Sujitha, mon livre

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Enfant, le front appuyé contre la vitre froide de la fenêtre de ma chambre, le regard se perdant dans la monotonie des champs, en attente d’un futur dont la forme variait au fil de mes pensées, je rêvais.
J’imaginais avec délices mon nom sur la couverture d’un livre que j’aurais écrit.
Je me voyais voyageuse, parcourant le monde.
J’attendais d’être grande.

Quelques décennies plus tard, si ma vie a pris parfois des chemins de traverses, bousculant certaines de mes aspirations enfantines, d’autres rêves ont vu le jour.
Je voyage.
J’écris.
Et ô merveille, ô joie sans pareille, aujourd’hui et j’en suis fière et heureuse, une de mes nouvelles est publiée.

Je dois ce plaisir à Phil,créateur des toutes récentes et excellentes éditions Filaplomb.

Il m’a écrit il y a quelques mois pour m’informer de son projet et me demander si j’avais des textes à lui proposer.
Je lui ai envoyé l’histoire de Sujitha, une des nouvelles que j’avais écrites l’été dernier durant mon séjour en Inde. Il l’a aimée et décidé de la publier.

J’ai crée le personnage de Sujitha en m’inspirant des vies de mes amies kéralaises. J’en ai longuement parlé avec elles, pour être sûre de la justesse de mon histoire.
Petite histoire, simple, banale, universelle.
Celle d’une femme au destin tracé dont le cœur tangue et chavire.

J’ai adoré écrire ce court récit.

J’espère que vous aimerez le lire.

(Et pour ce faire clic sur Filaplomb)

Les enfants et la lecture

La lecture a meublé mon enfance, l’emplissant de rêves qui m’emportaient bien au-delà des champs et des fermes éparses, des buissons et des bosquets. Lire m’était précieux, essentiel, vital. Lorsque j’avais épuisé mon lot de livres et que le bibliobus tardait à rapporter les caisses de bois clair pleines de nouveaux trésors, je relisais indéfiniment les mêmes bouquins.

Il est vrai que je regardais très peu la télé. Quand les enfants désertaient l’école, que j’avais épuisé les joies solitaires de la bicyclette, tournant consciencieusement dans la cour vidée de ses protagonistes bruyants, mangé une tartine de pain légèrement rassis accompagnée d’un carré de chocolat noir Poulain et esquissé en patins à roulettes quelques pas de danse approximatifs, la lecture, dans le soir descendant, était le plus sûr des refuges.

J’ai lu à mes enfants des dizaines et des dizaines de livres, je leur en ai acheté, le les ai accompagnés à la bibliothèque. Est-ce grâce à tout cela, je ne sais, mais ils sont devenus des adultes lecteurs .

Ce qui n’est pas vraiment le cas des petits Français d’aujourd’hui !

Une étude de la Repubblica, journal sérieux et respectable, présente un classement de 45 pays en fonction des capacités de lecture des enfants de 10 ans (source Progress in International Reading Literacy Study page 37).

L’indice minimal de lecture est 300, ce qui correspond à la prestation (302) de l’Afrique du Sud, tout juste devancée par le Maroc (323), le Kuwait (330), le Quatar (353) et l’Indonésie (405).
En tête du peloton, les petits Russes, avec un score de 565, talonnés par les minots de Hong Kong (564) et les Canadiens. Les premiers Européens fréquentent les écoles du Luxembourg (557) ils sont suivis de peu par les bambini italiens.
Pour trouver les petits Français il faut descendre dans le classement, ceux-ci n’étant qu’au 27 rang (522), donc après les Américains, les Chinois, les Ecossais, les Belges, les Allemands… etc.

Pas de quoi pavoiser !

A noter d’ailleurs que ces performances, dit pudiquement le site Maitrise de la langue, « ne sont pas en net recul par rapport à l’évaluation de 2001 ».
En fait la situation semble stationnaire, quoiqu’en légère baisse, ce qui a changé c’est que les autres ont fait des progrès puisque la France est passée de la douzième place à la vingt-septième.

Délaissée, empêtrée dans des réformes contradictoires, l’école française va mal. C’est inquiétant.
Ou plutôt symptomatique d’une société qui dysfonctionne.
L’école de la République, gratuite, laïque et obligatoire, qui devait permettre à tous le même accès au savoir est devenue une machine lourde et insensible.
A quoi bon éduquer le peuple ?

Dans son programme de travail et d’action pour le 2e trimestre de l’année scolaire 2007-2008 Xavier Darcos accumule les « je veux » et les « je voudrais » sans rien proposer de particulièrement novateur si ce n’est de raccourcir le temps passé à l’école et de supprimer la carte scolaire.

A mon humble avis ça ne changera pas grand-chose à l’affaire et c’est bien dommage.

Le goût de la lecture est un bien précieux, il permet découvrir le monde et les autres, il aide à apprendre, à réfléchir, à déceler les manipulations, à être libre.

Et vous, êtes-vous surpris par les résultats de ce classement ?

La haine décomplexée

« La haine, c’est l’hiver du cœur. » Victor Hugo

Elle est partout, elle s’étale, se répand comme une boue putride et collante.
Pas celle dont Zola dit : « La haine est sainte. Elle est l’indignation des cœurs forts et puissants, le dédain militant de ceux que fâchent la médiocrité et la sottise. »
Pas celle qui pousse l’opprimé, victime de l’injustice, à se rebeller contre un pouvoir inique ou criminel.

Non, la haine ordinaire, celle du pauvre contre le pauvre, de l’exploité contre l’exploité, de la victime contre la victime.
Et cette haine là annihile la révolte sociale. Elle ronge, détruit, tue, pousse aux pires bassesses.

J’ai été particulièrement choquée de lire que son hébergeur a dû fermer le fil de commentaires du blog de Moushim, alias Chamoo, victime de l’accident de Villers le Bel. De nombreux internautes y avaient déversé des commentaires haineux, racistes, irrespectueux.

Mais qu’est-ce qu’il peut bien y avoir dans la tête de quelqu’un qui va vomir sa haine sur le blog d’un jeune homme de quinze ans, mort dans un accident ?
Protégés par l’anonymat les salauds se lâchent.
La haine dit le Petit robert « Sentiment violent qui pousse à vouloir du mal à quelqu’un et à se réjouir de celui qui lui arrive. »

Elle est désormais partout. Sur Internet elle est omniprésente. En quelques échanges, un forum de discussion peut devenir le lieu d’un pugilat sans pitié où les insultes balaient les paroles sensées et où la raison se meurt.
C’est le premier pas vers la violence physique, sous jacente, prête à éclore.

Elle témoigne d’un immense et odieux malaise niché dans les entrailles de la société. (Pas seulement française, le phénomène est identique en Italie)

Elle assassine la liberté d’être, de penser, de créer.

Mais le crime, c’est bien connu, rapporte toujours à quelqu’un.

Tant que les humbles sont occupés à se haïr entre eux leur ire épargne les puissants, les gouvernements injustes, les vrais privilégiés.
Et les mesures contre le bien être du peuple s’enchainent les unes aux autres, irrésistiblement, sournoisement, ne provoquant que quelques remous vite étouffés car la haine de l’autre a pris le pas sur la révolte.
L’extraordinaire perversité des gouvernants actuels, appuyés par des médias inféodés au pouvoir, qui transforme les victimes de la politique anti sociale menée depuis des années en parias, consciencieusement, pour préserver le capital, ses princes et ses sbires, porte aujourd’hui ses infects fruits au goût de mort.

La haine, le mépris, ils en connaissent toutes les arcanes, ceux qui ont orchestré, depuis des années, la destruction de la sagesse, de la raison, de la solidarité, du sens de l’humanité.

Mais cette politique de l’apprenti sorcier, cruelle et violente, est aussi d’une consternante bêtise, car qui sème le vent pourrait bien récolter une tempête dont la violence nous laisserait tous exsangues et meurtris.

« L’hymne de la haine ne profite pas à l’humanité ». Gandhi

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Les marcheurs de Pondy

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Les premiers rayons du soleil éclairent l’Océan, il est 5 heures, Pondy la belle s’éveille.
Sur la promenade du bord de mer apparaissent les premiers marcheurs. En dhotî, en survêtement, en short, en sari ou en churidar, écharpes flottantes et mines décidées, les Pondichériens marchent, silencieux et concentrés.

Certains avancent en effectuant d’amples moulinets avec les bras.
D’autres, les plus jeunes ou les plus sportifs, courent, seuls ou par petits groupes.

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Au fur à mesure que la lumière se fait plus vive, la promenade se remplit. A six heures l’affluence est à son apogée.

Bras énergiquement balancés.
Pieds à dix heures dix.
Epaules dégagées et ventre fièrement poussé vers l’avant.
A grands pas.
A petits pas.
En tennis ou en savates.
Imperturbables.
Conscients d’accomplir un rite de première importance.
Ils sont là chaque matin.
Vieux, moins vieux, hommes, femmes, chacun avançant à son rythme.

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Alors que là bas, dans les pays modernes, enfermés dans des salles comme des souris dans des cages, moulés dans des maillots de marque, rivalisant d’élégance vestimentaire, les occidentaux s’escriment, suant et haletant sur des machines de torture afin d’acquérir une musculature de légionnaire ou une taille de top model, les pondichériens marchent.

Autres pays autres mœurs.
Le but du Pondichérien qui foule la promenade d’une démarche approximative, droit comme un I et le short remonté sous les aisselles, n’est pas de devenir Monsieur Muscle, mais de pratiquer une activité physique à sa mesure, de profiter de la fraicheur de l’aube, de se maintenir en bonne forme, de commencer la journée du bon pied.

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Les indiens sont très matinaux.
Levés à l’aube, ils se livrent, chaque jour, à de multiples activités.
Ils mangent, copieusement. Le petit déjeuner est un véritable repas qui permet de déguster des puris, gonflés comme des petits ballons, des dosa croustillantes farcies de pommes de terre au curry, du riz épicé.
Ils font leurs ablutions, longuement et consciencieusement.
Ils vont au temple ou prient à la maison.
Ils méditent.
Ils lisent le journal
Ils ont une activité sportive, marche, natation, badminton.
Ils jouent avec leurs enfants.

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Et finalement, tranquilles (mimile), ils se rendent au travail aux environs de neuf heures.
Lorsqu’ils commencent à travailler, ils sont déjà riches de ces heures agréables consacrées au bien être. Ils sont détendus, sereins.
C’est cela avoir un art de vivre, profiter de son temps.
Le travail n’est pas le centre de la vie, il en est un élément, pas plus.
Avoir en permanence le nez dans le guidon pour payer les inévitables dépenses quotidiennes ou pour atteindre des objectifs professionnels, travailler plus en espérant gagner plus, se laisser bouffer par l’entreprise, vider de son énergie pour le compte d’un patron, n’est pas vivre.

C’est survivre.

Ci-dessous, deux minutes de pur bonheur, signées Flora et Fabio.

Les Editions Filaplomb, des petites fenêtres sur le monde

Filaplomb, éditeur de nouvelles et de textes courts

Recommandé par des Influenceurs

Nées de la volonté (acharnée) de Phil, un talentueux blogueur, les Editions Filaplomb viennent d’ouvrir.

Elles proposent des textes courts, des nouvelles, sous la forme de petits livres d’une vingtaine de pages, que l’on glisse dans sa poche ou dans son sac et que l’on dévore d’une traite.

« La nouvelle (…) est faite pour être lue d’un coup, en une fois » écrivait André Gide

Bien que peu valorisée dans l’hexagone, la nouvelle n’a rien d’un art mineur.

« Elle a sur le roman à vastes proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l’intensité de l’effet. Cette lecture, qui peut être accomplie tout d’une haleine, laisse dans l’esprit un souvenir bien plus puissant qu’une lecture brisée, interrompue souvent par le tracas des affaires et le soin des intérêts mondains. L’unité d’impression, la totalité d’effet est un avantage immense qui peut donner à ce genre de composition une supériorité tout à fait particulière, à ce point qu’une nouvelle trop courte (c’est sans doute un défaut) vaut encore mieux qu’une nouvelle trop longue. L’artiste, s’il est habile, n’accommodera pas ses pensées aux incidents, mais, ayant conçu délibérément, à loisir, un effet à produire, inventera les incidents, combinera les évènements les plus propres à amener l’effet voulu. Si la première phrase n’est pas écrite en vue de prépare cette impression finale, l’œuvre est manquée dès le début. Dans la composition tout entière il ne doit pas se glisser un seul mot qui ne soit une intention, qui ne tende, directement ou indirectement, à parfaire le dessein prémédité. »
Baudelaire : Notes nouvelles sur Edgar Poe

Chaque livre des Editions Filaplomb est une petite fenêtre sur le monde, la découverte d’un regard nouveau, d’une sensibilité.

C’est l’occasion de découvrir d’autres auteurs, qui ne sont pas ceux que les grandes maisons d’édition sélectionnent en fonction de critères dont souvent le talent et l’originalité de la pensée sont exclus, laissant place à la rentabilité, à la facilité.

Vous avez un train à prendre, peu de temps pour lire, des cadeaux intelligents à faire (Noël approche), un clic, deux clics, trois clics et quelques jours plus tard le facteur dépose dans votre boîte aux lettres un joli petit bouquin tout beau tout neuf qui ne demande qu’à être dévoré.
Ce faisant, vous aurez aidé une jeune entreprise ambitieuse et permis à une autre parole d’être lue et considérée.