Quand Sacha Distel chantait la polygamie

Souvenez-vous, c’était en 1965, une rengaine enjouée qui était sur toutes les lèvres…
Venue de Trinidad (Shame and Scandal in the Family) elle fut chantée en français par Sacha Distel et Dalida.

On en riait, l’époque était joyeuse.

« A Trinidad, tout là-bas aux Antilles
A Trinidad, vivait une famille
Y avait la Mama et le Papa
Et le grand fils aîné
Qui, à quarante ans
N’était toujours pas marié

Un jour il trouva, la fille qu’il voulait
Et dit à son père :
 » Je voudrais l’épouser.  »
Hélas mon garçon, hélas tu n’peux pas
Car cette fille est ta sœur
Et ta mère ne l’sait pas

Oh Papa, quel malheur
Quel grand malheur pour moi
Oh Papa, quel scandale
Si Maman savait ça

Deux ans passèrent et le garçon, un soir,
Vint trouver son père et lui dit, plein d’espoir:
 » La maîtresse d’école veut bien m’épouser  »
Mais le pauvre père prit un air accablé:
Mon fils tu n’peux pas
Tu n’peux pas faire ça
Car cette fille est ta sœur
Et ta mère ne l’sait pas !

Oh Papa, quel malheur
Quel grand malheur pour moi
Oh Papa, quel scandale
Si Maman savait ça

Dix ans après, il revint tout ému
Et dit à son père,
 » Devine ce que j’ai vu !  »
Dans la plantation,
On vient d’embaucher
Plus de cinquante filles
Du village d’à côté

Hélas mon pauvre enfant
Les Dieux sont contre toi
Toutes ces filles sont tes sœurs
Et ta mère ne l’sait pas

A bout de patience,
Il s’en fut écœuré
Raconter à sa mère toute la vérité
Sa mère se mit à rire
Et lui dit : « Ne t’en fais pas
Ton père n’est pas ton père
Et ton père ne le sait pas »

Oh Mama, quel bonheur
Quel grand bonheur pour moi
Oh Mama, quel scandale
Si Papa savait ça »

Quelques décennies plus tard les sourires se sont figés, comme sur les photos des cartes d’identité.
Vous êtes priés de faire la gueule, surtout ne souriez pas, ne riez pas non plus, soyez mornes, tristes, obéissants, détestez les victimes que l’on vous désigne, indignez-vous quand on vous le demande, soyez individualiste et consommateur de biens éphémères, travaillez plus pour gagner moins, ne tendez pas la main au SDF, dénoncez le sans-papier, stigmatisez l’étranger qui n’est même pas de chez nous, surtout ne souriez pas, ne riez pas non plus, soyez mornes, tristes, soumis, soumis, soumis…

Et ici, en musique, un petit moment d’insouciance.

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