Cendres

A Pompéi, je surveillais le ciel. Je n’étais pas dupe de sa limpidité. On m’avait expliqué que jadis, en quelques heures, des cendres éjectées par le Vésuve, ce traître, ce monstre, avaient recouvert la ville, étouffant ses habitants, figeant leurs ultimes efforts.
J’avais dix ans.
La veille nous avions grimpé sur les pentes du volcan. Il semblait si calme, si inoffensif, presque ennuyeux. Les pierres grises roulaient sous nos pieds. Il faisait chaud et j’avais envie d’une glace. « Gelato, gelato ! »
Mais dans les rues de Pompéi, peu à peu l’inquiétude me gagnait. Et si là, d’un seul coup, le Vésuve se réveillait ? S’il se mettait à cracher ses cendres mortelles ? Si le ciel devenait noir ?

Aujourd’hui, là-bas, en Islande, terre de feu et de glace, c’est un autre volcan qui projette dans le ciel son épaisse fumée. Les cendres envahissent le ciel et les humains restent au sol.
Leurs avions inutiles patientent sur les tarmacs. Les compagnies aériennes font les comptes. Ils sont mauvais. Nul doute qu’un jour ou l’autre, nous, citoyens lambdas, devrons en payer les conséquences et même ceux d’entre nous qui ne voyagent pas. Ce sera comme pour les banques et autres déficits financiers, on fera raquer les petits.
Les vulcanologues et les météorologues se grattent le crâne et répondent prudemment aux questions.
« Des signes indiquent que la pression est en train de décroître et que l’éruption sera plus calme« , dit l’un.

« Cette éruption pourrait se poursuivre longtemps, chaque volcan est différent et nous n’avons pas beaucoup de recul sur celui-là – il n’était plus entré en éruption depuis 200 ans. Il nous faut l’observer très attentivement, parce que tous les volcans se comportent différemment les uns des autres. La dernière fois qu’il était entré en éruption, le phénomène s’était poursuivi avec des phases d’activité et d’inactivité pendant plus d’un an », déclare l’autre.

Vu de l’extérieur on a la curieuse impression que ces pourtant savants en savent à peine plus que nous.

Et s’il continuait à cracher, ce volcan au nom imprononçable (Eyjafjöll) ?
Pendant des jours, des semaines, des années ?
Transformant l’espace aérien en un gigantesque nuage de cendres ?

Les grands de ce monde seraient cloués au sol, condamnés au train, à la voiture. Finies les escapades d’un bout à l’autre de la planète pour un rien, un caprice, une signature en bas d’un acte commercial.

Les avions guerriers ne pourraient plus lâcher ni leurs bombes, ni leurs soldats. Les enfants afghans connaitraient peut-être enfin la paix.

Les magasins arrêteraient de nous proposer des aliments venus à grands frais financiers et écologiques de l’autre bout de la planète. Finis les avocats mexicains et les haricots verts kenyans.

L’hiver on mangerait des patates et des choux et des betteraves (avec un bout de saucisse ?)

Et toi, Celeste, ricane la lectrice ou le lecteur malintentionné(e), tu ne pourrais plus voyager !

C’est vrai, je n’irais plus en Inde (enfin plus aussi facilement)  et j’en serais triste.

Alors je penserais à Shiva, couvert de cendres, qui indéfiniment détruit le monde afin qu’il puisse renaître.

A lire, un très beau texte de Biffo, auteur et activiste italien

20 réflexions au sujet de « Cendres »

  1. On n’a pas vraiment attendu les avions pour avoir de grands voyageurs! Certes,partir en Inde à cheval et bateau te prendrait un un peu plus de temps ;-)

  2. @salut Valdo

    Oui, ça me prendrait du temps mais j’aimerais…tu imagines, voyager sur un paquebot, pendant des jours…

    Et puis j’adore les trains, j’ai toujours rêvé de prendre le Transsibérien, l’Orient Exprès , le Kanyakumari Express qui va du Cap Comorin jusqu’au Cachemire.

  3. des parcours à la Corto Maltese à rêver ;-)
    Moi qui aimait bien l’avion (que je ne prends pas trés souvent) pour la découverte d’un pays « d’en haut » à l’atterrissage (ah, les confettis d’îles au large de la Suède, par exemple! ) je trouve que c’est devenu une véritable épreuve avec les contrôles de sécurités qui te donnent l’impression de repasser ou le bac ou le permis de conduire… Vive le train et le bateau quand c’est possible!

  4. @Valdo

    Je déteste prendre l’avion. Comme je suis terrorisée, je me bourre de pilules calmantes ce qui fait que je ne vois rien du voyage et qu’après j’ai mal à la tête pendant 2 jours.

    Chaque fois que je prends un avion, c’est avec l’intime conviction que je vais mourir….c’est pénible :-(

    Et puis ça va trop vite, on n’a pas le temps d’apprécier le déplacement, les changements de paysages.

    Mais bon, l’envie de voyager est la plus forte et il faut quand même reconnaître que c’est pratique!

  5. Fini les expulsions d’adolescents, de travailleurs, d’étudiants, de femmes violentées, d’étrangers entravés, menottés, bâillonnés, Besson au chômage, sans domicile et finalement expulsé à son tour, en bateau bien entendu…. I have a dream !!!

  6. délice d’un dimanche matin ensoleillé dans un jardin sis dans le prolongement des pistes de Roissy (une amie qui croit rêver)
    ennui d’amis poches vides en fin de vacances lointaines

  7. @Marc :-)

    Bravo pour l’haïku !

    Baci à toi aussi, profitons du silence…

    @ coucou Brigetoun

    Ah oui, à Roissy, qu’est-ce qu’on doit être bien aujourd’hui!

    Par contre bloqué dans des aéroports bondés…moins cool!

  8. @des pas perdus

    Napoli!!!
    C’est peut-être mieux de rester sur tes souvenirs…

    @Bibi

    Prochain départ en juillet, peut-être….

    @Yelrah

    Gaïa est très sage…

    @Papy joker :-)

  9. On apprend ce matin (lemonde.fr, « urgent » de 10h.05) que le volcan islandais, totalement irresponsable, a coûté aux compagnies aériennes 1,26 milliard d’euros, d’après l’Association internationale du transport aérien.

    Celle-ci est très rapide en calcul.

    Vivre sans avion est sans doute possible, il paraît que les avions à hélice ont tout l’avenir devant eux : et Clément adhère !

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