16 mars 2008 — Au jour le jour
Sous un ciel d’orage de grandes filles tristes tricotent de leurs jambes maigres des démarches de chameaux mécaniques. Vacillant parfois sur leurs talons trop hauts, gênées par les plis et les replis des accumulations de tissus qui composent leurs vêtements, elles défilent, empesées comme des momies sous les regards enthousiastes d’un banc de « people » bijoutées et siliconées.
C’est le défilé de la maison Vuitton.
Vuitton, et ses sempiternels sacs couleurs d’étron.
Vuitton, fleuron de LVMH, fierté de Bernard Arnault, s’est offert les services de celui que la presse (de Télérama à l’Express en passant par Libération) n’hésite pas à qualifier de « génie », un créateur aux allures de lutin virevoltant : Marc Jacobs.
Sur Arte, le documentaire de Loic Prigent nous entraîne à la suite du styliste de Tokyo à New York, de New York à Paris dans un monde que le fameux ménage de français moyens n’a d’autres moyens de découvrir que la télévision.
Devant la mienne j’oscille entre la franche rigolade, l’agacement et finalement la tristesse.
Car je crois qu’il faut aussi en rire de ce ridicule étalage de fanfreluches à prétentions artistiques.
Rire des sacs à pois inspirés par Yayoi Kusama. Il a fallu au créateur une rencontre avec la dame aux cheveux rouges pour avoir l’idée de le créer. Pensez donc, des petits pois, chez Vuitton, quelle audace !
Autour du styliste on se pâme et s’extasie.
Il veut nous dit-on, et de manière obsessionnelle: « abolir les frontières entre le beau et le laid, le riche et le pauvre, le parfait et le tordu. »
Phrase ô combien intéressante !
D’un côté: le beau, le riche, le parfait.
De l’autre: le laid, le pauvre, le tordu.
Et voilà que le riche va voler aux pauvres ses vêtements déchirés et rapiécés.
Marc Jacobs, inspiré, s’extasie devant la beauté d’un trou dans un chandail, il le veut, là devant, en évidence.
Adorant aussi tout ce qui est rapiécé, il crée un sac de bric et de broc, de morceaux de cuir assemblés, de poches extravagantes, une horreur que les artisans des ateliers Vuitton ont un mal de chien à assembler et qui coûtera la bagatelle de 35 000 euros.
Oui mais c’est «un sac d’accumulation, presque cubiste».
Marc Jacobs aurait réussi se défi essentiel pour l’avenir de l’humanité : faire se rejoindre la mode et l’art contemporain.
Et Libération de souligner dans un article « les liens de plus en plus forts que tissent la mode et l’art contemporain. D’autant que les deux marchés ont peu ou prou la même clientèle. »
En illustration du concept on nous montre un autre sac, élaboré en collaboration avec Richard Prince qui en dit « Marc, ça risque d’être un sac très subversif. Les filles dans mon studio l’adorent, mais je suis allé à la boutique Vuitton sur la 57e Rue et je confirme que c’est très subversif ! »
Subversif, un sac à main Vuitton ??!!!
Faut-il en rire ou s’en désoler ?
Il invente aussi des chaussures vertigineuses, aux talons de fer tellement lourds que les gambettes maigrichonnes du mannequin peinent à les soulever.
Qu’importe, on s’amuse tant dans ce milieu de la mode !
Cette grande famille qui prépare le défilé de la nouvelle collection dans la fièvre et sans sommeil.
Mais parfois dans le documentaire affleure la réalité et mon rire définitivement se fige.
Celle de la brodeuse, qui après des heures de travail sur l’empiècement d’une robe voit celui-ci, trempé dans de l’eau de javel pour l’effet grunge, se défaire et partir en morceaux.
Elle ne se plaint pas mais on la sent déçue. Elle a œuvré pour faire quelque chose de beau et il n’en reste que des lambeaux.
Celle des couturières qui ont passé la nuit à pousser l’aiguille et qui n’ont pas eu le temps de soigner leurs doigts piqués et surpiqués.
Celle du mannequin, une gamine aux grands yeux bleus emplis de larmes. Sa peau ne supporte plus les produits de maquillage. Un jour, peut-être épousera-t-elle un président bling bling, mais en attendant la brosse du coiffeur arrache ses cheveux exténués.
En arrière plan, Bernard Arnault se lèche les babines, menée par le « génie » passionné des clichés, la collection enchante la clientèle.
Et Marc Jacobs parle d’ironie.
Ironique le sac Tati retravaillé en cuir ?
Comme si la plupart des clients de Tati ne préfèreraient pas, une fois de temps en temps et si c’était possible, acheter leurs vêtements ailleurs !
Ironique, la maigreur des mannequins, les jambes en allumettes, les côtes saillantes et les clavicules pointues ?
Pour plus de la moitié de la population mondiale le rachitisme est synonyme de faim, pas de dollars ou d’euros.
Ironiques les vêtements déchirés, rajustés, rafistolés ?
Non, tristes.
A l’image de ces grandes filles aux regards vides qui arpentent le podium sous un ciel d’orage, offrant le spectacle glaçant d’une société qui a perdu le sens de la réalité, de la dignité, de l’humanité.

dessin de Nole
9 février 2008 — Au jour le jour

dessin de Nole
J’aime les hommes de pouvoir, disait-elle, mutine, bien avant d’épouser un président.
Poupée à la silhouette juvénile, elle est le symbole d’une époque délétère qui préfère le paraître à l’être.
Née riche, devenue belle, se vantant d’être émancipée, la nouvelle conquête sarkozienne accumule dans sa trajectoire tous les poncifs d’un soap opéra destiné à faire rêver les gueux (abusivement considérés comme stupides) dans les chaumières : une famille qui se réfugie en France par peur des brigades rouges, une fortune considérable, un père qui n’en est pas un, une carrière de top model, des amants prestigieux, des prétentions artistiques, et l’amour d’un homme de pouvoir.
Le pouvoir, dont le sinistre Henry Kissinger dit qu’il est « l’aphrodisiaque suprême ».
Quelle connerie !
Je n’attends pas de l’homme qui est à mes côtés qu’il détienne le pouvoir.
J’aime qu’il soit fort quand je suis faible, et qu’il compte sur ma force pour le soutenir.
J’aime que nous nous tenions par la main pour avancer sur le chemin de la vie.
J’aime qu’il soit tendre et généreux.
J’aime que nous riions des mêmes choses.
J’aime que nous puissions nous partager les tâches quotidiennes.
J’aime que la confiance entre nous soit totale.
J’aime vivre avec lui et partager une infinité de petites choses drôles, tristes ou banales.
Et nous endormir enlacés est la récompense de la journée.
Mais le pouvoir chimérique, « qui corrompt » (Louise Michel), qui tue, qui violente je n’en veux pas.
La droite dure qui nous gouverne aime le pouvoir.
Elle aime les femmes qui aiment les hommes de pouvoir.
L’on dit de Carla S. qu’elle est émancipée, c’est faux.
L’émancipation, c’est l’affranchissement d’une autorité, de servitudes ou de préjugés.
Au contraire, les désirs de cette dame apparaissent calqués sur ceux des hommes. Ils obéissent à leurs fantasmes. Ils flattent leur virilité, concept archaïque qui se définit contre l’existence à part entière des femmes.
Sa liberté est un trompe l’œil. Prisonnière des regards, elle évolue dans une prison dorée dont les barreaux pourraient un jour la broyer.
Car, épouse d’un président, devenue première Dame de France elle a pris le risque de s’exposer à la curiosité d’un peuple.
Dévoiler ses fesses dans des magazines est beaucoup moins dangereux.
Elle partagera les inévitables futurs échecs de son mari, elle en sera parfois tenue responsable, elle sera la cible des moqueries et des critiques.
J’avais au baiser de l’Elysée attribué un indicible parfum de tragédie, je le retrouve dans ce couple clinquant.
La femme fatale et l’homme viril sont deux archétypes d’une société basée sur l’infernale relation dominant-dominé qui nous pourrit la vie depuis des siècles et qui connaît un inquiétant renouveau.
Une tentative de retour aux pires valeurs conservatrices s’est amorcée, soutenue par les pontes religieux, relayée des politiques arrogants et incultes, par des écrivaillons hargneux, par les intérêts du capital qui veut asservir le peuple pour mieux l’exploiter.
Mais le libéralisme se meurt. Nous assistons déjà aux premiers tressautements de son agonie.
Faisons en sorte qu’il emporte avec lui les marionnettes qui nous gouvernent.
« Trois petits tours et puis s’en vont »
Et appliquons nous à construire sur les ruines un monde qui ne soit pas régi par le pouvoir de quelques uns, mais par la volonté concertée de toutes et de tous : une vraie démocratie !
« La possession du pouvoir corrompt inévitablement la raison. »
Emmanuel Kant
“Tout pouvoir est une violence exercée sur les gens.”
Mikhaïl Boulgakov
4 janvier 2008 — Au jour le jour, En Italie

dessin de Nole
A la recherche perpétuelle de ” la sensation physique de bonheur ” qu’il a connue lors de sa première prise de poudre blanche, Vadim héros du « Roman avec cocaïne » de M.Aguéev, se laisse prendre dans les dédales de la dépendance, de la déchéance.
L’illusion de bien être, l’euphorie, la facilité que procure la cocaïne ont fait de cette substance un élément illicite mais très présent dans la société contemporaine.
Et dans des proportions bien supérieures à ce que j’imaginais.
A Milan, 120 000 doses de cocaïne sont consommées chaque jour, et 240 000, durant le weekend.
La consommation est telle que l’eau du Pô en est souillée.
La Rai 3 a diffusé en Décembre un documentaire choc, Cocaina, réalisé par Roberto Burchielli et Mauro Parissone « un défi qui montre des choses qui sont sous les yeux de tous mais que personne ne voit ».
« Nous voulons raconter les macrophénomènes sociaux, les conflits, les thèmes sur lesquels les gens s’interrogent, pour que les Italiens puissent se voir dans un miroir »
Ce miroir, Gasparri, d’Alliance Nationale, ex ministre, n’en voulait pas, qui a tout fait pour tenter d’interdire la diffusion du reportage sur les ondes.
Sale reflet en effet !
Car loin de se cantonner dans les cercles de la frivolité, du luxe, de la mode ou des soirées pour désœuvrés friqués, la cocaïne s’est répandue (comme une trainée poudre) dans toutes les couches de la société italienne, elle est la drogue de tous.
Suivant un policier spécialisé dans les stupéfiants, les réalisateurs nous font peu à peu pénétrer dans des strates successives, de plus en plus sordides, et dont les dernières portent les marques d’un désespoir insoutenable.
De Milan, des rues et des places où la poudre passe de mains en mains pour finir aspirée par les narines désireuses de rompre l’ennui de vies sans passion, aux villages de la région de Brescia, là où à l’aube les journaliers attendent l’arrivée d’un éventuel employeur qui les emportera en camionnette sur un chantier, la caméra suit la trace de la cocaïne.
Mis en confiance par une (probablement) longue préparation, les consommateurs de la poudre qui distille un trompeur et éphémère bien être, racontent, se racontent.
La cocaïne est partout, c’est une véritable invasion.
Le barman en consomme pour pouvoir faire des heures supplémentaires, la caissière parce qu’elle a besoin de travailler le weekend entier pour faire vivre sa famille, l’étudiant pour passer un examen, le maçon pour travailler douze heures d’affilée.
Comme celui que nous suivons, euphorique et plein d’énergie après la prise, qui rit et chantonne, qui travaille obstinément durant des heures et qui à la pause déjeuner se remplit à nouveau les narines avant de se remettre à l’ouvrage.
Deux jours sans dormir avant que n’arrivent la fatigue, la solitude, la lucidité, le désespoir.
La cocaïne est la drogue de la rapidité, elle donne l’illusion de se sentir plus vivant et plus heureux (ou plutôt moins malheureux), elle permet de travailler plus, d’avoir un meilleur rendement.
Elle annihile toute révolte contre le système, toute velléité de fuite.
Elle maintient en esclavage, implacablement.
Aucune rébellion ne naîtra jamais de ceux qui chaque jour consacrent une partie de leurs revenus à l’achat de la substance qui les enchaine encore plus à leur travail, à leurs employeurs.
Voilà donc la nouvelle arme d’asservissement des peuples, encore plus sournoise, encore plus sordide, ourdie par les maffias tacitement alliées aux pouvoirs économiques et politiques (car comment imaginer qu’une telle diffusion soit inconnue des services publics).
Si vous n’avez pas de cocaïne, prenez donc des médicaments, les industries pharmaceutiques s’en lèchent les babines des dépressions, des stress, des insomnies.
« Mon rêve, dit ce jeune journalier appuyé au mur dans l’attente d’un employeur, c’est d’avoir une maison à moi, avec un jardin, une famille, mais je sais que quoi que je fasse, je ne l’aurais jamais, alors autant sniffer… »
Et beaucoup, faute de connaître le bonheur, se contentèrent alors de son succédané, une éphémère sensation physique.
Le capital s’étira d’aise, sa mainmise sur le monde pouvait perdurer.
2 décembre 2007 — Au jour le jour

L’ humanité semble être dans un processus d’auto destruction.
“La « restructuration écologique » ne peut qu’aggraver la crise du système. Il est impossible d’éviter une catastrophe climatique sans rompre radicalement avec les méthodes et la logique économique qui y mènent depuis 150 ans. Si on prolonge la tendance actuelle, le PIB mondial sera multiplié par un facteur 3 ou 4 d’ici à l’an 2050. Or selon le rapport du Conseil sur le climat de l’ONU, les émissions de CO2 devront diminuer de 85% jusqu’à cette date pour limiter le réchauffement climatique à 2°C au maximum. Au-delà de 2°, les conséquences seront irréversibles et non maîtrisables. La décroissance est donc un impératif de survie.” André Gorz
Malgré les mises en garde des plus sages, des plus visionnaires d’entre nous, la prise de conscience des invraisemblables risques auxquels s’expose l’humanité, et auxquels elle condamne tous les êtres vivants de la planète, demeure dramatiquement faible.
Bien que les catastrophes écologiques dues à l’effet de serre se multiplient, devenant de plus en plus violentes et meurtrières, rien n’est fait à l’échelle mondiale pour stopper ce processus. Pire, on continue à abattre des forêts, à construire d’énormes barrages, à polluer l’atmosphère et l’eau, à planter des OGM bien qu’en ignorant les conséquences à long terme et on persiste à fabriquer des centrales nucléaires alors que l’on ne sait pas encore vraiment comment diable on pourra bien se débarrasser des déchets.
Diable ?
Mais que vient donc faire le diable dans cette galère ?
Et bien pour qui croit à dieu et au diable, comme pour qui n’y croit point, il semblerait justement que ces deux larrons, faces d’une même pièce, y jouent un rôle essentiel.
Car une question me turlupine : les religions n’auraient-elles pas une part de responsabilité dans ce processus funèbre d’auto destruction qui parait désormais bien engagé, quasiment inéluctable ?
Démonstration :
La dernière encyclique du pape, fraîchement sortie est intitulée “Spe Salvi” (sauvés par l’espérance).
“Exprimons-le maintenant de manière très simple: l’homme a besoin de Dieu, autrement, il reste privé d’espérance“.
Plus loin son auteur profite de l’occasion pour méchamment fustiger l’athéisme, qui a selon lui conduit à certaines des “plus grandes cruautés et plus grandes violations de la justice” dans le monde.
Ici je rappelle au lecteur que la sainte église n’a pas toujours été et loin s’en faut un modèle de pacifisme. Quelques exemples pris au hasard : la christianisation forcée des peuplades nommées primitives, l’inquisition, les yeux et les oreilles fermées de PieXII qui à Noël 1942, s’est contenté d’exprimer ses “vœux pour ceux qui, pour simple question de race, sont condamnés“… liste non exhaustive.
En conclusion de sa petite bafouille, d’une bonne vingtaine de pages, le benoît explique par quels moyens le catholique de base peut pratiquer la véritable espérance chrétienne : à travers la prière, la souffrance, l’action et dans le fait de considérer le Jugement dernier comme un symbole d’espoir.
Qui dit jugement dernier dit apocalypse, fin du monde. Difficile quand même d’envisager la chose avec allégresse, surtout quand on commence à ce demander si celle-ci n’est pas effectivement au programme des prochaines décennies.
Que nenni, nous dit le pape, tous ne seront pas condamnés aux monstrueuses turpitudes de l’enfer, ceux qui se seront bien comportés seront sauvés (bien se comporter signifiant respecter une longue série de génuflexions et d’interdictions d’une absurdité variable, une des plus saisissantes de bêtise étant: ne pas baiser avec une capote au risque d’attraper le sida ou de le filer à quelqu’un d’autre).
Comme par hasard l’eschatologie, et le concept « d’élu » sont des dadas dont les religions raffolent.
Pour les hébreux ça donne ça : vu par Sophonie (1:14-18)
« Le grand jour de l’Éternel est proche, il est proche, il arrive en toute hâte; Le jour de l’Éternel fait entendre sa voix, et l’homme puissant pousse des cris amers.
Ce jour est un jour de fureur, un jour de détresse et d’angoisse, Un jour de ravage et de destruction, un jour de ténèbres et d’obscurité, un jour de nuées et de brouillards. (…)
Je mettrai les hommes dans la détresse, et ils marcheront comme des aveugles, parce qu’ils ont péché contre l’Éternel; Je répandrai leur sang comme de la poussière, et leur chair comme de l’ordure. »
Mais, selon Maïmonide,
« Les Temps messianiques auront lieu lorsque les Juifs recouvreront leur indépendance et retourneront tous en terre d’Israël »
Le Coran, ne pouvant être en reste, ajoute lui aussi quelques détails à l’affaire :
« Tout ce qui est sur Terre sera appelé à disparaître, la terre ne sera plus la terre, elle sera dégagée de tout ce qui la recouvrait par un tremblement inconcevable, elle sera violemment secouée et étalée sur toute sa longueur. Le Ciel sera enroulé à la façon dont on enroule les registres, il sera fendu et d’un rouge vif telle de la graisse bouillante ou tel du métal fondu. Les montagnes seront réduites en poudre fine, détruites d’un seul coup, dispersé au vent violent, comme de la poussière. La lune s’éclipsera et il y aura fusion entre le soleil et la lune. Le soleil s’obscurcira, les étoiles disparaitront, évanouies en toute vitesse. Les mers s’embraseront, portées à ébullition et se videront. »
Déjà, les prophéties traditionnelles hindoues avaient imaginé la chute du monde dans le chaos et la dégradation.
« Lorsque la fausseté de la tromperie, la léthargie, l’assoupissement, la violence, le découragement, la colère, l’illusion, la peur, et la pauvreté prévaudront (…) lorsque les hommes, remplis de suffisance, se considèreront égaux aux Brahmines (…), alors ce sera le Kali Yuga. » (extrait des Puranas)
Puis, tel Zorro, arrivera un avatar, « Le Seigneur Se manifestera en tant qu’Avatar de Kalki (…) Il établira la droiture sur la terre et les esprits des gens deviendront aussi purs que le cristal. (…) Ceci résultera en ce que le Sat ou Krta Yuga (âge d’or) soit établi. »
Suivant alors mon raisonnement, simpliste mais efficace, j’en viens à me demander si ce n’est pas pour obéir à ces prédictions que nous sommes en train de foncer tête baissée dans le mur.
Certains dirigeants internationaux et non des moindres comme Reagan, qui déclarait en 1982 que l’Amérique, « cette terre bénie a été placée à part, d’une façon particulière, qu’il y a un plan divin qui place ce grand continent entre deux océans pour être découvert par des peuples venus des quatre coins du monde avec une passion particulière pour la foi et la liberté », et les Bush, très croyants, élus grâce au soutien des groupes de pression religieux, ont consciencieusement œuvré dans ce sens et ils ne sont pas les seuls à travers le monde.
Quant au pape ne serait-il pas en train de préparer les ouailles à l’échéance finale ?
Et ne peut-on pas aussi supposer qu’inconsciemment nous sommes tous plus ou moins acquis à l’idée de l’apocalypse, du chaos final ?
Depuis le temps, des siècles et des siècles, qu’on nous rabat les oreilles avec cette funeste prophétie.
Est-ce pour cela que nous sommes si mous, si lents à réagir ?
S’il ne s’agit que de légendes destinées à effrayer le peuple pour mieux le soumettre, qu’attendons-nous pour relever la tête ?
Peut-on penser que l’addiction aux religions eschatologiques soit une des causes de cette maladie mentale dont parle Arthur Koestler dans Janus ?
« Un observateur impartial venu d’une planète plus évoluée, et qui d’un coup d’œil considérerait cette histoire (de l’homo sapiens) de Cro-Magnon à Auschwitz, conclurait sans nul doute que notre espèce est un produit biologique admirable à certains égards, mais dans l’ensemble profondément morbide, et que les conséquences de sa maladie mentale l’emportent de beaucoup sur ses réussites culturelles s’il s’agit d’évaluer ses chances de survie ».
Pour finir, deux messages personnels :
Le premier à Joseph Ratzinger, dit aussi Benoit XVI, pape de son métier pour lui dire qu’en temps qu’athée, je réfute complètement ses accusations car, comme je viens de le démontrer, ce sont au contraire les religions qui sous prétexte d’espérance post mortem conduisent leurs fidèles soit à la destruction de l’humanité soit à l’acceptation silencieuse de celle-ci.
Le deuxième à Nicolas Sarkozy, alias le président de la république française, pour lui signaler que je trouve choquant que la ministre Alliot Marie ait témoigné de “la reconnaissance de la France” envers l’Eglise “pour son rôle historique et sa contribution à la définition d’indispensables repères moraux“. La France, état laïc n’a pas à remercier ou à flatter une religion.
Chacun étant bien entendu libre de ses croyances dans la sphère privée.
Athée et heureuse de l’être

Tableau et détail de Nole
30 novembre 2007 — Au jour le jour, En Italie

” J’ai été discriminé pour beaucoup de choses dans ma vie; pour avoir les cheveux longs, pour être communiste, pour écrire ce qu’il ne fallait pas écrire, pour être « extra communautaire ». Maintenant il m’arrive une nouvelle discrimination : être fumeur “.
Cette phrase, écrite par Miguel Angel Garcia, sociologue argentin exilé en Italie, sur le bandeau de son blog Tabacco, en donne le ton.
Ironique, décalé, subversif, allant à l’encontre de la redoutable “bien-pensance” actuelle qui n’en finit pas d’interdire, de culpabiliser, d’empêcher de jouir de la vie, le blog Tabacco (en italien et en espagnol) explore et détaille les vilains dessous et les incohérences de la campagne prohibitionniste menée contre le tabac.
Il nous apprend par exemple que celle-ci trouve ses racines dans le nazisme.
« Pour les nazis il devait y avoir qu’un seul style de vie, celui préconisé par l’Etat : « Notre corps appartient à la nation, notre corps appartient au führer, nous avons le devoir d’être sain » (Robert Proctor, The nazi war on Cancer, chap. 5).
Ce principe, qui légitimait l’élimination de tous ceux qui n’étaient pas conformes à la norme, fut appliqué avec les conséquences que l’on sait.
Quant à l’usage du tabac, il fut condamné dès 1933 et associé à la judaïcité.
Mais finalement les nazis perdirent la guerre. Celle-ci fut gagnée par « les juifs, les noirs, les fumeurs et les autres persécutés ». (Miguel Angel Garcia)
Ce qui mit provisoirement fin au militantisme anti tabac.
Ce n’était que pour mieux renaitre. Dans les années 50, s’inspirant de la propagande anti tabac crée par les nazis, des américains relancent les attaques. Reprenant entre autres le concept de « tabagisme passif » (Passivrauchen, terme inventé par le médecin nazi Fritz Lickint).
Je sais bien en écrivant ces lignes que les critiques vont fuser. Défendre le tabagisme, quelle horreur ! Il y va de la santé publique ! La fumée incommode ! Et que fait-on de la liberté des non fumeurs ?
Loin de moi l’idée de soutenir l’idée que le tabac est bon pour la santé. Il crée des dommages sanitaires qui, au même titre que l’alcool et la goinfrerie responsables de dégâts cardio-vasculaires, nécessitent des soins payés par l’ensemble des assurés sociaux (et l’intéressé lui-même via ses cotisations il ne faut pas l’oublier). Mais si, comme Miguel, on regarde un peu plus loin que le bout de son nez, si on prend la peine de réfléchir, on ne peut que se poser des questions, dérangeantes, sur ce prohibitionnisme. Car c’est du rapport avec son propre corps dont il est question. Du droit de chacun à disposer de soi-même.
Autant il me semble évident, par respect d’autrui, de ne pas fumer lorsque les effluves de tabac peuvent importuner des non fumeurs, autant interdire systématiquement la consommation de tabac me semble être une mesure excessive, discriminatoire, culpabilisante.
Surtout quand parallèlement rien n’est fait contre la pollution et qu’on met dans nos assiettes des aliments d’origine douteuse.
Les relents fascistes larvés dans cette campagne anti-tabac sont inquiétants, d’autant que les religions, en plein regain d’activité prosélyte, accompagnent le chœur de leurs litanies obscurantistes.
Méfiance, le refrain, en ces temps où la peur et la haine se disputent la vedette, pourrait bien devenir : pas de fumeurs, pas d’homosexuels, pas de malades, pas de pauvres, pas d’étrangers, pas de gitans, pas de vilains petits canards, tout le monde en rang, au boulot et ça saute !
Lorsque l’équilibre est rompu et que le fanatisme l’emporte sur la raison, les libertés individuelles disparaissent et les dictatures s’installent.
Auteur de nombreuses études sur l’immigration (et fin cuisinier comme je l’ai découvert dimanche) Miguel a quitté l’Argentine dans les années 1970, il a vécu au Mexique (à Tijuana) à Rome, et maintenant à côté de Bologne.
Il est aussi spécialiste de l’hypertexte. (voir le site Barrio)
« Le réseau c’est le contraire de la frontière. La frontière contient, sépare, le réseau unit. L’existence de ce réseau universel qu’est internet, représente le rêve de chaque immigré, parce qu’il permet à chacun le degré de clandestinité qu’il souhaite . »
Ecrivain, amoureux du tango, il a publié en 2005 un recueil de nouvelles intitulé « Il maestro di tango ».
« Je me retrouve dans les limbes du migrant, seul et sans appartenance, inadéquat ici et là, à la recherche d’une forme, d’une limite corporelle qui contienne mon identité, et risquant toujours de me rompre en mille morceaux ».

Les illustrations de ce texte sont des œuvres, superbes, de notre amie bourrée de talent: Nole (site en construction nole.biz)