2 mars 2008 — Au jour le jour, En Italie
« J’étais dans le vestiaire quand un homme dont je n’ai pas vu le visage m’a mis un bandeau noir sur les yeux et a essayé de m’enfoncer quelque chose dans la bouche pour m’empêcher de crier, je l’ai mordu et j’ai remarqué que ce n’était pas de la peau, il portait sans doute des gants en plastique. Il m’a prise par les cheveux, m’a traînée dans la salle de bains et m’a frappé la tête contre les murs, il a fermé la porte et m’a dit « comme ça tu apprends ! » et « pisse ! » puis il m’a enfilé la tête dans la cuvette des toilettes. »
La femme qui parle sur les ondes de radio popolare a 44 ans, elle est caissière dans un supermarché Esselunga de Milan, via Papiniao et c’est là que, jeudi 28 février, à 16heures 30, elle a été violemment agressée.
Torturée.
Humiliée, pour la seconde fois.
Le 2 février alors qu’elle était au travail elle a sollicité de ses chefs la permission d’aller uriner. Ceux-ci ont refusé. Souffrant de problèmes rénaux, elle insisté, expliquant qu’elle risquait d’être malade si elle ne pouvait soulager sa vessie. Nouveau refus de la part de la hiérarchie.
Quatre heures plus tard, passées assise, immobile, derrière sa caisse, la jeune femme ne parvient plus à se contrôler et urine dans son pantalon devant les clients.
Mortifiée, en larmes et en proie à de vives souffrances, à peine son travail terminé elle se rend à l’hôpital où les médecins diagnostiquent une cystite aigue qui nécessite 15 jours d’arrêt de travail.
Soutenue par les syndicats, elle décide alors de porter plainte contre l’entreprise Esselunga, un géant de la grande distribution (4,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 130 points de vente).
Rétablie, elle reprend son poste.
Mais jeudi à 16 heures 30, un homme, embusqué dans les vestiaires du magasin, attendait sa venue.
Courageuse la victime n’a pas cédé à la violence et a immédiatement à nouveau porté plainte.
Hier, samedi, une journée d’action a été organisée pour dénoncer ces faits abjects.
Elle n’a pas rencontré un grand succès, seulement 200 personnes réunies devant le magasin de 9 heures à 14 heures pour manifester leur colère et tenter de sensibiliser les clients venus faire leurs achats de fin de semaine.
Au départ les syndicats avaient envisagé une grève générale de tous les employés pendant huit heures, mais ceux–ci n’ont pas accordé leur soutien au mouvement.
C’est qu’à Esselunga, « Non si respira senza permesso ». (On ne respire pas sans en avoir l’autorisation)
Divisés par les patrons qui multiplient les contrats précaires et accordent des horaires plus souples et plus convenables à celles et ceux qui collaborent en se montrant de « bons » travailleurs soumis et silencieux, les employés courbent l’échine, tremblent et se désolidarisent les uns des autres.
Chacun pour soi et marche ou crève.
Questionnés par les journalistes certains mettent en doute les déclarations de la victime, d’autres prétendant n’avoir rien vu.
Omerta pour ne pas perdre son boulot.
Côté clients on balance entre indifférence et odieuses critiques de la manifestation:
“Ils auraient pu éviter de faire tout ce cirque”
« Et même si elle a été agressée qu’est-ce que ça veut dire ?! On va quand même pas manifester ! c’est leur problème ». (Liberazione)
Dame, c’est que le samedi on fait les sacrosaintes courses !
Alors chacun sa merde !
Et puis, « A cent mètres du sit-in il y a aussi un groupe de militants du PD (parti démocratique de Walter Veltroni). Ils distribuent des tracts qui dépeignent la beauté un monde où les entrepreneurs et les esclaves seraient d’accord, mais leurs banderoles restent à bonne distance de la manifestation, pourtant, il sont au courant » (Liberazione)
Quant à la direction du magasin, après avoir accusé la victime de s’être auto flagellée elle s’est rétractée et a répliqué dans une note prudente :
« Une enquête est actuellement menée par les forces de l’ordre (…). Toute déclaration est actuellement prématurée »
Mardi est prévu un nouveau rassemblement et il a été demandé aux milanais d’inonder la direction d’Esselunga de lettres et mails de protestation » (La Repubblica).
Mais pour une victime qui ose défier l’indigne pouvoir patronal, combien se taisent et se laissent broyer ?
Combien de temps encore les travailleurs devront-ils subir ces méthodes que l’on espérait révolues avant qu’un élan populaire ne vienne détruire ce système basé sur le profit et l’injustice ?
L’heure est grave, dans un univers qui n’obéit plus qu’aux lois du marché l’être humain disparaît, il devient un simple rouage, interchangeable, corvéable, insignifiant.
« L’homme lucratif est la parfaite expression de l’inhumanité » Raoul Vaneigem (Nous qui désirons sans fin)
Sources : Liberazione, Il Manifesto, La Repubblica, precaria.org
16 février 2008 — En Italie
Soudain, le 11 février, 7 policiers, obéissant (ou non) à un appel téléphonique anonyme (ou non) dénonçant un infanticide, font irruption dans une polyclinique de Naples.
Dans une chambre, Silvana, elle vient de vivre un avortement thérapeutique, le fœtus qu’elle portait présentait une anomalie chromosomique. Rien d’illégal.
Mais les policiers ne l’entendent pas de cette oreille et entreprennent de la questionner, longuement. Puis ils séquestrent son bulletin médical et le fœtus.
Cette imbécile et scandaleuse intervention policière est le résultat de la cabale anti avortement qui secoue actuellement l’Italie.
Cette nouvelle offensive, issue d’une papauté rétrograde et obtuse, relayée par la droite et instrumentalisée par Berlusconi, a son héraut, un odieux personnage, amas de chair flasque parcouru de frissons de haine envers les femmes : Giuliano Ferrarra, rédacteur en chef d’un immonde torchon réactionnaire : « Il Foglio ».
Mais si une partie de l’Italie emboite le pas à ces tristes sires, l’autre, choquée par cette attaque à la loi 194, obtenue dans les années 70 grâce à une lutte acharnée et qui garantit aux femmes le droit à l’IVG, entend bien ne pas les laisser mener à terme leur funeste projet.
Livia Turco, ministre de la santé a déclaré être “profondément choquée” par cette affaire et a dénoncé une “chasse aux sorcières”.
Jeudi 15 février, à Rome, Naples, Milan et Bologne ont eu lieu des manifestations de révolte.
En tête, main dans la main, les combattantes d’hier, furieuses de devoir recommencer une bataille qu’elles pensaient avoir définitivement gagnée et les filles d’aujourd’hui prêtes à prendre le relais.
Cheveux gris et talons plats, écharpes colorées et piercings.
A Bologne nous avions rendez-vous devant la clinique Sant’ Orsola. Le lieu avait été symboliquement choisi pour dénoncer le fait qu’aujourd’hui il est devenu difficile de pratiquer une IVG en Italie car de plus en plus de médecins se réfugient derrière le statut d’objecteurs de conscience (la loi qui n’est pas exempte de failles, les y autorise).
Nous avons été plusieurs centaines, (800) femmes et hommes, à bloquer la circulation devant l’hôpital, puis à traverser la ville en cortège pour rendre à la Piazza Maggiore, cœur de la cité.
Une belle manif dans le jour déclinant.
De beaux slogans aussi :
« Libere di scegliere » (libres de choisir)
« No alle scambi politici sul corpo delle donne » (non aux marchandages politiques sur le corps des femmes)
« Tremate, tremate, le streghe sono tornate, le figlie e le nipoti non vi daranno il voti » (tremblez tremblez, les sorcières sont de retour, les fils et les petits-fils ne voteront pas pour vous)
« Il nostro problema non é la cellulite, ma come liberare le nostre vite » (notre problème n’est pas la cellulite mais comment libérer nos vies).
Depuis deux jours, à l’initiative d’un groupe de femmes, intellectuelles et artistes, (dont Sabina Guzzanti, Lidia Ravera, Cristina Comencini) circule une pétition, consultable en ligne : liberadonna
«Caro Veltroni, caro Bertinotti, cari dirigenti del centro-sinistra tutti,ora basta!
L’offensive contre les femmes – une pure et simple croisière bigote a atteint un niveau intolérable. Intolérable aussi l’absence de réaction du centre gauche et sa condescendance. Avec l’obscène proposition d’un moratoire sur l’avortement qui traite les femmes de meurtrières et de bourreaux et la récente injonction de réanimer des fœtus ultra prématurés et ceci même contre la volonté de la mère (et malgré la quasi certitude de malformations gravissimes) les corps des femmes sont redevenus des « choses », des territoires de lutte pour le fanatisme religieux, des objets sur lesquels exercer le pouvoir. (…)
Nous attendons de vous une prise de position claire et sans équivoque, qui condamne franchement toutes les tentatives - d’où qu’elles viennent – de menacer l’autodétermination des femmes qui fut si difficile à conquérir : notre droit à dire le premier et le dernier mot sur notre corps et sur nos grossesses. (…)
Nous exigeons par conséquent que vos programmes soient explicites : si la loi 194 a besoin d’une révision, c’est celle d’éliminer l’objection de conscience (…), la pilule abortive (RU486) doit être immédiatement rendue disponible dans toute l’Italie, parce qu’à un drame ne doit pas s’en ajouter un autre, la pilule du lendemain doit devenir d’un accès simple et rapide et différentes campagne de contraception doivent être menées dans les établissements scolaires (…), des programmes de soutien aux femmes émigrées doivent être conduits sur les plans culturels et sociaux, et les aides à la maternité doivent être renforcées (dans le cadre d’une politique capable de combattre la précarité au travail)
Ces valeurs ne sont pour nous en aucun cas négociables et nous n’accepterons aucun compromis. »
En ligne depuis deux jours cet appel compte déjà (au moment où j’écris) 9416 signatures.
Ce n’est qu’un début.
« Tremblez, tremblez, les sorcières sont de retour ! »
A lire chez Aline Testuz la situation en Lituanie.
9 février 2008 — Au jour le jour

dessin de Nole
J’aime les hommes de pouvoir, disait-elle, mutine, bien avant d’épouser un président.
Poupée à la silhouette juvénile, elle est le symbole d’une époque délétère qui préfère le paraître à l’être.
Née riche, devenue belle, se vantant d’être émancipée, la nouvelle conquête sarkozienne accumule dans sa trajectoire tous les poncifs d’un soap opéra destiné à faire rêver les gueux (abusivement considérés comme stupides) dans les chaumières : une famille qui se réfugie en France par peur des brigades rouges, une fortune considérable, un père qui n’en est pas un, une carrière de top model, des amants prestigieux, des prétentions artistiques, et l’amour d’un homme de pouvoir.
Le pouvoir, dont le sinistre Henry Kissinger dit qu’il est « l’aphrodisiaque suprême ».
Quelle connerie !
Je n’attends pas de l’homme qui est à mes côtés qu’il détienne le pouvoir.
J’aime qu’il soit fort quand je suis faible, et qu’il compte sur ma force pour le soutenir.
J’aime que nous nous tenions par la main pour avancer sur le chemin de la vie.
J’aime qu’il soit tendre et généreux.
J’aime que nous riions des mêmes choses.
J’aime que nous puissions nous partager les tâches quotidiennes.
J’aime que la confiance entre nous soit totale.
J’aime vivre avec lui et partager une infinité de petites choses drôles, tristes ou banales.
Et nous endormir enlacés est la récompense de la journée.
Mais le pouvoir chimérique, « qui corrompt » (Louise Michel), qui tue, qui violente je n’en veux pas.
La droite dure qui nous gouverne aime le pouvoir.
Elle aime les femmes qui aiment les hommes de pouvoir.
L’on dit de Carla S. qu’elle est émancipée, c’est faux.
L’émancipation, c’est l’affranchissement d’une autorité, de servitudes ou de préjugés.
Au contraire, les désirs de cette dame apparaissent calqués sur ceux des hommes. Ils obéissent à leurs fantasmes. Ils flattent leur virilité, concept archaïque qui se définit contre l’existence à part entière des femmes.
Sa liberté est un trompe l’œil. Prisonnière des regards, elle évolue dans une prison dorée dont les barreaux pourraient un jour la broyer.
Car, épouse d’un président, devenue première Dame de France elle a pris le risque de s’exposer à la curiosité d’un peuple.
Dévoiler ses fesses dans des magazines est beaucoup moins dangereux.
Elle partagera les inévitables futurs échecs de son mari, elle en sera parfois tenue responsable, elle sera la cible des moqueries et des critiques.
J’avais au baiser de l’Elysée attribué un indicible parfum de tragédie, je le retrouve dans ce couple clinquant.
La femme fatale et l’homme viril sont deux archétypes d’une société basée sur l’infernale relation dominant-dominé qui nous pourrit la vie depuis des siècles et qui connaît un inquiétant renouveau.
Une tentative de retour aux pires valeurs conservatrices s’est amorcée, soutenue par les pontes religieux, relayée des politiques arrogants et incultes, par des écrivaillons hargneux, par les intérêts du capital qui veut asservir le peuple pour mieux l’exploiter.
Mais le libéralisme se meurt. Nous assistons déjà aux premiers tressautements de son agonie.
Faisons en sorte qu’il emporte avec lui les marionnettes qui nous gouvernent.
« Trois petits tours et puis s’en vont »
Et appliquons nous à construire sur les ruines un monde qui ne soit pas régi par le pouvoir de quelques uns, mais par la volonté concertée de toutes et de tous : une vraie démocratie !
« La possession du pouvoir corrompt inévitablement la raison. »
Emmanuel Kant
“Tout pouvoir est une violence exercée sur les gens.”
Mikhaïl Boulgakov
31 janvier 2008 — Au jour le jour

Enfant, le front appuyé contre la vitre froide de la fenêtre de ma chambre, le regard se perdant dans la monotonie des champs, en attente d’un futur dont la forme variait au fil de mes pensées, je rêvais.
J’imaginais avec délices mon nom sur la couverture d’un livre que j’aurais écrit.
Je me voyais voyageuse, parcourant le monde.
J’attendais d’être grande.
Quelques décennies plus tard, si ma vie a pris parfois des chemins de traverses, bousculant certaines de mes aspirations enfantines, d’autres rêves ont vu le jour.
Je voyage.
J’écris.
Et ô merveille, ô joie sans pareille, aujourd’hui et j’en suis fière et heureuse, une de mes nouvelles est publiée.
Je dois ce plaisir à Phil,créateur des toutes récentes et excellentes éditions Filaplomb.
Il m’a écrit il y a quelques mois pour m’informer de son projet et me demander si j’avais des textes à lui proposer.
Je lui ai envoyé l’histoire de Sujitha, une des nouvelles que j’avais écrites l’été dernier durant mon séjour en Inde. Il l’a aimée et décidé de la publier.
J’ai crée le personnage de Sujitha en m’inspirant des vies de mes amies kéralaises. J’en ai longuement parlé avec elles, pour être sûre de la justesse de mon histoire.
Petite histoire, simple, banale, universelle.
Celle d’une femme au destin tracé dont le cœur tangue et chavire.
J’ai adoré écrire ce court récit.
J’espère que vous aimerez le lire.
(Et pour ce faire clic sur Filaplomb)
17 novembre 2007 — Au jour le jour

J’aime être un être humain et particulièrement, une femme.
Non point par indifférence ou haine des hommes, au contraire, être femme me permet de les avoir à mes côtés, de les observer, de les aimer, à cœur ou à corps ouvert.
L’homme reste pour moi un extraordinaire terrain d’aventures, d’explorations, de jeux.
Enfants, amants, compagnons de vie, de lutte, de réflexion, d’amusement, je ne m’en lasse pas.
Mais être femme, quel bonheur !
Absurde, diront certain(e)s, à l’échelle du monde, la condition féminine est la plus difficile à vivre.
Femmes battues.
Violées.
Bafouées.
Méprisées.
Soumises à l’ordre du mâle, qu’il soit familial, religieux, politique.
Justement, je n’aimerais pas être dans le camp de celui qui frappe, qui impose sa loi à la force de ses muscles ou à celle de ses convictions imbéciles.

Bien sûr, tous les hommes ne sont pas des brutes sanguinaires ou des bourreaux pervers et certaines femmes sont capables d’ignominie, surtout quand, accédant au pouvoir après une lutte féroce, elles en abusent cruellement (souvenons nous d’une certaine Margaret T.).
Mais force est de constater que la moitié féminine de l’humanité commet moins de dégâts sur autrui que la moitié masculine.
Celle-ci, s’estimant arbitrairement dominante, n’en finit pas de se ridiculiser, tant par ses actes que par ses mots, ce qui pourrait être drôle si ce n’était si tragiquement dangereux.
Mais revenons au bonheur d’être femme.

D’abord, nous sommes des fillettes ce qui est déjà une chance considérable, pas par les conditions de vie qu’on nous impose, ça non, mais par la grâce, la finesse, l’intelligence, la sensibilité, la créativité dont nous disposons.
Et le courage, le courage incroyable dont chaque fille, chaque femme devra faire preuve tout au long de sa vie.
Parce que l’autre part de l’humanité se croit supérieure, il nous faut user de toutes nos capacités pour lutter.
En ce qui nous concerne, rien n’est jamais acquis, et il suffirait de peu, tiens par exemple, d’une récession économique (comme celle qui pourrait bien s’ici peu nous tomber sur la tronche) pour que nos gouvernants, dont la flagrante médiocrité, (que dis-je nullité), associée à une immoralité confondante, aient l’idée de nous renvoyer dans nos foyers afin de nous y maintenir inactives, muettes.
C’est pourquoi notre vigilance ne doit jamais se relâcher.

Il est aussi vrai que certaines attitudes de mes consœurs me semblent incongrues, voire même totalement incompréhensibles.
Par exemple se voiler volontairement pour obéir aux préceptes d’un dieu dont je ne reconnais pas l’existence (ni d’aucun autre d’ailleurs), se privant par là des joies de la séduction, du plaisir de se sentir belle et libre de vivre sa beauté. S’interdisant aussi (par peur ?) de se mesurer avec le désir qui brille dans les yeux des hommes, dans ceux de l’aimé comme dans ceux de l’inconnu que l’on croise. On n’y donnera pas suite, mais pourquoi s’en offusquer, y voir autre chose qu’une simple et normale manifestation de la libido masculine ?
Heureusement qu’elle existe cette libido, la vie serait d’un triste sinon!
Et vide d’enfants.
Les enfants !
Quelle indicible merveille que de sentir dans son ventre le doux mouvement, la caresse d’un petit corps qui s’étend et se délie, serein et confiant.
J’ai regardé chacun de mes enfants comme des trésors précieux. Ils sont mes plus belles œuvres.
J’ai aussi du mal à comprendre les femmes qui imitent ostensiblement les hommes, utilisant leurs armes, leurs tics. Savent-elles qui ils sont vraiment ? Moi je ne le sais pas, je ne peux que l’imaginer, et c’est bien ainsi.
A l’inverse du voile, une certaine forme d’exhibitionnisme, destinée à flatter la sexualité du mâle en rut, et mise en scène par d’autres mâles à des fins commerciales, me dérange. Utiliser la nudité pour vendre me semble indigne. Ce procédé, qui ravale l’être humain au rang d’objet, symbolise parfaitement la dérive du néolibéralisme. Et puis trop de films pornographiques présentent des créatures soumises. Leurs visages absents révèlent une feinte indifférence, comme si elles s’étaient retirées d’elles-mêmes pour ne plus être que des corps malléables à merci.
Pourtant le plaisir féminin est extraordinaire et sa gamme infinie.

En ce moment dans ma cuisine, quatre jeunes filles boivent le thé en papotant.
Elles sont belles, joliment vêtues, soucieuses de donner d’elles-mêmes une image harmonieuse.
L’écho de leurs conversations mêlées de rire parvient jusqu’à moi, comme un petit air de musique merveilleusement… féminin.
