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Pourquoi Dame Céleste a renversé son thé au jasmin un soir de pleine lune

Alanguie sur de moelleux coussins, Dame Céleste, rêveuse, contemplait la lune.
Elle brillait, blanche et pleine, dans la profondeur marine de la nuit.
Dans le serein silence des êtres endormis un rossignol au loin égrenait quelques notes.

Elle soupira doucement en portant à ses lèvres la tasse de thé au jasmin brulant que le jeune Feng lui avait apporté avant d’éteindre les lumières et de rejoindre sa couche dans l’appentis du jardin.
Humant la douce fragrance du jasmin mêlée à l’âcreté du thé noir elle se demanda quel l’âge avait désormais le jeune Feng. Elle se souvint de son arrivée à la demeure quelques années auparavant, accompagné par son père, un ivrogne grossier et brutal. Il était bien petit alors, et maigre comme un oisillon. Qui aurait pu deviner que de ce petit être insignifiant jaillirait, mince et souple, gracieux comme la tige de lotus, ce bel adolescent à la peau dorée ?
Cet éphèbe aux traits fins que Xinyu, la fille de Dame Hong, la voisine au grand ventre, regardait à la dérobée quand Dame Céleste le priait de faire des emplettes au village ?

Elle caressa avec amour la transparente porcelaine de la tasse, un chef d’œuvre de délicatesse dont elle était très fière, puis souffla sur le thé et regarda se plisser sa surface. « Comme ma peau, pensa-t-elle, que le temps a flétri ».
Elle n’en tirait néanmoins nulle amertume. De plaisirs et de joies, elle n’avait point manqué. Les hommes autour d’elle s’étaient empressés et avaient, dans ses moites profondeurs, déposés maints hommages.
Puis, quand la courbe de ses seins s’était faite moins ferme et que quelques fils blancs étaient venus teinter la toison de jais délicatement taillée qui ornait sa vulve parfumée, elle avait accepté la proposition de Maitre Chang et était venue habiter cette coquette demeure villageoise, en compagnie du petit Feng et de la vieille Xiao qui veillait à la cuisine.
Chaque après-midi Maitre Chang l’honorait de sa visite. N’aimant guère l’imprévu et étant de nature extrêmement précise, il franchissait la porte de Dame Céleste lorsque deux heures sonnaient à la pendule de porcelaine.
Ils se rendaient alors dans la chambre pour se livrer aux plaisirs de la chair.

Dame Céleste laissa un soupir un peu las échapper de ses lèvres pleines. S’il était vrai que Maitre Chang la comblait de ses bontés, il était aussi vrai qu’il ne brillait guère par sa fantaisie et les étreintes quotidiennes obéissaient à un immuable rituel dont Dame Céleste aurait bien, de temps à autre, aimé dévier le cours.

Bien que la nature l’ait correctement pourvu, il manquait à ce bon maitre Chang, le grain de sauvagerie qui fait que les corps s’unissent dans l’incandescence.
Bon époux et père attentif (du moins à ce que Dame Céleste en savait), juge renommé, politicien avisé, mais amant sans saveur, tel était le seul homme auquel désormais Dame Céleste, ex reine des folles nuits de Shanghai, se consacrait.

Elle posa la tasse de thé brulant sur la table de laque rouge et or et glissa une main sous la soie de son kimono. Elle caressa rêveusement la pointe de son sein qui durcit au contact de ses doigts agiles. Puis elle dénoua sa ceinture et offrit à la douceur du soir son ventre légèrement bombé et ses cuisses claires.

C’est alors qu’un bruit de pas lui parvint du jardin. Par la porte ouverte elle vit, éclairé par la lune, le jeune Feng qui se dirigeait vers le bassin.

Arrivé à la margelle, il fit glisser son pantalon le long de ses reins cambrés et s’assit sur le rebord, les pieds dans l’eau. Il tournait le dos à Dame Céleste, qui fascinée ne pouvait détacher son regard de ce corps nu qui s’offrait à son regard. Elle suivit des yeux la courbe du dos, dont elle apprécia la fine musculature, puis le ceux des reins et la naissance du sombre sillon.

Le garçon se leva pour descendre dans l’eau et Dame Céleste, le souffle coupé, découvrit la rondeur des fesses.
Prenant l’eau dans ses mains, il s’aspergeait pour rafraichir son corps. La chaleur était forte et Dame Céleste imaginait fort bien le plaisir ressenti.
« Comme j’aimerais qu’il se tourne, pensa-t-elle, il y a si longtemps que pareil spectacle ne m’a été offert, au vu de ses fesses rondes, son dard, c’est sûr, aura fière allure. »

Mais, tandis que les pensées les plus audacieuses venaient à l’esprit de Dame Céleste, le garçon, impassible, la tête levée vers la lune continuait ses ablutions.

A la fin, n’y tenant plus elle décida de provoquer le destin. « Ce garçon, somme toute, est à mon service, d’ici peu, il voudra prendre femme et me quitter. Vais-je le laisser partir seul sur le chemin de l’amour sans rien n’en savoir ? Ne faudrait-il pas mieux qu’initié par mes soins, il sache user au mieux ce corps superbe que la nature, dans sa mansuétude, lui a accordé ? Mais comment faire ? Je ne peux me joindre à lui, ce serait l’effrayer, pas non plus le héler, il se vêtirait et redeviendrait mon servant. Or, c’est l’homme que je veux. »

Tout en réfléchissant et en regardant le garçon, elle écarta doucement les cuisses et glissa dans sa fente humide un doigt agile, mais son désir du garçon ne faisait que croître. Et même l’habituel va et vient de son doigt ne parvint à calmer le feu qui couvait en elle. Agacée, elle se releva brusquement, son bras heurta la table basse qui bascula sous le coup et se renversa, entrainant dans sa chute la précieuse tasse de thé dont le contenu s’étala sur le kimono de Dame Céleste.

Au bruit le jeune Feng se retourna, et vit, baigné de lune, le corps à demi nu de Dame Céleste, ses longs cheveux défaits, ses lèvres palpitantes, quand leurs regards se croisèrent il ne sut rien faire d’autre que de marcher vers elle et au fil de ses pas son dard se faisait dur comme le bambou fraîchement coupé.
Il en avait aussi la saveur se dit Dame Céleste en l’accueillant entre ses lèvres douces, en le suçant, le léchant du bout de la langue, pendant que d’une main délicate elle effleurait ses bourses pleines.
Quand sa bouche fut repue elle s’allongea sur le coussin et guida celle du garçon vers sa fente odorante. Il y plongea avec ardeur une langue avide, suçant, léchant, buvant les sucs parfumés. Et dame Céleste, renversée sur les coussins gémissait de bonheur.
Elle le força enfin à abandonner sa tâche pour en initier une autre, et écartant d’une main l’entrée de sa grotte, elle guida de l’autre l’objet de sa convoitise, l’enfonçant elle-même au cœur de son ventre.
Le garçon s’emballa et le rythme effréné de ses hanches fit craindre à Dame Céleste qu’une issue trop rapide ne vint conclure l’étreinte.
« Tout doux, tout doux, mon bel éphèbe chuchota-t-elle à l’oreille du garçon » qui calma son élan. Et dans doux et mouvement de ses reins elle imprima à la danse une suave lenteur.

Ils ondulaient sous la lune, enlacés comme serpents.
Puis la sève montant dans le dard novice du garçon brûlant le creux de ses reins, il ne put plus longtemps en retenir le jaillissement et lâcha dans un râle de plaisir sa semence blanche dans l’accueillant repli.
De longs spasmes de bonheur les parcoururent.
Ils demeurèrent immobiles, la tête juvénile enfouie dans les cheveux de la Dame.
Puis il roula sur le côté et ils restèrent allongés sur le dos, les yeux clos, encore étourdis par la force de leur jouissance.
Mais Dame Céleste, n’était point encore rassasiée de ce corps vigoureux et connaissant la fougue et l’ardeur de la jeunesse elle ne tarda pas à reprendre ses caresses.
Effleurant du bout de ses doigts délicats le ventre dur et lisse, les cuisses musclées, le dard soyeux elle ne tarda pas à remettre en usage le membre convoité qui se dressa bientôt dans toute sa splendeur.

Tournant le dos au garçon, elle se souleva sur les genoux pour lui résenter le galbe encore parfait de ses fesses, l’anneau serré de son anus, la délicatesse de ses lèvres intimes. Il regardait émerveillé ses trésors jusqu’alors inconnus. Elle lui enjoint d’en faire à nouveau la conquête, du doigt, de la langue, de son dard velouté.
Et tandis que la lune blanche montait dans l’opalescence marine de la nuit, que le rossignol ravissait au silence sa profondeur nocturne, parmi les fragrances des plantes qui pénétraient la pièce, les amants à nouveau connurent à nouveau l’extase.

Ils s’endormirent l’un dans l’autre.

Les prémices de l’aube tirèrent Dame Céleste du sommeil.
A ces côté Feng dormait profondément, son dard, comme un petit animal au repos, niché au creux d’une cuisse. Elle posa sur lui sa bouche gourmande et il fallut bien peu pour qu’il retrouve sa vigueur.
Enfourchant le garçon, elle s’empala sur sa queue frémissante et imprima bientôt à leurs corps une nouvelle cadence.
Et de nouveau la semence jaillit et ils connurent la fulgurance de la jouissance.

Mais quand de la cuisine parvint les premiers bruits que faisait la vieille Xiao en préparant le thé matinal, le jeune homme se leva, il ramassa en silence la tasse de porcelaine, et se faufila dans le jardin pour y reprendre ses vêtements, abandonnés au bord du bassin.

Nul mot de fut échangé, qu’auraient-ils bien pu se dire après un tel éblouissement ?

Et la journée suivit son cours.
Feng accomplissant les tâches habituelles, Dame Céleste, encore béate de la nuit passée, se reposant sur sa couche.

A deux heures Maitre Chang, précis comme la pendule de porcelaine, pénétra chez Dame Céleste.
Il la rejoignit dans la chambre et commença le rite habituel. Mais ce n’est point lui que Dame Céleste voyait derrière ses paupières closes et son ardeur à l’amour s’en trouva décuplée. Elle se fit chatte et tigresse débordant de toutes parts Maitre Chang qui sentit une nouvelle jeunesse parcourir son échine.

« Mon bon, lui dit-elle, alors que vidé et heureux il reposait près d’elle, je crois qu’il nous faut marier le jeune Feng. C’est un brave et bon garçon, qui m’a rendu de loyaux services et j’en suis fort satisfaite. Mais n’est-ce point inconvenant de garder sous mon toit un tel étalon ? De mauvaises langues pourraient enjaser. Il n’est plus un enfant et je lis dans son regard une flamme nouvelle
- Ma chère, que me dîtes-vous, le garçon se serait–il mal comporté à vos endroit ?
- Que non, mon bon, il fait au contraire preuve d’un grand respect, mais j’ai de l’affection pour lui. Pourquoi ne pas le marier avec la jeune Xinyu, elle est fraîche et belle comme un bouton de rose et c’est un bon parti pour un jeune homme pauvre. Je suis sûre que vous pourriez sans peine convaincre sa mère d’accepter cette union, qui apporterait à sa demeure un jeune homme fort et honnête.
- Dame Céleste, vous m’avez convaincu, répondit le magistrat, tout occupé qu’il était à humer sur ses doigts le parfum secret de la belle, je m’en occupe dès ce soir. »

Quand la lune à nouveau se leva, Dame Céleste, alanguie et rêveuse sur de moelleux coussins, la contempla.

Et quand, plus tard, le jeune Feng vint baigner son corps dans l’eau fraîche du bassin, elle déroula lentement le volet de bambou, et, seule et sage, dégusta son thé noir au jasmin.

Publié la première fois paryoni-signature.png le 13 novembre 2006