Lakshmi

Étendue sur le sol du temple Sri Ranganathaswami, elle dort. Le long voyage en autobus jusqu’à Trichy l’a épuisée.
Une journée, deux peut-être. Lorsque l’on part en pèlerinage on ne ménage ni sa peine ni son temps.
Je décide qu’elle s’appelle Lakshmi, comme l’épouse de Vishnou, le dieu qu’elle est venue honorer et qui s’incarne pour protéger le monde.
Vishnou l’immanent, le préservateur de l’Univers.

Autour d’elle, les fidèles parlent, mangent ou méditent. Peu lui importe, elle a atteint son but. Quand elle se réveillera, elle ira déjeuner dans l’immense salle à manger où chaque jour les plus pauvres des visiteurs sont nourris. Riz et légumes sur une feuille de banane.
Puis elle offrira à son Dieu une noix de coco, de l’encens et des fleurs, peut-être aussi sa longue chevelure. Un prêtre rasera son crâne. Recueillis sur le sol ses cheveux, mêlés à d’autres, seront entreposés dans de grands sacs avant d’être vendus à des fabricants de perruques et toupets.
Une autre femme, loin en occident, les portera peut-être, joliment apprêtés, afin de cacher la calvitie provoquée par une chimiothérapie.

Pour prier Vishnou de protéger ses proches de la maladie, de la misère, pour qu’il leur accorde une union heureuse ou une naissance attendue, elle allumera de petites lampes à huile qu’elle déposera devant une de ses statues.

J’ai peint les colonnes du temple, la pierre ocre et grise dont je sens encore sous mes doigts la patine huilée par les innombrables caresses des mains dévotes et les fumées d’encens. J’ai lissé le sol bruni sans cesse foulé par les pieds nus.

Le temps s’est aboli, je suis avec Lakshmi dans la pénombre du temple ou peut-être qu’elle et moi  sommes deux incarnations d’un même être. Femmes, mères, si différentes et si semblables.

Mon pinceau dépose sur son corps étendu de multiples touches colorées. La peau brune de sa jambe mince, de sa main abandonnée, le noir blanchi de son chignon, l’éclat de lumière sur son dos.
Pour ce rendez-vous avec Vishnou, elle a mis un sari de soie rose aux reflets changeants bordé d’un liseré doré.
Pendant des heures, je joue avec les plis de l’étoffe pour en restituer la grâce. Du bout du pinceau, délicatement.
En hommage à cette femme endormie, je veux restituer une image juste, fidèle.

« Nous sommes les enfants de toute la terre, nous sommes tellement liés les uns aux autres » Andrée Chédid

13 réflexions au sujet de « Lakshmi »

  1. @bonjour mel13
    merci 🙂
    Mon souhait est d’arriver à peindre des petits instants de vie, glanés ici et là.

    @emcee
    n’exagérons rien 🙂 en peinture je débute mais j’aime beaucoup…c’est l’engouement du moment!

    @Pensez Bibi
    Il sort bien en photo le tableau, je suis contente!

    @Merci b.mode, je vais essayer de reprendre le rythme!
    En 5 ans j’ai tellement écrit que parfois j’ai l’impression de me répéter mais il y a des arguments qu’il faut justement répéter, expliquer, illustrer, inlassablement…

    Bonne journée à vous, moi je vais aller flâner (et manifester avec un peu de chance) à Nice

  2. J’ai une requête à vous faire Celeste: me permettriez-vous d’insérer cette image sur mon site? Il va sans dire que j’en citerais la source, je l’aime tellement… (en ce moment, je n’ai plus mon ordinateur et ne peux mettre mes images sur celui qui me dépanne…) Merci d’avance (sinon ce n’est pas grave, je continuerai à vous suivre de toute façon).

  3. @Namaste Marc!

    @mel13

    Bien sûr que vous pouvez l’utiliser, j’en suis ravie, vraiment!
    Je débute en peinture, alors je suis contente que cette toile vous plaise!

    Si vous n’arrivez pas à la charger directement sur le blog, écrivez-moi, je vous l’enverrai par mail!

    Bonne soirée

  4. En visitant le blog d’une amie (etsansciel) découvert le vôtre.Très beau tableau, un corps abandonné sur le sol qui raconte la vie d’une femme, qui parle de sa fatigue et de sa dévotion, qui donne vraiment envie de connaître l’Inde… J’aime beaucoup.
    Namaste

  5. C’est très beau et très touchant ce que vous avez fait. C’est presque érotique à certains moments. Mais je pense que ça raconte la vie, la passion. Elle croit corps et âme en son dieu, ce que la plus part d’entre nous n’a pas. C’est ce qui lui permet de vivre en paix, loin des inquiétudes du onde occidental.

  6. La peinture m’a beaucoup plu, elle raconte toute une histoire faut juste se concentrer sur le jeu des couleurs employé, la dégradation aussi .ça révèle un vrai talent bravo !

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