Italie : désobéissance civile à l’école Mario Longhena de Bologne

Dans le cadre de la destruction méthodique du système scolaire italien, la ministre Maria Stella Gelmini a récemment décrété que, désormais, l’évaluation des élèves de l’école élémentaire devrait être chiffrée, sur une base de 1 à 10.
Depuis 1977, la loi interdisait aux enseignants des écoles élémentaires et des collèges d’utiliser les notes, celle-ci étaient remplacées par des appréciations établies de façon autonome par chaque établissement scolaire.
Lors de la remise des bulletins, en entretien individuel avec chaque famille, les compétences des enfants étaient amplement détaillées et expliquées par les enseignants.
Cette mesure n’avait pas été prise au hasard, elle correspond aux conclusions de recherches effectuées par des enseignants, des pédagogues de renom et des psychologues.
De toute façon, pas besoin d’être un ponte de l’éducation pour comprendre que donner des notes rigides et froides à un enfant de 8 ans, le mettre en compétition permanente avec ses camarades et exiger de lui des performances quantifiables est non seulement absurde mais contre productif.

Depuis 30 ans, l’école élémentaire italienne, ouverte, chaleureuse, attentive aux besoins et aux désirs des enfants est considérée comme une des meilleures d’Europe.
L’école Mario Longhena de Bologne, ou enseigne Fabio, mon compagnon, en est une preuve éclatante.
Située sur la colline, au milieu d’un immense parc sans barrière où les enfants peuvent librement s’ébattre, joyeuse, vivante, elle est aussi réputée pour la qualité du travail des enseignants. Chaque année, une impressionnante quantité de familles souhaite y inscrire leurs enfants (il n’y a pas de carte scolaire en Italie).

Mais ce système scolaire, basé sur des principes d’égalité, de respect de l’enfant, de justice sociale irrite profondément un gouvernement dont l’autoritarisme imbécile croît de jour en jour. Accusée d’être un repaire de gauchistes diffusant les idées de mai 68, l’école est dans le collimateur et le but de la ministre, clairement exprimé, est de lui imposer un retour musclé aux « bonnes vieilles valeurs conservatrices » qui ont engendré des générations de névrosés incultes soumis au système : ordre, discipline, compétition et punition.
La réintroduction sur les bulletins scolaires de la note de conduite en est une frappante illustration.

La loi imposant le retour des notes, récemment votée, n’est pas encore applicable, au dire des juristes, car le délai légal n’est pas écoulé, néanmoins les « Preside » (supérieurs hiérarchiques) ont de façon autoritaire contraint les enseignants à noter les élèves pour l’évaluation du premier quadrimestre.

Tous ont obtempéré sauf le bastion d’irréductibles de l’école Mario Longhena qui résiste vaillamment à l’attaque ministérielle.

Sur une proposition de Fabio, les enseignants de l’école ont fait le courageux choix de la désobéissance civile en attribuant 10 à tous les écoliers.
« L’élève possède des connaissances et des compétences correspondant à ses propres capacités. Les objectifs ont été rejoints de manière personnelle. » ont-ils établi pour expliquer et justifier leur démarche.
Hier et avant-hier les bulletins ont été individuellement remis aux parents qui ont tous été informés oralement, dans l’écoute et la bonne humeur, des progrès de leurs enfants.

Scandale en Italie !

Se plaçant du côté du pouvoir, la Preside a publiquement désavoué ses collaborateurs et  a menacé de sanctions. Son supérieur, le dirigeant dell’ufficio scolastico provinciale di Bologna a annulé la délibération du conseil des maîtres qui entérinait leur décision et déclaré l’invalidité des bulletins scolaires.

Alertée, la ministre Gelmini, a immédiatement réagi ; affichant une remarquable, quoique prévisible, mauvaise foi, elle a placé l’affaire sur le plan politique :
« Il n’est pas éthiquement correct de refuser d’informer les parents sous prétexte qu’on ne partage pas la politique du gouvernement » (…)
« Qui est enseignant est appelé à jouer un rôle institutionnel et non pas à faire de la politique. »(…)
« C’est le énième cas de politique à l’école, un vice que nous avons hérité de mai 68 »(…)
« J’espère que les dirigeants  de l’école Longhena prendront des mesures contre les enseignants responsables en appliquant des sanctions administratives. Autonomie ne signifie pas anarchie. »

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Les journalistes, rapides comme l’éclair, se sont empressés d’écrire n’importe quoi, de préférence désobligeant  (euphémisme) envers les « maestri » pour ceux appartenant à la presse de droite.

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Au niveau de la classe politique les représentants de Rifondazione Comunista (PRC) ont clairement pris la défense des enseignants, ils ne sont pas les seuls, mais presque.

A quelques exceptions près dans les rangs du parti démocrate, les autres, toutes tendances politiques confondues (qui, sans surprise, sont très compatibles) tirent à boulet rouges sur les enseignants, n’hésitant pas à les vilipender.
Une institutrice de Longhena, membre de PRC, est particulièrement et ostensiblement dans la ligne de mire.

Ce matin, des inspecteurs ont débarqué dans l’école pour décortiquer minutieusement le travail des enseignants incriminés (c’est-à-dire 31 sur 36) en espérant probablement trouver un prétexte supplémentaire pour imposer des sanctions.

La brutale et disproportionnée réaction de l’Etat à l’acte d’objection de conscience des enseignants de l’école Longhena met une fois de plus en lumière la très inquiètante dérive autoritaire du gouvernement actuel.
Il y a quelques jours, Berlusconi a gravement attaqué la constitution, à tel point que Oscar Luigi Scalfaro, ex président de la république, a tenu hier sur la place de Rome un vibrant discours destiné à la défendre :
« La constitution est destinée à tous, elle est née avec un seul but : celui d’unir le peuple italien et non pas le diviser ».

Demain, samedi, lors d’une manifestation sur la place de Bologne, les enseignants et les parents d’élèves, unanimement solidaires, adresseront à l’école publique, à leur école, une déclaration d’amour.

Le site créé par le parents d’élèves de l’école Longhena pour soutenir les « maestri » (en italien)

21 réflexions au sujet de « Italie : désobéissance civile à l’école Mario Longhena de Bologne »

  1. @Didier Goux!!!!!

    Mais que faites-vous donc sur ce blog, dont, j’en suis convaincue, vous désapprouvez chaque ligne?
    Vous seriez-vous égaré?

    Seriez-vous en phase d’observation?
    Je fais parfois de même chez vous mais n’éprouve jamais l’envie d’intervenir, car, voyez-vous, je respecte vos opinions, même si elles me déplaisent.

    Quelle mouche vous a piqué pour venir ainsi persiffler ?

    Qui espérez-vous convaincre?

    Vous n’êtes pas à ma connaissance un spécialiste de l’enfance, quels sont donc les arguments qui étayent votre remarque?

  2. Attention, Goux, si vous êtes à nouveau de passage et encore pas sage, je vais appeler le Père (sévère) Stalker !

    Marrant, cet art de certains à être ridicules sans être précieux.

  3. Dire les résultats du travail scolaire avec des notes, de chiffres ou des lettres, uniformiser, est-ce nécessaire ? Ce n’est pas que cela a tjs été fait dans le passé que cela doit perdurer comme le pense DGoux, car si son arrière gd mère s’éclairait à la bougie et se lavait dans l’évier, ce n’est pa s pour autant que lui même persiste à le faire…on peut évoluer, inventer d’autres visions de l’existence….(il me fait rire DG remarquez) mais tu n’expliques pas Céleste, comment les établissements scolaire depuis 77 évaluaient les enfants, c’était laissé au libre arbritre des écoles dis tu ,mais utilisaient-ils un barême ou juste des appréciations verbales ?

  4. @La sardine

    une école autoritaire pour une société autoritaire, telle est leur devise.
    défendre une école de qualité, juste et donnant à tous les mêmes chances de réussite est essentiel.

    @Anne

    Suivant la loi les enseignants utilisaient un barême ottimo, distinto, buono, sufficiente, insufficiente
    mais les critères étaient déterminés par l’équipe enseignante

    remplacer ce système par des notes est absurde, contre productif.

  5. Salut Celeste, et Fabio 🙂
    J’ignore quels parallèles peuvent être fait dans les systèmes éducatifs italiens et français, mais , mieux vaut sans doute tard que jamais, faudrait peut-être voir que depuis des lustres immémoriales le système français, quelles qu’aient été les édulcorations successives des dernières décennies, est, lui, viscéralement attaché à l’idée du chacun-pour-soi, de la mise en concurrence, de la punition des solidarités clandestines, etc. Bien-sûr on a évacué les classements ici, favorisé plus ou moins des « cas » de travail d’équipe là, mais ce qui est bien vissé profond et revient en force aujourd’hui, c’est la performance hiérarchisante, la guéguerre entre élèves, etc. Le schmilblic est intact, après des années de dos rond, il revient triomphant : « Ne pense qu’à ta gueule, (ton rang, ta caste…), tous les autres briguent le dessus du panier, faut se battre etc.
    Ce qui s’est largement enkysté depuis la géniale trouvaille de Mr Darwin, c’est cette idée de
    sélection-hiérarchisation-élimination …
    On oublie que Darwin faisait comme tout le monde : il voyait un spectacle;
    Dans un spectacle, on veut que ça bouge : on mobilisera facilement le photo-safariste sur la lionne bouffant une gazelle, mais beaucoup moins sur les synergies inter-individuelles-inter-espèces, fourmis aidant des champignons aidant des seqoïas, etc, bref, l’ apparence de lutte exclusive, sans répit, totale du monde est devenu le prétexte idéologique à la sauvagerie des relations humaines.
    Je caricature à grands traits, certes, mais c’est de ça que nous sommes malades à crever;
    Si la Nature elle-même n’était faite que de conflits, de dominations ou de prédations, elle aurait vite fait de s’autodétruire, parce qu’AUCUNE créature n’aurait le moindre moyen d’y trouver tout simplement un « mobile » de continuer l’existence …
    Le léthal emporterait la victoire haut-la-main … Mais quand on voit, (exemple pas vraiment ancien) lors de la fermeture d’une fabrique de mines anti-personnel, un employé pleurnicher sur son affreux chômage, et « comment nourrir mes gamins », etc, aveuli, avili, asservi au point de ne même plus s’apercevoir de la dimension cannibale de son emploi, on se dit (enfin, bon, JE me dis…) que notre réveil contre une école rétrogradant ouvertement vers l’élevage sélectif et bétailler est bien tardif …
    Fabio, Celeste … ne lâchons pas le morceau !

  6. Bienvenue dans un monde d’évaluation, de normalisation, de normativisation, de codification… et je ne veux voir aucune tête qui dépasse ! L’Italie est décidément un bien dangereux pré-figurant de ce qui se passe ici.
    D’ailleurs, ce n’est pas tant l’évaluation, qui est en cause, parce que les groupes humains, dès lors qu’ils sont engagés dans des activités, passent leur temps à s’évaluer, à réfléchir à ce qui se passe bien, à ce qui se passe mal, à remettre en cause des méthodologies après les avoir confrontées à la vie. Le problème, c’est bien ça : faut-il confronter les situations et les résultats à des objectifs prédéfinis, à des modèles théoriques, ou les confronter à la vie ?
    Bureaucratie et autoritarisme vont décidément très bien ensemble.
    Ça a donné quoi, la lettre d’amour des enfants, des enseignants et des parents à leur école ?

  7. à vrai dire Céleste le barême italien « ottimo, distinto, buono, sufficiente, insufficiente » me parait identique aux lettres A B C D E qui signifient la même chose, utilisées encore en primaire en France d’ailleurs, utilisées au QUEBEC également , même à l’université…Que le barême utilise des lettres ou des notes ou des mentions , insuffisant, moeyn, bien, très bien, ou de 0 à 10 ou de 0 à 20, c’est pour moi du pareil au même….ça reste un barême ‘normatif’ ça ne veut pas dire grand chose une notation de toute façon, il faudrait qu’lele soit personnalisée, que cela représente le travail de chacun par rapport à son niveau , à ses propres efforts, progressions, interêts etc…car pourquoi humilier par des notes et des classements au ras des paquerettes …les notes ne servent pas à progresser, ne servent même pas à situer mais plutôt à enterriner bien souvent des situations qui pourraient évoluer avec de simples commentaires et observations personalisés….beaucoup plus encourageants. Libéré de cette ‘peur’ ou de ce complexe des notations, l’élève se sentirait à mon sens plus à même de se valoriser

  8. C’est l’étèrnel(tous ensemble les cons )
    des (on fait ce qu’on veut entre nous et basta pour les autres cons )
    Ils ont du se rendre compte que ces gamins devenus adultes n’etaient pas aussi maléables que les èsclaves des vieille générations ?
    Chacun pour soit et basta les savents pourris 😀

  9. Ca va bien sur beaucoup plus loin qu’une simple histoire de notation, ( les notes ne sont que la partie immergée de l’iceberg), les TB, B, AB, P, des années 75 ou du système allemand, ne sont qu’une incidente.

    De 0 à 10 ou de 0 à 20, ou de 1à 5, peu importe, c’est le caractère accidentel, des contrôles, des exams, tel jour, telle heure qui est condamnable…encore faudrait-il trouver un système de contrôle continu, dans le meilleur des cas, viable et non pénalisant…!

    Mais on sait que la compétition est la règle de nos systèmes néo-capitalistes. Le problème est d’abord là.!!!

  10. @Chomp

    Ton com est magnifique, grandiose, je le partage entièrement, chapeau!

    « mais ce qui est bien vissé profond et revient en force aujourd’hui, c’est la performance hiérarchisante, la guéguerre entre élèves, etc. Le schmilblic est intact, après des années de dos rond, il revient triomphant : “Ne pense qu’à ta gueule, (ton rang, ta caste…), tous les autres briguent le dessus du panier, faut se battre etc. »

    C’est tout à fait ça.
    un société de moutons soumis à quelques prédateurs..

    L’école italienne en générale, de la maternelle au lycée est très différente de l’école française, elle est beaucoup plus joyeuse, amicale presque familiale.

    Les enfants et les adolescents y sont traités avec beaucoup d’attention, particulièrement à l’école élémentaire.

    Dans celle-ci les relations entre les enfants, les maîtres et les parents est très forte; ils passent 5 ans ensemble.

    En cinq ans bien des liens se créent: de respect mutuel, de confiance, d’affection…

    @anne

    …alors les appréciations/valutations qui existaient jusqu’alors n’étaient pas parfaites mais elles avaient l’avantage d’être discrètes, malléables et de n’être que la base d’une discussion avec les parents.

    Les notes c’est autre chose, les notes sont tranchantes, impitoyables.

    Avec les notes on compare, au point, au demi point près.

    Qui dit comparer dit entrer dans la compétition.

    La réaction complètement disproportionnée de l’Etat à ce qu’on fait Fabio et ses collègues est inquiètante.

    Le ministère a envoyé un premier inspecteur qui a rendu ses conclusions, elles n’ont probablement pas plu car une seconde série d’inspections individuelles (pas comme chez nous en classe, non, dans un bureau) commencera dans quelques jours.

    @Oh91

    C’était sympa 🙂
    Mais en fait, je n’avais pas compris (de temps en temps des trucs m’échappent) , que c’était une manifestation, déjà prévue, dans différentes villes d’Italie: la déclaration d’amour à l’école publique, le jour de la Saint Valentin.

    Il y avait un peu de monde.

    @merci yelrah

    De toute façon l’idée était sympa 🙂

    @un chouka

    « Ils ont dû se rendre compte que ces gamins devenus adultes n’étaient pas aussi malléables que les esclaves des vieilles générations ? »

    Je crois que nos dirigeants paniquent et foncent tête baissée dans l’autoritarisme parce qu’ils veulent se protéger et protéger leurs alliés, les riches, ceux qui ne se sont pas encore aperçus, qu’il y a une criiiiiiiiiise.

    @vieil anar

    « Mais on sait que la compétition est la règle de nos systèmes néo-capitalistes. Le problème est d’abord là.!!! »

    Et ils vont s’accrocher à leur système pourri avec la hargne des hyènes.

    Heureusement qu’on est plus malins et plus sages qu’eux 🙂

  11. Eh oui, il est loin le temps où scola signifiait « apprendre dans un temps de loisir »….
    La signification du mot latin « schola », lui-même venu du grec, ne signifiait-il pas « loisir consacré à l’étude »?

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