ChasséEs d’ici, pilléEs là-bas et niéEs à Nice, la fin de la Marche des Sans-Papiers

Partis à pied de Paris le premier mai ils ont atteint hier le but de leur périple : Nice, où se tient pour deux jours le sommet Afrique-France, une clinquante réunion de chefs d’Etat et d’entrepreneurs, placée sous la houlette de Sarkozy, torse bombé et totale indifférence à tout ce qui peut ressembler, de près ou de loin, à la défense des Droits de l’Homme.


Dans une ville blindée par un incroyable, indécent, déploiement de forces policières et militaires, les gouvernants africains, installés dans les palaces de la Riviera, jouiront d’un accueil luxueux, roteront du champagne et pèteront dans la soie.

En vain, les Sans-Papiers tenteront de faire entendre leurs voix à ces sommités boursouflées d’orgueil. Les autorités locales, maire, préfet ont fait en sorte de leur rendre ce bref séjour le plus difficile possible.

Dans toutes les villes de France où les marcheurs ont fait halte, l’accueil a été chaleureux. Ils ont été nourris, logés, écoutés et, le soir, on a dansé dans les rues et les parcs.

Dans les Alpes Maritimes, c’est une autre chanson.
Interdits de défilé à Cannes. On goûte peu la présence de « traîne-savates » sur la Croisette et encore moins quand ceux-ci sont basanés et en attente de régularisation.
A peine tolérés à Nice, confinés dans le quartier Saint Roch, loin, très loin de la Promenade et du Negresco, pas question de mélanger les torchons et les serviettes. Estrosi a interdit aux marcheurs et marcheuses (il y a deux femmes dans le groupe) de pénétrer à pied dans Nice. Ce fut la première mauvaise surprise. La deuxième est encore plus blessante. L’autorisation, délivrée par la préfecture, d’occuper dimanche soir le parc Vauban pour y faire la fête avec les Niçois venus les accueillir a sauté au dernier moment. En arrivant au parc nous trouvons ses portes closes, bloquées par des rangées de policiers. Un responsable local désigne ce qui n’est pas même un square, quelques mètres carrés d’herbe anémique « Vous pouvez vous mettre là ! »
Relégués sur un coin de trottoir  crasseux !

La marche continue.

Autour des quatre-vingt-six Sans-papiers, celles et ceux qui les ont accompagnés depuis Paris, médecins, militants de diverses associations et puis des Niçois anonymes, des représentants de RESF et de la LDH (bien peu malheureusement), des cégétistes et une petite délégation du NPA, dont Olivier Besancenot. Venu pour participer, pas pour se mettre en avant, il ne fera pas de déclaration. Il m’arrive de ne pas partager certaines positions du NPA, mais sur le coup :bravo Olivier !
On notera au passage l’absence d’huiles socialistes locales, probablement accaparées par la fête des mères, événement d’une haute importance sociale comme chacun sait.

Devant le Centre de rétention des marcheurs prennent la parole. En France depuis des années (dix ans, quinze ans), ils travaillent, cotisent, payent des impôts, élèvent leurs enfants, participent à la vie économique du pays mais ne sont pas régularisés et risquent à chaque instant l’expulsion.
Niés par un État injuste.

Et pire encore, un État où les étrangers en situation irrégulière, venus  pour tenter d’avoir une vie meilleure, ayant fui la guerre ou la misère, soucieux d’offrir à leurs enfants la possibilité d’un futur digne, sont raflés dans les taudis loués à prix d’or par d’avides marchands de sommeil et enfermés dans d’ignobles centres de rétention.
Comme des criminels, soumis au régime de la cantine. Pas d’argent, pas de savon !

Du trottoir, face à la caserne Auvare, montent des bravos, des cris d’encouragement « Nous sommes avec vous ! » « Nous ne vous oublions pas ! », « Libérez nos camarades ! »

Au delà des murs, des barbelés rouillés et des barreaux, des mains se lèvent aux fenêtres.

Depuis, cette image m’accompagne.

Photos de Fabio et de Marc

Et en prime, la vidéo

21 réflexions au sujet de « ChasséEs d’ici, pilléEs là-bas et niéEs à Nice, la fin de la Marche des Sans-Papiers »

  1. Merci Céleste.

    Oui, des images qui en rappellent d’autres. Le camp de rétention de Vincennes qui rappelle aussi d’autres événements en d’autres temps au même endroit.

  2. Beau billet, Céleste.
    La barbarie et la lâcheté des responsables politiques et de leurs adeptes n’ont plus de limites, désormais.
    C’est terrifiant.

  3. Céleste, cette orthographe est abominable, et vous vous mélangez les pinceaux avec, en accordant certains adjectifs et pas d’autres… Si l’on veut écrire dans ce style (je ne sais pas comment ça s’appelle, orthographe dégenrée, c’est ça ?) ça impose des tournures raides, figées, un langage qu’on dirait sorti d’un traducteur au garde à vous, d’un automate.

  4. Par ailleurs, félicitations pour la quatrième photo. La manifestation s’engage vers un « nous voulons être reçus qui n’est qu’ un sens interdit, alors qu’un panneau tourné vers la droite leur dit « bon voyage ! »

  5. @bonsoir Agathe 🙂

    La caserne Auvare de Nice, recyclée en Centre de rétention, est elle aussi de triste mémoire.

    @Fajua

    à Marseille, ils ont été très bien accueillis, dans le Var, impossible de se mettre d’accord pour les accueillir, (bordel associatif) et dans les Alpes Maritimes, seule la municipalité de Nouans Sartoux a apporté son soutien.

    Pas de quoi être fiers 🙁

    @merci emcee 🙂
    Oui, terrifiant!

    @tiens, Suzanne qui nous fait sa critique littéraire et qui nous explique une photo que chacun (e) peut comprendre en la regardant.
    Fallait oser!

  6. Suzanne a bien de la chance de bavasser ( c’est français ça, chère Suzanne ?) sur les fôtes d’ortograffe et de pouvoir nous envoyer ses petits papiers. Il y en a d’autres qui sont, eux, sans papiers. Et Céleste a bien raison d’écrire sans faute sur leur situation inacceptable.

  7. Les assos d’ici ont réussi en effet à organiser une soirée de soutien festive et explicative à la fois. Des concerts, des interventions, des rencontres.

    La Mairie n’a bien sûr rien fait pour leur faciliter le passage, mais il est vrai que Gaudin ne peut nous imposer ses vues aussi facilement qu’Estrossi le fait.

    Merci pour tes photos, la quatrième me convient très bien tel quelle.

  8. Pensez Bibi n’a pas compris que Suzanne ne parlait pas de fautes d’orthographe, mais bien de ce nouvel usage qui consiste à féminister les mots à grands coups de E, et que cette remarque ne s’adressait qu’à la forme. Personne ne l’a précisé à Pensez Bibi, et Suzanne se demande si son intervention a été comprise, tout en se disant que oui quand même, si les lecteurEs pensent un peu par euEx-mêmes. Suzanne fait une grosse bibise à pensez Bibi.

  9. Chère Suzanne,
    Dans le fond, tu vaux mieux que ta forme.
    Tu verras, BiBi est un chic typEEE et il accepte volontiers la bibisEEE… Il peut même t’avouer que SuzannEEE est sa chanson préférée.

  10. Bonjour Céleste.

    Bon, j’ai lu votre note de A à Z en passant par E. Je ne suis pas sûr d’avoir tout saisi – une seule raison à cela : j’ai lu très vite… -, mais bon, au total, vous faites bien de pointer le doigt sur le genre de dérives – de déviances ? – auquel nous assistons.

    Par ailleurs, mais toujours en partant d’ici, et vous faites bien, vous demandez indirectement à Suzanne ce qui s’avère le plus choquant entre maltraiter une langue ou un être humain. Quelle étrange question. Eh bien, pour être un de ses attentifs et fidèles lecteurs comme je suis l’un des vôtres, je puis attester que Suzanne a véritablement en horreur la maltraitance des êtres humains ; en outre, elle est dotée d’une belle plume, comme vous en somme, mais bon, chacun son « genre », si je puis dire.

    (Et comme vous avez raison, bordel de Diable, de rappeler que sur la Côte les gouvernants africains, et pas qu’eux, ne sont jamais en reste pour roter du champagne et péter dans la soie, parfois flanqués de filles vénales jeunes, très jeunes… Quant à la paranoïa du service d’ordre, j’ai cru, là, qu’on assisterait à l’arrivée de Johnny Hallyday en cellule de dégrisement… Bref, l’unité dans la nullité. Et la honte.)

    Bien à vous Céleste.

  11. Ah bin moi je trouve que sur la troisième photo du billet on sent bien que l’accès à la mairie était pas facile, à cause d’une sorte de rassemblement de robocop à pas l’air commode. Même qu’ils n’ont pas fait de faute sur le panneau. Et ça, ça prouve. 😉

  12. N’oublions pas que le maire de Nice est un certain Estrosi, par ailleurs ministre de l’Industrie (au grade de capitaine), possesseur de quelques pieds-à-terre à Paris et dans sa bonne ville accueillante, et, enfin, « conseiller politique de l’UMP » (qui en a effectivement besoin).

    Estrosi, rassurons-nous, n’est pas sans papiers et sa fille a une carte d’étudiante en bonne et due forme – mais elle ne loge pas en résidence universitaire, c’est un peu « craignos », faut dire.

    Estrosi a fait de la compétition moto (« Le Canard enchaîné » le surnomme « le motodidacte »), comme Fillon conduit des voiture de course : le gouvernement actuel est piloté par des as.

    Le décor est en place !

  13. C’est peut-être pas inutile de rappeler qu’une partie des « sans papiers » ce sont des « sans papières » (héhé, j’aime bien ébouriffer un peu la grammaire et l’orthographe). Qu’elles travaillent dans des ateliers clandestins esclavagistes, font des ménages avec heures sup gratuites et smig absent, et se retrouvent prostituées si elles ont la (mal)chance de pas être trop vieilles.

    Qu’elles sont moins visibles que les hommes, certes, mais n’en existent pas moins.

  14. merci celeste !
    Quel horreur, quelle déchéance. On dirait que tout part, qu’on va se prendre une centrale nucléaire qui explose ou un truc qui va tout balayer, car je deviens pessimiste. Enfin non, optimiste : pour reconstruire !
    Ici à Paris, on dirait que les « gens » se haïssent, et sont prêt à se battre pour rien, et moi le premier !

    Quand je pense à ce qu’on fait ces personnes, et qu’à l’arrivée, blocus. Comment on peut être flic de nos jours ? Comment on peut obéir à des ordres de plus en plus ignobles ? Sans se rebeller et refuser l’inacceptable ? Je ne vois pas, merci de m’éclairer.

  15. @bonjour Christophe

    J’apprécie beaucoup votre souci d’apaisement (raison garder) et votre gentillesse.
    Ah, la gentillesse, si vilipendée, trop souvent pour certain(e)s symbole de niaiserie ou de faiblesse. Pour moi c’est une qualité essentielle, rare, exigeante. Il est tellement plus simple de se laisser à la méchanceté, de ne pas contrôler ses pulsions négatives et de se déchainer sur les autres sous le seul prétexte qu’ils (ou elles) pensent différemment.

    Mais je ne suis pas non plus celle qui tend l’autre joue alors aux attaques j’oppose le silence, l’indifférence teintée de mépris.
    Bonne journée 🙂

    @patriiiiiiiiiick 🙂

    Pas sympas du tout les robocops…quoique, à moment l’un d’entre eux, pris par la musique, le regard vague, tapait des mains en souriant.
    Des jeunes du peuple, du sud de l’Italie, pauvres, pour qui c’est un métier comme un autre disait Pasolini.

    Il y en aura de plus en plus et des milices privées aussi, l’arme au poing, des pauvres types, manipulés.
    Sale période!

    @des pas perdus

    bien vu l’apartheid…avec une nuance, les dirigeants africains, dont certains sont des dictateurs, eux, n’ont pas été relégués sur un coin de trottoir.

    C’est aussi un apartheid anti-pauvres.

    @Salut Dominique 🙂

    Estrosi, Celeste d’or de la connerie malfaisante!
    Des as, vraiment!

    @Jardin, tu as tout à fait raison. Il y avait deux femmes marcheuses (seulement)
    a presto 🙂

    @coucou zolive

    « Quand je pense à ce qu’on fait ces personnes, et qu’à l’arrivée, blocus. Comment on peut être flic de nos jours ? Comment on peut obéir à des ordres de plus en plus ignobles ? Sans se rebeller et refuser l’inacceptable ? Je ne vois pas, merci de m’éclairer. »

    J’ai cité Pasolini plus haut.
    Mais ta question n’en reste pas moins pertinente.
    Comment fait-on?
    Comment en arrive-t-on là?

    C’est inéluctable dans le type de société où nous vivons et ce le sera encore plus quand le gouvernement aura mis a bas le système scolaire et les protections sociales.

    Former des crétins pour pouvoir les manipuler, les pousser à se massacrer les uns les autres.

    Le fascisme est en marche et il avance vite, très vite.

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