india-poster

Il était une fois: sculptures et dessins

LES TERRES CUITES

Madone 99

terre cuite peinte 1999 h 40 cm

madone99.jpg

 

Madone 98

terre cuite peinte 1998 h 50 cm

madone98.jpg

madone98-2.jpg

 

Marie Magdeleine

terre cuite peinte 1999 h 70 cm

magdeleine.jpg

 

Femme

terre cuite 1997 h 40 cm

femme.jpg

 

Plage

terre cuite patinée 1998 h 40 cm

plage.jpg

plage2.jpg

 

Désir Bleu

terre cuite peinte 1998 h 50 cm

desirbleu.jpg

 

ADAM ET EVE

terre cuite 1997 h 30 cm

adameve.jpg

 

 

SANS TÊTE

terre cuite patinée 1997 h 35 cm

sanstete.jpg

 

MAIN BLEUE

terre cuite patinée 1998 h 25 cm

mainbleue.jpg

 

INDIA

terre cuite peinte 1999 h 30 cm

india.jpg

 

NEVROSE

terre cuite 1997 h 30 cm

nevrose.jpg

 

MEDUSA

terre cuite peinte 1999 h 35 cm

medusa.jpg

 

BLACK

terre cuite peinte 2000 h 40 cm

black.jpg

 

VENUS

terre cuite patinée et peinte 1998 h 40 cm

venus.jpg

venus1.jpg

 

BOUDDHA

terre cuite 2005 h 40 cm

bouddha01.jpg

bouddha02.jpg

 

LES PIERRES

CHINOIS

pierre peinte 1998 h 15 cm

chinois.jpg

 

BELLE ET SEIGNEUR

pierre peinte 1998 h 15 cm

belle.jpg

 

NATIVITÉ

pierre peinte 1998 h 15 cm

nativite.jpg

 

TENDRESSE

pierre peinte 1998 h 15 cm

tendresse.jpg

 

Hors Série - Special Edition

TOP MODEL

topmodel1.jpg

topmodel2.jpg

topmodel3.jpg

 

LES DESSINS

Bayon - Angkor (Cambodia) - 2004

bayon.jpg

 

Palmes - Gili Air (Indonesia) - 2004

palmes.jpg

 

Lombok (Indonesia) - 2002

lombok.jpg

 

Gili Air (Indonesia) - 2004

gili-air-kartini.jpg

cts.gif

Il était une fois: Yvette et les garçons

Chapitre I

Sur les galets

A demi allongé sur son drap de bain bleu rayé blanc, les cailloux de la plage lui meurtrissant le dos et les coudes, Michel s’ennuyait. Comme chaque jour ensoleillé, et à Nice ils sont nombreux, Michel passait sa pause déjeuner à la plage, ce qui lui offrait plusieurs avantages appréciables: économique, le sandwich fait maison étant indéniablement moins cher que le plat du jour du resto pour employés où s’entassaient quelques-uns de ses collègues (certains autres munis de conjointes inactives rentraient manger avec bobonne), sanitaire, l’air de la plage étant sans nul doute meilleur pour les poumons fragiles (Michel était asthmatique) que l’atmosphère enfumée des bistrots, esthétique, la nature n’ayant pas fait de gros efforts de ce côté-là le concernant il pensait, à juste titre, qu’un teint bronzé arrangeait légèrement sa physionomie et enfin sensuel, l’art de la séduction ne faisant pas partie de sa palette de comptable-fils unique de parents prolétaires âgés italiens qui avaient depuis peu regagné leur Calabre natale, les occasions de contempler des femmes dénudées se limitaient à la plage et aux cassettes vidéos spécialisées (une par semaine jamais plus jamais moins). Paradoxe de la société du spectacle, plus les mœurs sont libres et moins un type comme Michel, d’une affligeante banalité, n’a de possibilités de baiser en dehors du sordide circuit de l’esclavage sexuel duquel la mamma Giuseppina, fervente catholique obsédée par les maladies sexuellement transmissibles avait formellement interdit l’accès. Ayant lu sur les murs du lycée Les interdits sont faits pour être transgressés, Michel, taraudé par une sexualité écumante avait, la veille de ses vingt ans, tenté de braver un oukase maternel dont il sous estimait la puissance dévastatrice, l’opération s’était soldée par une piteuse défection physique et lors des dix années suivantes, il s’était contenté de quelques aventures, plutôt décevantes, avec une ancienne copine de classe, une collègue de bureau qui trompait son mari, et une secrétaire dépressive rencontrée précisément sur la plage l’automne dernier. A ce terne palmarès s’ajoutaient deux nuits sans lendemain, l’une avec une touriste belge (plate comme de la bière éventée) et l’autre avec une inoubliable australienne, dorée, charnue et dépourvue de tout complexe, qui alimentait désormais ses fantasmes masturbatoires. Ces deux dernières rencontres ayant elles aussi eu lieu sur les galets pointus de la Promenade des Anglais, Michel en avait tout naturellement déduit que seule une fréquentation assidue des dits galets pouvait lui assurer une vie sexuelle certes fragmentaire, mais du moins existante. Meglio poco che niente disait la mamma. Et puis, les innombrables jours où la chasse à la femelle consentante se révélait infructueuse, il restait le plaisir des yeux. Cette occupation apparemment banale, innocente et simple – quel homme n’a jamais maté ses congénères du sexe féminin à la plage ou à la piscine ? - exigeait en fait deux qualités fondamentales : la patience et le sens de l’organisation. En bref le bon mateur doit bien choisir son emplacement, s’y tenir jour après jour, arborer un maillot de bain discret, ne jamais attirer l’attention sur sa personne de façon intempestive, adresser un sourire aimable aux habituées lorsqu’il arrive et un signe de tête entendu quand la contrainte du labeur le pousse à quitter les lieux, il doit se fondre dans le paysage de la plage, être galet parmi les galets. C’est alors qu’une partie de la gent féminine, se sentant en confiance, loin de tout regard concupiscent, procédera en toute quiétude à son déshabillage « Je mets mon maillot ! ». Michel savait depuis longtemps que les femmes qui travaillent et qui, comme lui profitaient des délices de la plage à l’heure du déjeuner, se changent quand elles arrivent et à nouveau quand elles partent, exécutant toute une série de manœuvres exaltantes : jupes soulevées découvrant des slips en dentelles, slips en dentelle glissant le long des jambes, enroulés sur eux mêmes comme des serpents exotiques, blancheur des fesses, parfois agrémentée d’une raie sombre et mystérieuse… et puis il y avait les autres, celles que Michel nommait mentalement les exhibos et qui jouaient avec les regards, avec son regard, dévoilant fugitivement leur chatte, baissant leur maillot quelques millimètres en dessous de la limite des poils, caressant leurs seins nus offerts au soleil…
Parmi les habituées de son coin de plage, à gauche en regardant la mer, Michel avait ses préférées : une blonde grassouillette, dotée d’une poitrine voluptueuse, qu’il avait surnommée Gros Seins et sa copine Fesses Plates (personne ne s’étant jamais préoccupé de permettre au petit garçon qu ‘il avait été d’user de son imagination, celle-ci avait, au fil des ans, réduit comme une peau de chagrin, laissant place à la série de poncifs et autres lieux communs que les médias de masse déversent sans relâche dans des cerveaux anesthésiés, quant à son champ lexical certes, il était bilingue, à la maison on parlait seulement le calabrais, mais ne brillait ni par son étendue, ni par son originalité) Miss Pudeur, une petite brune fragile qui s’entortillait maladroitement dans une serviette pour se changer, tandis que Madame Muscle, une sportive plus toute jeune tendance exhibo arborait été comme hiver un string qu’elle enfilait en découvrant l’essentiel de son anatomie, Beau Cul aussi portait un string, dont la ficelle disparaissait entièrement entre deux superbes globes bronzés que Michel rêvait de pouvoir toucher (il avait un petit faible pour elle car en plus de ce popotin spectaculaire elle avait un joli sourire), et puis des jeunes filles rieuses, toujours en groupe et des mémés fripées comme des pruneaux qui se baignaient même en décembre et dont, va savoir pourquoi, la présence le rassurait.
L’été, c’était différent, tour à tour les habituées partaient en vacances laissant place à une nuée de touristes dont les peaux blanches rougissaient au soleil, les proies étaient plus faciles… Michel aussi partait en vacances, en août, quand la chaleur niçoise devenait pesante et que la ville était envahie par les touristes, il allait rejoindre la famille en Calabre, se gaver de la pasta que la mamma lui mijotait.
Evidemment il n’était pas le seul homme de la plage, quelques esseulés, comme lui, matant les gonzesses, comme lui, plutôt réservés, comme lui, entre eux ils s’ignoraient, l’union ne faisant pas toujours la force, et aussi un petit couple d’homosexuels, vendeurs de fringues dans le vieux Nice, et qui étant donné leur innocuité sexuelle, avaient le privilège de copiner avec quelques unes…
Pourtant Michel avait, à raison, conscience de ne pas être un obsédé sexuel, mais juste un type qui aurait bien aimé, le soir, frotter son corps fatigué contre un autre, doux et chaud, un type banal, seul dans l’appartement de son enfance, un type comme tant d’autres, sans grandes espérances ni illusions, d’un tempérament conformiste et que le système scolaire avait jugé moyen, en somme un type normal à qui le destin n’avait pas encore trouvé une épouse.
Mais ce jour là, il s’ennuyait, malgré l’important taux d’occupation de la plage la séquence déshabillage de ces dames s’était avérée décevante et l’eau encore fraîche excluait tout bain prolongé. Il avait mangé son sandwich tomatethonmozzarella et déglutissait la dernière gorgée d’une bière rendue tiédasse par le soleil lorsque son regard, toujours aux aguets, tomba sur l’homme qui devait irrémédiablement changer sa vie. Il était grand et maigre, bronzé, des cheveux raides, un peu longs, d’un blond fade, encadraient un visage en lame de couteau, à l’expression impassible. Il marchait, le regard lointain, zigzaguant entre les corps allongés, semblant à la fois n’aller nulle part et accomplir une mission. Il portait un pantalon de toile claire et était torse nu, sa main gauche tenait l’anse d’un sac de plage, sa main droite pendait le long son corps, et c’est au fur à mesure qu’il se rapprochait que Michel nota l’étrange mouvement de cette main droite qui se tournait régulièrement de l’intérieur vers l’extérieur. Au moment où l’homme le dépassait il découvrit, stupéfait, la raison de cet étrange mouvement. L’inconnu cachait dans sa paume un petit appareil photo qu’il actionnait régulièrement, d’une simple pression d’un doigt, lorsque celui-ci était orienté côté plage, puis il tournait la main et l’appareil disparaissait le long de sa cuisse. Michel en fut ébahi. Fasciné, il suivit des yeux la main de l’homme qui s’éloignait… clac… clac… clac, les clichés se succédaient rapidement… clac à hauteur de Beau Cul… clac en passant devant Madame Muscle et même clac devant une mémé plus que fanée…
Mais que photographiait-il ? A quoi pouvaient bien ressembler ces images prises au vol, sans cadrer, sans viser ?
Michel n’était pas un spécialiste de l’art photographique, néanmoins, comme tout un chacun il en connaissait les bases élémentaires et le pratiquait volontiers (mais était-ce encore de l’art ?) lorsqu’une circonstance particulière se présentait : réunion de famille, fête avec des copains, messe papale un dimanche avec ses parents…etc. Or, ce à quoi il assistait en ce moment précis en bafouait les règles. Etrange !
Il quitta enfin des yeux l’inconnu qui continuait sa marche imperturbable, rythmée par le mouvement régulier de son bras droit.
Autour de Michel personne ne semblait avoir remarqué quoique ce soit, les jeunes filles riaient en poussant des cris de souris, Miss Pudeur était plongée dans la lecture d’un magazine féminin dont la couverture étalait agressivement une photo de Patrick Bruel (agressivement pour Michel qui détestait ce genre de mec-qui-plaît-aux-femmes), Madame Muscle faisait des abdos et Beau Cul, placée juste devant lui, bronzait, allongée sur le ventre. C’est alors que Michel repensa au cliché que l’inconnu avait pris en passant à sa hauteur… le poignet qui tourne, le doigt qui appuie, clac ! Il considéra alors la hauteur à la quelle l’homme tenait l’appareil, s’asseyant, il leva la main pour mieux l’évaluer, puis faisant appel à sa mémoire l’orienta, légèrement vers le bas, mais pas trop, il suivit ensuite des yeux une ligne imaginaire représentant le champ de l’objectif, et atterrit…pile poil sur le majestueux postérieur de Beau Cul. A cette excitante découverte son sexe fut traversé d’un élan de rigidité tel qu’il dut se concentrer, en pensant au pape, pour le vaincre. Une fois réglé ce problème technique sa réflexion reprit son cours et le but de l’homme à l’appareil photo, lui apparut alors plus clairement mais, s’avisant que Miss Pudeur, qui avait quasiment les mêmes horaires que lui, avait rangé Patrick Bruel dans son sac et commençait à s’entortiller dans son drap de bain, il comprit que l’heure de retourner au turbin avait sonné et entreprit à regret de quitter la plage.

Pour lire la suite…

Cinq choses que vous ne savez pas de moi

“Cinq choses que vous ne savez pas de moi” (1)

J’habitais en ce temps là un gros village sur les hauteurs de Monte Carlo. Je m’y rendais fréquemment, au volant de mon break GS bleu turquoise (soit dit en passant probablement la voiture la plus moche jamais conçue), pour y effectuer quelques emplettes. Par une belle matinée de printemps donc, alors que le soleil éclaboussait de ses rayons dorés le palais de l’Altesse Sérénissime devant lequel s’amassait la quotidienne cargaison de badauds friands d’apercevoir un représentant de la famille princière sortir faire pisser le chien (ce qui n’arrive jamais ils ont des domestiques pour ça, pffft !) ou sortir les poubelles (les quoi ?), bref ce matin là, dans la rue derrière le marché, j’avisai une belle place le long du trottoir. Celles-ci étant rares, je pilai illico et entamai une savante manœuvre de marche arrière, couramment dénommée « créneau », et dont j’ai la faiblesse de penser qu’elle est une de mes spécialités.

L’opération délicate, cette saloperie de bagnole en plus d’être moche étant exagérément longue, requérant toute ma concentration, je ahanais en tournant le volant quand, ô horreur, j’entrevis dans mon rétroviseur une lourde et pesante Mercedes noire qui s’enfilait sans gêne ni vergogne et par l’avant dans l’emplacement convoité.
Sans même prendre la peine d’affiner son action, le conducteur, un petit moustachu blanc de poil, jaillit hors de la voiture pour se précipiter dans l’entrée d’un immeuble.
Mon sang ne fit qu’un tour et telle une mégère courroucée j’hurlai à pleins poumons « Espèce de gros con, c’est MA place ! ». De s’entendre ainsi grossièrement hélé, l’individu se retourna, surpris, et, levant les bras aux ciel, me fit clairement comprendre que de mon indignation, si légitime soit elle, il se tamponnait le coquillard.
L’écume aux lèvres, j’ouvrai alors la bouche pour balancer une insulte bien choisie quand un type en costume, pistolet dans la ceinture et walkman en main se précipita vers moi, roulant de gros yeux méchants et m’apostropha en ces termes : « Mais vous savez à qui vous parlez ? ».

Et c’est alors qu’un éclair de lucidité me traversa : J’avais traité le prince Rainier de gros con.

17 Janvier 2007

“Cinq choses que vous ne savez pas de moi” (2)

Octobre 1975, j’ai 19 ans, je décide, comme toute jeune fille moderne qui se respecte, de passer le permis de conduire.

Première étape, l’inscription à l’auto école, je choisis la plus proche et commence les leçons de conduite.
Zut ça coûte cher !
Le moniteur n’étant ni beau ni jeune ni sympathique je décide de limiter au maximum le nombre de leçons.

Novembre 1975 je réussis le passage du code.

Décembre 1975.
Il est 8heures 30, il fait un froid de canard, je tape de la semelle sur un parking désert en attendant de passer la conduite.
L’inspecteur arrive, il est grand, maigre et aussi glacial que la brise qui s’infiltre sous mon manteau. Je ressens immédiatement pour lui une vive antipathie, doublée d’une inextricable sensation de peur.
Au fur à mesure que j’opère les indispensables vérifications et règlements (siège, rétroviseurs), la panique, sournoise, me gagne.
Il m’enjoint, sans aménité, de démarrer.
Je tourne la clé, j’enclenche tant bien que mal la première, le lâche les pédales… la voiture hoquette et s’immobilise.
La seconde tentative, sous l’œil déjà agacé du Monsieur, se révèle tout aussi infructueuse.
Il soupire.
Heureusement, au troisième essai la voiture daigne enfin m’obéir et nous partons à l’aventure dans les rues de Châteauroux encombrées par le trafic matinal, moi agrippée au volant qui glisse entre mes mains moites, lui dardant sur ma personne un regard noir que je qualifierais volontiers de méchant.
Au bout d’une dizaine de minutes, le désastre que je pressentais est avéré. Je tremblote, je suffoque dans mon manteau, que je n’ai pas eu la présence d’esprit d’enlever avant le départ, je cale à deux reprises, je rate le créneau et de retour au parking il me tend, sans surprise, le papier numéro deux, qui atteste de mon échec.
Suite à quoi il m’explique brièvement que je n’ai pas les qualités requises.
Fin du premier épisode.

Février 1976
Après quelques leçons de conduite, j’ai de nouveau rendez-vous avec un inconnu sur un parking pour tenter de réussir là où j’avais échoué.
Pas de bol, l’inconnu n’en est pas un, mais bel et bien l’inspecteur de la première fois.
Me reconnaît-il ?
Je ne saurais le dire, mais il n’est pas plus aimable que la fois précédente, et, déçue de ce mauvais coup du sort, j’accumule les fautes.
Je traîne de longues minutes au milieu d’un carrefour en bloquant la circulation car, victime d’une fâcheuse (mais courante en ce qui me concerne) amnésie, je ne sais plus où sont ma droite et ma gauche. J’oublie passer la quatrième sur les boulevards et, cerise sur le gâteau, mon démarrage en côte est tellement calamiteux qu’il doit intervenir.
Retour sur le parking, imprimé numéro deux, remontrances, au revoir mademoiselle.

Avril 1976
Le sort s’acharne, me voici encore en compagnie du grand maigre mal aimable, enfermés dans une R5 qui refuse d’obtempérer à mes ordres.
Lui et moi faisons toujours mine de ne pas nous connaître, mais au fond de moi je doute qu’il ne m’ait pas identifiée. Le doute, c’est bien connu, peut paralyser même les meilleurs conducteurs (ce qui n’est pas mon cas, soyons lucides), l’angoisse monte et je m’engouffre sans l’ombre d’une hésitation dans le premier sens interdit venu.
7 minutes plus tard l’affaire est pliée, il me tend le papier number two, en silence, à quoi bon épiloguer.

Juin 1976.
Cette fois je suis remontée à bloc, je n’ai pris que trois leçons supplémentaires, mais mon papa m’a fait conduire et estimé que j’étais capable. Si mon papa le dit, c’est que c’est vrai !
D’ailleurs, innocemment confiante, j’ai vidé mon compte en banque pour acheter une voiture, une Mini Austin beige, d’occasion, qui se morfond dans le garage de mes parents.
Cette fois, on va voir ce qu’on va voir !
Mais je dois être victime d’une malédiction, car, parmi les 5 inspecteurs qui sévissent à Châteauroux, on m’a encore attribuée le grand maigre.
Qu’importe, aujourd’hui la chance est avec moi, je le sens.
Et je dois dire qu’à ma grande satisfaction et malgré la trouille que m’inspire le Monsieur, je suis contente de ma prestation.
Lui pas.
Il me tend le fatal imprimé et commence à m’expliquer, d’un ton sec, que mon manque de confiance me rend dangereuse pour les autres usagers.
C’en est trop, je bondis hors de la voiture, je claque violemment la porte et, en larmes, cours me réfugier dans les bras de Charlie, mon amoureux du moment, qui, compatissant, avait suivi le parcours dans sa 4L

Octobre 1976
Je m’acharne. « Encore vous Mademoiselle ? » me lance le grand maigre, que je considère désormais comme un sadique échappé de l’asile. Déstabilisée, et atterrée par ce nouveau coup du sort, j’effectue un démarrage impeccable (de frein), mais sans avoir bouclé la ceinture de sécurité.
Le traitre ne dit mot.
Je ne me rends pas compte de mon oubli.
La R5 ronronne, et la confiance monte en moi comme le lait chaud dans la casserole, c’est-à-dire qu’elle ne tarde pas à déborder.
J’ignore superbement une priorité à droite, il appuie brutalement sur ses pédales, la voiture s’immobilise d’un coup, et je prends le volant dans l’estomac.
Je m’écrie « Aïe !! »
Il dit « Première à droite ! »
Deux minutes plus tard, en larmes, comme d’habitude, j’ai entre les mains le maudit papier numéro deux.

Je comptabilise désormais cinq échecs successifs, à l’Ecole Normale, tout le monde rigole, j’ai pulvérisé le record du nombre de ratages, je dois repasser le code, et des araignées ont tissé leurs toiles dans la Mini.
Janvier 1977
Je réussis pour la seconde fois l’épreuve du code, mais vu la situation, je me garde bien de parader.

Février 1977
Mon papa prend sa plume pour s’étonner du fait que sa fille, en cinq tentatives infructueuses de permis de conduire, n’ait eu à faire qu’à un seul examinateur, et demande, fort respectueusement à Monsieur le sous-préfet, s’il serait possible d’envisager, pour la prochaine tentative, un changement d’inspecteur.

Mars 1977
Incroyable mais vrai, c’est encore lui !
A sa vue les bras m’en tombent et mon courage vacille.
Mais voilà qu’il est moins désagréable, sa mine est moins accablée, il ne soupire plus, me rappelle que le port de la ceinture est obligatoire, hoche du chef à chacune de mes manœuvres, m’encourage à persévérer pour terminer un créneau que je croyais mal engagé.
Je prends confiance, résiste à la tentation de passer au orange, respecte la priorité à droite, passe la quatrième au moment voulu, et m’autorise même le dépassement d’une camionnette.

Et là, c’est le triomphe, mes mérites enfin reconnus, je quitte le parking détentrice du permis conduire que j’ai passé 6 fois.

18 Janvier 2007

“Cinq choses que vous ne savez pas de moi” (3)

A une autre période de ma vie, j’eus à affronter un certain nombre (un nombre certain) de difficultés. Entre un mariage qui se fracassait et des déboires sentimentaux approximatifs, le tout sur un fond d’huissiers venant saisir les meubles et de factures impayées, j’avais sur le présent et l’avenir une impressionnante série de questions et de doutes que même les discussions avec mes copines et la fréquentation régulière d’une dame revêche assise dans un fauteuil (les bienfaits salvateurs de ces séances se feront sentir bien après, il était encore trop tôt) ne parvenaient résoudre.

C’est alors qu’une amie me proposa d’aller consulter un marabout.

Un marabout ?

Moi ?

L’athée de service ?

Tourne vire, la curiosité fut la plus forte, je la suivis et j’ai consulté un marabout.

Dignement assis sur un tapis, la djellaba plissant sur ses jambes croisées en tailleur, il nous reçut dans son appartement au sein d’une de ces sordides cités HLM où s’entassent ceux que les gens des beaux quartiers (et même des moins beaux) n’ont pas envie de rencontrer dans l’escalier quand ils descendent acheter leur baguette.

Ascenseurs en pannes, murs tagués, poubelles débordantes, carré d’herbe pelé, boîtes aux lettres défoncées, et une petite odeur de soupe froide mâtinée d’urine courant dans les couloirs, tous les ingrédients du ghetto se trouvaient honteusement réunis, sans que cela, visiblement, n’émeuve ni l’office des HLM ni la municipalité de Nice.

Brigitte, courageuse mais pas téméraire, avait garé sa Twingo deux bornes avant et il avait fallu marcher le long de la route sous une vilaine petite pluie battante.

Mamadou salua mon amie et, fixant sur moi un œil noir, me lança sans ménagement : « Oh, mais t’i mézante toi, ti veux quitter ton mari ! »

Interloquée, j’ouvris la bouche pour lui signifier que c’était pas ses oignons et que je n’étais pas venue là pour me faire remonter les bretelles, mais pour essayer, stupidement peut-être, de trouver un peu de réconfort dans des promesses, même aléatoires (au point où j’en étais je ne pouvais pas faire la difficile), de bonheur futur. Je n’eus pas le temps d’exprimer ces pensées car, d’un geste de la main, il m’intima le silence. Puis il nous fit comprendre d’un coup de menton qu’il nous invitait à nous asseoir face à lui sur le tapis, et, fermant les yeux, la mine inspirée, il entama sur ses fesses un mouvement de balancement.

« Il se concentre » me chuchota Brigitte.

Il rouvrit les yeux et nous décocha un magnifique sourire. Suite à quoi il s’informa aimablement de la santé de la mère de Brigitte, une cliente assidue.

Enfin, s’adressant à moi d’un ton péremptoire : « Ti sais bien écrire toi ! Ti sais y faire avec li papiers ! »

Et sans attendre mon approbation, qui visiblement lui importait peu, il tira un formulaire taché d’une pile de documents qui gisait à ses côtés et me le tendit. Il s’agissait d’un courrier des allocations familiales lui demandant d’indiquer combien il avait d’enfants.

Je le lui expliquai.

” - Ici ? demanda-t-il.

- Oui, c’est les allocations familiales, pour avoir de l’argent.

- Ahhh, li zallocations familiales, ça marche, et il éclata d’un rire joyeux et communicatif.

- Ils veulent savoir combien vous avez d’enfants.

- ci ?

- Ben oui, ici, intervint Brigitte, pas ceux que tu as au Sénégal !

- Ahhhh…, dit-il la mine pensive et plutôt déçue, …ici…

- Et il faut indiquer leurs âges et joindre des certificats de scolarité, il faut les demander à l’école.

- Cirtificat… ah voui voui voui, ci pas facile hein !

- Bon, si vous avez un livret de famille, je peux vous remplir le formulaire. »

Il me tendit un livret qui avait depuis bien longtemps perdu sa couleur blanche et tandis que je commençais à recopier sur la feuille les coordonnées des quatre enfants qui y figuraient, il expliqua à Brigitte que les difficultés qu’elle avait rencontrées faisaient désormais partie du passé et que son avenir serait radieux.

Il va sans dire qu’il s’exprima d’une manière moins formelle et beaucoup plus imagée, mais le concept de base portait à l’optimisme.

Tout en écrivant je mesurai à quel point les tracas administratifs pouvaient être ardus pour qui ne maitrise pas la langue écrite et me disais que certainement, par ignorance et manque d’aide, certains passaient complètement à côté de leurs droits. Depuis des années Mamadou vivait et travaillait en France mais il ne savait lire que l’arabe.

Mon heure était arrivée, et Mamadou me demanda ce que je voulais savoir. Ne le sachant trop moi-même, je répondis par un « tout » peu compromettant.

« On sait zamais tout… on sait zuste ce qu’Allah y veut bien dire ».

Là-dessus il extirpa d’un repli de sa djellaba un chapelet coranique, cracha dessus à plusieurs reprises et le fit rouler entre ses mains en marmonnant des incantations. Il le jeta délicatement devant lui et me demanda de choisir une perle.

Sait-on jamais, j’hésitai et tergiversai, celle-ci ou celle-là, jusqu’au moment où, un éclair de lucidité me traversant, j’en saisis une au hasard.

Il se racla la gorge d’un air dubitatif et s’empara d’une liasse de feuillets usés par le temps recouverts d’un texte écrit en arabe. Il en choisit un et le leva à hauteur de ses yeux.

Puis il parla…

19 Janvier 2007

“Cinq choses que vous ne savez pas de moi” (4)

1972

J’ai 16 ans, je suis en première C, l’internat du lycée de jeunes filles Pierre et Marie Curie de Châteauroux me pèse et m’exaspère, d’ailleurs, c’est le lycée tout entier qui m’est insupportable.

Entre le matraquage de mathématique et de physique de la section C, choisie par ma mère qui, elle, excelle dans l’art de jouer avec les chiffres, et l’impression permanente d’être emprisonnée pour un délit que je n’ai pas commis, je lutte et me rebelle, utilisant les seules armes dont je dispose : l’insolence et la paresse.

L’année de première touche à sa fin, je n’attends évidemment rien de bon du bulletin de notes final, cela m’est complètement indifférent, j’ai déjà compris que la vraie vie existe, mais qu’elle est ailleurs.

Le règlement de l’internat, rétrograde à souhait, prévoit, pour les oies supposées blanches que nous sommes, toutes filles de la campagne, que les externes, de la ville, regardent avec hauteur, une sortie hebdomadaire libre, le mercredi après-midi de 13h45 à 16h45, tout retard entraînant avertissements, colles en cas de récidive et exclusions temporaires en dernier recours.

Jetées sur les trottoirs de le ville, les coquettes fardées, en mini jupes et pantalons tellement moulants qu’il faut se coucher sur le dos pour remonter la fermeture éclair, et les intellos en jeans avachis, se répartissent frénétiquement dans la ville.

Les premières se précipitent en direction Nouvelles Galeries, des bars, des boums où l’on espère trouver un succédané d’amour dans les bras d’un adolescent boutonneux, qu’il faudra quitter en plein milieu de l’après-midi pour retourner dans la cage, et qui se repliera vivement sur une externe disponible ce qui fait qu’on ne le retrouvera pas le mercredi suivant.

Les intellos, je ne sais pas ce qu’elles font, car je passe généralement mon après-midi de liberté en compagnie des coquettes, ou de l’amoureux du moment, quand j’ai la chance d’en avoir un, ce qui est rare étant donné le peu de confiance que j’accorde à mes charmes et qui me rend gauche et farouche.

Ce mercredi de juin est le dernier pour les internes de terminale, et traditionnellement, celles-ci, frondeuses, ne regagnent pas le lycée à l’heure imposée, mais à 18h45, soit avec deux heures de retard. L’administration, en la personne de la surveillante chef, Mademoiselle R., une grande bringue, vieille fille en jupe de tweed et talon plat, à la démarche martiale et à la voix cassante, qui devient toute rouge quand elle s’énerve, ferme les yeux.

Un complot, parti du groupe des intellos, et auquel j’adhère immédiatement, circule parmi les élèves de première. Il s’agit, ni plus ni moins, d’imiter les terminales, en rentrant, toutes, à 18h45. Le nombre de participantes, prétend une chef du groupe initiateur, empêchera les représailles et convaincra sans aucun doute les autorités du bienfait d’une réforme.

Et toutes d’approuver cette initiative et de promettre sa propre participation.

A 13h45, telle une envolée de mésanges gazouillantes, la troupe des internes file vers la liberté (conditionnelle).

En ce qui me concerne, j’ai rendez-vous avec des garçons et des filles de ma classe.

Car si l’internat est réservé aux jeunes filles, l’externat, par chance, est mixte et dans ma classe de première C, il y a plein de garçons (pour ceux qui suivent mes aventures, en terminale, je rencontrerai Bruno, mais en 1972, il n’est pas encore dans la course). Ils ont 16 ans, des problèmes d’acné, ils étudient tout le temps mais ils sont gentils et je les aime bien.

La douceur du temps pousse nos pas vers le parc de Belle Isle. L’après-midi se passe en jeux et parlottes, allongés dans l’herbe, une pâquerette entre les dents. Pas une fois je ne consulte ma montre, ma décision est irrévocable.

Le temps se traîne et s’étire, frais et léger, comme un chewing-gum à la menthe.

Vers six heures et quart je dois prendre le chemin du retour. Patrick m’accompagne. Si je ne suis pas sûre qu’il me plaise, je suis par contre sûre de lui plaire, ce qui pour moi s’apparente à un petit miracle, suffisant pour que je le laisse prendre ma main dans la dernière ligne droite avant le lycée.

Lycée devant lequel j’avais imaginé retrouvé un groupe d’internes rebelles et résolues, fières d’avoir défié l’ordre établi.

Bizarre, il n’en est rien, c’est le calme plat.

Patrick n’ose pas m’embrasser, ce qui finalement m’arrange bien, et je m’engage bravement dans l’allée.

Je traverse le sous-bois, je coupe à travers la pelouse derrière les terrains de tennis (sous-bois, pelouse et terrains de tennis qui nous sont, va savoir pourquoi, interdits), sans rencontrer âme qui vive.

Un doute commence à m’étreindre, se pourrait-il que… ?

La pionne qui m’accueille dans le bureau de la chef me fusille du regard et m’expédie sèchement et prestement en salle d’étude.

J’ouvre la porte, elles sont toutes là. Elles ont déjà enfilé leurs blouses en nylon bleu. Elles étudient en silence ou écrivent des lettres à leurs amoureux, mais ce qui est sûr c’est qu’elles sont arrivées depuis longtemps et que la seule, l’unique, à avoir tenu parole, c’est moi !

Oh, elle ne sont pas toutes rentrées à l’heure obligatoire, elles ont flâné, sont arrivées en retard, mais en retard seulement, pas ostensiblement à18h45.

Furieuse et atterrée je les contemple sans mot dire mais en maudissant leur obéissance, leur manque de courage, leur traitrise.

J’ai 16 ans et je comprends avec une extraordinaire acuité qu’il ne faut jamais compter sur les autres et que l’on est toujours personnellement responsable de ses actes.

Le lendemain ma mère remonte d’un pas vif et rageur la longue allée de l’internat, elle vient me chercher, je suis exclue pour trois jours.

Trois semaines plus tard le bulletin de notes final arrive à la maison, il me condamne au redoublement.

20 Janvier 2007

“Cinq choses que vous ne savez pas de moi” (5)

Nous avions quitté le port de Saint Jean Cap Ferrat vers la fin d’une belle matinée d’août.
Poussées par un vent paresseux et taquin, soufflant par intermittence, nous avions tiré des bords d’un bout à l’autre de la baie.
Cécilia barrait, je contrôlais les voiles. J’avais appris à tirer sur les écoutes et à esquiver la bôme quand elle traversait vivement le pont.
Nous avions dormi au soleil et nagé dans l’eau limpide et douce d’une crique.
Mangé du saucisson et bu du rosé frais.
Parlé de tout, de rien et de nos vies.
Cécilia était mon amie.
Elle avait chanté à l’Opéra de Nice et sur de nombreuses scènes françaises et internationales, mais sa carrière n’était plus au zénith. Elle n’avait, disait-elle, jamais voulu se plier aux diktats et aux petits arrangements que le cruel monde du spectacle impose trop souvent aux artistes. Je la croyais volontiers, Cécilia éprise de liberté, ne suivait pas les chemins tout tracés.
Sa route à elle, menait vers le large, les embruns, l’horizon étincelant qui dansait sous le soleil.
De sa gloire, elle avait gardé ce voilier, une petite merveille de teck blond, mouillant dans le port de Saint Jean et où elle passait une bonne partie de l’année.

Puis la nuit, qu’un quart de lune éclairait, sur nous était tombée et le vent s’était doucement en allé.
Nous clapotions.
Cécilia avait alors décidé de mettre le moteur en marche pour pouvoir regagner le port. Hélas, il refusa de se mettre en marche.
Puis la batterie déclara forfait et nous nous retrouvâmes dans l’obscurité.
Seule la lampe de secours luisait à l’avant du bateau.
Nous nous assîmes sur le pont pour déguster un dernier verre de rosé et réfléchir mollement à la marche à suivre. Ils étaient calmes et réguliers, mais nous ne pouvions rester ainsi, ballotées par les flots, seules dans l’immensité sombre de la mer.

C’est alors qu’une secousse venue des fonds marins ébranla le voilier qui se mit à tanguer et danser sur d’étranges vagues.
Puis le dos d’une baleine, argenté sous la lune, jaillit à quelques mètres à bâbord.
Elle disparut pour reparaître à l’arrière du voilier.
Puis à tribord.
Et encore à bâbord.
Joueuse, elle décrivait des cercles autour de notre esquif.

Et Cécilia, debout à l’avant du bateau, face à la mer, chanta.

« Voli l’agile barchetta, voga, voga, o marinar »

Dans la chaude nuit dansait la baleine, frôlant parfois le voilier qu’elle éclaboussait de gouttelettes scintillantes.

Au loin, les feux artificiels de la Riviera que la splendeur des étoiles éteignait, semblaient de petits points inutiles et dérisoires.
La voix de Cécilia, montant claire et pure vers le ciel, emplissait la nuit en une parfaite harmonie.

« Pallidetta é in ciel la luna, tutto invita a sospirar
Voga, voga, marinar…”

Il est dans la vie de ces instants magiques, où rien d’autre n’existe que la sensation profonde d’un bonheur que l’on sait que l’on sait éphémère mais dont le souvenir à jamais enchante.

Tout concordait, la « Barcarolla » de Rossini, la baleine malicieuse, les ténèbres bienveillantes, le doux clapotis de l’eau sur la coque du bateau.

« Voga, Voga… »

22 Janvier 2007

Ecouter Cécilia chanter “Barcarolla” de Rossini:

La voix enregistrée est celle de Cécilia, mais comme nous l’avons extraite d’une cassette audio, la qualité n’est malheureusement pas parfaite.

Traduction :
« Vole léger bateau, vogue, vogue marinier »
« La pâle lune éclaire le ciel, tout invite à soupirer »
« Vogue, vogue, marinier »

Il était une fois: album photos

claudine-2006-web.jpg

claudine-tissier-2004.jpg

claudine-tissier-2000.jpg

claudine-tissier-1999.jpg

claudine-tissier-1998.jpg

01-claudine-collection.JPG02-claudine-collection.JPG03-claudine-collection.JPG04-claudine-collection.JPG

05-claudine-collection.JPG06-claudine-collection.JPG07-claudine-collection.JPG08-claudine-collection.JPG

09-claudine-collection.JPG10-claudine-collection.JPG11-claudine-collection.JPG12-claudine-collection.JPG

13-claudine-collection.JPG14-claudine-collection.JPG15-claudine-collection.JPG16-claudine-collection.JPG

17-claudine-collection.JPG18-claudine-collection.JPG19-claudine-collection.JPG20-claudine-collection.JPG

21-claudine-collection.jpg22-claudine-collection.jpg23-claudine-collection.jpg24-claudine-collection.jpg

25-claudine-collection.jpg26-claudine-collection.jpg27-claudine-collection.jpg

28-claudine-collection.jpg29-claudine-collection.jpg30-claudine-collection.jpg

31-claudine-collection.jpg32-claudine-collection.jpg33-claudine-collection.jpg

La télé et moi

Flânant ce matin sur quelques blogs choisis, j’ai laissé, coïncidence, deux commentaires sur la télé.
Chez Cat, inspirée par la photo d’un coin du feu convivial, j’ai écrit trois lignes sur les veillées d’antan de nos aïeux campagnards.
Quand l’hiver les voisins et amis se réunissaient devant la cheminée pour y griller des châtaignes en sirotant la piquette locale et que le conteur attitré, ou improvisé, enchantait l’assistance de ses récits. On discutait des petites choses quotidiennes, les semailles, la rigueur du temps, les nouvelles des uns et des autres (ça devait médire aussi). Parfois l’un jouait un air d’accordéon, de violon ou de vielle et l’on chantait.

Bon, ne nous laissons pas pour autant emporter par une vision idyllique de la vie paysanne de nos ancêtres. Leur existence, passée à gratter une terre qui bien souvent n’était pas la leur, était dure, ingrate, liée à la versatilité des récoltes.

Puis arriva la télé. Au début les villageois se réunirent au café pour la regarder et les chopines de gros rouge aidant, l’ambiance était fort animée.

Mais en quelques années elle se répandit dans les foyers et chacun resta chez soi, l’œil rivé au petit écran qui était supposé lui offrir une inégalable ouverture sur le monde.

Plusieurs décennies plus tard, au vu de la soupe télévisuelle proposée par les chaînes les plus regardées, on peut légitimement se demander ce qu’est devenue cette fameuse ouverture sur le monde qui a eu pour effet collatéral immédiat de fermer sa porte aux voisins.

Mais qu’elle était belle, dans mon regard d’enfant, cette première télé, arrivée chez mes parents à la fin des années soixante !

J’ignorais alors que la censure veillait au grain et que l’ORTF n’était pas exactement le lieu de la parole libérée.

Donc ce matin, j’en étais à ce stade là de ma réflexion lorsque, passant chez Swâmi pour ma visite quotidienne, je découvris, avec ravissement, « le petit train de la mémoire » des interludes de l’ORTF (qui étaient aussi nombreux que les pannes).

Et la porte des souvenirs s’est ouverte.

J’ai revu des images brouillées du générique des « Histoires sans paroles » et ô merveille bakedbeans a déniché la vidéo.

Je me suis souvenue que le premier film que j’ai vu sur notre télé, une Radiola achetée à Argenton sur Creuse, a été « Mon épouse favorite » un film américain avec Cary Grant et Irene Dunne, que j’avais a-do-ré.

monepousefavorite.jpg

Et puis chaque soir, vers sept heures, nous nous serrions tous les quatre (papa, maman, ma sœur et moi) sur le canapé de peluche grise, face au téléviseur. Il était posé sur Sa table en acajou luisant, dont les fins pieds de métal noir partaient en trapèze vers le tapis en coco rêche de la salle à manger. Et nous regardions Robin des bois, diffusé en feuilleton. Chaque épisode, que j’attendais avec impatience, durait une vingtaine de minutes. Bonheur.

Le dimanche, en fin de matinée, il était hors de question de rater. « La séquence du spectateur”.

Puis il y avait Discorama, avec la merveilleuse Denise Glaser, son visage fin et lumineux sous la frange noire, son élégance, sa voix grave, son sourire, son empathie, ses silences. Denise Glaser qui possédait ce don, si rare, d’inciter ses invités, comme ça, mine de rien, à dévoiler une part intime, sensible, authentique, d’eux-mêmes. Denise Glaser qui en donnant la parole à de jeunes artistes inconnus leur a permis d’accéder à la célébrité.
Sans facilité, ni flatterie, ni curiosité déplacée
Mais avec humour, avec intelligence, avec distinction.

denise_glaser.jpg

Après 1975, à la suite de l’élection d’un président qui voulait incarner la rupture (tiens lui aussi c’est une manie chez eux), le fameux Giscard d’Estaing, elle sera remerciée à cause de son profond ancrage politique à gauche. Arrivée au pouvoir la clique Mitterrandiste n’aura pas l’idée de faire appel à ses talents.
A son enterrement en 1983, seules deux artistes l’accompagneront au cimetière, Barbara et Catherine Lara.
Elle avait 63 ans.

Après Discorama la télé était réduite au silence car il n’était pas question de manger en la regardant.

Elle ne reprenait vie que vers cinq heures pour le film du dimanche après-midi (toujours américain maintenant que j’y pense). J’avais onze ans, western ou comédie c’était de toute façon un régal.
Le mot fin qui s’inscrivait sur l’écran concluait aussi ma journée de téléspectatrice. Le grand film du soir m’était, à mon grand dépit, formellement interdit.

J’aime avoir des souvenirs, c’est l’inestimable cadeau du temps qui passe.

Et vous, de quelles émissions vous souvenez-vous?