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Lettre à Paul

Argenton le 20 mai 1915

Mon amour,

Ce matin, et j’en tremble encore de joie, le facteur m’a apporté ta dernière lettre. Il lui a fallu 45 jours pour arriver jusqu’à moi, mais quand j’ai déchiré l’enveloppe, il m’a semblé sentir ton odeur.
Comme j’ai été heureuse de te lire !
J’ai tellement lu et relu ta lettre que désormais je la sais par cœur, je pourrais te la réciter quand tu reviendras.
Car tu reviendras mon amour, tu me l’as promis, et nous avions juré de toujours tenir nos promesses.
Tu me manques, au-delà des mots, au-delà des phrases, au-delà tout. Parfois ton souvenir est si fort, si dru, qu’il me fige sur place, que je ne peux plus ni marcher, ni écrire, ni aider Marie à la boutique, et je reste hébétée, vide, amputée de toi.

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Le soir, le sommeil tarde à venir, seule dans ce grand lit, notre lit, qui porte encore la trace de nos ébats et de nos rires, je revis les merveilleux moments passés entre tes bras, et, au matin, lorsque je me réveille, je te cherche en vain à mes côtés.
Je déteste cette guerre absurde et imbécile qui me prive de toi. Qu’avons-nous donc fait pour mériter d’être ainsi séparés ?
Tout cela n’a aucun sens.
Est-ce à cause des premières chaleurs, de ce printemps qui fait que les fleurs embaument et que l’herbe tendre invite à l’amour, que le désir de toi me taraude ainsi ?
Quand je clos les yeux, je te vois, nu, allongé près de moi sur les draps brodés. J’imagine tes fesses rondes et fermes et ma main vagabonde qui caresse l’intérieur de tes cuisses, tu sais, là où la peau est si douce. Puis j’enserre entre mes lèvres ton pénis que l’amour a durci. Je le lèche, le mordille doucement, en recouvrant mes dents avec mes lèvres pour ne pas te faire mal, comme tu me l’as enseigné.
Tu m’as tout appris de l’amour. Quand je pense qu’avant notre nuit de noces j’avais peur ! J’étais bien ignorante alors, une oie blanche !
Et puis tu m’as caressée, dorlotée, pénétrée et c’était si bon, si fort, si éblouissant que j’ai pensé que jamais ne voudrais être séparée de toi, ne fut-ce qu’une nuit, car ce plaisir que nous nous apportions était un miracle et que nous devions nous battre pour le vivre encore et toujours.

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Mais la guerre t’a emporté, si loin de moi, dans des contrées que je n’arrive même pas à imaginer, et où tu côtoies la violence et la mort.
Mon amour, il faut que je te dise quelque chose, je ne sais pas si c’est bien ou mal, et tu es le seul à qui je puisse en parler.
La nuit, lorsque le désir de ton corps est si fort que mon ventre en devient douloureux, je laisse mes mains parcourir mes seins, mes doigts s’enfoncer dans mon ventre, ô, bien sûr, ils n’ont pas la vigueur de ton sexe, mais il m’arrive de jouir en imaginant que c’est toi qui me caresses.
Ma mère disait qu’il ne fallait jamais se toucher dans ces endroits là, que c’était pêcher de se caresser soi même, mais tu n’es pas comme elle, tu as étudié, tu sais beaucoup de choses qu’elle ne sait pas et je pense que tu me comprendras.
Si tu étais avec moi, je ne le ferais pas, c’est ton absence qui m’est si douloureusement insupportable.

Mon Paul, mon amour, mon beau mari que le destin m’a donné et si vite repris, reviens moi vite, sans toi je suis une ombre, une coquille vide, une enfant abandonnée.
J’ai peur pour toi, si peur, sois très vigilant, ne te mets pas inutilement en danger, si tu ne revenais pas, j’en mourrais.

Je t’embrasse, de tout mon cœur qui ne bat que pour toi, de toute mon âme, de chaque parcelle de mon corps qui sans toi s’étiole et se meurt.

Je t’attends.

Céleste

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Photos: Musée de l’érotisme - Paris

Publié pour la première fois le 4 Mars 2007

2 commentaires

  1. cette lettre est tres belle je n aurai pas reussi a si bien decrire toutes ces choses ressenties

    sn, 22 octobre 2008
  2. merci sn :-)

    yoni, 26 octobre 2008

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