Les enfants d’Arna

Samedi soir, dans un de ces lieux dédiés à la culture alternative qui existent encore à Bologne, j’ai vu un documentaire exceptionnel :
« Les enfants d’Arna ».
Un coup de poing dans l’estomac.
Une plongée brutale dans une autre réalité, celle de jeunes Palestiniens de Jénine.
La caméra du réalisateur, l’acteur israélien Juliano Mar Khamis, les a suivis durant trois périodes.

D’abord en 1990 alors qu’ ils sont des enfants. De 1988 à 1990, toutes les écoles des territoires palestiniens occupés étant fermées par les autorités israéliennes, Arna, la mère de Juliano, israélienne communiste qui milite pour la paix, ouvre à Jenine une maison dédiée aux enfants et ou ceux-ci, avec l’aide de Juliano, montent des spectacles théâtraux. On assiste aux répétitions, puis à des extraits d’une pièce, où, pour devenir des rois, ils doivent trouver le soleil. Afin de financer l’opération, des petits films vidéo sont réalisés.
« Il n’y a pas de liberté sans instruction. Il n’y a pas de paix sans liberté. » était le mot d’ordre d’Arna, qui a reçu pour son action le Prix Nobel alternatif pour la paix.
Puis Arna tombe malade et l’école ferme.

1996, ses jours étant comptés Arna quitte l’hôpital contre l’avis des médecins pour un adieu définitif aux enfants de Jénine. Ils sont des adolescents ne sachant pas encore si leur avenir sera semblable à leurs rêves. Peu après cette visite Arna meurt.

2002, c’est la seconde intifada, Jénine est assiégée par les soldats. Juliano y revient, à la recherche de ces enfants qui sont désormais des adultes et, à nouveau, sa caméra tourne.
Mais cette fois le « paix et liberté » d’Arna a disparu, remplacé par la mort, omniprésente.
Youssef et Nadil ont commis un attentat suicide, Ashraf a été tué durant l’Intifada, Ala, devenu un chef des brigades l’Al Aqsa est abattu alors qu’il résiste à l’occupant.

Entremêlées, les images des différentes époques, forment peu à peu un terrible puzzle
Des sourires joyeux des enfants qui devaient trouver le soleil à leurs cadavres enveloppés dans du plastique, il y a la violence, la haine, la peur, les chars, les soldats, le drame de la Palestine et d’Israel.

On ne sort pas indemne d’une telle projection et durant le débat qui était prévu à sa suite, le public est resté muet.
Alors Gabriella Cappelletti, qui représente à Bologne l’association « Women in black » (en France « Femmes en noir »), a pris la parole pour expliquer les buts et les actions de l’association. Elle a raconté les nombreux voyages qu’elle a effectué en Palestine et en Israël, les femmes qu’elle a rencontrées et qui se battent inlassablement, ensemble, pour que cesse le cauchemar.
Puis la journaliste Nadia Nadotti, spécialiste de la Palestine a dressé un tableau de la situation actuelle. Elle a commencé son discours par ces mots : « Vous devez savoir qu’il ne faut pas se fier à ce qu’écrivent la plupart des journaux occidentaux, ils ne disent pas la vérité ».
Elle a dépeint la vie dans les territoires occupés, la colonisation qui avance inexorablement, semant dans les campagnes palestiniennes des résidences entourées de fil de fer barbelés, réquisitionnant l’eau, contrôlant les routes, parquant les palestiniens dans des espaces de plus en plus réduits, leur empêchant souvent l’accès aux soins, les maintenant pauvres et inoccupés.
« Nous devons leur expliquer, aux Israéliens, qu’ils se trompent, qu’ils doivent arrêter cette colonisation et respecter les accords internationaux. Ils sont en train de se perdre eux-mêmes »
Ensuite, quand elle a parlé des Palestiniens, un peuple jeune, qui ne se soumet pas, qui aime aussi s’amuser, j’ai pensé que quand les victimes ne se conduisent pas comme telles, les agresseurs perdent la tête.

Et j’ai revu Ala. A sa première apparition il a dix ans et il est assis sur les ruines de sa maison. Douze ans plus tard, devenu commandant des brigades l’Aq Aqsa il résistera, le sourire aux lèvres, jusqu’à ce que le tir d’un soldat lui enlève la vie, trois semaines avant la naissance de son enfant.

Il m’est resté de cette soirée une peine immense pour ces jeunes gens pris dans l’engrenage de la violence mais aussi pour les victimes de Youssef et Nidal qui ont commis un attentat suicide, tuant des passants. Comme Arna et Juliano, de nombreux Israéliens sont hostiles à la politique agressive menée par une longue série de gouvernements soutenus par des puissances internationales dont les enfants peuvent dormir en paix.

La situation palestinienne est scandaleuse. Rien de bon ne peut sortir de cette violence qui transforme les enfants rieurs en victimes ou en bourreaux, qui leur colle à la peau, qui les étouffe, qui les tue.

L’œuvre d’Arna peut sembler vaine, mais je ne veux pas croire pas qu’elle le soit, elle est une goutte d’eau et il en faut des milliards pour former les fleuves qui éteignent les incendies.

Les photos viennent des sites Arna’s children et The International Solidarity Movement

On peut voir le documentaire sur le site Sabbah

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