Inde : Nous réclamons des politiques centrées sur l’humain

Jeudi 21 février 2013

Fait rare, les onze principales organisations syndicales ont appelé à une grève générale nationale les 20 et 21 février.

La date de la grève n’a pas été choisie au hasard, le pays est à la veille de l’ouverture d’une session parlementaire consacrée au budget.

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L’objectif du gouvernement, plus libéral que social, de Manmohan Singh, par ailleurs soupçonné d’avoir goûté aux joies de la corruption, est de réduire les dépenses publiques de 10% pour éviter une dégradation de la note du pays.
Dans un pays où les prestations sociales sont déjà minimes, réduire les dépenses publiques revient à accentuer la pauvreté des plus démunis et précipiter de nouvelles populations dans la misère, car il est fort probable que les économies ne seront réalisées ni sur le budget militaire (énorme), ni sur les dépenses liées au fonctionnement de l’état.

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Parallèlement aux coupes dans les secteurs sociaux et malgré une forte opposition populaire, le gouvernement a récemment pris des mesures visant à libéraliser de vastes secteurs de l’économie et leur ouverture aux investisseurs étrangers.
Arguant le risque de détérioration d’une économie en recul (taux de croissance le plus bas depuis dix ans), le Premier ministre a exhorté les syndicats à retirer leur mot d’ordre.
Il n’a pas été écouté.
« Nous réclamons des politiques centrées sur l’humain», a déclaré Parmod Sharma le secrétaire du syndicat des employés de banque.
« En Inde, les riches se portent très bien et pourtant, comme dans tant d’autres pays, le gouvernement ne fait pas en sorte que la croissance économique bénéficie à la création d’emploi ni à rendre décentes les conditions de vie  de la grande majorité de la population. Les travailleuses et travailleurs de l’Inde en ont assez de cette économie biaisée et inégale et les récentes démarches du gouvernement ne feront qu’aggraver la situation », a affirmé Sharan Burrow, secrétaire générale de la CSI, un autre syndicat.
Hier et aujourd’hui, des millions de travailleurs ont répondu à l’appel et sont descendus dans la rue.
Ils protestent contre la cherté de la vie. Les produits alimentaires ont considérablement augmenté, particulièrement le riz et les légumes, produits de base. Parmi leurs justes revendications, ils demandent des mesures concrètes pour enrayer cette envolée, des créations d’emplois, la stricte application du droit du travail (on en est très loin), la création d’un système de sécurité sociale s’adressant à tous, l’amendement du salaire minimum pour qu’il s’applique à tous les secteurs et dans tous les états, son augmentation (le revenu moyen est actuellement d’environ 70€ mensuels) et son indexation sur la hausse des prix, les droits à la retraite pour tous (actuellement, rêve du MEDEF, pas de retraite pour les travailleurs indiens !)

Nous avons déjà connu des grèves lors de précédents séjours. Au Kerala, elles sont fréquentes. Je me souviens de Mahé, totalement paralysée où il nous fut difficile de trouver à manger et, ailleurs, de journées immobiles, pas un véhicule ne circulait, tous les rideaux de fer décorés des magasins étaient baissés, personne ne flânait dans les rues, la vie semblait suspendue.
On nous avait alors expliqué que les syndicalistes bloquaient toute activité et n’hésitaient pas à caillasser les voitures qui se risquaient à circuler et les fabriques qui continuaient leur activité.
De fait, aujourd’hui de nombreuses usines ont dû arrêter leur production.

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Dans plusieurs villes des émeutes ont éclaté, des voitures ont été brûlées  des usines attaquées et la police a matraqué et arrêté des manifestants
Dans des circonstances qui n’ont pas encore été dévoilées, le dirigeant du syndicat des transports de l’État d’Haryana, Narendra Singh a perdu la vie.

Les millions de grévistes sont-ils arrivés à faire reculer le gouvernement ?
Rien n’est moins sûr, pour l’instant Manmohan Singh est resté silencieux. Néanmoins, les prochaines élections se tiendront en printemps 2014 et il sait être sur un siège éjectable.
Une défaite du Parti du Congrès risquerait de ramener au pouvoir les nationalistes du « Bharatiya Janata Party » (BJP), Parti du Peuple Indien, le parti fondamentaliste hindou, ce qui serait une très mauvaise nouvelle pour la démocratie indienne.
Autrement dit, malheureusement, ça pourrait être encore pire pour le peuple indien !

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photos: Humanité, Emirates 24/7

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