18 août 2008 — En Inde

Ammachi et Manu
En Novembre 2007, sur la proposition de Sunitha, dont ils sont de lointains cousins, de nouveaux habitants sont arrivés.
Il s’agit d’Ammachi (grand-mère) et de ses quatre petits-enfants. Leur histoire est tragique.
La fille d’Ammachi est morte il y a quatre ans, à la naissance de Manu, le plus petit. Officiellement son décès a été attribué à une crise cardiaque mais il s’agirait en fait d’un suicide. A peine était-elle enterrée que son mari a définitivement levé le camp. Il vit à quelques kilomètres de Vellanad, chez sa sœur. Ses enfants ne l’ont jamais revu et il n’a jamais envoyé la moindre roupie pour eux.
Ammachi, qui dans la journée casse la pierre pour en extraire du métal, s’est retrouvée seule avec les quatre petits dans un dénuement quasi-total.
Dans le bus qui nous emmène en promenade, Ammachi chante
Elle a soixante ans. Souvent les larmes brouillent son regard mais elle me serre la main et me fait comprendre que c’est la joie d’être enfin sortie de la misère qui humecte ses yeux.

Suite à un incident, nous nous sommes aperçus que les trois mamans aidaient peu Ammachi à s’occuper de ses petits-enfants, laissant ce soin à Chinchu, la plus âgée des petites filles, une jolie adolescente gracile.
Chinchu
Elle a seize ans et fréquente la dernière année d’école. Ses notes ne sont pas bonnes, mais comment l’en blâmer ?
Sa position au sein du groupe est délicate, ni enfant, ni adulte. Autant il est normal qu’elle aide aux travaux ménagers, autant il est hors de question qu’il lui soit demandé la même participation qu’aux mamans.
Là encore je nourris de sérieux doutes sur la façon dont Sasikala a géré les disputes.
Qui sont d’ailleurs les seuls événements qui l’intéresse et qu’elle nous rapporte fidèlement.
Tant et si bien que je l’ai finalement réduite au silence en lui disant que les disputes, c’est normal et que le groupe doit arriver à les gérer par lui-même.

A notre première rencontre Chinchu s’est montrée plutôt distante, méfiante. Mais depuis le dimanche passé tous ensemble à visiter le zoo et sauter dans les vagues elle est devenue souriante et affectueuse. Elle fait très attention à ses frères et sœurs.
Anju est très jolie, fine, gracieuse, discrète mais souriante et disponible. Elle est en sixième. Ses notes sont moyennes.
Anju
Hier elle m’a montré une photo de sa mère, une belle femme au regard profond. Ammachi a pleuré.

Anju et Chinchu
Le plus fragile des petits d’Ammachi est Achu (à prononcer comme atchoum sans le « m »). Deborah nous l’avait signalé dès notre arrivée, Sasikala pour sa part ayant probablement mieux à faire que de le regarder.

Achu
Il est doux, rêveur, affectueux. A la plage, alors que les autres criaient de joie, lui, il chantait à mi voix les pieds dans l’eau et le regard perdu.

Parfois, comme un chaton perdu, il vient doucement se blottir contre Debora, Fabio ou moi.
Il est au CM2 et ses notes sont bonnes.
Par contre sa santé est mauvaise. Son corps est couvert de champignons (taches claires). Nous l’avons d’abord accompagné à l’hôpital de Vellanad où le médecin a ordonné un traitement.
Pour les mamans et Ammachi, les mycoses de ce genre n’ont aucune importance. Qui n’a pas une tache quelque part ?
Puis, la semaine dernière, Achu est tombé du haut du papayer du jardin, s’est meurtri le bas du dos et n’a rien dit à personne de peur de se faire remonter les bretelles. Surtout qu’Ammachi, restée coincée à l’hôpital avec Manu (le plus petit) pour soigner une bronchite, n’était pas là. Bref deux jours plus tard, à son retour, il a avoué la chute et la douleur. Informé le voisin ayurvédiste autodidacte a proposé, moyennant roupies, de lui faire des massages avec de l’huile.
Sans faire preuve du moindre esprit critique, Sasikala nous a appelés pour nous demander de financer l’opération.
« Hors de question, ai-je répondu, de faire des massages avant d’avoir fait des radios ! Zou, à l’hôpital ».
A l’hôpital de Trivandrum, après une brève auscultation d’Achu, le médecin a déclaré tout net et sans ambages que celui-ci souffrait de malnutrition (primary complex) ce qui rendait son organisme trop faible pour lutter contre les infections diverses et variées. Etant donné qu’il est sous notre aile depuis presque un an, mon sang n’a fait qu’un tour.
En ce qui concerne son dos les radios ont montré une contusion nécessitant du repos « Et, a ajouté le médecin, les massages sont formellement interdits, ils ne pourraient qu’aggraver le mal ».

« Pfuitt ! a dit Sasikala, quand je l’ai informée, d’un ton sec, de l’état de santé d’Achu, ce n’est pas vrai, je contrôle régulièrement, c’est de la faute d’Ammachi qui ne l’oblige pas à manger ».
Reporter la faute sur cette pauvre Ammachi nous semblant d’un manque d’élégance affligeant nous avons organisé une réunion de toutes les protagonistes de l’affaire.
En conclusion tout le monde devra veiller à ce qu’Achu et les autres mangent correctement et surtout les fruits et les légumes qu’ils ont tendance à refuser. Laksmi, l’infirmière de Namaste a été chargée de distribuer des vitamines.
Sasikala, soudainement motivée par la santé des enfants, s’est engagée à fournir chaque semaine des fruits et des légumes.
Manu est le plus jeune petit-fils d’Ammachi.

Manu
Il a cinq ans et fréquente la grande section de maternelle. C’est un adorable bambin, affectueux et joueur qui se réfugie souvent dans les bras de sa grand-mère qui, quoi qu’en dise Sasikala, et malgré son âge, les drames de sa vie et sa dure condition de tailleuse de pierre, s’occupe de ses petits-enfants avec beaucoup d’attention et d’amour.

Achu et Manu
…à suivre…
16 août 2008 — En Inde

Sunitha
En aout 2007 nous avions secouru Sunitha et ses deux petits poussins maigrichons : Vineeth et Vivek.
Son mari purge une peine de douze ans pour homicide et elle vivait, sans ressources, avec ses beaux-parents, très pauvres aux aussi, dans une misérable cabane de palme et de boue séchée, nichée sur un flanc de colline. De plus son beau-frère lui tournait autour de manière insistante.
En un an elle a appris à utiliser une machine à coudre et enseigne la couture à l’atelier de Namaste.
Douce et rêveuse elle s’est facilement adaptée à la vie dans la Casa delle Mamme.
Vivek
Vivek est au CE2, ses notes sont très bonnes. Il est toujours maigrichon mais il est tonique, joyeux et très joueur. Seule ombre au tableau, il souffre d’une infection cutanée et son pied est plein de pustules. La maladie a été complètement sous évaluée tant par Sunitha que par les autres mamans et pire encore par Sasikala, l’employée de Namaste qui gère la maison de façon, il faut bien le dire, de plus en plus désinvolte (même que ça m’agace, la mesure drastique n’est pas loin). Sur le conseil du voisin une huile ayurvédique était de temps en temps appliquée sur les plaies.
Vineeth
Vineeth réussit bien le CM2, il est ouvert, sympathique, souriant et maitrise si bien l’art de la bicyclette qu’il a exprimé le désir de l’utiliser pour aller à l’école.

Une fois tous les deux mois Sunitha va à la prison pour rendre visite à son mari. Ses fils l’accompagnent.
A partir du 18 aout il aura un mois de liberté, ils le passeront tous ensemble chez ses parents, là haut dans la colline. Les petits seront tous les jours accompagnés à l’école et Selvy leur portera leur déjeuner.
Nous disons à Sunitha que, s’il le souhaite, nous pouvons rencontrer son mari. Elle dodeline de la tête en souriant, elle ne sait pas s’il sera d’accord.
Puis en riant nous lui faisons comprendre que peut-être un nouveau bébé sera le fruit de leurs retrouvailles. Elle rosit et se met à rire, les mamans et Ammachi aussi.

…à suivre…
15 août 2008 — En Inde

En aout 2006, lors d’un séjour au siège de Namaste, nous avons décidé de créer la Casa delle Mamme. Notre objectif était de louer une maison dans laquelle nous voulions héberger des mères abandonnées par leurs maris, ou veuves, ainsi que leurs enfants. Tous les frais concernant la maison et les dépenses liées aux enfants (nourriture, école, santé, vêtements) seraient à notre charge, les mères ayant la possibilité de travailler pour d’une part acheter ce dont elles avaient besoin et d’autre part mettre de l’argent de côté pour le futur. Notre aide devant s’arrêter à la fin du parcours scolaire des enfants. Nous avions aussi dans l’idée de garder dans la maison une pièce à notre usage afin de l’utiliser lors de nos séjours au Kerala. Ce qui nous permettait d’avoir un pied à terre.
Financièrement aidés par un petit groupe d’amis (les sponsors) et logistiquement par Namaste nous avons pu ouvrir la Casa delle Mamme en octobre 2006.
Quatre familles se sont installées dans la maison.

Deux ans plus tard voyons un peu où en sont les choses.
D’abord nous avons renoncé au pied à terre. Il nous est rapidement apparu qu’il était stupide de tenir onze mois sur douze une chambre vide pour notre propre agrément alors que tant de femmes et d’enfants vivent misérablement dans des cahuttes malsaines. D’autant que nous pouvons loger au siège de Namaste.

Mekha
Sur les quatre premières mamans deux ont quitté le navire. La première au bout de quelques mois -ce qui fait que nous ne l’avons jamais rencontrée- pour incompatibilité d’humeur avec les autres. Nous avons par contre connu Sushila et sa fille Mekha, l’été dernier. Les prises de bec entre elle et les autres mamans étaient fréquentes, voire même continuelles, et nous avions passé beaucoup de temps à essayer de calmer le jeu. En notre présence tout allait bien et nous avons même vécus de très bons moments tous ensemble, comme par exemple à Happyland.
Hélas, la situation s’est à nouveau dégradée après notre départ et, finalement, Sushila a plié bagages pour retourner seule dans sa maisonnette au toit défoncé. Mekha est restée à notre charge et a été placée dans une Family house. Depuis notre arrivée nous la voyons régulièrement. Elle va bien, même si elle nous semble moins joyeuse que l’année dernière.
Actuellement la maison est occupée par quatre femmes, Selvy, Sindhu, Sunitha, Ammachi et neuf enfants.

Selvy et sa fille Deepty font partie du premier contingent. Elles ont résisté aux disputes féroces qui se sont déroulées dans la maison.
Deepty est un amour de fillette dont le visage grave s’éclaire parfois d’un sourire étincelant. D’une nature indépendante elle est souvent seule ce qui ne l’empêche pas d’être disponible pour jouer avec les autres enfants. Elle a dix ans et ses performances scolaires à l’école (CM2) sont bonnes. Elle aime danser. Pour la fête de S. elle a exécuté en solo une danse traditionnelle du Kerala.
Deepty
Selvy, sa minuscule maman est toujours prête à rire. Elle excelle dans l’art d’imiter ses semblables. Elle fabrique, sans grande énergie, d’énormes paniers en palme.
Selvy
Son mari l’a abandonnée après la naissance de sa fille, depuis elle n’a jamais eu de ses nouvelles.
Sindhu et ses filles sont elles aussi dans la maison depuis le début.
Sunila a 7 ans, elle est au CE1. Ses notes sont plutôt bonnes. Joyeuse mais un peu timorée elle se réfugie souvent dans le sari de sa maman.
Sunila
Sa sœur Surya, qui a neuf ans, est au CM1. Elle est adorable mais son tempérament nettement soupe au lait fait qu’elle passe elle aussi beaucoup de temps agrippée au sari maternel.
Surya
Il faut dire que Sindhu est une mère anxieuse, perpétuellement préoccupée du bien être de sa progéniture, ce n’est certainement pas elle qui les mettrait dans une family house.
Sindhu et ses filles
Auparavant sans emploi elle travaille depuis le début de la Casa delle Mamme à la fabrique de cahier de Namaste. Elle est fiable, intelligente, de toutes les mamans c’est elle qui a le plus étudié, mais présente la même propension à la susceptibilité et la bouderie que Surya ce qui ne facilite pas ses relations avec les autres.

Son mari a disparu de sa vie du jour au lendemain il y a quelques années.

…à suivre…
11 août 2008 — En Inde

Ambiance frénétique au siège de l’association. Une grande fête est en préparation. Elle doit avoir lieu cet après-midi et tous s’activent à sa réussite. Un spectacle exécuté par les enfants des family house est prévu, il sera suivi d’un dîner offert à tous et d’une réception plus intime avec les membres du staff et les amis de l’association.

Autant j’aime les fêtes et je suis contente d’assister à ces préparatifs, autant son objet me laisse perplexe. Il s’agit de célébrer, visiblement en grande pompe, l’anniversaire d’une bienfaitrice italienne, venue sur place pour l’occasion.
S., c’est son nom, nous ne la connaissons pas encore, nous savons seulement qu’elle s’est, depuis quelques mois, entichée de l’association pour laquelle a déjà versé des sommes importantes et fourni un nombre impressionnant de sponsors fortunés.
S. est riche et, semble-t-il, généreuse.
Pour fêter ses cinquante ans elle a alloué une confortable quantité de roupies à l’association avant de se retirer pour une semaine dans un luxueux hôtel de la côte, laissant au staff de Namaste le soin d’organiser les réjouissances.
Elle arrivera cet après-midi, à 4 heures, pour donner le signal de départ des festivités.

Mauvais esprit comme je suis, je ne peux m’empêcher de penser qu’une association caritative n’est pas un comité des fêtes et qu’il y a mieux à faire avec plusieurs milliers de roupies que de célébrer le jour de sa naissance.
D’autant que parmi les invités de la sauterie figurent une collection de curés des environs car, me dit-on, la dame goûte particulièrement la compagnie des ecclésiastiques.
Heureusement les quelques réserves que j’émets trouvent un écho joyeux chez Deborah.
Deborah est une adorable jeune femme, pleine d’enthousiasme, d’humanité et d’humour (sans compter un remarquable savoir faire avec les enfants et un sens aigu de l’organisation) qui travaille comme volontaire au siège de Namaste depuis 4 mois.
Nous ne la connaissions pas non plus avant mais entre elle et nous le courant passe immédiatement.
D’ailleurs, pour participer au spectacle, elle a enseigné la Bella Ciao au groupe des enfants du 5th standard (CM2).

Il semblerait que l’énergie et le volontarisme de S. aient littéralement submergé les membres de Namaste qui n’ont rien pu faire d’autre que d’obéir à ses directives.
Et puis une fête, c’est toujours amusant, ce n’est pas moi qui dirait le contraire.

Néanmoins, me souffle ma conscience gauchiste, quelle superficialité d’afficher ainsi sa fortune ! Les maharadjas d’antan et les occupants anglais ne faisaient pas autrement pour éblouir la plèbe.
Il est rare aussi que tel étalage n’attire point les demandeurs de tous poils et je subodore, méchamment peut-être, que bon nombre des acteurs adultes de la fête a dans l’idée de défendre un petit (ou gros) intérêt personnel.
La matinée se passe à accrocher des guirlandes et répéter la Bella Ciao avec les enfants.

Vers 3 heures les premiers participants arrivent. Ils viennent de Poonthura, une ville désolée, posée au bord de la mer, envahie par les déchets et dont la principale source de revenus est la pêche, l’ingrate qui laisse trop souvent les hommes inoccupés picoler en jouant aux cartes avant de rentrer à la maison complètement bourrés et frapper leurs femmes. La situation est y est tellement difficile que la police a renoncé à pénétrer dans certains quartiers. Namaste est très active dans la ville, de nombreux enfants sont soit placés dans des family house soit sponsorisés dans leurs propres familles.
En ce jour de fête ils sont venus étrenner la fanfare, nouvellement crée et entièrement financée par S.
Qui, soyons honnêtes, a eu une excellente idée, les adolescents qui composent « the band », sont ravis et en quelques semaines ils ont appris à jouer en rythme et avec enthousiasme.

Puis arrivent les enfants des family house et nos petits de la Casa delle Mamme qui doivent exécuter une danse dont nous avons vu hier soir la répétition générale, quand à peine arrivés, nous sommes passés les saluer chez eux.

A quatre heures le public, sur son trente et un, est assis. Les enfants sont déguisés et maquillés. L’énorme gâteau d’anniversaire a déjà commencé à fondre. Les musiciens sont en position devant la grille. Fabio a sa caméra sur l’épaule. Les chanteurs connaissent la Bella Ciao par cœur (ce qui n’est pas si facile quand sa langue maternelle est le malayalam). Les nuages retiennent leur chargement de pluie. Tout le monde est là, sauf la principale intéressée.
L’attente commence…

23 juillet 2008 — En Inde

Il est déjà 14 heures quand la voiture de Prema Vasam vient nous prendre à l’hôtel. Sachant qu’il faudra une heure pour aller chercher Mumtaj et ensuite plus de deux heures pour rejoindre le terrain, l’après-midi sera sans nul doute fatigant !
Il est néanmoins hors de question de renoncer, il ne sera pas dit que nous aurons quitté Chennai sans avoir vu ce fameux « land », objet de tant d’attention.
De plus nous devons nous arrêter à la «house boys » déjà existante.

Et le voyage commence. Nous traversons l’interminable banlieue de Chennai (7 millions d’habitants, une ville tentaculaire), puis la zone industrielle où se sont implantées de nombreuses entreprises étrangères. De la poussière d’une terre plate, désolée, émergent d’énormes usines.
« Avant, dit Mumtaj, alors que nous traversons une zone qui semble sinistrée, arbres morts, herbe desséchée, avant, ici, il y avait des rizières. Les paysans vivaient de leurs cultures, la terre était bonne. Puis Hyundai est arrivé et a rejeté d’énormes quantités l’huile souillée. Toute cette zone est polluée. Les paysans ont dû partir. »

Au fur à mesure que nous nous éloignons la campagne redevient belle, verte, calme.
Il est 17 heures lorsque nous atteignons la maison où vit une trentaine de garçons entre six et seize ans, tous, ou presque, enfants des rues. Mary, une infirmière, assure le rôle de house keeper elle est secondée par deux jeunes filles pour les travaux ménagers et deux animateurs s’occupent des pensionnaires, les aidant à étudier, les éduquant.

L’accueil est enthousiaste. Les garçons se précipitent pour vider la voiture de son chargement. Les gros sacs de riz passent de mains en mains : le ravitaillement est arrivé, et nous en prime !
La maison est petite, tellement petite que lorsqu’il ne pleut pas les enfants étudient et dorment sur la grande terrasse du toit. Ils n’ont qu’une seule salle de bains à disposition. De plus la maison est divisée en plusieurs appartements, dont un situé de telle manière que ses locataires doivent traverser la salle commune des garçons pour se rendre chez eux.
Pour finir le propriétaire est un mauvais coucheur qui prétend augmenter le loyer car la maison abrite trente enfants au lieu des vingt initialement prévus.
Malgré sa petitesse le logement est propre est ordonné (ce qui n’est pas évident quand trente quatre personnes vivent dans 80 m2).

Finalement nous partons tous en procession vers le fameux terrain. En chemin Mary m’explique que tous les jours, en fin d’après-midi, les animateurs accompagnent les enfants au terrain où, pendant près de deux heures, ils jouent ou font du sport. Puis ils retournent à la maison, se lavent, étudient, dînent et étudient encore.
Les garçons plaisantent joyeusement, nous adressent quelques mots en anglais (What’s your name ? Where do you come from ? ») ou gambadent sur la route.
Ni cris, ni disputes.
Il est devant nous. Beau, grand, plat, ceint d’un haut mur. A notre arrivée le gardien émerge cahin caha de sa cahutte pour nous ouvrir le portail.
Les garçons s’égayent avec bonheur dans cet espace qui, de toute évidence, est le leur.
Certains courent, d’autres font du saut en longueur avec le jeune animateur sportif, jouent au badminton ou au cricket.
Et dans le jour finissant nous regardons jouer ces enfants qui n’ont jamais rien eu et pour qui s’ébattre sur ce terrain est une joie sans cesse renouvelée.
Ils n’ont ni Play station ni téléphone portable ni vêtements de marque.
Rien.

Je m’émerveille auprès de Mumtaj de leur calme et de leur enthousiasme. Elle sourit et me répond « They are happy ».
Elle aussi je la sens heureuse, fière d’avoir contribué à tant améliorer l’existence de ces enfants.
Pleine d’espérance aussi, car si la grosse entreprise métallurgique italienne (dont Valeria m’a assuré qu’elle respectait l’environnement et offrait à ses ouvriers de bonnes condition de travail et de sécurité), reprend le projet, une belle et ample maison sera édifiée sur ce terrain. Les garçons auront une salle pour étudier, des dortoirs confortables et Mary pourra ouvrir un dispensaire pour les gens du voisinage.
Nous expliquons à Mumtaj que Selvyn doit absolument et au plus vite se rendre chez un avocat pour établir un contrat de location du terrain à Namaste. Qu’il doit aussi rédiger un projet en bonne et due forme. Que de notre part nous allons écrire à Valeria pour lui dépeindre les conditions de vie des enfants, pour lui raconter leur attachement à ce terrain, leur espoir d’y avoir enfin une maison, où ils pourront vivre en paix.
Comme tout être humain de cette planète, ils y ont droit.
