, un petit verre on a soif », œuvre du Grand Jojo, qui avait enchanté une partie de l’assistance lors de l’apéritif.
Et là, ô joie, toutes les mains se levèrent.
Fiers et heureux d’être parvenus à un accord sur un sujet essentiel, les participants se retirèrent peu à peu dans leurs cellules ou leurs tentes.
Mais hélas, les meilleures choses ont une fin. Dans la journée de dimanche chacun reprit la route, ravi de ces deux sereines journées de réflexion et emportant dans ses bagages les rires et les chants.

30 mai 2008 — Au jour le jour, Journal intime
Je suis née là :

Dans l’école, juste à côté de cette demeure bourgeoise pompeusement surnommée « le château ».

Autant mon enfance, passée à me balancer dans le jardin, à organiser des courses d’escargots baveux, à guetter l’apparition des premières jonquilles, à piller le cerisier ou débusquer les premières fraises, à dénicher les giroles cachées dans la mousse, à pédaler sur des routes étroites en ayant la trouille d’être poursuivie par un jars pinceur de mollets et à observer de la fenêtre de ma chambre les us et coutumes étranges des fermiers d’en face, fut belle, autant mon adolescence fut pénible.
Les activités qui avaient jusqu’alors fait mon bonheur perdirent subitement tout leur charme.
La fenêtre devint le lieu de mes rêveries exaltées. Je pouvais y rester des heures, attendant que « quelque chose » vienne rompre la monotonie du jour.
Mais comme rien ne se passait et que l’observation des voisins avait fini par me lasser, la détestation du lieu se fit de plus en plus forte.
J’étais une princesse recluse dans une tour.
Le prince charmant ne se décidant pas à venir me libérer, je suis partie.
Loin des vaches dont j’avais peur.
Loin des hurlements des gorets quand la lame du couteau leur tranchait le cou et qu’ils agonisaient lentement, se vidant du sang qui deviendrait boudin.
Loin de la boue et du purin.
J’avais le monde à découvrir.
Le temps est passé, je ne dirais pas à mon insu car il me semble avoir eu plusieurs vies. Celle d’une jeune fille rebelle, avide de sensations, d’émotions, de plaisir et qui n’hésitait pas à prendre des risques. Celle d’une jeune mère fragile, malmenée par un individu trop imbu de sa personne pour pouvoir considérer la créature qui s’étiolait à ses côtés. Celle d’une révoltée qui s’est acharnée à rompre les liens d’un mariage qui la détruisait, allant jusqu’à la guerre pour arriver à ses fins. Celle d’une femme libre et joyeuse. Et, désormais, celle de la compagne apaisée de l’homme qui, par sa disponibilité et sa douceur, l’a aidée à vivre certains de ses rêves d’enfance : voyager, écrire.
Entre mon école berrichonne et l’appartement que j’occupe actuellement dans une ville italienne, il y eut la ZUP de Châteauroux et divers domiciles sur la côte d’Azur.
De la campagne à la ville en passant par la zone résidentielle méditerranéenne huppée.
Mais voilà que depuis quelques temps un désir de campagne me taraude.
Je le dois aux voyages en Asie, à la sérénité de Gili Air, à l’aimable tranquillité de Kaippattoor, à tous ces lieux où la beauté de la nature m’a bouleversée et où le paisible mode de vie de ses habitants m’a ramenée aux temps insouciants de mon enfance.
La rumeur continue des villes a fini de me séduire. L’étalage perpétuel de la civilisation marchande avec son cortège d’abus et d’injustices me devient de plus en plus insupportable.
Dans Bologne, qui en d’autres temps fut surnommée la rouge, un véhicule sur dix est un énorme 4×4, le tank citadin de ceux pour qui la pollution de la planète n’est que broutille par rapport au vain plaisir de montrer à autrui qu’ils ont les moyens de s’offrir la plus grosse bagnole du magasin.
De même qu’il y a quelques années j’ai refusé de continuer à participer à la déliquescence de la société française en persistant à exercer un métier d’institutrice dont l’épuisante vacuité m’apparaissait de jour en jour plus évidente, je ressens aujourd’hui un pressant besoin de ne plus prendre part (disons le moins possible) à une course infernale qui va sous peu catapulter l’humanité dans le chaos et les ténèbres.
Je n’ai pas pour autant l’intention de retourner vivre dans les lieux de mon enfance, mon goût du changement et de l’aventure est bien trop fort pour cela.
Non, je suis désormais à la recherche d’un village, dans le sud de la France, car j’aime la chaleur et que je préfère les tuiles romaines aux ardoises grises, où acquérir notre nouvel abri : une maisonnette entourée d’un jardin potager.
Un endroit à taille humaine où l’on connaît son voisin et où l’on peut échanger des idées, fussent-elles différentes, où l’on pourrait s’entraider, renouer avec une indispensable solidarité quotidienne, celle là même que, manipulés par les exigences de la société du consumérisme, aveuglés par le miroir aux alouettes, nous avons perdue.
« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. » Gandhi

PS:une raison de plus, importante, pour décroisser, chez SuperNo
2 mai 2008 — Au jour le jour, Journal intime
1968, j’ai douze ans et le mois de mai n’en finit pas de s’étirer entre les cerises et l’ennui des journées immobiles.
Comme mes parents sont en grève la cour de l’école demeure vide, abandonnée.
La radio diffuse sans interruption de la musique classique. Je ne l’écoute pas. Moi j’aime les chansons, elles m’ouvrent la porte des sentiments adultes, des frissons amoureux, des larmes, des trahisons.
J’ai beau guetter de ma fenêtre, pas une voiture ne traverse le village.
Le temps semble suspendu dans la chaleur du printemps.
Mes parents vont à des réunions à Châteauroux. Je ne sais pas pourquoi mais je pressens qu’il se passe quelque chose d’important.
Et puis j’ai un amoureux. Il s’appelle Daniel, il est de Saint Benoît. Tous les soirs, vers sept heures, il vient pétarader en mobylette devant la maison.
Un soir il s’arrête devant la grille. Il m’attend. Je me faufile jusqu’à lui, le cœur battant de joie mêlée de peur. Gare à moi si mes parents me surprennent! Nous échangeons quelques mots. Il me dit que j’ai de la chance d’aller au collège, lui, il est en apprentissage. Sa famille est pauvre, il doit travailler.
Ce n’est pas un garçon pour moi. Nous le comprendrons tous les deux. Notre ébauche d’idylle tournera vite court. Pas même un baiser.
Le mois se termine. Le général revient. Mes parents sont amers.
« On s’est fait avoir » dit mon père.
L’école reprend, comme je n’ai rien fait pendant des jours et que mes pensées tournent autour de Daniel, mes notes sont basses.
Je falsifie grossièrement ma moyenne sur mon livret de fin d’année. Evidemment mes parents s’en aperçoivent et s’abat une inévitable et douloureuse punition.
En apparence rien n’a changé.
Et pourtant si. Le vent d’insoumission qui a soufflé sur la société l’a défaite de ses vieux carcans.
Quand, quelques années plus tard, je céderai avec délices et frénésie au désir amoureux, il me suffira d’aller chez un médecin pour prendre la pilule.
Je le devrai à la détermination et au courage des mouvements féministes qui, renforcés par les événements de Mai, réussiront à imposer des lois essentielles : l’accès à la contraception, le droit à l’avortement.
La liberté de mes vingt ans, ce sont les rebelles de Mai, qui me l’ont apportée.
J’en ai dévoré les fruits et savouré le nectar.
La croyant éternelle, définitivement acquise, j’ai peu songé à perfectionner le monde, laissant à d’autres, qui me semblaient plus sages que moi, le soin de gérer cette société nouvelle.
J’étais persuadée que l’humanité entière marchait vers la solidarité, la paix, la justice.
Puis, peu à peu, ma naïveté s’est effilochée. De vilains coups de canifs ont rompu la bulle.
Septembre 1973, assiégé, Salvator Allende se suicide. Soutenu par l’état américain le sinistre Pinochet installe une dictature sanglante
Juillet 1985, les services secrets français, dans une lamentable opération, tentent de couler un bateau de Greenpeace voulant s’opposer à des essais nucléaires : le Rainbow Warrior.
Mai 1993, Pierre Beregovoy met fin à ses jours et valsent des hypocrites. A tort ou à raison, ce sera pour moi le sacrifice d’un honnête homme et la fin de ma candeur politique.
Prisonnière aussi de mes propres chaînes, celles insidieuses qui avaient résisté à l’exultation du corps, à l’indépendance, aux années de fêtes, j’ai traversé les années 80, puis les premières de 90 en zigzaguant parmi les chagrins, la violence conjugale, les difficultés financières, les désillusions.
Avant qu’à nouveau ma vie ne reprenne un sens.
A l’heure où ceux qui nous tiennent lieu de penseurs, brasseurs de vent et agitateurs de vaines paroles, décortiquent, analysent et critiquent à l’aune de leurs fantasmes et délires intimes ou politiques ce qui fut une explosion de jeunesse et de liberté, je n’ai qu’un seul, absurde, regret, celui d’avoir été trop jeune pour courir dans les rues de Paris, chanter sur les barricades et lancer des pavés.
« Vivre sans temps mort et jouir sans entrave »
Et pour vous, Mai 68?
21 février 2008 — Au jour le jour, Journal intime
J’ai été taguée !
Par Fanny tout d’abord, puis simultanément, ou presque, par Marc et Eric.
Je ploie actuellement sous le poids du labeur, ce dont je ne plains pas (ce serait franchement indélicat par rapport à tous ceux et celles qui aimeraient bien, justement, travailler mais qui n’ont pas cette chance, à ce sujet je prolonge la parenthèse pour souligner cette hérésie couramment colportée qui consiste à considérer le fait de travailler comme une chance. D’abord avoir un travail dans une société qui se pense « avancée » ne devrait pas être une chance mais un fait normal, avec un petit effort de solidarité et de partage il serait sans nul doute possible d’assurer à tous un emploi décent. Ensuite, j’entends par décent un travail effectué dans de bonnes conditions, qui laisse du temps libre, qui plaise et qui soit correctement rémunéré.
Au XXI ème siècle, on aurait pu espérer que ce soit possible, et bien non !
En ce qui me concerne je ne suis pas fanatique de la chose et j’attends impatiemment le moment de pouvoir réduire mes activités.
Le travail, oui, parce qu’il le faut bien, mais pas plus !)
Revenons à nos moutons, pour dire, simplement qu’en ce moment je suis un tantinet débordée, mais que je participe avec amusement à cette chaîne.
Le règlement du jeu stipule qu’il faut :
* Mettre le lien de la personne qui vous tague
* Mettre les règlements sur votre blog
* Mentionner six choses/habitudes/tics non importants sur vous-même
* Taguer six personnes à la fin de votre billet en mettant leurs liens
* Aller avertir directement sur leurs blogs les personnes taguées
Comme je parle volontiers de moi à longueur de Célestissima (qui a dit trop ?), il n’est pas si facile de trouver six choses, même petites, que je n’aurais encore jamais dévoilées.
Après mûre réflexion, Fanny m’ayant taguée il y a déjà une bonne semaine, voici ces fameuses petites choses sans importance (quoique) :
- Je suis désordonnée. Mon bureau ressemble à un champ de bataille, quand j’ouvre la porte de mon armoire il est rare qu’un pull ou une chaussette ne profite pas de l’occasion pour tenter de s’échapper et les casseroles sont entassées en une pile branlante qui menace à tout instant de s’effondrer dans le placard.
- Désordonnée avec les objets mais ponctuelle (à un point presque inquiétant me dit-on parfois) car dans ma tête, par contre, c’est bien rangé et je suis très organisée.
- J’aime jouer et quand je joue je préfère nettement gagner. Le summum ayant été une partie de tennis acharnée, en plein cagnard, contre une grande Danoise musclée qui était persuadée qu’elle allait m’écraser vite fait bien fait. La partie a duré cinq heures. A chacun de ses beaux coups de raquette stylés j’opposais des balles mollasses qui s’écrasaient sournoisement hors de sa portée. Elle n’était pas très rapide, moi si. Finalement elle a déclaré forfait et j’ai remporté le tournoi.
- Quand je parcours Bologne en vélo je chante, fort, généralement des tubes de mon enfance (en ce moment « Ma petite Julia » de Pierre Perret, « Une marguerite entre les dents…), qui surgissent inopinément de ma mémoire dès que je commence à pédaler. Je chante aussi dans ma tête chaque fois que je me trouve dans une situation qui m’ennuie (réunion de travail, dîner interminable, etc.)
- Je ne peux pas m’empêcher de faire des commentaires à voix haute quand je regarde un film. Il paraît même, dit mon entourage, que j’ai une fâcheuse tendance à expliquer aux autres ce que j’ai compris de l’histoire et que je tiens, mordicus, pour exact.
- M’habiller est mon premier plaisir de la journée, j’y accorde un soin particulier. Pas question de sortir si je ne suis pas satisfaite de ma tenue. Le choix des vêtements est essentiel. Tout est assorti, des chaussures aux boucles d’oreilles, sans oublier le chouchou noué dans mes cheveux. Je le fais pour ma satisfaction personnelle (bien sûr), mais aussi pour offrir aux autres un ensemble harmonieux, joli, agréable à regarder.
Voili voilou !
Je passe le relais (la patate chaude) à Brigetoun, OH91, Fiso, Fauvette, Falconhill, et Swâmi Petaramesh.
13 janvier 2008 — En Italie, Journal intime

Mercredi, toutes nos affaires empaquetées, nous quitterons l’appartement où nous avons vécu pendant huit ans.

l’ancienne maison
Il était beau, spacieux et nous y avons été heureux mais je le quitte sans le moindre regret.
Je ne l’ai jamais vraiment aimé. Trop symétrique, froid, bourgeois, sans âme peut-être. Les jours de déprime le granit moucheté de ses sols m’évoquait l’austérité des pierres tombales.

Sini nous aide à empaqueter
Bien que plus petit et plus modeste le nouvel appartement m’enchante.
Ce fut un coup de foudre.

J’ai immédiatement aimé ses carrelages colorés, joyeux, luisant sous un rayon de soleil.
Ce matin je les ai longuement briqués.
Comme je ne suis pas la reine du ménage il y a fort à parier que jamais plus je ne leur consacrerais une telle attention, mais ce matin, il fallait le faire. Il me fallait m’approprier ces lieux où nous vivrons désormais.

J’aime déménager, ou plutôt, j’aime le changement. Nous n’allons pas bien loin, dans le même quartier, mais les voisins seront différents. En ce qui concerne ceux que nous laissons, là non plus pas de regrets. J’ai toujours senti chez eux une pointe de supériorité probablement due à leur statut de propriétaires (parfois les gens sont d’une bêtise dont on ne sait si elle est comique ou pathétique).
Le nouvel immeuble appartient à une seule personne et nous sommes tous locataires. Plusieurs appartements sont loués par des étudiants, c’est parfait, les rapports seront plus faciles.


« Pierre qui roule n’amasse pas mousse », pour moi, c’est parfaitement exact. Au fil de mes déplacements (10 déménagements en 30 ans), j’ai abandonné des meubles, des tapis, des objets. Et je me rends compte à quel point je suis peu attachée aux biens matériels.
Une table en marbre, une chaise branlante, des livres, des photos, mes sculptures et mes vêtements, voilà tout ce dont je dispose.
Heureusement Fabio a le sens de la maison et du mobilier. Si nous étions tous les deux pareils nous n’aurions rien ! C’est cela être complémentaires et je m’émerveille de l’avoir à mes côtés.

Ceci expliquant cela, j’ai été peu présente sur le web ces derniers jours et je ne le serai pas davantage durant ceux qui viennent.
Le prochain billet sera écrit dans un salon coloré et lumineux, par la fenêtre je verrai les toits rouges des maisons et au loin les collines bolognaises.

la Pin Up: dessin de Runci