Cinquante mille euros pour acheter ton fils

C’est la proposition qui a été faite à une jeune Africaine, dans un jardin public de Turin.

« En Italie, tu n’as pas de futur et ton fils n’en a pas non plus s’il reste avec toi. Moi, son futur, je peux le lui garantir. Et toi aussi tu irais mieux avec de l’argent en poche » a dit un  homme à la jeune femme  en  lui proposant trente mille euros pour acheter son bébé de deux mois.
Arrivée enceinte en Italie en compagnie du père de l’enfant, puis rapidement abandonnée, parlant à peine italien, elle n’a pas bien compris la proposition.
Mais le lendemain, dans le parc, un deuxième homme était là, qui lui a proposé cinquante mille euros pour l’enfant. Cette fois elle a vigoureusement refusé.
Pendant des mois elle n’en a rien dit à personne.

Il y a quelques jours, les animateurs des Gruppi di Volontariato Vincenziano di via Saccarelli qui ont pris en charge la jeune femme, l’hébergeant au sein de la communauté, lui procurant un travail et ayant effectué les démarches permettant, dans le futur, sa régularisation, lui ont suggéré de confier son bébé à une famille italienne.
Elle a répondu qu’il n’en était pas question, que jamais elle ne se séparerait de son enfant et, pour souligner sa détermination, a raconté à la sœur Angela Pozzoli, membre actif du groupe des volontaires de Vincenziano, comment elle avait décliné les propositions faites par les deux hommes.

L’achat de leurs bébés à des femmes étrangères démunies, fragilisées, que l’ignoble « paquet sécurité » récemment voté condamne à la misère et à l’exclusion est malheureusement un fait pratiqué, connu.

« Ce n’est pas un épisode rare, beaucoup de bébés disparaissent » assure la sœur Angela Pozzoli.
Depuis les nouvelles normes de sécurité, les conditions de vie des immigrés en situation irrégulière sont devenues insupportables.
Par peur d’être dénoncées aux autorités de nombreuses femmes accouchent dans des lieux privés communautaires mettant ainsi en danger leur santé et celle de leurs enfants, pire encore, souvent, les naissances ne sont pas enregistrées auprès de l’administration. Des travailleurs sociaux affirment qu’il n’est pas si difficile, en Italie, de se déclarer à l’état civil  géniteur d’un enfant qui n’est pas le sien.
Il est alors aisé de vendre les bébés.
Il ne peut pas y avoir de bonnes intentions,  car comment peut-on prétendre faire le bonheur d’un enfant en profitant de la misère de sa mère pour le lui acheter ?
Comme on achète un animal domestique.
Comme on achète un esclave.

Car il s’agit bien d’un véritable trafic d’êtres humains qui se propage dans la péninsule. Les nouvelles lois, xénophobes, racistes permettent toutes les exactions et des réseaux se sont déjà mis en place, organisés par des Italiens ou des étrangers (l’ignominie n’a pas de nationalité).

« C’est une situation qui concerne toutes les femmes clandestines ayant des enfants de plus de six mois » explique Laura Marzin, responsable du bureau des mineurs étrangers de la commune de Turin. « La loi garantit un  permis de séjour  aux femmes enceintes, du troisième mois de la grossesse jusqu’au sixième mois de l’enfant. Ensuite, les organismes qui reçoivent des fonds publics devraient mettre les mères et leurs enfants à la rue. Ou les dénoncer aux autorités afin qu’ils soient expulsés (…) Il y a des mères seules, à commencer par les musulmanes, pour lesquelles il est impossible de retourner dans leurs pays d’origine. Les familles les refusent, ces femmes seraient envoyées vers un destin terrible. Et puis, qui peut penser mettre à la rue une maman et son nourrisson. Un mineur de toute façon être protégé, mais avec les lois contre, il est difficile de construire un projet pour son futur »

Jeter à la rue des mères et leurs bébés sous le seul prétexte de la clandestinité, leur enfoncer la tête dans l’eau, les exposer aux pires dangers.

Voilà où mène la volonté d’exclusion, l’égoïsme, la bêtise criminelle.

Les riches pays occidentaux sombrent dans la barbarie, non pas du fait, comme le prétendent certains, de l’arrivée sur leurs terres de pauvres gens venus chercher l’espoir d’une vie meilleure mais à cause de la cruauté de leurs dirigeants et du silence complice de leurs peuples.

Au lieu de se préoccuper d’identité nationale nos gouvernements devraient réapprendre le sens du mot sans lequel aucun monde pacifié n’est possible, le mot humanité.

« Ne trouvez pas naturel ce qui se produit sans cesse!
Qu’en une telle époque de confusion sanglante
De désordre institué, d’arbitraire planifié
D’humanité déshumanisée,
Rien ne soit dit naturel, afin que rien
Ne passe pour immuable. »
Bertolt Brecht , « L’Exception et la règle  »

« Les chaînes de l’humanité torturée sont en papiers de ministères ». Franz Kafka

20 réflexions au sujet de « Cinquante mille euros pour acheter ton fils »

  1. La prochaine étape sera de faire accoucher les migrantes avant qu’elles ne franchissent la frontière…

    A gerber.

    France / Italie, même combat, apparemment, à tel point qu’on ne sait plus trop laquelle des deux est la plus abjecte en matière de « politique d’immigration ».
    Un concours de cynisme et d’inhumanité.

    Les dix prochaines années, si les choses ne changent pas RADICALEMENT, promettent du grandiose dans le dégueulasse.

    🙁

  2. @affreuxSale

    C’est immonde et bien peu relayé à mon sens.
    Beaucoup d’Italiens aident les immigrés, en silence et dans l’ombre mais tant que Berlu aura le pouvoir et Bossi à ses côtés, il n’y aura aucune possibilité de changement.

    Oui, le futur est préoccupant 🙁

  3. @ salut bellâm 🙂

    Pas grand chose à dire, en effet, trop infect…
    Par contre je suis convaincue qu’il faut en parler, qu’il faut le dénoncer, qu’il faut en informer le plus de personnes possible, qu’il faut ouvrir les yeux, éveiller les consciences.
    Tout au moins, on peut essayer.

    @ bonsoir Suzanne

    Oui, malheureusement cet odieux trafic n’est pas réservé à l’Italie. Dans le monde actuel des millions d’enfants sont vendus, maltraités, torturés, massacrés.

    La capacité de nuire des humains (globalement bien sûr) est aussi infinie que leur bêtise, leur violence, leur irresponsabilité, leur indifférence à la souffrance d’autrui.

    C’est pourquoi, j’insiste, il me semble essentiel de le dénoncer, inlassablement.

     » La plus atroce souffrance que l’on puisse faire à un homme c’est de nier qu’il souffre. » Pavese

  4. En Chine, chaque jour, 1 petit garçon est volé à ses parents pour être revendu à des paysans qui n’ont pas de fils. Et chaque jour on noie des petites filles… bouches inutiles.
    En Afrique, des américains, des européens en mal d’enfant viennent acheter des petits comme d’autres iraient choisir des chiots à la SPA.
    Combien d’enfants dans le monde n’ont pas d’enfance ? L’occident est-il le pire endroit pour les enfants ?

  5. @Annie

    Certes, l’occident n’est pas le pire endroit pour les enfants mais l’occident est riche et ses habitants sont éduqués.
    L’occident se mêle volontiers de donner des leçons aux autres pays, l’occident a la bombe facile, comme le mépris d’ailleurs.
    L’occident a largement contribué à affamer les habitants des zones les plus pauvres de la planète, voir, par exemple, certains pays africains.

    L’occident pourrait, s’il le voulait, faire en sorte de soulager les dettes des pays pauvres.

    La France par exemple, a une dette publique qui atteint 1 428 milliards, c’est énorme, hallucinant!

    Pour résoudre le dramatique problème de la faim dans le monde, il faudrait beaucoup moins, un faible pourcentage de cette montagne de fric!

    http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=20361&Cr=alimentation&Cr1=

    C’est honteux, c’est se moquer de tous ceux qui meurent de faim!

    Et avec toutes nos richesses, on n’est même pas capables de protéger les enfants qui vivent chez nous!!!

    Pire, on n’en a même pas envie, on préfère répéter que c’est pire ailleurs.

    C’est pire ailleurs.
    Et alors, ça nous dédouane?
    ça fait paraître moins grave le fait qu’en Italie il y ait un trafic de bébés? (Je dis en Italie parce que c’est l’objet du billet mais l’Italie n’a certes pas l’exclusivité)
    Et puis, pas d’illusion, ce ne sont pas les gentils couples en désir d’enfants qui vont faire leurs courses dans les parcs auprès des mères migrantes, ceux-là ils font appel à des assoc, ils adoptent, ils font les choses légalement.
    Ceux qui vont dans les jardins, qu’est-ce qu’ils font de ces enfants?
    Quelles horreurs leur font-ils subir?

    Allez, une petite citation pour la route, elle exprime ce que je pense profondément et qui fait que ne nous sommes pas d’accord.

    « La terre est ma patrie et l’humanité, ma famille. »
    Khalil Gibran

  6. @pffff, j’ai oublié les chiffres:

    La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon sont en train de reculer en refusant de débloquer une enveloppe de 20 milliards de dollars promise il y a quelques mois pour soutenir l’agriculture des pays pauvres.
    Ces rats veulent payer seulement 3 milliards…

    Le déficit de la France est lui de 1 428 milliards d’euros!!!!

    Si on met ces chiffres côte à côte, on se mesure l’absurdité criminelle des politiques économiques occidentales!

    Exemple:
    http://www.lepost.fr/article/2009/07/17/1623913_les-depenses-de-l-etat-francais-fais-comme-je-dis-pas-comme-je-fais.html

    au hasard:
    la journée du 14 Juillet: 1 900 000 d’euros
    c’est sûr il y avait Johnny: 500 000 euros!

    Mais filer des ronds à celles et ceux qui meurent de faim…non!

    On préfère leur faire la morale quand ils sont « chez eux » et les renvoyer dans leur misère quand ils viennent « chez nous ».

  7. Nous sommes en train de vivre une bascule civilisationnelle, et nous sommes trop peu nombreux hélas pour peser de l’autre côté… Un jour, peut-être, mais quand ?…
    Je dirais par ailleurs que non seulement les pays occidentaux ont contribué, mais sont largement responsables de la situation de l’Afrique.
    Merci, Céleste, pour ce texte essentiel.

  8. En France, Dominique Versini, « Défenseure du droit des enfants » (institution datant de l’année 2000) a appris par hasard, début septembre, que cet organisme allait disparaître et être fondu dans un organisme plus général.

    Encore des économies de bouts de chandelles et la mise à bas d’un réseau d’action qui a montré son efficacité.

    Après, on parlera de délinquance, de répression, de caméras de « vidéoprotection », de « couvre-feux » pour les mineurs de moins de treize ans…

    La « rupture » ? Oui, celle des liens sociaux !

  9. @des pas perdus

    Oui, effectivement la démarche est la même: profiter de la pauvreté.
    Je déteste ces recours aux mères porteuses, je trouve que c’est d’une cruauté inouïe. On voyait, dans un reportage, ces jeunes femmes enfermées tout le long de la grossesse à qui on arrachait le bébé à peine né.

    @Sophie
    merci de ton com

    @dominique
    économies de bouts de chandelles mais pas n’importe où, dans le social…
    le nouvel avion de Sarko, par contre n’est pas concerné!

  10. @pescade

    I know

    De plus, j’imagine que tu as remarqué le niveau!!!
    sans parler de celui des commentaires…

    Remarque ce n’est jamais que Marianne… de temps en temps en truc vaguement intéressant mais bien souvent de la soupe accrocheuse et parfois franchement réac!

    Patience, c’est la rançon de la gloire 🙂

  11. @Pescade !
    C’est fou la bêtise de ce gars, et ce qu’il sort comme connerie : en gros, 50 000 € c’est pas cher car il va vous coûter 10 fois dans sa vie, donc ne faites pas d’enfant.
    Mais il va où le gars là ? Je ne vois pas le fond sombre de sa pensée, je ne vois pas.
    Mais dans quel monde, ma douce amie, mais dans quel monde… !!!!

  12. Disons que c’est la beaufitude crasse et fière de l’être, c’est très proche des « masculinistes » made in US. Le triomphe de la monstruosité, comme dirait Marie N’Diaye. Je trouve aussi cela significatif de Marianne qui, en l’occurrence, aurait pu choisir de s’inspirer plutôt de ton billet mais préfère mettre en valeur le poujadisme ordinaire, plus conforme à sa ligne éditoriale. C’est assez typique de cette « élite » qui croit comprendre les « vrais gens » parce qu’elle paie le coup au pochtron de service.

  13. @salut Zolive 🙂

    Un monde injuste, dominé par l’argent, le marché des marchandises, le marché des êtres…berk!

    @Pescade

    Je suis immergée dans « les Editocrates », lecture salutaire que je conseille à toustes. Bientôt, dès qu’il est écrit, un petit billet sur le bouquin!

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