Au joli temps de Bologne la rouge, début des années 80, on prenait l’autobus gratuitement. Pas toute la journée, certaines heures. Cette mesure était prioritairement destinée aux étudiants, ces mêmes étudiants qui, les jours de neige, déblayaient les trottoirs dans toute la ville. Lire la suite →
Bologne, il était une fois une ville où il faisait bon vivre
22 décembre 2009 — Au jour le jour
Vendredi, le couscous de Saltana
24 avril 2009 — Au jour le jour, En Italie
Ce matin, comme tous les vendredis, Saltana a préparé le couscous.
Un long travail.
Quand il a été prêt elle a fait trois plats : un pour les femmes, un pour les hommes et un qu’elle a apporté à Ada et Beppe, ses voisins âgés. Mohamed l’a accompagnée car Saltana a encore des problèmes avec l’italien.
Elle, elle parle berbère. Lire la suite →
Le train des « lucciole »
10 juin 2008 — Au jour le jour, En Italie
Il y a dix ans, elles et moi partagions les mêmes trains: celui du soir, qui arrivait à Bologne vers 21 heures 30, celui du matin, qui en partait à 5 heures.
Je venais passer le weekend dans la ville avec mon amoureux, elles venaient se prostituer.
A partir de Piacenza, à chaque gare, elles gravissaient les marches du wagon de tête, toujours le wagon de tête.
Sur le quai elles étaient seules, mais à l’intérieur du train elles se regroupaient, s’interpelaient joyeusement, riaient.
Des jeunes filles arrachées à l’Afrique, en jean ou salopette avec un petit sac à dos, comme des lycéennes ou des étudiantes.
Grandes ou petites, minces ou dodues, belles ou moins belles.
Au fur et à mesure que le train se rapprochait de Bologne elles enduisaient leurs paupières de fard et leurs lèvres de rouge. Elles ajustaient des perruques sur leurs cheveux crépus, ou relevaient leurs tresses en chignons croulants. Elles troquaient leurs jeans contre des bas résilles tenus par des porte- jarretelles qui dépassaient de minuscules jupes moulantes et leurs tee-shirts bariolés contre des soutiens-gorges ou des guêpières. Elles enfilaient à leurs pieds des sandales à plateaux d’une si vertigineuse hauteur que je pensais toujours qu’ainsi chaussées elles ne pourraient jamais courir pour s’échapper. Elles rangeaient les tennis dans des poches en plastiques qu’elles déposaient dans leurs sacs à dos avec leurs vêtements de jeunes filles.
Au fur à mesure que le train se rapprochait de Bologne leurs conversations devenaient moins joyeuses et quand il s’arrêtait le long du quai elles se séparaient sans un mot, sans un regard.
Puis elles s’engouffraient dans des voitures et les hommes qui les conduisaient les déposaient sur les trottoirs de la ville.
Dans le froid glacial de l’hiver.
Sous la pluie.
Seules.
Livrées à la concupiscence des mâles.
A leur violence.
A leur mépris.
Car dans la riche et bourgeoise Bologne, la ville des universitaires, des avocats et des marchands, nombreux sont les clients qui pour quelques dizaines d’euros viennent vider leurs couilles dans ces corps juvéniles.
Indifférents.
Et si d’aventure quelques remords les effleurent ils les exorciseront à la messe ou en glissant un bulletin de centre gauche dans les urnes.
Ils ne peuvent pourtant pas ignorer les terribles conditions de vie de ces jeunes femmes : achetées à leurs familles, vendues à des souteneurs, violées, brutalisées, enfermées, privées de leurs passeports.
Esclaves.
Le lundi matin je les retrouvais dans le hall de la gare. Fatiguées, vacillantes sur leurs talons démesurés, elles avaient la démarche traînante. Elles fumaient en silence. Parfois l’une d’entre elles poussait un cri de rage, on ne savait contre qui mais je comprenais pourquoi. Les quelques voyageurs italiens qui traversaient le hall les ignoraient. Elles devenaient transparentes. Le jour, le bourgeois ne veut pas voir ce qui la nuit le fait bander.
Nous reprenions le train et dans l’aube délavée, elles enlevaient les perruques et les bas résilles, les guêpières et les sandales à plateaux. Elles remettaient les jeans et les tee-shirts, les tennis et les blousons.
Elles somnolaient.
Téléphonaient.
Puis je les voyais s’éloigner sur le quai pour rejoindre des appartements qu’elles partageaient avec d’autres filles, sous l’étroite surveillance des souteneurs.
Dix ans plus tard, chaque matin les trains reprennent toujours sur les quais les jeunes filles qu’ils y ont laissées la veille. La seule chose qui a changé est la couleur de leur peau. Les nouvelles esclaves viennent désormais de l’ex bloc soviétique.
Il y a quelques jours le gouvernement Berlusconi, soucieux d’être dans les bonnes grâces du vieillard pontifical a présenté un amendement « anti lucciole », qui définit les prostituées comme des sujets socialement et moralement dangereux et qui vise à les pénaliser.
Haro sur les ” puttane” !
S’attaquer aux victimes pour épargner les coupables : les souteneurs mafieux et leurs complices.
Ce sont les clients et les exploiteurs qu’il faut pénaliser.
Ceux sans qui rien de tout cela n’existerait.
Ceux qui, pour tirer un coup, font maintenir des femmes en esclavage.
Ceux à cause de qui perdure l’ignoble, l’inacceptable commerce, celui des corps.
Honte à eux !
La fête des mères ?
11 mai 2008 — Au jour le jour, En Italie
Derrière sa caisse, Laura avait le regard triste hier. Elle déplaçait machinalement les marchandises que les clients déposaient sur le tapis roulant, encaissait, saluait, recommençait sa tâche monotone, sans un sourire.
Parce que d’habitude elle est joyeuse, toujours prête à rire, elle est ma caissière préférée.
Je sais qu’elle s’appelle Laura car une étiquette, hypocritement nommée badge, est épinglée sur son polo rouge et bleu, les couleurs du supermarché Conad.
Quand mon tour est arrivé elle m’a adressé un petit sourire las.
Nous avons échangé quelques mots sur le temps printanier, puis en partant je lui ai souhaité un bon dimanche.
« Ce ne sera pas un bon dimanche, demain le magasin est ouvert et je travaille.
- Demain ? Comment ça se fait ?
- C’est la fête des mères.
- ???
- Pour la fêtes des mères, ils font travailler les mamans. C’est comme ça ici.
- Oh ! Je suis désolée pour vous. Moi je ne viendrai pas demain. Le dimanche les travailleurs doivent se reposer, être avec leurs familles. D’ailleurs peut-être qu’il n’y aura pas de clientèle, ça fera comprendre à la direction que c’est stupide d’ouvrir le dimanche.
- Pffff ! Au contraire, demain ils seront nombreux. Vous savez les points pour avoir des cadeaux, demain ils compteront double, c’est écrit partout dans le magasin. Ils vont tous venir !
- C’est triste.
- Oui, d’habitude pour la fête des mères je vais chez mes parents avec mon mari et ma fille. »
La cliente suivante, une dame dont la blondeur artificielle et le bronzage aux UV tentaient de dissimuler l’ancienneté, a manifesté son impatience en grommelant quelques paroles indistinctes mais dont l’animosité était parfaitement compréhensible. Quelque chose comme : « Elle peut pas s’occuper de mes courses, cette feignasse, au lieu de bavasser avec les clients? »
J’ai dit au revoir à Laura. Des larmes brillaient dans ses yeux sombres.
Et moi j’ai pensé : boycott, boycott, boycott
Ainsi vont les choses (Il bacio di Alice)
30 mars 2008 — Au jour le jour, En Italie
Ça arrive
C’est comme ça
Une chanson me vient en mémoire
Ainsi vont les choses
Ainsi doivent-elles aller
A la recherche d’une intention
D’un prétexte
Donner un sens au pourquoi
Regarder en arrière
L’obscurité d’un instant
La couleur qui la déchire
Le jaune sur le noir
Une plaque qui parle français
La douceur d’une voix
En filigrane
Suspendue dans le vide
L’éternité d’un moment
Trois destins se croisent
Et arrivent d’étranges choses
Ce qui doit arriver
Arrive
Antonio Benedetto (* traduit par moi)
Extrait du court métrage « Il bacio di Alice » qui, grâce aux bons soins d’Antonio, de Fabio et de tous les autres, acteurs, musiciens, copains, preneurs de son ou d’images, est presque arrivé à sa forme finale.
En attendant sa sortie sur quelque écran bienveillant, voici le trailer :
* version originale du poème:
Accade
E così
Mi torna in mente una canzone
Così vanno le cose
Così devono andare
Alla ricerca di un motivo
Il pretesto
Dare senso al perché
Guardare alla schiena
Al buio di un attimo
Al colore che lo squarcia
Al giallo sul nero
Una targa che parla francese
La dolcezza di una voce
Infilzata
Appesa a un vuoto
L’eternità di un momento
3 destini si incrociano
Le strane cose accadono
Ciò che deve accadere
Accade
Tentacule mafieux, incident non anodin
26 février 2008 — Au jour le jour, En Italie
Jeudi dernier Martina, une camarade de classe de ma fille, est arrivée en retard au lycée.
Au volant de sa voiture et mal réveillée elle n’avait pas cédé le passage à un gros véhicule flambant neuf, un de ces 4×4 dévoreur d’énergie qui encombrent les rues des villes. Ignorant les gesticulations du conducteur elle avait continué tranquillement sa route. Hélas, quelques mètres plus loin, bloquée par un feu rouge intempestif, elle avait vu le véhicule s’immobiliser à ses côtés et le conducteur, un costaud mal rasé se précipiter vers elle la mine menaçante.
A peine avait-elle eu le temps de réaliser ce qui se passait que le malabar en furie avait déjà cassé un phare et cabossé le capot d’un pied impétueux. Suite à quoi, tout en continuant à marteler du poing la carrosserie, il avait hurlé à son intention une bordée d’injures, avant de grimper dans son 4×4, de claquer la porte et de démarrer en trombe.
Effrayée, abasourdie mais lucide Martina avait eu le réflexe immédiat de noter le numéro d’immatriculation de la voiture. Suite à quoi elle s’était rendue illico presto chez les carabiniers pour porter plainte.
Sûre de son bon droit, comme de juste.
Le lendemain un appel de la caserne lui a demandé de bien vouloir passer dans l’après-midi car on voulait s’entretenir avec elle au sujet de l’incident.
Et là, éberluée, elle a entendu un carabinier, un peu mal à l’aise quand même, lui expliquer très sérieusement que les recherches sur l’identité du propriétaire de la voiture avait abouti et que, il en était vraiment désolé, celle-ci appartenant à un mafioso connu et redoutable, il lui conseillait, vivement, de retirer sa plainte, car non seulement on ne pouvait pas y donner suite mais que de surcroît il valait mieux de pas attirer une seconde fois sur elle l’attention de ce personnage.
Cet incident non anodin s’est passé il y a quelques jours à Bologne, une ville qui jusqu’à présent avait la réputation d’être « propre ».
La mafia étend désormais impunément ses tentacules sur tout le territoire italien.
Plus précisément il s’agit de la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise qui est actuellement en train de surpasser la Cosa Nostra (mafia sicilienne) et la Camorra (mafia napolitaine) dans le sordide domaine de la criminalité organisée.
« La vérité est que l’on connaît très mal la ‘Ndrangheta. Des trois grandes sociétés criminelles du Sud de l’Italie, elle est la seule qui confonde délibérément la famille biologique et la famille criminelle. Pas « d’étrangers » dans le clan, ce qui rend ce dernier quasiment impénétrable pour qui vient de l’extérieur. Une organisation décentralisée, sans véritable organe décisionnaire central, dont les clans sont par ailleurs très soudés : Il n’y a jamais eu de repentis célèbres au sein de la ‘Ndrangheta, contrairement à ce qui se passe pour la Mafia et la Camorra », écrit Xavier Raufer, spécialiste de la mafia.
La ‘Ndrangheta que Xavier Raufer définit comme « très cruelle et très sauvage », s’est longtemps spécialisée dans les enlèvements avant d’étendre d’abord ses activités aux trafics de cigarettes, de véhicules volés, de métaux recyclés et de cocaïne, détenant « un quasi monopole du trafic transcontinental de cocaïne et ayant même des ambassadeurs en Colombie. »
Avec ses 112 clans disséminés en Calabre, soit environ 7000 affiliés (on estime qu’un habitant de la région sur 345 fait partie d’un clan, et que 27 % de la population est plus ou moins complice) et réalisant un chiffre d’affaires de 35 milliards d’euros, alors que le PIB régional de l’économie licite n’est que de 29 milliards d’euros la ‘Ndrangheta est devenue une véritable et incontournable puissance.
Forte de quoi elle se livre aujourd’hui sans retenue au racket d’entreprise, taxant les entrepreneurs jusqu’à la faillite et à la captation des fonds publics, particulièrement la subvention européennes pour l’agriculture.
« En Calabre, la collusion entre monde politique et ’Ndrangheta est la règle, affirme le magistrat calabrais Vincenzo Macri. La région a échappé au contrôle de l’Etat. Les mafieux sont partout : depuis les guetteurs qui surveillent les champs jusqu’aux administrateurs qui gèrent les appels publics. »
Au cours des dernières années, trente-cinq Conseils communaux ont été dissous pour « infiltrations mafieuses ».
En cas de non coopération la ’Ndrangheta tue sans état d’âme pour se débarrasser des récalcitrants ou des gêneurs et terroriser ceux qui, dans les institutions, refusent de collaborer avec elle.
A la suite de l’émigration massive des calabrais, due à la pauvreté, au cours des années 70 et 80, des cellules mafieuses se sont progressivement implantées en Italie du nord, puis dans d’autres pays, notamment l’Allemagne et le sud de la France.
Bref, la racaille, la vraie, celle qui va à l’église le dimanche et assassine les pères devant leurs enfants, pour l’exemple.
Le pouvoir mâle dans toute son horreur, toute sa perversion qui revendique en les détournant deux concepts d’un autre temps « héroïsme et vertu ». (’Ndrangheta en grec)
Au fur à mesure que la pieuvre étend ses tentacules la démocratie recule. Coincée par une église plus envahissante que jamais, gangrénée par la mafia, exploitée par les possédants, trahie par les gouvernements successifs, la société italienne étouffe, courbe l’échine, et souffre.
L’histoire de Martina, qui a retiré sa plainte, est un des multiples signes du disfonctionnement de l’Italie, un pays en déperdition que seul un électrochoc politique, malheureusement peu probable, pourrait remettre à flots.
Le retour des « streghe »
16 février 2008 — En Italie
Soudain, le 11 février, 7 policiers, obéissant (ou non) à un appel téléphonique anonyme (ou non) dénonçant un infanticide, font irruption dans une polyclinique de Naples.
Dans une chambre, Silvana, elle vient de vivre un avortement thérapeutique, le fœtus qu’elle portait présentait une anomalie chromosomique. Rien d’illégal.
Mais les policiers ne l’entendent pas de cette oreille et entreprennent de la questionner, longuement. Puis ils séquestrent son bulletin médical et le fœtus.
Cette imbécile et scandaleuse intervention policière est le résultat de la cabale anti avortement qui secoue actuellement l’Italie.
Cette nouvelle offensive, issue d’une papauté rétrograde et obtuse, relayée par la droite et instrumentalisée par Berlusconi, a son héraut, un odieux personnage, amas de chair flasque parcouru de frissons de haine envers les femmes : Giuliano Ferrarra, rédacteur en chef d’un immonde torchon réactionnaire : « Il Foglio ».
Mais si une partie de l’Italie emboite le pas à ces tristes sires, l’autre, choquée par cette attaque à la loi 194, obtenue dans les années 70 grâce à une lutte acharnée et qui garantit aux femmes le droit à l’IVG, entend bien ne pas les laisser mener à terme leur funeste projet.
Livia Turco, ministre de la santé a déclaré être « profondément choquée » par cette affaire et a dénoncé une « chasse aux sorcières ».
Jeudi 15 février, à Rome, Naples, Milan et Bologne ont eu lieu des manifestations de révolte.
En tête, main dans la main, les combattantes d’hier, furieuses de devoir recommencer une bataille qu’elles pensaient avoir définitivement gagnée et les filles d’aujourd’hui prêtes à prendre le relais.
Cheveux gris et talons plats, écharpes colorées et piercings.
A Bologne nous avions rendez-vous devant la clinique Sant’ Orsola. Le lieu avait été symboliquement choisi pour dénoncer le fait qu’aujourd’hui il est devenu difficile de pratiquer une IVG en Italie car de plus en plus de médecins se réfugient derrière le statut d’objecteurs de conscience (la loi qui n’est pas exempte de failles, les y autorise).
Nous avons été plusieurs centaines, (800) femmes et hommes, à bloquer la circulation devant l’hôpital, puis à traverser la ville en cortège pour rendre à la Piazza Maggiore, cœur de la cité.
Une belle manif dans le jour déclinant.
De beaux slogans aussi :
« Libere di scegliere » (libres de choisir)
« No alle scambi politici sul corpo delle donne » (non aux marchandages politiques sur le corps des femmes)
« Tremate, tremate, le streghe sono tornate, le figlie e le nipoti non vi daranno il voti » (tremblez tremblez, les sorcières sont de retour, les fils et les petits-fils ne voteront pas pour vous)
« Il nostro problema non é la cellulite, ma come liberare le nostre vite » (notre problème n’est pas la cellulite mais comment libérer nos vies).
Depuis deux jours, à l’initiative d’un groupe de femmes, intellectuelles et artistes, (dont Sabina Guzzanti, Lidia Ravera, Cristina Comencini) circule une pétition, consultable en ligne : liberadonna
«Caro Veltroni, caro Bertinotti, cari dirigenti del centro-sinistra tutti,ora basta!
L’offensive contre les femmes – une pure et simple croisière bigote a atteint un niveau intolérable. Intolérable aussi l’absence de réaction du centre gauche et sa condescendance. Avec l’obscène proposition d’un moratoire sur l’avortement qui traite les femmes de meurtrières et de bourreaux et la récente injonction de réanimer des fœtus ultra prématurés et ceci même contre la volonté de la mère (et malgré la quasi certitude de malformations gravissimes) les corps des femmes sont redevenus des « choses », des territoires de lutte pour le fanatisme religieux, des objets sur lesquels exercer le pouvoir. (…)
Nous attendons de vous une prise de position claire et sans équivoque, qui condamne franchement toutes les tentatives – d’où qu’elles viennent – de menacer l’autodétermination des femmes qui fut si difficile à conquérir : notre droit à dire le premier et le dernier mot sur notre corps et sur nos grossesses. (…)
Nous exigeons par conséquent que vos programmes soient explicites : si la loi 194 a besoin d’une révision, c’est celle d’éliminer l’objection de conscience (…), la pilule abortive (RU486) doit être immédiatement rendue disponible dans toute l’Italie, parce qu’à un drame ne doit pas s’en ajouter un autre, la pilule du lendemain doit devenir d’un accès simple et rapide et différentes campagne de contraception doivent être menées dans les établissements scolaires (…), des programmes de soutien aux femmes émigrées doivent être conduits sur les plans culturels et sociaux, et les aides à la maternité doivent être renforcées (dans le cadre d’une politique capable de combattre la précarité au travail)Ces valeurs ne sont pour nous en aucun cas négociables et nous n’accepterons aucun compromis. »
En ligne depuis deux jours cet appel compte déjà (au moment où j’écris) 9416 signatures.
Ce n’est qu’un début.
« Tremblez, tremblez, les sorcières sont de retour ! »
A lire chez Aline Testuz la situation en Lituanie.
Petite histoire d’un abus de pouvoir ordinaire
5 février 2008 — Au jour le jour, En Italie
C’était samedi soir vers 23 heures, Cléo, ma fille, 19 ans et cheveux au vent, a pris un bus de l’ATC (la compagnie de transport bolognaise) pour se rendre chez une amie.
Elle n’habite pas loin sa copine, seulement deux arrêts de bus, 3 minutes de trajet, mais Bologne a beau être une ville plutôt sûre, mieux vaut quand on est une jeune fille ne pas être seule dans la rue à une heure tardive.
Pas de chance, la machine à composter les billets a refusé catégoriquement d’accomplir la tâche pour laquelle elle a été conçue.
Décidément quand la guigne commence elle s’acharne, une minute plus tard, casquettes en arrière et bedaines rebondissant au-dessus des ceintures, deux contrôleurs ont investi le véhicule.
Cléo s’est donc dirigée vers eux pour leur expliquer son infortune.
Sceptiques, ils l’ont toisée sans aménité. Puis l’un d’eux a testé la machine avec un billet extrait de sa musette : clac clac, la garce a fonctionné du premier coup.
Regard triomphant du contrôleur qui annonça alors à Cléo qu’elle devrait s’acquitter d’une amende de 40 euros.
40 euros ce n’est pas rien, surtout lorsque l’on a le pénible sentiment d’être victime d’une injustice.
Cléo a donc demandé aux deux hommes de procéder à une nouvelle tentative avec son billet.
Refus catégorique.
Nouvelle demande de plus en plus suppliante, à tel point qu’un passager est intervenu pour témoigner qu’elle avait bel et bien essayé de composter, qu’elle n’y était pas parvenue, et que donc elle était de bonne foi.
Finalement les contrôleurs ont cédé et introduit le billet dans la machine qui est restée impassible.
Nouvel essai, nouvel échec.
Nouvel essai, nouvel échec.
Mais, les desseins des machines étant parfois parfaitement incompréhensibles voilà qu’à la cinquième tentative, clac clac, le billet s’est enfin trouvé composté.
Ricanement des deux hommes. L’un, badin, a alors précisé: « Bene, signorina, on vous fait une amende de seulement 39 euros ! » Ce qui est bien sûr impossible.
Pendant ce temps là, le bus était arrivé à la station de Cléo. Elle l’a signalé aux contrôleurs en leur demandant d’arrêter le véhicule et de lui rédiger son amende sur le trottoir.
Refus
Elle a supplié, les lames aux yeux.
Refus.
Elle a pleuré.
Refus.
Aucun passager ne souhaitant descendre le bus a continué sa route vers la banlieue de Bologne.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six arrêts plus loin les deux crétins sadiques qui étaient ni plus ni moins en train de la séquestrer, ont fini par renoncer et ont demandé au chauffeur de stopper son engin maléfique.
Ils se sont donc retrouvés tous les trois sur le bord de la route, à plusieurs kilomètres de la destination de Cléo, dans un endroit très fréquenté par les automobiles mais vide de toute présence humaine.
Découvrant la nationalité française de Cléo, l’un des deux, décidément très inspiré s’est exclamé « Au moins vous n’êtes pas extracommunautaire ! »
L’autre a rempli et signé son petit papier, puis ils ont monté dans la voiture qui les avait suivis et qui les attendait.
« Vous me laissez toute seule, ici ? a dit Cléo à la fois inquiète et stupéfaite. J’ai peur ! »
« Mais qu’est-ce que vous voulez qu’il vous arrive ? » ont rétorqué les deux enflures avant de claquer la porte et de s’éloigner.
Voila comment un samedi soir en Emilie Romagne deux salopards, abusant du minuscule pouvoir que leur confère leur charge se sont vengés sur une jeune fille de la médiocrité de leur existence.
Incident banal, car la chose est régulièrement pratiquée par des employés indignes qui se permettent de punir eux-mêmes et à leur façon, les resquilleurs ou supposés tels.
Incident qui, cette fois, ne s’arrêtera pas là car nous avons fait appel à un ami avocat pour attaquer ces deux malfrats.
Lorsque les sociétés se délitent, que les dirigeants abusent de leurs pouvoirs, que la corruption ronge un pays, trop d’êtres humains sont ainsi capables, quotidiennement, d’une infinité de petites vilenies, méchancetés, lâchetés.
Et il faut alors bien peu, un mauvais vent, une brise empestée de relents fascisants, pour qu’ils se transforment en bourreaux, tortionnaires, mouchards, exécutants serviles des basses œuvres.
En vrac: déménagement et actualité
23 janvier 2008 — Au jour le jour, En Italie

Et bien voilà, c’est fait, nous avons déménagé !
Nous avons vu nos meubles et nos cartons descendre par un balcon avant de remonter, ailleurs par une fenêtre.

Nous avons occupé notre nouveau territoire, déballé nos affaires, accroché nos tableaux, disposé nos objets, les insignifiants que l’on utilise chaque jour et les précieux porteurs de souvenirs, ceux qui évoquent des gens, des lieux, des évènements chers du passé. Ce fut à la fois amusant et exténuant.
A 7 heures pétantes l’équipe des déménageurs a fait irruption chez nous, un peu bruyamment il est vrai, surtout à cause du camion grande échelle qu’ils ont rentré dans la cour.
Les voisins du dessous, avec qui, grâce à notre patience héroïque, nous étions parvenus pendant huit ans à ne pas nous disputer, n’ont pas apprécié l’horaire matinal de notre migration. Sortie hirsute sur son palier, l’ultime conquête du séducteur propriétaire des lieux s’est mise à hurler que nous devrions avoir honte de faire un déménagement à une heure aussi indue. Cléo qui descendait l’escalier à ce moment là lui a répondu vertement. Entendant la voix courroucée de ma fille je me suis précipitée à sa rescousse, juste à point pour entendre cette créature (de moi inconnue) crier que Grazie a Dio, nous quittions cette maison !
Mon sang n’a fait qu’un tour et je lui ai balancé dans les gencives qu’au contraire, c’était elle qui aurait dû avoir honte d’ignorer qu’une bonne partie de la population italienne était déjà au travail à sept heures du matin, que nous étions très contents de partir, pour cause de voisinage déplaisant et que Dieu n’avait rien à voir dans l’affaire.
Bref, comment mettre fin, en trois minutes à des années de hochements de têtes hypocrites !

Pendant ce temps là les déménageurs avaient surnommé Carla Bruni mon mannequin déguisé et les plaisanteries grivoises commençaient à fuser. Curieuse de connaître leur opinion sur les galipettes présidentielles, j’entrai dans la conversation pour constater leur désapprobation : lui, un Berlusconi français, dit avec l’amusement que l’on imagine (chacun son tour), elle, une prétentieuse voulant à tout prix être célèbre.
Opinion différente de celles de certaines de mes copines italiennes qui persistent à trouver le Sarkozy sexy.
“ Io la capisco la Bruni ” dit Gianna.
Grrrrrrr…

Pendant que je m’agitais au milieu des cartons, l’actualité allait son train. Je n’ai pas tout suivi, mais deux trois bricoles m’ont interpelée.
D’abord le pape qui se fait de plus en plus lourd, insistant, pénible. Bravo aux professeurs qui se sont opposés à sa venue à l’université et honte aux Rutelli et autres Veltroni, falots personnages se prétendant de gauche et qui volent au secours d’un chef de l’église réactionnaire qui entend régenter la vie politique et sociale de l’Italie. La cabale anti avortement est en train de prendre une forme de plus en plus menaçante, la vigilance s’impose.

Le gouvernement Prodi ne va pas tarder à mordre la poussière. Son espérance de vie étant depuis sa naissance extrêmement limitée, il n’y a là rien de surprenant. Dans l’absolu ce ne serait pas une grande perte mais le risque de « Berlusca le retour » est réel. Vigilance.

L’économie mondiale part en eau de boudin, là encore c’était prévisible. Il va y avoir du changement, tant mieux. Faisant partie de la foule des non possédants actionnaires de rien du tout et n’étant pas économiste j’attendrai paisiblement et avec curiosité de voir la suite des évènements. Avec vigilance bien sûr.

Pour finir je suis ulcérée par le traitement infligé aux habitants de la bande de Gaza. Tant de perversité me choque. Je refuse de croire que la seule solution au problème palestinien consiste à affamer la population, à l’isoler, à la contraindre à vivre dans l’obscurité, dans les égouts, dans la misère.
Et là malheureusement le mot vigilance devient inopérant.

Le déménagement
13 janvier 2008 — En Italie, Journal intime

Mercredi, toutes nos affaires empaquetées, nous quitterons l’appartement où nous avons vécu pendant huit ans.

l’ancienne maison
Il était beau, spacieux et nous y avons été heureux mais je le quitte sans le moindre regret.
Je ne l’ai jamais vraiment aimé. Trop symétrique, froid, bourgeois, sans âme peut-être. Les jours de déprime le granit moucheté de ses sols m’évoquait l’austérité des pierres tombales.

Sini nous aide à empaqueter
Bien que plus petit et plus modeste le nouvel appartement m’enchante.
Ce fut un coup de foudre.

J’ai immédiatement aimé ses carrelages colorés, joyeux, luisant sous un rayon de soleil.
Ce matin je les ai longuement briqués.
Comme je ne suis pas la reine du ménage il y a fort à parier que jamais plus je ne leur consacrerais une telle attention, mais ce matin, il fallait le faire. Il me fallait m’approprier ces lieux où nous vivrons désormais.

J’aime déménager, ou plutôt, j’aime le changement. Nous n’allons pas bien loin, dans le même quartier, mais les voisins seront différents. En ce qui concerne ceux que nous laissons, là non plus pas de regrets. J’ai toujours senti chez eux une pointe de supériorité probablement due à leur statut de propriétaires (parfois les gens sont d’une bêtise dont on ne sait si elle est comique ou pathétique).
Le nouvel immeuble appartient à une seule personne et nous sommes tous locataires. Plusieurs appartements sont loués par des étudiants, c’est parfait, les rapports seront plus faciles.


« Pierre qui roule n’amasse pas mousse », pour moi, c’est parfaitement exact. Au fil de mes déplacements (10 déménagements en 30 ans), j’ai abandonné des meubles, des tapis, des objets. Et je me rends compte à quel point je suis peu attachée aux biens matériels.
Une table en marbre, une chaise branlante, des livres, des photos, mes sculptures et mes vêtements, voilà tout ce dont je dispose.
Heureusement Fabio a le sens de la maison et du mobilier. Si nous étions tous les deux pareils nous n’aurions rien ! C’est cela être complémentaires et je m’émerveille de l’avoir à mes côtés.

Ceci expliquant cela, j’ai été peu présente sur le web ces derniers jours et je ne le serai pas davantage durant ceux qui viennent.
Le prochain billet sera écrit dans un salon coloré et lumineux, par la fenêtre je verrai les toits rouges des maisons et au loin les collines bolognaises.

la Pin Up: dessin de Runci
Quelques résolutions
2 janvier 2008 — Au jour le jour, En Italie

Tableau de Nole
L’intérêt des célébrations annuelles est qu’elles se classent d’elles mêmes et spontanément dans la mémoire. Il est plus aisé de se souvenir des 31 Décembre que des 23 Février.
Leurs images défilant comme un (déjà) long ruban, m’évoquent les différentes phases de ma vie.
Réveillons de mon enfance dans un chalet de haute Savoie.
Fêtes euphoriques et bruyantes de ma jeunesse.
Réceptions élégantes, très élégantes.
Nuit dans un avion.
Tête à tête amoureux à la maison.
Raouts entre copains.
Noubas anonymes chez des amis d’amis d’amis
Grandes bouffes.
Soirées plus ou moins réussies, plus ou moins joyeuses.

Cette année fut un bon cru, des amis, du prosecco, de la rumba congolaise, des feux d’artifices, des pétards (avec ou sans mèches
), la campagne gelée, le crépitement du feu qui dévorait le vecchione mettant fin à 2007 et les chants révolutionnaires italiens.

Généralement et fort banalement, chaque premier Janvier je prends un certain nombre de résolutions.
Pour 2008, ce sera :
– ne pas me laisser perturber par les choses mineures, les détails, les broutilles
- donc me concentrer plus sur l’essentiel
- me tenir le plus éloignée possible des pisses-froids, des donneurs (ses) de leçons, de toutes les pitoyables créatures qui emplissent leur vie de haine et projettent leurs déjections et leurs certitudes agressives à la face du monde
- dépenser moins pour décroisser plus
- ne pas laisser la fatigue s’accumuler car ses effets secondaires provoquent chez moi une mauvaise humeur certaine (et déplaisante pour mon entourage)
- ne jamais hésiter à faire part de mes sentiments à ceux et celles pour qui j’ai de l’affection
- rester souriante et décontractée même quand je n’ai pas envie d’aller travailler et que les élèves me gonflent
- répondre plus à vos commentaires car, débordée par d’autres activités, je les laisse souvent s’accumuler sans trouver le temps de vous répondre (c’est pas bien, je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai honte mais un peu quand même)
- faire du yoga (l’idéal serait avec Marc, je ne désespère pas d’y arriver)
- être un peu plus ordonnée (le prochain déménagement devrait m’aider)
- danser plus souvent
- prendre le temps de ne rien faire
Pour finir, bonne année à toutes et tous, quel que soit le côté arbitraire de ces vœux, reste qu’il vaut mieux souhaiter la paix, la sérénité, le bonheur et l’amour que se déchirer ou s’insulter.
J’aimerais que cette année 2008 soit celle de la prise de conscience des maux de la planète et de ses habitants
Celle des luttes salvatrices.
Celle de la déchéance de ceux qui, sbires du capital ou suppôts de religions obscurantistes, détiennent en otages malheureux et soumis des milliards d’êtres humains dont chaque jour la liberté est plus menacée.
J’aimerais que 2008 soit l’année du réveil.
Et vous, quelles sont vos résolutions (au moins une) pour 2008 ?

Il bacio di Alice
14 décembre 2007 — Au jour le jour, En Italie

En attendant le chaos, il y a la vie.
La mienne, je l’ai toujours voulue joyeuse et quand elle ne l’a plus été, je me suis battue pour la changer.
Les nuages s’amoncellent et le fascisme rampe en bavant sur les futures ruines du néo-libéralisme. La résistance s’impose mais elle n’est pas pour moi synonyme de tristesse.
On peut aussi se battre en s’amusant.
En créant.
« Mon travail dans la banque… me dit Antonio en soupirant… bé, je le fais passer avec tout ça ! »
Tout ça, c’est le roman qu’il a écrit « E’ tardi cazzo » (Giraldi editore – Bologna 2004), le court métrage décapant qu’il en a tiré « Vengo dal Rock » et « Il bacio di Alice », celui qu’il tourne en ce moment avec Fabio dans le rôle du chef opérateur et monteur.

Luca dessine les scènes et les affiches, Massimo prend le son, Martina et Enrico interprètent leurs personnages

moi je suis la ciakgirl (histoire de participer) et entre deux prises je chante Brassens avec Luca ou je cause physique quantique avec Jacopo (chercheur en physique nucléaire, ceci explique cela).

Les personnages d’Antonio, trentenaires d’aujourd’hui, sont confrontés à la précarité.
Reflex, le protagoniste de « Vengo dal Rock », arrive en retard à un entretien d’embauche, Enrico, celui du « Bacio di Alice », cumule deux emplois : la journée à la banque, le soir dans un bar. Car aujourd’hui, à Bologne, un salaire ne suffit pas pour louer un appartement où vivre seul.

Commencé samedi dernier à huit heures du matin en bas de chez Antonio, le tournage s’est poursuivi toute la journée dans les rues de Bologne, sur les places et dans le marché de Nöel.

Dimanche, loin de la ville et sous une fine pluie qui, bien que glacée, faisait la joie de notre réalisateur (faute de faire celle de l’équipe qui tapait ses pieds gelés sur le gravier), nous avons passé l’essentiel de la journée dans un cimetière (à l’exception de la pause gastronomique dans la trattoria du village).


Les soirées de lundi et mardi ont été consacrées au visionnage des rushes, ce qui, Fabio et Antonio n’étant pas entièrement satisfaits, nous a valu de retourner au cimetière mercredi après-midi. Pas de bol, il ne pleuvait pas et en plus de la gestion du ciak, j’ai dû passer deux heures à asperger Martina et Enrico, ce qui fait que j’ai mouillé mes gants et que mes petits doigts raidis par la bise avaient du mal à tenir mon outil de travail du moment : le stylo.
Mais le coucher de soleil sur la pianura fut une vraie merveille.

Hier soir, jeudi, l’action se déroulait dans un bar, avec consommateurs (dont deux un tantinet acariâtres) et musiciens copains. La bière aidant, le tournage s’est éternisé et nous avons regagné nos pénates à une heure fort avancée.

Demain ça continue, youpi !

Ci-dessous, en cadeau, « Vengo dal rock », le précédent court métrage d’Antonio Benedetto. Il est en italien, mais facilement compréhensible (du moins dans les grandes lignes), et on voit très bien Bologne.


















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