Italie, France, une même culture dominante

Ça y est, l’affaire est quasiment entendue, l’infâme « decreto sicurezza »   proposé par le gouvernement Berlusconi est en cours d’approbation à la « Camera« .

En voici les grandes lignes :

Délit de clandestinité : l’étranger qui, violant la loi, « entre ou séjourne sur le territoire italien » sera condamné à une amende allant de 5000 à 10 000 euros.
Emprisonnement à qui loue un bien immobilier à un clandestin : peines allant de 6 mois à 3 ans.
CIE (Centre d’identification et d’expulsion) : le séjour des clandestins dans les centres pourra désormais durer 6 mois.
Taxe pour l’obtention du permis de séjour : le montant n’est pas encore fixé mais il sera compris entre 80 et 200 euros. L’argent obtenu sera destiné à couvrir les frais de rapatriement des migrants irréguliers. Taxe aussi, de 200 euros, pour qui voudra obtenir la citoyenneté italienne. En ce qui concerne les couples mixtes, la citoyenneté ne pourra être accordée au conjoint étranger qu’après un délai de minimum de deux ans après la date du mariage.

Et surtout :

Les enfants nés en Italie d’une mère clandestine ne pourront pas être déclarés sur les registres d’état civil. Ils n’auront pas d’identité. Ils seront invisibles.
Pire encore (
oui, c’est possible), si la mère n’a pas de passeport elle ne pourra même pas reconnaître son enfant qui deviendra immédiatement adoptable.

En plus de ces mesures violemment anti-immigrés, le décret entérine la création de « rondes citoyennes » et propose quelques mesures tape-à-l’œil destinées à faire semblant de lutter contre la mafia.

« Bravo, Bravo ! » crient près de 60% des Italiens !

Et ces Français qui acceptent sans mot dire la politique d’expulsion du gouvernement, les centres de rétention, les discriminations incessantes, que diraient-ils de ces mesures si elles étaient appliquées en France ?

Sur le web, ici et là, les propos racistes, xénophobes, sont affichés en toute décontraction.

Que ce soit chez l’écrivain raté, scribouillard frustré de n’avoir pas baigné dès l’enfance dans la culture bourgeoise, chez la cinquantenaire aigrie qui s’estime déclassée alors qu’elle n’est qu’incompétente, chez le freluquet frais émoulu d’une quelconque école de commerce et qui s’imagine être « rebelle », c’est la même rengaine : la haine de l’autre, la peur de perdre les seules « valeurs » qui les rassurent.
Ces gens-là, leurs béats admirateurs, leurs fidèles lectrices et lecteurs qui, par indifférence, paresse ou lâcheté, minimisent, ignorent les propos racistes, les attaques indignes, les injures, ceux qui se voilent la face et détournent le regard, ne sont pas incultes.

Comme l’écrit, très justement,  Pierre Trevanian :

« (…) s’il n’est pas totalement infondé de caractériser le racisme par l’ignorance, il faut en tout cas préciser que nous n’avons pas affaire à de la simple ignorance, mais plutôt à cette double ignorance  dont parlait Socrate: l’ignorance ignorante d’elle-même, l’ignorance redoublée par l’illusion de détenir un savoir. »

« (…) le cas du racisme antimusulman est particulièrement éclairant : mon étude des sondages d’opinion sur « le voile à l’école » m’a permis d’établir que la phobie à l’égard des filles voilées était beaucoup plus développée dans les franges dites « cultivées » de la population (lectrices de livres et de magazines, spectatrices de « débats de société » dans lesquels se transmet, sous des formes sublimées et distinguées, le nouveau sens commun islamophobe) que dans des franges plus « incultes » – ou baignant du moins dans une autre culture. »

En Italie, comme en France, la culture dominante est « fondamentalement raciste », colonialiste.
Tellement imbue d’elle-même qu’elle en est devenue inhumaine.

A lire sur l’Italie (en français), l’excellent blog Aglio E Cipolla

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96 commentaires sur “Italie, France, une même culture dominante”