11 mai 2008 — Au jour le jour, En Italie
Derrière sa caisse, Laura avait le regard triste hier. Elle déplaçait machinalement les marchandises que les clients déposaient sur le tapis roulant, encaissait, saluait, recommençait sa tâche monotone, sans un sourire.
Parce que d’habitude elle est joyeuse, toujours prête à rire, elle est ma caissière préférée.
Je sais qu’elle s’appelle Laura car une étiquette, hypocritement nommée badge, est épinglée sur son polo rouge et bleu, les couleurs du supermarché Conad.
Quand mon tour est arrivé elle m’a adressé un petit sourire las.
Nous avons échangé quelques mots sur le temps printanier, puis en partant je lui ai souhaité un bon dimanche.
« Ce ne sera pas un bon dimanche, demain le magasin est ouvert et je travaille.
- Demain ? Comment ça se fait ?
- C’est la fête des mères.
- ???
- Pour la fêtes des mères, ils font travailler les mamans. C’est comme ça ici.
- Oh ! Je suis désolée pour vous. Moi je ne viendrai pas demain. Le dimanche les travailleurs doivent se reposer, être avec leurs familles. D’ailleurs peut-être qu’il n’y aura pas de clientèle, ça fera comprendre à la direction que c’est stupide d’ouvrir le dimanche.
- Pffff ! Au contraire, demain ils seront nombreux. Vous savez les points pour avoir des cadeaux, demain ils compteront double, c’est écrit partout dans le magasin. Ils vont tous venir !
- C’est triste.
- Oui, d’habitude pour la fête des mères je vais chez mes parents avec mon mari et ma fille. »
La cliente suivante, une dame dont la blondeur artificielle et le bronzage aux UV tentaient de dissimuler l’ancienneté, a manifesté son impatience en grommelant quelques paroles indistinctes mais dont l’animosité était parfaitement compréhensible. Quelque chose comme : « Elle peut pas s’occuper de mes courses, cette feignasse, au lieu de bavasser avec les clients? »
J’ai dit au revoir à Laura. Des larmes brillaient dans ses yeux sombres.
Et moi j’ai pensé : boycott, boycott, boycott
16 mars 2008 — Au jour le jour
Sous un ciel d’orage de grandes filles tristes tricotent de leurs jambes maigres des démarches de chameaux mécaniques. Vacillant parfois sur leurs talons trop hauts, gênées par les plis et les replis des accumulations de tissus qui composent leurs vêtements, elles défilent, empesées comme des momies sous les regards enthousiastes d’un banc de « people » bijoutées et siliconées.
C’est le défilé de la maison Vuitton.
Vuitton, et ses sempiternels sacs couleurs d’étron.
Vuitton, fleuron de LVMH, fierté de Bernard Arnault, s’est offert les services de celui que la presse (de Télérama à l’Express en passant par Libération) n’hésite pas à qualifier de « génie », un créateur aux allures de lutin virevoltant : Marc Jacobs.
Sur Arte, le documentaire de Loic Prigent nous entraîne à la suite du styliste de Tokyo à New York, de New York à Paris dans un monde que le fameux ménage de français moyens n’a d’autres moyens de découvrir que la télévision.
Devant la mienne j’oscille entre la franche rigolade, l’agacement et finalement la tristesse.
Car je crois qu’il faut aussi en rire de ce ridicule étalage de fanfreluches à prétentions artistiques.
Rire des sacs à pois inspirés par Yayoi Kusama. Il a fallu au créateur une rencontre avec la dame aux cheveux rouges pour avoir l’idée de le créer. Pensez donc, des petits pois, chez Vuitton, quelle audace !
Autour du styliste on se pâme et s’extasie.
Il veut nous dit-on, et de manière obsessionnelle: « abolir les frontières entre le beau et le laid, le riche et le pauvre, le parfait et le tordu. »
Phrase ô combien intéressante !
D’un côté: le beau, le riche, le parfait.
De l’autre: le laid, le pauvre, le tordu.
Et voilà que le riche va voler aux pauvres ses vêtements déchirés et rapiécés.
Marc Jacobs, inspiré, s’extasie devant la beauté d’un trou dans un chandail, il le veut, là devant, en évidence.
Adorant aussi tout ce qui est rapiécé, il crée un sac de bric et de broc, de morceaux de cuir assemblés, de poches extravagantes, une horreur que les artisans des ateliers Vuitton ont un mal de chien à assembler et qui coûtera la bagatelle de 35 000 euros.
Oui mais c’est «un sac d’accumulation, presque cubiste».
Marc Jacobs aurait réussi se défi essentiel pour l’avenir de l’humanité : faire se rejoindre la mode et l’art contemporain.
Et Libération de souligner dans un article « les liens de plus en plus forts que tissent la mode et l’art contemporain. D’autant que les deux marchés ont peu ou prou la même clientèle. »
En illustration du concept on nous montre un autre sac, élaboré en collaboration avec Richard Prince qui en dit « Marc, ça risque d’être un sac très subversif. Les filles dans mon studio l’adorent, mais je suis allé à la boutique Vuitton sur la 57e Rue et je confirme que c’est très subversif ! »
Subversif, un sac à main Vuitton ??!!!
Faut-il en rire ou s’en désoler ?
Il invente aussi des chaussures vertigineuses, aux talons de fer tellement lourds que les gambettes maigrichonnes du mannequin peinent à les soulever.
Qu’importe, on s’amuse tant dans ce milieu de la mode !
Cette grande famille qui prépare le défilé de la nouvelle collection dans la fièvre et sans sommeil.
Mais parfois dans le documentaire affleure la réalité et mon rire définitivement se fige.
Celle de la brodeuse, qui après des heures de travail sur l’empiècement d’une robe voit celui-ci, trempé dans de l’eau de javel pour l’effet grunge, se défaire et partir en morceaux.
Elle ne se plaint pas mais on la sent déçue. Elle a œuvré pour faire quelque chose de beau et il n’en reste que des lambeaux.
Celle des couturières qui ont passé la nuit à pousser l’aiguille et qui n’ont pas eu le temps de soigner leurs doigts piqués et surpiqués.
Celle du mannequin, une gamine aux grands yeux bleus emplis de larmes. Sa peau ne supporte plus les produits de maquillage. Un jour, peut-être épousera-t-elle un président bling bling, mais en attendant la brosse du coiffeur arrache ses cheveux exténués.
En arrière plan, Bernard Arnault se lèche les babines, menée par le « génie » passionné des clichés, la collection enchante la clientèle.
Et Marc Jacobs parle d’ironie.
Ironique le sac Tati retravaillé en cuir ?
Comme si la plupart des clients de Tati ne préfèreraient pas, une fois de temps en temps et si c’était possible, acheter leurs vêtements ailleurs !
Ironique, la maigreur des mannequins, les jambes en allumettes, les côtes saillantes et les clavicules pointues ?
Pour plus de la moitié de la population mondiale le rachitisme est synonyme de faim, pas de dollars ou d’euros.
Ironiques les vêtements déchirés, rajustés, rafistolés ?
Non, tristes.
A l’image de ces grandes filles aux regards vides qui arpentent le podium sous un ciel d’orage, offrant le spectacle glaçant d’une société qui a perdu le sens de la réalité, de la dignité, de l’humanité.

dessin de Nole
30 janvier 2008 — Au jour le jour
La lecture a meublé mon enfance, l’emplissant de rêves qui m’emportaient bien au-delà des champs et des fermes éparses, des buissons et des bosquets. Lire m’était précieux, essentiel, vital. Lorsque j’avais épuisé mon lot de livres et que le bibliobus tardait à rapporter les caisses de bois clair pleines de nouveaux trésors, je relisais indéfiniment les mêmes bouquins.
Il est vrai que je regardais très peu la télé. Quand les enfants désertaient l’école, que j’avais épuisé les joies solitaires de la bicyclette, tournant consciencieusement dans la cour vidée de ses protagonistes bruyants, mangé une tartine de pain légèrement rassis accompagnée d’un carré de chocolat noir Poulain et esquissé en patins à roulettes quelques pas de danse approximatifs, la lecture, dans le soir descendant, était le plus sûr des refuges.
J’ai lu à mes enfants des dizaines et des dizaines de livres, je leur en ai acheté, le les ai accompagnés à la bibliothèque. Est-ce grâce à tout cela, je ne sais, mais ils sont devenus des adultes lecteurs .
Ce qui n’est pas vraiment le cas des petits Français d’aujourd’hui !
Une étude de la Repubblica, journal sérieux et respectable, présente un classement de 45 pays en fonction des capacités de lecture des enfants de 10 ans (source Progress in International Reading Literacy Study page 37).
L’indice minimal de lecture est 300, ce qui correspond à la prestation (302) de l’Afrique du Sud, tout juste devancée par le Maroc (323), le Kuwait (330), le Quatar (353) et l’Indonésie (405).
En tête du peloton, les petits Russes, avec un score de 565, talonnés par les minots de Hong Kong (564) et les Canadiens. Les premiers Européens fréquentent les écoles du Luxembourg (557) ils sont suivis de peu par les bambini italiens.
Pour trouver les petits Français il faut descendre dans le classement, ceux-ci n’étant qu’au 27 rang (522), donc après les Américains, les Chinois, les Ecossais, les Belges, les Allemands… etc.
Pas de quoi pavoiser !
A noter d’ailleurs que ces performances, dit pudiquement le site Maitrise de la langue, « ne sont pas en net recul par rapport à l’évaluation de 2001 ».
En fait la situation semble stationnaire, quoiqu’en légère baisse, ce qui a changé c’est que les autres ont fait des progrès puisque la France est passée de la douzième place à la vingt-septième.
Délaissée, empêtrée dans des réformes contradictoires, l’école française va mal. C’est inquiétant.
Ou plutôt symptomatique d’une société qui dysfonctionne.
L’école de la République, gratuite, laïque et obligatoire, qui devait permettre à tous le même accès au savoir est devenue une machine lourde et insensible.
A quoi bon éduquer le peuple ?
Dans son programme de travail et d’action pour le 2e trimestre de l’année scolaire 2007-2008 Xavier Darcos accumule les « je veux » et les « je voudrais » sans rien proposer de particulièrement novateur si ce n’est de raccourcir le temps passé à l’école et de supprimer la carte scolaire.
A mon humble avis ça ne changera pas grand-chose à l’affaire et c’est bien dommage.
Le goût de la lecture est un bien précieux, il permet découvrir le monde et les autres, il aide à apprendre, à réfléchir, à déceler les manipulations, à être libre.
Et vous, êtes-vous surpris par les résultats de ce classement ?
2 décembre 2007 — Au jour le jour

L’ humanité semble être dans un processus d’auto destruction.
“La « restructuration écologique » ne peut qu’aggraver la crise du système. Il est impossible d’éviter une catastrophe climatique sans rompre radicalement avec les méthodes et la logique économique qui y mènent depuis 150 ans. Si on prolonge la tendance actuelle, le PIB mondial sera multiplié par un facteur 3 ou 4 d’ici à l’an 2050. Or selon le rapport du Conseil sur le climat de l’ONU, les émissions de CO2 devront diminuer de 85% jusqu’à cette date pour limiter le réchauffement climatique à 2°C au maximum. Au-delà de 2°, les conséquences seront irréversibles et non maîtrisables. La décroissance est donc un impératif de survie.” André Gorz
Malgré les mises en garde des plus sages, des plus visionnaires d’entre nous, la prise de conscience des invraisemblables risques auxquels s’expose l’humanité, et auxquels elle condamne tous les êtres vivants de la planète, demeure dramatiquement faible.
Bien que les catastrophes écologiques dues à l’effet de serre se multiplient, devenant de plus en plus violentes et meurtrières, rien n’est fait à l’échelle mondiale pour stopper ce processus. Pire, on continue à abattre des forêts, à construire d’énormes barrages, à polluer l’atmosphère et l’eau, à planter des OGM bien qu’en ignorant les conséquences à long terme et on persiste à fabriquer des centrales nucléaires alors que l’on ne sait pas encore vraiment comment diable on pourra bien se débarrasser des déchets.
Diable ?
Mais que vient donc faire le diable dans cette galère ?
Et bien pour qui croit à dieu et au diable, comme pour qui n’y croit point, il semblerait justement que ces deux larrons, faces d’une même pièce, y jouent un rôle essentiel.
Car une question me turlupine : les religions n’auraient-elles pas une part de responsabilité dans ce processus funèbre d’auto destruction qui parait désormais bien engagé, quasiment inéluctable ?
Démonstration :
La dernière encyclique du pape, fraîchement sortie est intitulée “Spe Salvi” (sauvés par l’espérance).
“Exprimons-le maintenant de manière très simple: l’homme a besoin de Dieu, autrement, il reste privé d’espérance“.
Plus loin son auteur profite de l’occasion pour méchamment fustiger l’athéisme, qui a selon lui conduit à certaines des “plus grandes cruautés et plus grandes violations de la justice” dans le monde.
Ici je rappelle au lecteur que la sainte église n’a pas toujours été et loin s’en faut un modèle de pacifisme. Quelques exemples pris au hasard : la christianisation forcée des peuplades nommées primitives, l’inquisition, les yeux et les oreilles fermées de PieXII qui à Noël 1942, s’est contenté d’exprimer ses “vœux pour ceux qui, pour simple question de race, sont condamnés“… liste non exhaustive.
En conclusion de sa petite bafouille, d’une bonne vingtaine de pages, le benoît explique par quels moyens le catholique de base peut pratiquer la véritable espérance chrétienne : à travers la prière, la souffrance, l’action et dans le fait de considérer le Jugement dernier comme un symbole d’espoir.
Qui dit jugement dernier dit apocalypse, fin du monde. Difficile quand même d’envisager la chose avec allégresse, surtout quand on commence à ce demander si celle-ci n’est pas effectivement au programme des prochaines décennies.
Que nenni, nous dit le pape, tous ne seront pas condamnés aux monstrueuses turpitudes de l’enfer, ceux qui se seront bien comportés seront sauvés (bien se comporter signifiant respecter une longue série de génuflexions et d’interdictions d’une absurdité variable, une des plus saisissantes de bêtise étant: ne pas baiser avec une capote au risque d’attraper le sida ou de le filer à quelqu’un d’autre).
Comme par hasard l’eschatologie, et le concept « d’élu » sont des dadas dont les religions raffolent.
Pour les hébreux ça donne ça : vu par Sophonie (1:14-18)
« Le grand jour de l’Éternel est proche, il est proche, il arrive en toute hâte; Le jour de l’Éternel fait entendre sa voix, et l’homme puissant pousse des cris amers.
Ce jour est un jour de fureur, un jour de détresse et d’angoisse, Un jour de ravage et de destruction, un jour de ténèbres et d’obscurité, un jour de nuées et de brouillards. (…)
Je mettrai les hommes dans la détresse, et ils marcheront comme des aveugles, parce qu’ils ont péché contre l’Éternel; Je répandrai leur sang comme de la poussière, et leur chair comme de l’ordure. »
Mais, selon Maïmonide,
« Les Temps messianiques auront lieu lorsque les Juifs recouvreront leur indépendance et retourneront tous en terre d’Israël »
Le Coran, ne pouvant être en reste, ajoute lui aussi quelques détails à l’affaire :
« Tout ce qui est sur Terre sera appelé à disparaître, la terre ne sera plus la terre, elle sera dégagée de tout ce qui la recouvrait par un tremblement inconcevable, elle sera violemment secouée et étalée sur toute sa longueur. Le Ciel sera enroulé à la façon dont on enroule les registres, il sera fendu et d’un rouge vif telle de la graisse bouillante ou tel du métal fondu. Les montagnes seront réduites en poudre fine, détruites d’un seul coup, dispersé au vent violent, comme de la poussière. La lune s’éclipsera et il y aura fusion entre le soleil et la lune. Le soleil s’obscurcira, les étoiles disparaitront, évanouies en toute vitesse. Les mers s’embraseront, portées à ébullition et se videront. »
Déjà, les prophéties traditionnelles hindoues avaient imaginé la chute du monde dans le chaos et la dégradation.
« Lorsque la fausseté de la tromperie, la léthargie, l’assoupissement, la violence, le découragement, la colère, l’illusion, la peur, et la pauvreté prévaudront (…) lorsque les hommes, remplis de suffisance, se considèreront égaux aux Brahmines (…), alors ce sera le Kali Yuga. » (extrait des Puranas)
Puis, tel Zorro, arrivera un avatar, « Le Seigneur Se manifestera en tant qu’Avatar de Kalki (…) Il établira la droiture sur la terre et les esprits des gens deviendront aussi purs que le cristal. (…) Ceci résultera en ce que le Sat ou Krta Yuga (âge d’or) soit établi. »
Suivant alors mon raisonnement, simpliste mais efficace, j’en viens à me demander si ce n’est pas pour obéir à ces prédictions que nous sommes en train de foncer tête baissée dans le mur.
Certains dirigeants internationaux et non des moindres comme Reagan, qui déclarait en 1982 que l’Amérique, « cette terre bénie a été placée à part, d’une façon particulière, qu’il y a un plan divin qui place ce grand continent entre deux océans pour être découvert par des peuples venus des quatre coins du monde avec une passion particulière pour la foi et la liberté », et les Bush, très croyants, élus grâce au soutien des groupes de pression religieux, ont consciencieusement œuvré dans ce sens et ils ne sont pas les seuls à travers le monde.
Quant au pape ne serait-il pas en train de préparer les ouailles à l’échéance finale ?
Et ne peut-on pas aussi supposer qu’inconsciemment nous sommes tous plus ou moins acquis à l’idée de l’apocalypse, du chaos final ?
Depuis le temps, des siècles et des siècles, qu’on nous rabat les oreilles avec cette funeste prophétie.
Est-ce pour cela que nous sommes si mous, si lents à réagir ?
S’il ne s’agit que de légendes destinées à effrayer le peuple pour mieux le soumettre, qu’attendons-nous pour relever la tête ?
Peut-on penser que l’addiction aux religions eschatologiques soit une des causes de cette maladie mentale dont parle Arthur Koestler dans Janus ?
« Un observateur impartial venu d’une planète plus évoluée, et qui d’un coup d’œil considérerait cette histoire (de l’homo sapiens) de Cro-Magnon à Auschwitz, conclurait sans nul doute que notre espèce est un produit biologique admirable à certains égards, mais dans l’ensemble profondément morbide, et que les conséquences de sa maladie mentale l’emportent de beaucoup sur ses réussites culturelles s’il s’agit d’évaluer ses chances de survie ».
Pour finir, deux messages personnels :
Le premier à Joseph Ratzinger, dit aussi Benoit XVI, pape de son métier pour lui dire qu’en temps qu’athée, je réfute complètement ses accusations car, comme je viens de le démontrer, ce sont au contraire les religions qui sous prétexte d’espérance post mortem conduisent leurs fidèles soit à la destruction de l’humanité soit à l’acceptation silencieuse de celle-ci.
Le deuxième à Nicolas Sarkozy, alias le président de la république française, pour lui signaler que je trouve choquant que la ministre Alliot Marie ait témoigné de “la reconnaissance de la France” envers l’Eglise “pour son rôle historique et sa contribution à la définition d’indispensables repères moraux“. La France, état laïc n’a pas à remercier ou à flatter une religion.
Chacun étant bien entendu libre de ses croyances dans la sphère privée.
Athée et heureuse de l’être

Tableau et détail de Nole
25 novembre 2007 — Au jour le jour
« Quelle femme n’a jamais rêvé de se baigner dans du vrai lait d’ânesse ? »
Moi !
Nager dans l’eau tiède d’une mer tropicale, me rouler dans l’herbe, faire des galipettes dans le foin, oui !
Mais le bain de Cléopâtre, barboter dans du lait d’ânesse, certes non !
Beurk !
Surtout quand, à la suite de cette question idiote posée une créature aussi suave que conforme aux artificiels canons de l’obligatoire beauté décomplexée, j’apprends que le bain en question a un prix, et non des moindres, puisque chaque litre de lait coûte 68 euros.
Ce qui nous met la trempette à environ, allez… cinq milles euros.
Voilà une fantaisie qui n’est point à portée de toutes les bourses !
Que de riches greluches soient suffisamment inconscientes de la misère du monde pour aller tremper leur chair dans ce brouet luxueux, voilà qui malheureusement ne me surprend guère. Quand la richesse est élevée au rang suprême de la réussite personnelle, elle s’accompagne rarement de la solidarité et de l’humanisme.
Dans un pays où le président consacre l’essentiel de son action à caresser la croupe des possédants de peur que ceux-ci ne lui retirent leur soutien, imaginer que les nantis qui pataugent dans le lait d’ânesse puissent avoir ne serait-ce qu’une pensée pour les familles vivant sur le sol français qui n’ont pas suffisamment d’argent pour acheter du lait tous les jours, relève probablement de l’utopie !
Je ne m’étendrai pas non plus sur le sort des milliers d’enfants bengalis qui, à la suite d’un ouragan dévastateur, sont privés non seulement de lait mais aussi de riz, de viande, d’école et de maison. Les journaux télévisés ont déjà délaissé l’affaire, réservant leurs reportages à des événements autrement plus intéressants.
Car, et c’est là le motif initial de mon énervement, c’est samedi soir, lors du journal de France 2, chaîne publique, que la question du bain dans du lait d’ânesse, me fut posée.
Voilà donc une équipe de « journalistes », travaillant pour un service public, qui est allée, avec tout son matériel (d’où un certains nombre de frais) enquêter sur un sujet de première importance en ce début d’hiver marqué par les grèves, les contestations estudiantines, la baisse du pouvoir d’achat, la misère, les sans papiers, les sans abris et la précarité : les Spas.
« Imaginez-vous, a déclaré samedi soir le blondinet bien coiffé qui présente le journal, vous êtes, en France, 5 millions à fréquenter les Spas. »
« Fichtre ! ai-je pensé, en voilà de l’info ! » Invérifiable par ailleurs.
Suite à quoi, nous sommes partis à la découverte de ce monde enchanté où une heure de massage coûte 195 euros.
Pire encore, on nous a aimablement indiqué les noms de ces délicieux endroits, ce qui permet d’en trouver l’adresse d’un simple clic, ou en consultant un annuaire.
Autrement dit, le journal d’une chaine publique fait, en toute quiétude, la publicité d’établissements commerciaux privés proposant des prestations inaccessibles au téléspectateur Français moyen (en admettant qu’il en ait envie).
Hallucinant, gerbant !
A tel point que je m’interroge.
Les responsables de l’info de France 2 sont-ils :
Des crétins inconscients qui vivent dans une bulle sans se rendre compte de la réalité ?
Des salauds méprisants qui veulent faire baver la populace d’envie ?
Des sbires Sarkoziens qui pensent ainsi motiver le travailleur « si tu bosses plus tu pourras payer le lait d’ânesse à ta femme » ?
Des individus sans scrupules qui profitent de leur position pour faire de la publicité à des copains ?
Ou des cryptorévolutionnaires qui tentent de provoquer chez le téléspectateur une saine rébellion en lui montrant comment vivent les vrais privilégiés d’aujourd’hui ?
Non, parce qu’il pourrait bien arriver que le peuple (nous) qui se serre la ceinture, finisse par ne plus supporter le spectacle du mode de vie de ceux à qui le gouvernement offre des cadeaux fiscaux.
Enfin, j’espère…

Dessin emprunté et bidouillé par nos soins.
D’autres idées de dialogue?