Histoire de chaîne:
Celle-ci m’a été envoyée par Wajdi et j’en suis très contente.
Contente parce que dans ma vie quotidienne, je n’aurais jamais rencontré Wajdi.
Contente parce que le blog de Wajdi est très différent du mien.
Il y dépeint l’univers dans lequel il vit, y raconte des souvenirs, récemment un très beau texte sur « la trouille au ventre de ne pas savoir lire » quand il était au CE1. A l’époque où il fréquentait cette classe, j’étais de l’autre côté de la barrière. Souvenirs complémentaires.
Il a son style à lui, vivant, coloré, sincère.
Jeune homme, homme jeune je ne sais pas, mais je sais que son ton me plaît.
Venons à la chaîne :
1- Citer le tagueur.
Mission accomplie.
2- Indiquer le règlement.
Le voici le voilà.
3- Choisir un livre, l’ouvrir à la page 123.
J’ai donc choisi, parmi certains de mes livres préférés, celui qui m’offrirait à la page 123 un extrait que j’aurais envie de partager avec vous. Ça n’a pas été si facile, même d’excellents ouvrages peuvent comporter 5 lignes prises au hasard n’offrant pas le moindre intérêt.
Heureusement il y a des valeurs sûres !
4- Recopier à la 5ème ligne, les 5 lignes suivantes.
“Le plaisir pris sans réserve à la vie est le meilleur garant contre ce qui convainc de la détruire. Favoriser dès l’enfance la jouissance des êtres et des choses introduira dans les mœurs plus de changements heureux que prôner, avec l’angoisse de ne pas être entendu, la protection de la flore, de la faune et du milieu humain.”
5- Indiquer titre, auteur, éditeur, année d’édition.
« Nous qui désirons sans fin »
Raoul Vaneigem
Folio actuel Gallimard paru en 1996
6- Taguer 4 personnes.
Là c’est toujours difficile !
D’abord j’ai l’impression que cette chaîne tourne depuis un bon moment ce qui fait que beaucoup d’entre vous ont certainement déjà été sollicités.
Ensuite il y a ceux qui ne participent jamais.
Et ceux qu’on a peur de déranger parce qu’ils écrivent des trucs sérieux et qu’on ne sait pas trop comment ils vont prendre l’invitation.
Bon, courage, je me lance : je refile le truc à une blogueuse et trois blogueurs que j’aime (liste non exhaustive bien sûr!), comme ça si vous ne les connaissez pas encore vous pourrez découvrir ce qu’ils écrivent : La Sardine, Dom, Marc, Joël
Je réponds, enfin, à l’invitation gastronomique, de Falconhill.
Je n’ai vraiment pas été rapide !
Parce qu’en ce moment je passe beaucoup de temps à m’amuser je n’ai plus le temps de bloguer.
Ce n’est pas parce que l’avenir oscille entre sombre et incertain qu’il faut renoncer à profiter allégrement du présent.
Je préconise au contraire la joie et la bonne humeur.
Ne surtout pas donner à ceux qui veulent nous écraser comme des morpions le plaisir de nous voir abattus.
Chaque minute de vie est précieuse, chaque petit plaisir est essentiel.
Et hop, la transition pour arriver à la chaine que m’a envoyée Falconhill :
Un plat que je n’aime pas :
La soupe panade de mon enfance.
Pour qui ignorerait en quoi consiste cette horreur, il s’agit d’un brouet à base de pain rassis. Je revois encore mon assiette emplie de ce liquide marronnasse dans lequel flottaient, telles des méduses (comparaison largement postérieure, en ce temps là je n’avais jamais vu de ces bestioles), de visqueux conglomérats de mie de pain.
A l’époque, les enfants étaient fermement priés de « finir leur assiette » ce qui fait que, le dégoût aux lèvres, la main tremblante et l’œil mouillé, j’ingurgitais lentement cette abomination, jusqu’à la dernière cuillérée, ou presque.
Ceci dit, la panade était (est) un plat de pauvre, mitonné avec du vieux pain quand on n’avait pas encore découvert le gaspillage.
Depuis les temps ont changé, on consomme- on consomme- on consomme- on gaspille- on jette, ce qui nous vaudra peut-être un jour, funeste, de mourir étouffés sous nos propres déchets. A Naples, ce processus est déjà entamé.
Mes 3 aliments favoris :
Du camembert au lait cru bien fait étalé sur une bonne tartine de baguette croustillante.
Une andouillette savamment grillée sur un feu de bois dans un jardin avec des potes.
Le dal (préparation à base de lentilles et d’épices) cher à Gandhiji, dégusté dans une gargote indienne.
Ma recette préférée :
Il fut un temps, aujourd’hui révolu, où je m’appliquais devant les fourneaux. Comme je suis cyclique le goût de cuisiner m’est passé comme il était venu, c’est-à-dire sans crier gare.
Mais je prépare quand même les repas quotidiens (il faut bien que quelqu’un le fasse et mes deux compagnons de vie sont encore moins portés sur la chose que moi), j’ai donc opté pour la simplicité rapide.
Ma recette préférée est actuellement celle des pâtes aux tomates fraîches, mozzarella et basilic. Impossible à rater, frais, parfait pour les soirées chaudes.
Ma boisson de prédilection :
L’acqua minerale frizzante italienne.
Découverte avec émotion lorsque j’avais dix ans sur la terrasse d’un restaurant italien où nous (mon papa, ma maman, ma sœur et moi) déjeunions avec nos compagnons de voyage.
Dans mon assiette il y avait des spaghettis avec une sauce bolognaise et devant moi, ô merveille, dans un petit container en aluminium muni d’un couvercle qui se levait en appuyant sur sa queue, du parmesan râpé, pâle poudre odorante.
Des années plus tard quand je suis venue vivre à Bologne, j’ai pensé « Chouette je pourrais boire de l’eau frizzante tous les jours ! ».
Mais depuis une conscience écologique m’est venue et je ne bois plus d’eau en bouteille.
Bouteilles en plastique (déchets), qui traversent l’Italie dans des camions (pollution).
Un minuscule sacrifice pour une bonne cause !
Le plat que je rêve de réaliser :
Toute seule dans une cuisine, rien !
Par contre j’aime beaucoup participer à la réalisation commune de repas, quand on se retrouve à la cuisine pour préparer des bons petits plats en buvant un verre de vin et en papotant.
Mon meilleur souvenir culinaire :
Un gâteau à la noix de coco et au chocolat que j’ai dégusté à une soirée animée chez des amis la semaine dernière.
Une merveille
Un régal absolu dont j’ai englouti, loin de toute considération diététique, une demi-douzaine de parts.
Voili voilou, comme cette chaîne circule depuis un moment je ne sais pas qui l’a déjà faite, je passe quand même le relais à Eric (dans le Berry on dit un prêté pour un rendu
, à Fauvette et Marie Eve.
Règle du jeu imaginé par Zoridae : « écrivez dans la peau de l’autre sexe » .
Quand nous nous promenons au jardin, moi accroché à son bras, tout le monde nous regarde et je vois l’envie pétiller dans les yeux de mes congénères.
Ils regardent se balancer son cul dont je jurerais qu’il a la fermeté d’une pomme.
Ils salivent en biglant la rondeur de ses nichons.
Sa blondeur les aveugle, sa blancheur les excite.
Mais elle ne les voit pas car je suis son seul souci.
Je l’aime.
Elle a réveillé en moi des désirs que je croyais disparus, avalés par la vieillesse.
Quand elle me lave, ma vieille bite se tend et se gonfle. Elle ignore son raidissement, astique, soulève, frotte, assèche.
Ses gestes sont précis, efficaces, excitants.
Jamais je n’ai eu à mes côtés une créature aussi parfaite. Ma femme, Dieu ait son âme, n’était pas une beauté. Les grossesses et les soucis avaient vite eu raison de sa fraîcheur.
Nous n’avons pas eu la vie facile.
Elle voulait que les enfants étudient et pour cela nous avons multiplié les sacrifices.
Je travaillais le jour, je travaillais la nuit, je travaillais toujours. Je n’étais jamais à la maison.
Elle si.
Résultat quand elle est morte ils ont pleuré comme des veaux et mis fin à leurs visites dominicales.
Nous n’avions rien à nous dire. Ni avec l’ingénieur, ni avec l’avocat et encore moins avec leurs femmes, la godiche et la pimbêche.
On a vécu comme ça pendant quelques années. Je m’en foutais bien qu’ils ne viennent pas me voir, je passais mes matinées dans mon bout de jardin potager et mes soirées au “circolo” à taper le carton avec mes copains.
De temps en temps les petits-enfants venaient me rendre visite, je leur filais un billet et ils repartaient au bout de dix minutes.
Puis j’ai eu mon attaque. Le médecin leur a dit que j’étais incapable de vivre seul. C’est sûr avec un bras et une jambe paralysés ! Il leur a suggéré de me prendre chez eux.
Je n’ai pas assisté à la scène mais j’imagine très bien les regards ennuyés qu’ils ont dû échanger à l’idée de se taper le vieux à la maison.
Alors ils m’ont offert Ludmilla et j’ai arrêté de regretter d’avoir tant bossé pour qu’ils « réussissent dans la vie », comme disait Concetta, Dieu ait son âme.
Ludmilla est mon soleil. Je fais semblant de m’assoupir dans mon fauteuil et les yeux mi-clos je la regarde vaquer aux tâches ménagères.
Nous parlons peu, je veux dire que nous n’avons pas de discussions. Mon élocution est difficile et je crois qu’elle préfère le silence. De toute façon, je n’ai jamais été très causant.
Parfois elle est triste Ludmilla.
Elle pense à sa fille et son mari qui sont restés dans son pays, la Moldavie. Avant de la connaître je ne savais même pas que ça existait, la Moldavie. Il paraît qu’ils ont été communistes.
Je l’aime mais elle ne m’aime pas.
Je le sais.
Pourtant jamais personne ne s’est aussi bien occupé de moi. Même pas ma mère, la pauvre femme avait autre chose à faire que de me torcher les fesses.
Un jour, au jardin, je somnolais sur un banc et Ludmilla parlait avec une autre “badante”, roumaine celle-là.
Je l’ai entendue dire qu’elle voudrait partir ou trouver un autre travail.
Hier l’avocat est venu. Ludmilla lui a demandé de lui rendre son passeport. Là-bas en Moldavie, sa fille est malade. Elle voudrait rentrer chez elle.
Il a pris ses grands airs et il a refusé. Pas question. Elle s’est engagée à travailler pour eux, elle doit rester.
Il parlait fort, d’un ton méprisant.
Evidemment il ne m’a pas demandé mon avis. Comme j’ai du mal à parler tout le monde s’imagine que je suis sourd et gâteux.
Je ne suis ni l’un ni l’autre. Je fais semblant, pour avoir la paix.
Après son départ elle a pleuré.
Ce matin, elle avait encore les yeux rouges. Elle m’a donné mon bain, comme à un bébé, sauf qu’avec un bébé elle aurait souri et eu des gestes tendres.
Ensuite elle a pris le chariot pour aller faire les courses. Avant de partir elle m’a regardé, longuement. J’ai cru qu’elle allait me demander quelque chose. Dans ses yeux couleur d’azur je devinais une requête.
Mais elle a dû penser que ça ne servirait à rien de me parler car elle tourné les talons et s’en est allée.
Alors, le plus vigoureusement que je pouvais, je me suis arrimé à mon déambulateur. Lent comme une limace, gauche et empêtré, je suis allé dans ma chambre.
J’ai ouvert le coffre caché derrière le lit, j’y ai pris son passeport et je l’ai mis dans la poche de ma robe de chambre.
Je suis retourné péniblement à mon fauteuil, chaque pas m’arrachant des douleurs atroces dans les hanches.
Elle est revenue et a commencé à ranger les achats dans la cuisine.
Comme elle ne me regardait pas je l’ai appelée, d’un grognement.
Elle s’est approchée de moi.
J’ai sorti le passeport de ma poche et le lui ai tendu d’une main tremblante.
Et, pour la première fois, elle m’a souri. Puis elle s’est penchée et a doucement posé ses lèvres fraîches sur ma joue.