21 février 2008 — Au jour le jour, Journal intime
J’ai été taguée !
Par Fanny tout d’abord, puis simultanément, ou presque, par Marc et Eric.
Je ploie actuellement sous le poids du labeur, ce dont je ne plains pas (ce serait franchement indélicat par rapport à tous ceux et celles qui aimeraient bien, justement, travailler mais qui n’ont pas cette chance, à ce sujet je prolonge la parenthèse pour souligner cette hérésie couramment colportée qui consiste à considérer le fait de travailler comme une chance. D’abord avoir un travail dans une société qui se pense « avancée » ne devrait pas être une chance mais un fait normal, avec un petit effort de solidarité et de partage il serait sans nul doute possible d’assurer à tous un emploi décent. Ensuite, j’entends par décent un travail effectué dans de bonnes conditions, qui laisse du temps libre, qui plaise et qui soit correctement rémunéré.
Au XXI ème siècle, on aurait pu espérer que ce soit possible, et bien non !
En ce qui me concerne je ne suis pas fanatique de la chose et j’attends impatiemment le moment de pouvoir réduire mes activités.
Le travail, oui, parce qu’il le faut bien, mais pas plus !)
Revenons à nos moutons, pour dire, simplement qu’en ce moment je suis un tantinet débordée, mais que je participe avec amusement à cette chaîne.
Le règlement du jeu stipule qu’il faut :
* Mettre le lien de la personne qui vous tague
* Mettre les règlements sur votre blog
* Mentionner six choses/habitudes/tics non importants sur vous-même
* Taguer six personnes à la fin de votre billet en mettant leurs liens
* Aller avertir directement sur leurs blogs les personnes taguées
Comme je parle volontiers de moi à longueur de Célestissima (qui a dit trop ?), il n’est pas si facile de trouver six choses, même petites, que je n’aurais encore jamais dévoilées.
Après mûre réflexion, Fanny m’ayant taguée il y a déjà une bonne semaine, voici ces fameuses petites choses sans importance (quoique) :
- Je suis désordonnée. Mon bureau ressemble à un champ de bataille, quand j’ouvre la porte de mon armoire il est rare qu’un pull ou une chaussette ne profite pas de l’occasion pour tenter de s’échapper et les casseroles sont entassées en une pile branlante qui menace à tout instant de s’effondrer dans le placard.
- Désordonnée avec les objets mais ponctuelle (à un point presque inquiétant me dit-on parfois) car dans ma tête, par contre, c’est bien rangé et je suis très organisée.
- J’aime jouer et quand je joue je préfère nettement gagner. Le summum ayant été une partie de tennis acharnée, en plein cagnard, contre une grande Danoise musclée qui était persuadée qu’elle allait m’écraser vite fait bien fait. La partie a duré cinq heures. A chacun de ses beaux coups de raquette stylés j’opposais des balles mollasses qui s’écrasaient sournoisement hors de sa portée. Elle n’était pas très rapide, moi si. Finalement elle a déclaré forfait et j’ai remporté le tournoi.
- Quand je parcours Bologne en vélo je chante, fort, généralement des tubes de mon enfance (en ce moment « Ma petite Julia » de Pierre Perret, « Une marguerite entre les dents…), qui surgissent inopinément de ma mémoire dès que je commence à pédaler. Je chante aussi dans ma tête chaque fois que je me trouve dans une situation qui m’ennuie (réunion de travail, dîner interminable, etc.)
- Je ne peux pas m’empêcher de faire des commentaires à voix haute quand je regarde un film. Il paraît même, dit mon entourage, que j’ai une fâcheuse tendance à expliquer aux autres ce que j’ai compris de l’histoire et que je tiens, mordicus, pour exact.
- M’habiller est mon premier plaisir de la journée, j’y accorde un soin particulier. Pas question de sortir si je ne suis pas satisfaite de ma tenue. Le choix des vêtements est essentiel. Tout est assorti, des chaussures aux boucles d’oreilles, sans oublier le chouchou noué dans mes cheveux. Je le fais pour ma satisfaction personnelle (bien sûr), mais aussi pour offrir aux autres un ensemble harmonieux, joli, agréable à regarder.
Voili voilou !
Je passe le relais (la patate chaude) à Brigetoun, OH91, Fiso, Fauvette, Falconhill, et Swâmi Petaramesh.
31 janvier 2008 — Au jour le jour

Enfant, le front appuyé contre la vitre froide de la fenêtre de ma chambre, le regard se perdant dans la monotonie des champs, en attente d’un futur dont la forme variait au fil de mes pensées, je rêvais.
J’imaginais avec délices mon nom sur la couverture d’un livre que j’aurais écrit.
Je me voyais voyageuse, parcourant le monde.
J’attendais d’être grande.
Quelques décennies plus tard, si ma vie a pris parfois des chemins de traverses, bousculant certaines de mes aspirations enfantines, d’autres rêves ont vu le jour.
Je voyage.
J’écris.
Et ô merveille, ô joie sans pareille, aujourd’hui et j’en suis fière et heureuse, une de mes nouvelles est publiée.
Je dois ce plaisir à Phil,créateur des toutes récentes et excellentes éditions Filaplomb.
Il m’a écrit il y a quelques mois pour m’informer de son projet et me demander si j’avais des textes à lui proposer.
Je lui ai envoyé l’histoire de Sujitha, une des nouvelles que j’avais écrites l’été dernier durant mon séjour en Inde. Il l’a aimée et décidé de la publier.
J’ai crée le personnage de Sujitha en m’inspirant des vies de mes amies kéralaises. J’en ai longuement parlé avec elles, pour être sûre de la justesse de mon histoire.
Petite histoire, simple, banale, universelle.
Celle d’une femme au destin tracé dont le cœur tangue et chavire.
J’ai adoré écrire ce court récit.
J’espère que vous aimerez le lire.
(Et pour ce faire clic sur Filaplomb)
23 janvier 2008 — Au jour le jour, En Italie

Et bien voilà, c’est fait, nous avons déménagé !
Nous avons vu nos meubles et nos cartons descendre par un balcon avant de remonter, ailleurs par une fenêtre.

Nous avons occupé notre nouveau territoire, déballé nos affaires, accroché nos tableaux, disposé nos objets, les insignifiants que l’on utilise chaque jour et les précieux porteurs de souvenirs, ceux qui évoquent des gens, des lieux, des évènements chers du passé. Ce fut à la fois amusant et exténuant.
A 7 heures pétantes l’équipe des déménageurs a fait irruption chez nous, un peu bruyamment il est vrai, surtout à cause du camion grande échelle qu’ils ont rentré dans la cour.
Les voisins du dessous, avec qui, grâce à notre patience héroïque, nous étions parvenus pendant huit ans à ne pas nous disputer, n’ont pas apprécié l’horaire matinal de notre migration. Sortie hirsute sur son palier, l’ultime conquête du séducteur propriétaire des lieux s’est mise à hurler que nous devrions avoir honte de faire un déménagement à une heure aussi indue. Cléo qui descendait l’escalier à ce moment là lui a répondu vertement. Entendant la voix courroucée de ma fille je me suis précipitée à sa rescousse, juste à point pour entendre cette créature (de moi inconnue) crier que Grazie a Dio, nous quittions cette maison !
Mon sang n’a fait qu’un tour et je lui ai balancé dans les gencives qu’au contraire, c’était elle qui aurait dû avoir honte d’ignorer qu’une bonne partie de la population italienne était déjà au travail à sept heures du matin, que nous étions très contents de partir, pour cause de voisinage déplaisant et que Dieu n’avait rien à voir dans l’affaire.
Bref, comment mettre fin, en trois minutes à des années de hochements de têtes hypocrites !

Pendant ce temps là les déménageurs avaient surnommé Carla Bruni mon mannequin déguisé et les plaisanteries grivoises commençaient à fuser. Curieuse de connaître leur opinion sur les galipettes présidentielles, j’entrai dans la conversation pour constater leur désapprobation : lui, un Berlusconi français, dit avec l’amusement que l’on imagine (chacun son tour), elle, une prétentieuse voulant à tout prix être célèbre.
Opinion différente de celles de certaines de mes copines italiennes qui persistent à trouver le Sarkozy sexy.
“ Io la capisco la Bruni ” dit Gianna.
Grrrrrrr…

Pendant que je m’agitais au milieu des cartons, l’actualité allait son train. Je n’ai pas tout suivi, mais deux trois bricoles m’ont interpelée.
D’abord le pape qui se fait de plus en plus lourd, insistant, pénible. Bravo aux professeurs qui se sont opposés à sa venue à l’université et honte aux Rutelli et autres Veltroni, falots personnages se prétendant de gauche et qui volent au secours d’un chef de l’église réactionnaire qui entend régenter la vie politique et sociale de l’Italie. La cabale anti avortement est en train de prendre une forme de plus en plus menaçante, la vigilance s’impose.

Le gouvernement Prodi ne va pas tarder à mordre la poussière. Son espérance de vie étant depuis sa naissance extrêmement limitée, il n’y a là rien de surprenant. Dans l’absolu ce ne serait pas une grande perte mais le risque de « Berlusca le retour » est réel. Vigilance.

L’économie mondiale part en eau de boudin, là encore c’était prévisible. Il va y avoir du changement, tant mieux. Faisant partie de la foule des non possédants actionnaires de rien du tout et n’étant pas économiste j’attendrai paisiblement et avec curiosité de voir la suite des évènements. Avec vigilance bien sûr.

Pour finir je suis ulcérée par le traitement infligé aux habitants de la bande de Gaza. Tant de perversité me choque. Je refuse de croire que la seule solution au problème palestinien consiste à affamer la population, à l’isoler, à la contraindre à vivre dans l’obscurité, dans les égouts, dans la misère.
Et là malheureusement le mot vigilance devient inopérant.

13 janvier 2008 — En Italie, Journal intime

Mercredi, toutes nos affaires empaquetées, nous quitterons l’appartement où nous avons vécu pendant huit ans.

l’ancienne maison
Il était beau, spacieux et nous y avons été heureux mais je le quitte sans le moindre regret.
Je ne l’ai jamais vraiment aimé. Trop symétrique, froid, bourgeois, sans âme peut-être. Les jours de déprime le granit moucheté de ses sols m’évoquait l’austérité des pierres tombales.

Sini nous aide à empaqueter
Bien que plus petit et plus modeste le nouvel appartement m’enchante.
Ce fut un coup de foudre.

J’ai immédiatement aimé ses carrelages colorés, joyeux, luisant sous un rayon de soleil.
Ce matin je les ai longuement briqués.
Comme je ne suis pas la reine du ménage il y a fort à parier que jamais plus je ne leur consacrerais une telle attention, mais ce matin, il fallait le faire. Il me fallait m’approprier ces lieux où nous vivrons désormais.

J’aime déménager, ou plutôt, j’aime le changement. Nous n’allons pas bien loin, dans le même quartier, mais les voisins seront différents. En ce qui concerne ceux que nous laissons, là non plus pas de regrets. J’ai toujours senti chez eux une pointe de supériorité probablement due à leur statut de propriétaires (parfois les gens sont d’une bêtise dont on ne sait si elle est comique ou pathétique).
Le nouvel immeuble appartient à une seule personne et nous sommes tous locataires. Plusieurs appartements sont loués par des étudiants, c’est parfait, les rapports seront plus faciles.


« Pierre qui roule n’amasse pas mousse », pour moi, c’est parfaitement exact. Au fil de mes déplacements (10 déménagements en 30 ans), j’ai abandonné des meubles, des tapis, des objets. Et je me rends compte à quel point je suis peu attachée aux biens matériels.
Une table en marbre, une chaise branlante, des livres, des photos, mes sculptures et mes vêtements, voilà tout ce dont je dispose.
Heureusement Fabio a le sens de la maison et du mobilier. Si nous étions tous les deux pareils nous n’aurions rien ! C’est cela être complémentaires et je m’émerveille de l’avoir à mes côtés.

Ceci expliquant cela, j’ai été peu présente sur le web ces derniers jours et je ne le serai pas davantage durant ceux qui viennent.
Le prochain billet sera écrit dans un salon coloré et lumineux, par la fenêtre je verrai les toits rouges des maisons et au loin les collines bolognaises.

la Pin Up: dessin de Runci
2 janvier 2008 — Au jour le jour, En Italie

Tableau de Nole
L’intérêt des célébrations annuelles est qu’elles se classent d’elles mêmes et spontanément dans la mémoire. Il est plus aisé de se souvenir des 31 Décembre que des 23 Février.
Leurs images défilant comme un (déjà) long ruban, m’évoquent les différentes phases de ma vie.
Réveillons de mon enfance dans un chalet de haute Savoie.
Fêtes euphoriques et bruyantes de ma jeunesse.
Réceptions élégantes, très élégantes.
Nuit dans un avion.
Tête à tête amoureux à la maison.
Raouts entre copains.
Noubas anonymes chez des amis d’amis d’amis
Grandes bouffes.
Soirées plus ou moins réussies, plus ou moins joyeuses.

Cette année fut un bon cru, des amis, du prosecco, de la rumba congolaise, des feux d’artifices, des pétards (avec ou sans mèches
), la campagne gelée, le crépitement du feu qui dévorait le vecchione mettant fin à 2007 et les chants révolutionnaires italiens.

Généralement et fort banalement, chaque premier Janvier je prends un certain nombre de résolutions.
Pour 2008, ce sera :
- ne pas me laisser perturber par les choses mineures, les détails, les broutilles
- donc me concentrer plus sur l’essentiel
- me tenir le plus éloignée possible des pisses-froids, des donneurs (ses) de leçons, de toutes les pitoyables créatures qui emplissent leur vie de haine et projettent leurs déjections et leurs certitudes agressives à la face du monde
- dépenser moins pour décroisser plus
- ne pas laisser la fatigue s’accumuler car ses effets secondaires provoquent chez moi une mauvaise humeur certaine (et déplaisante pour mon entourage)
- ne jamais hésiter à faire part de mes sentiments à ceux et celles pour qui j’ai de l’affection
- rester souriante et décontractée même quand je n’ai pas envie d’aller travailler et que les élèves me gonflent
- répondre plus à vos commentaires car, débordée par d’autres activités, je les laisse souvent s’accumuler sans trouver le temps de vous répondre (c’est pas bien, je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai honte mais un peu quand même)
- faire du yoga (l’idéal serait avec Marc, je ne désespère pas d’y arriver)
- être un peu plus ordonnée (le prochain déménagement devrait m’aider)
- danser plus souvent
- prendre le temps de ne rien faire
Pour finir, bonne année à toutes et tous, quel que soit le côté arbitraire de ces vœux, reste qu’il vaut mieux souhaiter la paix, la sérénité, le bonheur et l’amour que se déchirer ou s’insulter.
J’aimerais que cette année 2008 soit celle de la prise de conscience des maux de la planète et de ses habitants
Celle des luttes salvatrices.
Celle de la déchéance de ceux qui, sbires du capital ou suppôts de religions obscurantistes, détiennent en otages malheureux et soumis des milliards d’êtres humains dont chaque jour la liberté est plus menacée.
J’aimerais que 2008 soit l’année du réveil.
Et vous, quelles sont vos résolutions (au moins une) pour 2008 ?
