Naufrage

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Depuis que je l’ai entendue, la nouvelle m’obsède. Je n’arrive pas à m’en défaire. Elle a jeté sur mes pensées une brume que rien ne dissipe.
Sa monstrueuse énormité me déroute et m’effraie. J’aimerais me réveiller et apprendre que ce n’était qu’une erreur, que les scientifiques se sont trompés, ou qu’il n’est pas trop tard pour sauver des flots les cités qui, bientôt, seront submergées.

Bombay, New York, Hô Chi Minh-Ville, Calcutta, Shanghai, Miami, Lagos, Abidjan, Djakarta, Alexandrie, Bangkok

Bangkok, la ville des anges, sera la première à subir la montée des eaux. Celle-ci a déjà commencé alors que le sol de la métropole, épuisé par les récents et gigantesques travaux de constructions, s’enfonce irrésistiblement.
Dans quinze ans, l’eau envahira la ville. Les klongs déborderont, entrainant dans les tourbillons du Chao Praya, les débris des maisons et des temples de bois, les planches, les pilotis.
Que restera-t-il de ce naufrage ?
Les toits dorés du grand palais ? Le temple de la montagne d’or, posé sur sa colline ? Le « sky train » qui surplombera l’onde brune, sale, boueuse, chargée des restes pitoyables de la splendeur passée.
Et le grand Boudha couché, dormira-t-il au fond de l’eau, impassible et serein ?

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Les six millions d’habitants devront trouver refuge ailleurs, quitter leurs demeures au bord du fleuve, leurs cabanes de planches, leurs immeubles bondés, leurs édifices récemment construits et qui font la fierté du pays.

Ils auront abandonné leurs objets quotidiens, leurs souvenirs, leurs lieux sacrés, leurs écoles, leurs échoppes.

Je me souviens du tsunami, de cette vague immense devant laquelle nous avons fui, éberlués par sa puissance.
Je me souviens de la colline où nous étions réfugiés, et d’avoir cette nuit là pensé à la fin du monde.

Je ne la croyais pas si proche.

Alors que m’importent les chamailleries, les élucubrations politiques, les discours creux, les méchancetés gratuites, ce ne sont que billevesées, gouttelettes d’eau saumâtre, vaines gesticulations.

Changer chacun quelque chose dans son mode de vie, être solidaires de ceux qui verront leurs vies réduites à néant, me semble être la priorité totale et absolue.

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Des images de Bangkok en clip vidéo:

One Night in Bangkok

One Day in Bangkok

16 réflexions au sujet de « Naufrage »

  1. Je ne connais pas l’immense majorité de ces villes. Mais c’est vrai, cette liste à la Prévert donne le vertige, le vertige de la catastrophe dans laquelle on fonce en souriant.

    Sans avoir de solutions toute faite. Et en écoutant aux infos de 13 heures que les USA, finalement, n’en ont cure de Jakarta et des différentes discussions pour essayer de ne pas trop détruire trop vite ce sur quoi on vit.

    Mais la liste, elle est affligeante. Beau billet.

  2. Céleste, je me demandais si ce billet est écrit au rapport de la problématique générale du réchauffement climatique et d’une (très) probable montée des eaux, ou en référence à une information récente précise qui m’aurait échappé ?

    Sinon, pour les vieux désséchés de la canicule de 2003, le gouvernement a eu l’excellente idée de sucrer un jour férié à tout le monde pour offrir un brumisateur à chaque vieux (j’en rigole encore…), peut-être pourra-t-on renouveler semblable initiative pour la montée des eaux, et offrir à chaque habitant des zones concernées un masque et un tuba ?

  3. @Swâmi
    il est écrit en fonction d’une étude de l’OCDE, sortie à l’occasion du sommet de Bali. voir ce texte là:
    http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/bali/actu/296895.FR.php

    et sur le site de France 2 (voir reportage sur les territoires qui risquent de disparaitre)
    http://jt.france2.fr/20h/index-fr.php?jt=2&start=1540

    par ailleurs, Marc (merci Marc) vient de m’envoyer cette dépêche de l’AFP, qui porte guère à l’optimisme (ou plutôt qui donne la rage)

    NUSA DUA (AFP) – Le patron de la Convention climat de l’ONU, Yvo de Boer, s’est déclaré jeudi « très inquiet » sur l’état des négociations en cours à la conférence de Bali, qui doit s’achever vendredi.
    « Je suis très inquiet sur le rythme des choses », a déclaré le secrétaire exécutif de la Convention de l’ONU sur les changements climatiques (UNFCCC).
    « Demain (vendredi) à midi, il sera trop tard », a-t-il ajouté.
    Ses propos faisaient écho aux inquiétudes des principales ONG présentes à Bali qui ont dénoncé plus tôt la « dynamique destructrice » des Etats-Unis dans les discussions et appelé à renverser la vapeur durant les prochaines 36 heures de négociations.
    « J’ai le sentiment que parce que de nombreux sujets ont été transférés au haut niveau (de négociations) et reliés entre eux, nous sommes d’une certaine façon dans une situation où tout passe ou tout casse », a ajouté M. de Boer.
    « Si nous ne parvenons pas à finir le travail sur l’avenir à temps, alors tout le château va s’effondrer ».
    L’objectif principal de la conférence de Bali est de tracer une feuille de route de négociations, que les ONG veulent ambitieuse, pour prolonger au-delà de 2012 le protocole de Kyoto, seul outil international pour freiner les émissions des gaz à effet de serre. »

    à noter la « dynamique destructrice » des Etats Unis

  4. « Changer chacun quelque chose dans son mode de vie, être solidaires de ceux qui verront leurs vies réduites à néant, me semble être la priorité totale et absolue. »

    Oui, bien sûr.
    On peut se passer de sa voiture quand on habite en ville, on peut essayer de se nourrir local quand on n’habite pas en ville, on peut réduire sa consommation de produits manufacturés, se chauffer moins et écologiquement mieux… Plein d’autres choses encore.

    Mais je ne crois pas que la somme des modifications de nos comportements individuels puisse réellement quelque chose.

    La solidarité passe par des actions collectives, par de la politique (au noble sens du terme, pas dans un parti).

    Parce qu’il faut imposer à nos gouvernants d’autres choix, en matière de production d’énergie, en matière de transports, en matière d’organisation du territoire…
    Parce qu’il faut arrêter la course aux profits.
    Parce qu’il faut imposer à nos gouvernants de prendre au sérieux les avertissements des scientifiques.
    Parce qu’il faut informer, éduquer, informer, éduquer et recommencer.

    Je ne connais pas ces pays mais ton billet rend ton émotion contagieuse.

  5. @christine
    je suis tout à fait d’accord, la solidarité passe par l’action collective.
    il faut pousser, de toute notre énergie, nos gouvernants à faire d’autres choix.
    « Parce qu’il faut informer, éduquer, informer, éduquer et recommencer. »
    absolument, c’est pourquoi, il faut à mon sens tout reconsidérer, et surtout, être unis pour lutter.

  6. les klongs sont la chose dans le monde qui m’ont le plus depayses a peine sorti de lavion… depaysante thailande

  7. de passionnantes et inquiétantes emissions ‘vu du ciel’ de Yann Arthus Bertrand évoquaientt ces futures disparitions d’îles entières, de villes…des millions d’éco-réfugiés à venir, les habitants reconstruisent leur maison plus loin des rivages qui inexorablement avance et détruit déjà à nouveau tout…

    son site :
    http://programmes.france2.fr/vu-du-ciel/accueil.htm

    oui céleste il faudrait avec obstination, obsession, toujours alerter, informer, arriver à modifier les mentalités, parce qu’une prise de conscience doit avoir des conséquences
    pourquoi manque-t-il à l’homme l’instinct de survie ?

  8. J’avais écrit, il y a quelques jours, une note sur la base (malheureusement, les études se recoupent, d’une étude du « Haut conseil allemand sur les changements cimatiques » (WBGU) et du PNUE (http://ensemble-a-gauche.over-blog.com/article-14524421.html). J’ai pensé immédiatement à toi. J’ai immaginé TON Inde envahie par les eaux issues de la fonde de l’Himalaya, ses habitants désemparés, qui ne pourraient pas tous survivre.

    Nous pouvons encore arrêter cela. Mais personne ne le veut. Ni monsieur Nicolas Sarkozy, Président de la République (je fais des efforts ;-D), ni Bush.

    Alors on va vers la catastrophe.

  9. « Nous pouvons encore arrêter cela. Mais personne ne le veut. Ni monsieur Nicolas Sarkozy, Président de la République (je fais des efforts ;-D), ni Bush. »

    Mais Sarko + Bush, c’est pas tout le monde.
    Il faut arrêter d’attendre la solution de ceux qui ont le pouvoir, faut les virer 😉

  10. A qui profite le crime ?
    Impuissants, nous sommes impuissants devant ceux qui, avec une obstination criminelle et suicidaire, vivent les derniers soubresauts de notre planète en marchant sur les autres, les faibles, afin de préserver leurs avoirs.
    La bataille va être rude…

  11. Allons allons, Céleste, c’est quoi ce coup de sang ?

    Alors, à qui ça sert que le future Ministre de la Science Calude Allègre se décarcasse pour vous dire que le réchauffement climatique et l’amiante à Jussieu, y en a pas plus que de conscience dans la cervelle d’un besson, dans le jabot d’un lang ou dans le sac de riz d’un kouchner ?

    Et puis dites, Bankoq, c’est où ?

    C’est pas en France ?

    Oh ben alors…

  12. @christine
    « Il faut arrêter d’attendre la solution de ceux qui ont le pouvoir, faut les virer »

    bien d’accord, mais comme l’écrit Aédia, « la bataille va être rude »

    @PMB
    claude Allègre, en voilà un qui porte mal son nom….triste sire!

    @bruno
    Calcutta est sérieusement menacée, est aussi une grande partie du Bangladesh.
    je suis atterrée par le peu de réactions et il semble que Nusa Dua va se clore sur un échec.
    la catastrophe se rapproche et je tremble à l’idée de la vague d’hystérie qu’elle va entraîner.

  13. Je suis beaucoup allé à Bangkok et dois y retourner bientôt. Cette nouvelle me boulverse aussi. Je ne pensais pas cela si proche et encore moins si étendu.

    À très bientôt.

    Syphaïwong.

  14. Et on doit supporter les plaisanteries stupides de nos journalistes-carpettes de luxe, qui nous ramenent « difficile de croire au rechauffemet planetaire’ des qu’il y a trois centimetres de neige et un peu de blizzard inhabituels quelque part.

    Ne sont meme pas capables de comprendre (ils font semblant sans doute, c’est nous qu’ils prennent pour des demeures) a quel point ces caprices meteo, certains tres graves, sont lies precisement a la degradation environnementale.

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