29 juillet 2008 — En Inde

Dans la lourde chaleur nocturne embaumée de jasmin la belle Hemawati, allongée nue sur sa couche, ne trouvait le sommeil. Un irrésistible désir parcourait sa chair, qui tendait ses seins et lançait dans son ventre vierge d’étranges frissons.
Comme un appel, venu du plus profond de son corps, un appétit intime et brûlant que les caresses qu’elle se prodiguait d’une main fiévreuse ne parvenaient à satisfaire.
Elle pensa à la fraîcheur du fleuve dont elle percevait clapoter les eaux paisibles. Enveloppant son corps aux douces lignes cambrées dans une longue étoffe de soie claire piquée de cabochons d’or, elle franchit silencieusement la porte de la demeure de son père et marcha vers le fleuve.
La lune dans sa plénitude la suivit du regard et intensifia son éclat afin que la belle ne blessât point ses pieds nus aux pierres aigues du chemin.

Arrivée sur la grève, Hemawati libéra langoureusement son corps de la soie claire qui moulait ses seins ronds. Comme de l’argent fondu l’eau brillait sous la lune. Elle y pénétra lentement pour mieux en goûter la fraicheur. De ses mains en forme de coupe elle versa de l’eau sur son corps et les gouttes qui ruisselaient en soulignaient la grâce.
Du haut du ciel la lune, ravie par ce spectacle enchanteur n’en pouvait plus n’en pouvait mais.
La tentation se fit trop forte d’aller soulager cette belle enfant de ce désir qu’aucun mortel n’aurait su satisfaire.
De lune elle devint homme aux larges épaules, à la voix douce, aux mains caressantes, au sexe dressé.
Qui enlaça Hemawati et longuement lui fit l’amour.
Mais aux premières lueurs de l’aube, déposant sur ses lèvres un dernier baiser il lui dit adieu.
« Non, dit la jeune femme, ne pars pas, je ne suis pas mariée, si tu t’en vas je vais mourir ».
La lune lui sourit et répondit :
« Ne t’en fais pas, va à Khajuraho, donne naissance à l’enfant qui désormais grandit dans ton ventre. Il deviendra très important et tu vivras auprès de lui. »
Ainsi fut fait et l’enfant né de l’union de la lune et d’Hemawati, devint le premier des Chandelas.

C’est l’histoire que nous raconte Sudesh (plus sobrement il est vrai) lorsque qu’il nous fait visiter les temples de Khajuraho.
Sudesh est un futur élève d’espagnol d’Ana. Récemment il a étudié l’italien à Delhi pour pouvoir exercer la profession de guide. Il n’a pas encore commencé. Cette visite avec nous est en sorte une répétition générale. Il est très content de pouvoir s’exercer, et nous de l’aider à trouver les mots qui lui manquent.

Les temples sont superbes. Destinés à représenter l’univers ils dressent vers le ciel leurs architectures décorées d’une infinité de statues.
Les bas reliefs représentent des scènes de la vie quotidienne : défilés d’éléphants, batailles, musiciens et danseurs mais aussi fornication. Et de manière très crue : à deux, à trois, debout, assis, oral, par devant, par derrière et même avec un cheval tandis qu’une spectatrice, choquée se voile la face.
Ailleurs, un éléphant rigolard, occupé à torturer un malheureux d’une trompe puissante, regarde baiser un couple, plus loin, un guru tantrique ventru enseigne à des jeunes filles dénudées.

La partie moyenne des temples est réservée aux représentations divines ou royales. On s’y envoie en l’air avec délectation, dans des poses parfois acrobatiques. Les apsaras ondulent, se masturbent, cambrent leurs fesses rondes sous le regard égrillard des dieux. Elles dansent, écrivent, se peignent la plante des pieds avec du henné. Des femmes portent des enfants. Sculptées avec finesse, riches de détails, ses statues sont véritablement splendides.

Il est extraordinaire de penser qu’aux Xème, XIème et XIIème siècle, quand ces temples ont été édifiés, la moins osée de ces statues aurait envoyé illico presto n’importe quel sculpteur occidental en prison à vie. La sainte église n’aimait guère le sexe.

De nos jours, par contre, alors que chez nous règne enfin la liberté sexuelle, l’Inde est devenue pudique, voire même pudibonde. Les couples n’affichent en aucun cas leur tendresse et les pratiques sexuelles ne franchissent pas les alcôves. Mais peut-être y accomplit-on encore des prouesses, c’est quand même le pays du Kamasoutra.

L’autre chose qui me frappe est la reconnaissance du désir féminin, et là, pour le coup, je trouve les Chandelas particulièrement admirables.
C’est qu’il en a fallut des siècles en occident pour reconnaître la sexualité féminine, des millénaires !
Outre l’histoire d’Hemawati, particulièrement significative (et qui n’est qu’une légende parmi d’autres expliquant la naissance de Khajuraho), d’autres éléments attestent de ce respect du désir féminin.
Pour exprimer l’excitation sexuelle d’une femme, les sculpteurs gravaient un scorpion sur sa cuisse, plus celui-ci était haut plus le désir de celle-là était vif.

Nous flânons longtemps dans les temples, j’effleure de la main les ventres ronds des apsaras, leurs seins volumineux, leurs hanches pleines. J’imagine les jeunes femmes qui, jadis, leur ont servi de modèles.
On ne devait pas s’ennuyer dans les ateliers de sculpture !

27 juillet 2008 — En Inde

« Ah, dit Ana, ici rien n’est simple mais j’ai beaucoup de contacts et nous pouvons commencer les cours lundi »
Au milieu de rien et loin de tout, Khajuraho est une bourgade campagnarde qui doit son succès touristique à une superbe série de temples hindous et jaïns édifiés entre le Xe et le XIIe siècle par la dynastie des Chandela.
L’endroit en lui-même présente si peu de charme (climat lourd, omniprésence d‘insectes divers et variés) que, depuis des lustres, les historiens se demandent quelle mouches (innombrables à Khajuraho) ont bien pu piquer les Chandela pour les décider à construire un groupe d’édifices religieux de cette importance et de cette beauté dans un lieu pareil.
Mais les remous de l’histoire ont finalement donné raison aux Chandela car grâce à leur éloignement (de tout), beaucoup de temples, richement décorés de statues et de bas et hauts reliefs, ont été épargnés par la rigueur destructrice des musulmans moghols.
Outre une représentation très précise des actions quotidiennes et banales des Indiens du Xe siècle, les temples de Kajuraho offrent aussi une série de sculptures érotiques d’une crudité, stupéfiante. D’où l’afflux ininterrompu de hordes de touristes venus se rincer l’œil sous prétexte de culture.

Le tourisme est la principale source de revenus du village. Dans les rues poussiéreuses parsemées de chèvres et de vaches, les boutiques proposant les sempiternels objets artisanaux (bijoux, bronzes, vêtements baba cool) sont accolées les unes aux autres, entrecoupées d’Internet cafés, d’hôtels plus ou moins confortables, de restaurants plus ou moins engageants et d’agence de voyage. Bref, tout le monde travaille pour les touristes. Néanmoins, seul un petit bataillon de guides maitrise l’usage des langues étrangères les plus communément parlées par les visiteurs, c’est-à-dire l’anglais, le français, l’italien et l’espagnol. Il y a aussi de nombreux touristes coréens et japonais avec qui il faut communiquer en anglais.

Apprendre une langue étrangère à Kajuraho est impossible, les aspirants guides (ou autres professionnels du tourisme) doivent se rendre à Delhi et y séjourner plusieurs mois pour pouvoir fréquenter un centre linguistique. La dépense est considérable, inaccessible pour qui ne jouit pas de revenus suffisamment importants.

Ana, qui passe tous ses étés et ses vacances de Noël à Kajuraho depuis des années et qui connaît bien cette réalité, est, à juste titre, convaincue du bien fondé de la création d’une école multi langues.
Deux incontournables figures de la vie locale lui apportent un soutien total.
L’un est un guide spirituel hindou, le docteur Jamuna Mishra, communément appelé Guruji, qui jouit d’une certaine célébrité en Europe où il anime régulièrement des séminaires de yoga.

L’autre, Ali Murad est à la fois médecin et journaliste. Philanthrope, il a crée diverses structures d’aide aux plus démunis, s’occupant particulièrement des aveugles et des vieillards atteints de cataracte à qui il donne la possibilité, gratuite, d’être opérés.
Guruji et Ali Murad sont amis et engagés ensemble dans diverses entreprises destinées à améliorer le sort des villageois.

De plus l’un est brahmane hindou, l’autre notable musulman : fine mouche Ana !
Nous les rencontrons dès le premier soir. Ils sont contents, ils viennent de trouver l’école où nous pourrons donner les cours. Une liste d’élève a été établie.
Pour l’instant l’italien rencontre un franc succès (10 élèves).
Le cours d’espagnol a été choisi par 4 personnes. Ana est quand même un peu déçue.
Quant au français, c’est le bide total, pas un client !
Serait-ce les conséquences de la visite du Sarkozy en Inde ? Alors que déçus de n’avoir pu contempler la Brunette de près les Indiens ont dû regarder le petit président franchouillard passer le plus clair de son temps à pianoter sur son téléphone portable ?
Non. La cause de ce flop est plus simple, il n’y a presque plus de touristes français à Khajuraho. Nombreux et incontournables pendant des décennies, ils se font désormais rares, préférant faire des trekkings dans les montagnes du Cachemire, des randonnées dans les déserts africains, ou des stages de survie en Auvergne.
Mais nous sommes en Inde, demain, tout sera peut-être différent…

25 juillet 2008 — En Inde

Infatigables (quoique certains jours…) globe trotteurs (charmante expression désuète), nous quittons Chennai pour Khajuraho, dans l’Etat du Madhya Pradesh, au nord de l’Inde, où de nouvelles aventures nous attendent.
La première (aventure), consiste à effectuer un voyage en train de 24 heures, suivi d’un trajet en taxi de 4 heures pour rejoindre Khajuraho, où Ana nous attend afin de lancer la première session de cours de l’école de langues qu’elle aimerait monter.
Ana est espagnole, nous l’avons connue à Bologne où elle enseigne à l’université. Mais Iqbal, son amoureux, étant indien, de Khajuraho, elle envisage, sérieusement, de s’installer plusieurs mois par an en Inde. D’autant que les fonds de fonctionnement de l’université (qui se prétend prestigieuse) de Bologne s’amenuisent d’année en année, à tel point que les professeurs, comme Ana ont déjà été avertis que l’année prochaine il n’y aurait pas de budget photocopies.
A quoi bon, quand on est espagnole, titulaire d’un doctorat et d’un fiancé indien, s’obstiner à rester dans un pays où un des premiers effets négatifs du Berlusconisme (il y en a une infinité d’autres, pour tout dire il n’y a que ça) consiste à rabioter sur l’enseignement et la culture.
D’où cette idée de créer une école de langues dans un pays en plein développement où la classe moyenne-supérieure, dont le niveau de vie augmente aussi irrésistiblement que le nôtre baisse, aspire à se cultiver.
Quant à nous un rien nous amuse et nous sommes tous les deux enseignants, alors pourquoi ne pas aider Ana, nous verrons bien ce qu’il en sort !

Le premières seize heures de train, dans le Rajdhani Express, se déroulent au mieux. Bien que Fabio ait tant bien que mal colmaté les bouches d’air de la climatisation celles-ci continuent à déverser sur nous une brise glaciale qui nous contraint à nous enrouler dans les couvertures rêches d’une propreté approximative, mais nous sommes seuls dans le compartiment, les pieds sur les banquettes. Toutes les trois heures on nous apporte à manger : café et biscuits, breakfast, déjeuner, thé à l’anglaise (ou presque) et dîner. La nourriture est bonne. Derrière la vitre, la campagne défile paisiblement.

A Bhopal, la situation se dégrade.
J’ouvre ici une parenthèse. Bhopal, capitale du Madhya Pradesh, en 1984, un gaz extrêmement toxique, l’isocyanate de méthyle, s’échappe d’une usine de pesticides appartenant à la firme américaine Union Carbide. Avec la rapidité de l’éclair il se répand sur une zone d’environ 40 km2. En trois jours plus de 7000 personnes perdent la vie, des centaines de milliers sont intoxiquées. Cinq ans plus tard, au terme d’une bataille juridique épuisante les propriétaires de l’usine acceptent de verser au gouvernement indien 470 millions de dollars d’indemnités aux victimes, une aumône au regard du bilan humain qui, en 2004 fait état de plus de 22 000 morts et de centaines de milliers de personnes souffrant de maladies chroniques et débilitantes liées à une exposition au gaz. Le site n’ayant toujours pas été dépollué, aujourd’hui, 24 ans après la catastrophe, 400 personnes meurent chaque mois de ses conséquences.

En ce qui nous concerne ce n’est heureusement pas une saloperie de gaz américain qui vient perturber notre confort mais trois gros indiens bruyants. A peine entrés dans le compartiment ils se lamentent de la chaleur qu’il y règne et arrachent le papier journal des bouches d’air. Puis nous demandent si nous serions disposés à changer de compartiment car ils sont trois, qu’il n’y a que deux places et qu’ils aimeraient bien rester ensemble.
Tiraillés entre la perspective de subir leurs discussions animées pendant des heures et celle d’avoir à déménager nous finissons par accepter. Mal m’en prend, je me retrouve sur une couchette supérieure, dans le couloir, la lumière et la clim en pleine poire ce qui fait que je ne ferme pas l’œil de la nuit. Fabio non plus qui se fait du souci pour les bagages.
A six heures sur le quai bondé de la gare de Jhansi, fripés fatigués cracras, nous sommes en petite forme. Heureusement Iqbal nous a envoyé un taxi, dont le chauffeur tient une pancarte à notre nom.

La route est longue et j’ai sommeil mais l’Inde que je découvre est différente de celle que nous connaissons. Plus sèche, plus grise, plus poussiéreuse, plus pauvre. Les femmes se couvrent la tête avec le pan de leur sari et ne parent pas leurs chevelures de jasmin. Les hommes portent des pantalons et non des dhotîs. Des bandes de terre rouge alternent avec des étendues d’herbe pâle. Des temples de grès émergent de groupes de maisons basses.
C’est l’Inde du nord.
A Khajuraho, nous retrouvons Ana (l’Espagnole).
« Alors, demande Fabio (l’Italien), cette école de langues ? »

23 juillet 2008 — En Inde

Il est déjà 14 heures quand la voiture de Prema Vasam vient nous prendre à l’hôtel. Sachant qu’il faudra une heure pour aller chercher Mumtaj et ensuite plus de deux heures pour rejoindre le terrain, l’après-midi sera sans nul doute fatigant !
Il est néanmoins hors de question de renoncer, il ne sera pas dit que nous aurons quitté Chennai sans avoir vu ce fameux « land », objet de tant d’attention.
De plus nous devons nous arrêter à la «house boys » déjà existante.

Et le voyage commence. Nous traversons l’interminable banlieue de Chennai (7 millions d’habitants, une ville tentaculaire), puis la zone industrielle où se sont implantées de nombreuses entreprises étrangères. De la poussière d’une terre plate, désolée, émergent d’énormes usines.
« Avant, dit Mumtaj, alors que nous traversons une zone qui semble sinistrée, arbres morts, herbe desséchée, avant, ici, il y avait des rizières. Les paysans vivaient de leurs cultures, la terre était bonne. Puis Hyundai est arrivé et a rejeté d’énormes quantités l’huile souillée. Toute cette zone est polluée. Les paysans ont dû partir. »

Au fur à mesure que nous nous éloignons la campagne redevient belle, verte, calme.
Il est 17 heures lorsque nous atteignons la maison où vit une trentaine de garçons entre six et seize ans, tous, ou presque, enfants des rues. Mary, une infirmière, assure le rôle de house keeper elle est secondée par deux jeunes filles pour les travaux ménagers et deux animateurs s’occupent des pensionnaires, les aidant à étudier, les éduquant.

L’accueil est enthousiaste. Les garçons se précipitent pour vider la voiture de son chargement. Les gros sacs de riz passent de mains en mains : le ravitaillement est arrivé, et nous en prime !
La maison est petite, tellement petite que lorsqu’il ne pleut pas les enfants étudient et dorment sur la grande terrasse du toit. Ils n’ont qu’une seule salle de bains à disposition. De plus la maison est divisée en plusieurs appartements, dont un situé de telle manière que ses locataires doivent traverser la salle commune des garçons pour se rendre chez eux.
Pour finir le propriétaire est un mauvais coucheur qui prétend augmenter le loyer car la maison abrite trente enfants au lieu des vingt initialement prévus.
Malgré sa petitesse le logement est propre est ordonné (ce qui n’est pas évident quand trente quatre personnes vivent dans 80 m2).

Finalement nous partons tous en procession vers le fameux terrain. En chemin Mary m’explique que tous les jours, en fin d’après-midi, les animateurs accompagnent les enfants au terrain où, pendant près de deux heures, ils jouent ou font du sport. Puis ils retournent à la maison, se lavent, étudient, dînent et étudient encore.
Les garçons plaisantent joyeusement, nous adressent quelques mots en anglais (What’s your name ? Where do you come from ? ») ou gambadent sur la route.
Ni cris, ni disputes.
Il est devant nous. Beau, grand, plat, ceint d’un haut mur. A notre arrivée le gardien émerge cahin caha de sa cahutte pour nous ouvrir le portail.
Les garçons s’égayent avec bonheur dans cet espace qui, de toute évidence, est le leur.
Certains courent, d’autres font du saut en longueur avec le jeune animateur sportif, jouent au badminton ou au cricket.
Et dans le jour finissant nous regardons jouer ces enfants qui n’ont jamais rien eu et pour qui s’ébattre sur ce terrain est une joie sans cesse renouvelée.
Ils n’ont ni Play station ni téléphone portable ni vêtements de marque.
Rien.

Je m’émerveille auprès de Mumtaj de leur calme et de leur enthousiasme. Elle sourit et me répond « They are happy ».
Elle aussi je la sens heureuse, fière d’avoir contribué à tant améliorer l’existence de ces enfants.
Pleine d’espérance aussi, car si la grosse entreprise métallurgique italienne (dont Valeria m’a assuré qu’elle respectait l’environnement et offrait à ses ouvriers de bonnes condition de travail et de sécurité), reprend le projet, une belle et ample maison sera édifiée sur ce terrain. Les garçons auront une salle pour étudier, des dortoirs confortables et Mary pourra ouvrir un dispensaire pour les gens du voisinage.
Nous expliquons à Mumtaj que Selvyn doit absolument et au plus vite se rendre chez un avocat pour établir un contrat de location du terrain à Namaste. Qu’il doit aussi rédiger un projet en bonne et due forme. Que de notre part nous allons écrire à Valeria pour lui dépeindre les conditions de vie des enfants, pour lui raconter leur attachement à ce terrain, leur espoir d’y avoir enfin une maison, où ils pourront vivre en paix.
Comme tout être humain de cette planète, ils y ont droit.

21 juillet 2008 — En Inde

Selvyn nous invite à partager le déjeuner dans la salle commune. La plupart des aliments (riz, légumes) sont offerts à l’association par des donateurs indiens. Ce qui représente une importante quantité de nourriture. L’établissement accueille une centaine de filles et de garçonnets (moins de 10 ans pour ces derniers) orphelins ou abandonnés, qui sont scolarisés à l’école voisine, la trentaine d’enfants infirmes que nous avons vus ce matin et une vingtaine d’adolescents et adultes handicapés mentaux *. Plus de cinquante personnes travaillent pour Prema Vasam.

Si l’état a reconnu l’association et lui a donné une habilitation il n’en n’ouvre pas pour autant les cordons de la bourse. Aucun financement public n’est accordé.
Depuis des années Selvyn et Mumtaj avancent quasiment au jour le jour, jamais certains de pouvoir continuer à mener à bien leur entreprise le mois ou l’année suivante.
Heureusement, Prema Vasam bénéficie du soutien financier et affectif de l association italienne Cotronix.

Après le déjeuner nous retournons dans le bureau pour, enfin, discuter de ce fameux terrain.
« Voir le terrain, s’exclame Selvyn, maintenant ? Ce n’est pas possible, il est à plus de deux heures de trajet d’ici ! »
Nous convenons de remettre la visite à demain mais sans notre hôte qui doit partir pour quelques jours de vacances dans sa maison au sud du Tamil Nadu, en compagnie d’un groupe de jeunes filles orphelines.
Via Skype, d’Italie, Valeria s’immisce dans la conversation, elle a devant elle les plans de la maison qui pourrait être construite sur ce terrain que personne n’a encore vu et voudrait demander quelques précisions, notamment sur les dimensions, écrites en square feet, unité de mesure anglaise inconnue en Italie.
Selvyn se lance alors dans une série peu concluante de calculs et conversions jusqu’au moment où, levant les yeux vers la fenêtre, il s’écrie « Ravi is walking, Ravi is walking ! » avant de se précipiter sous la galerie pour soutenir lui-même les pas chancelants de Ravi, ravi.

Le temps passe et nous sommes toujours là car la voiture qui doit nous ramener servira aussi à accompagner à la gare Selvyn et son petit groupe.
Indra sera du voyage.
Indra, « the queen », la plus éclatante réussite de Prema Vasam.
Un auto-rickshaw la ramène de l’université. Une jeune femme la prend dans ses bras pour la déposer, gracieuse et légère comme une fleur coupée, sur la table du bureau.

Elle est belle, lumineuse.
Quand Selvyn l’a rencontrée elle avait 14 ans.
Elle lui a dit « Je veux étudier ».
Il a dit « Ok »
Alors elle est venue vivre à Prema Vasam.
Elle a désormais 24 ans et passe brillamment un master d’informatique à l’université de Chennai.
Elle maitrise remarquablement l’anglais et a aussi étudié le japonais.
Chapeau !

* Je n’ aime pas cette appellation mais je n’ en trouve pas d’ autre.