A bas la réforme Haby !

Printemps 1975

medium_claudine-1976-02Un ministre dont je ne connais que le nom a préparé une réforme et nous, les lycéens, n’en voulons pas.
Depuis deux jours, la fièvre agite le lycée Pierre et Marie Curie de Châteauroux, on palabre dans les couloirs, on rédige des tracts et on néglige les cours. Je ne sais pas grand chose sur la future loi mais je ne vais certes pas laisser filer une si belle occasion de m’amuser.

L’année précédente, j’ai réussi le double exploit de rater le bac et de me faire virer de l’internat et cette année, victoire inestimable, je suis arrivée à échapper à la détestable section C, celle des matheux physiciens, pour échouer en D, axée sur la biologie. Non pas que la biologie me passionne mais je ne suis pas arrivée à obtenir mieux de l’intraitable rigidité de mes parents.
L’internat ayant enfin très clairement signifié que je n’étais plus la bienvenue dans les dortoirs, j’occupe une chambre en ville et bien que ma mère lui ait longuement recommandé de veiller à ce que je ne sorte jamais le soir et peu l’après-midi, la famille qui m’héberge moyennant finances se fiche éperdument de mes allées et venues. Je jouis donc d’une liberté nouvelle, délicieuse, qui me permet, entre autres, de sortir le vendredi soir  avec Bruno, mon amoureux, quand il revient de Tours où il étudie la médecine.

Aujourd’hui, sous le soleil castelroussin, a lieu la manifestation; pour moi, c’est la première . J’hurle à plein poumons « A bas la réforme Haby ! ». Je parcours la manif en long en large et en travers, entrainant ma copine Nicole dans mon remuant sillage. Je veux tout voir, être partout, me gorger de cette liesse militante dont je découvre, ravie, la joyeuse ferveur.

Les lycéens de la ville se sont mobilisés en nombre et nous battons vigoureusement le pavé sous les regards agacés des commerçants, dont certains, prudents, ont abaissé les rideaux de fer des boutiques.

Soudain, dans la dernière ligne droite, alors que le long cortège s’engage dans la rue Pierre et Marie Curie et que point la fin de la fête, j’aperçois enfin celui que, sans me l’avouer, j’ai cherché tout l’après-midi.
C’est un garçon du lycée, un peu plus jeune que moi, je ne lui ai jamais parlé mais à chaque fois que je le rencontre mon cœur sursaute dans ma poitrine et mon ventre se chiffonne. On l’appelle Charlie, un surnom dont j’ignore l’origine.
Hier, à l’A.G. qui s’est tenue à la bourse du travail il a souvent pris la parole en tant que membre des J.C., les fameuses jeunesses communistes, à mes yeux naïfs auréolées de prestige, symboles d’un engagement politique dont je suis fort loin mais que je trouve admirable chez les autres. Il a parlé avec fougue, passion, proposé un vote à main levée et sa motion a été choisie avec enthousiasme.
Pas un héros révolutionnaire, mais presque !

Il est dans la première ligne de la manif, celle des durs qui défilent bras dessus bras dessous. Du côté droit il est accroché à un échalas de terminale C, mais, de l’autre, il n’y a personne. Mon sang ne fait qu’un tour, attrapant la main de Nicole, je me précipite à sa gauche et hop, mue par une folle audace, je le prends par le bras.
Occupé à crier à crier des slogans, il ne se retourne pas.
Nous avançons côte à côte, je regarde à la dérobée son nez busqué, son sourire éclatant. J’ai le cœur qui chavire et les jambes en coton. Je voudrais qu’il se tourne vers moi et qu’il me parle.
Mais rien ne se passe et le lycée se rapproche.
Alors, imperceptiblement, je laisse glisser ma main vers la sienne, enfouie dans la poche de son blouson. Je pose mes doigts sur son poignet. Sa peau est douce est chaude.
Mais j’ai beau répéter dans ma tête exaltée « Pourvu qu’il me regarde, pourvu qu’il me regarde » lui, impassible et droit dans son jean, continue à crier « A bas la réforme Haby ! A bas la réforme Haby ! ».

Un an plus tard, la réforme Haby passée au nez et à la barbe des lycéens, j’ai retrouvé Charlie et nous nous sommes beaucoup et brièvement aimés.
« Tu sais, m’a-t-il un jour raconté, pendant la manif contre la réforme Haby, il y avait une fille à côté de moi, elle me tenait par le bras et puis après sa main était tout près de la mienne, j’ai pensé qu’elle le faisait exprès…
– Et alors ?
– Alors, rien. Je n’ai pas osé me retourner. Je me suis toujours demandé qui c’était. »

Je n’ai rien dit et il ne l’a jamais su.

Et vous, qui passez  par ces pages, vous souvenez-vous de votre première manif ?

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46 réflexions sur « A bas la réforme Haby ! »

  1. Très jolie histoire que l’on pourrait appeler « Les manifestations du coeur ».

    Souvent, c’est là que les barrières sautent. Une barricade est le dessous du volcan.

    Première manif ? A l’intérieur de mon lycée, en distribuant des paquets de cigarettes au chocolat (achetées avec l’argent du journal dont j’étais le « rédacteur en chef ») afin que presque tous les élèves aient le clope au bec, au grand dam du surveillant général !

  2. @Bonjour Dominique

    Excellent le coup des cigarettes en chocolat!
    Et tu étais « rédacteur en chef » du journal du lycée, déjà porté sur l’écriture! Le talent ne naît pas en un jour 🙂

  3. souvenir souvenir…la réforme haby….j’ai encore une coupure de journal où l’on me voit avec un bandeau sur le front, dans la manif…
    sinon ma première manif fut domestique ;))

  4. La premiére?
    Je ne sais plus trop…
    J’ai toujours été « élément incontrolé  » de fin de manif 🙂
    Premier coup sur le pif? Republique; manif pour les femmes …mais je ne sais plus quoi…71,72,73? Il faisait beau…sur le coup ça brule, après j’ai appris a voir d’ou venait le vent,a comprendre le quartier et écouter…comme ce 29 à St Naz. Je suis prêt pour la suite 🙂 De toute façon il n’y a que le désordre qui puisse faire bouger les choses…J’aurais aimé que l’on ne puisse pas ne retenir que deux villes ou il y eut de bien minimes incidents. Que toutes les manifs se soient terminées par des « échauffourées  » avec « les forces de l’ordre »
    Les forces de l’ordre…c’est bien le nom que les journaux nous gavent toute l’année….Les forces de l’ordre…j’aime le désordre…ça peut pas le faire 🙂

  5. @Dom

    Moi aussi j’aime le désordre, créatif…
    Si on ne détruit pas on ne peut pas reconstruire…un truc cyclique en somme.

    « forces de l’ordre »
    bien vu 🙂

    « Ne pouvant fortifier la justice on a justifié la force »
    Pascal.

    par contre ton com a filé direct chez les « à approuver » et je ne sais pas pourquoi…mystère

  6. C’est drôle, je me souviens bien de la réforme Haby, mais j’ai manifesté plus tard, contre Savary, quand j’étais étudiante. Pas d’émois du coeur aussi jolis en même temps, je le déplore… 🙂 (et que cette photo est belle et douce, Céleste)

  7. @coucou belle Traou 🙂

    La réforme Haby, tu devais être toute petite, elle est finalement passée en 1976.

    Par contre moi au moment de la réforme Savary (83-84 je pense), j’avais d’autres soucis, c’est à dire deux enfants petits, l’un né en 79, l’autre en 80.

    Merci pour la photo, c’est une de mes préférées de cette époque.

  8. J’adore cette histoire de main dans la poche. Cet âge délicieux où regarder une fille dans les yeux constitue un péril bien plus conséquent qu’une charge de crs 🙂

    Et puisque tu poses la question, je confesse ici le rouge au front, qu’il y a deux choses que je n’ai jamais faites dans ma vie : fumer une clope et défiler dans une manif.

  9. @bonsoir Le Gabian

    Tu n’as jamais fumé! Chapeau 🙂

    et oui, l’élu de mon cœur n’a pas osé me regarder, alors qu’il était capable de prendre la parole à l’AG et de parader devant les CRS et moi ce jour là je n’ai pas osé lui parler alors que j’avais les doigts tout près de sa main…

    c’était bien comme ça 🙂

  10. Joli récit de jeunesse, plein de volubilité féminine et de grâce, qui redit bien la rencontre entre ces jeunes déesses joueuses et ces héros timides, qui font la belle jeunesse des lycées (encore aujourd’hui, bien que les dirigeants et les médias n’aient de cesse de nous la montrer exclusivement sous d’autres aspects.)
    Quelle belle photo, quel charme !
    un ange, en sa secrète métamorphose en femme…

  11. Haby également pour moi. J’avais 10 ans, j’étais en sixième et il y a eu ma première AG au collège. Les grands de troisième qui nous parlaient, l’émotion d’entendre que l’on pouvait, même enfant, exprimer ses envies et ses besoins, ses reproches et ses plaintes. L’année d’avant, il y avait eu le putsch de Pinochet, les images de la Moneda en flammes et les concerts des Quilapayun avec mon grand frère.
    Pour Savary, j’avais basculé de l’héroisme de l’enfance à la cécité aux autres que provoque parfois le malaise adolescent.
    et puis il y a eu 81 et les fêtes de l’Huma, les concerts d’SOS Racisme et les grands manifs de soutien à tout.

  12. Toujours une pensée, après la mort de Malik OUSSEKINE étudiant tué par les « pelotons voltigeurs motocyclistes », et les importantes manifestations etudiantes contre Alain DEVAQUET qui présenta sa démission au gouvernement en 1986.

  13. En commentaire à ton commentaire chez moi, oui, je suis occupé. Très occupé. Et de plus en plus libre dans ma tête. Et de plus en plus heureux. Car entendre dire à la tribune d’un parti politique « guerre au libéralisme, guerre au capitalisme », il y a bien longtemps que ça ne m’était pas arrivé. J’ai donc baigné en plein rêve ce week-end, mais en un rêve joyeux et fraternel dont la réalisation se précise d’heure en heure. Car voici que les chercheurs s’y mettent à leur tour. Pauvre Sarko !
    Si Mélenchon et Besancenot s’entendent pour les européennes, attendons-nous à une première victoire, suivie d’un bel été.

  14. @merci Kelcun 🙂

    J’étais un ange rebelle, toujours en révolte contre l’autorité, surtout si celle-ci me semblait injuste.

    « qui font la belle jeunesse des lycées (encore aujourd’hui, bien que les dirigeants et les médias n’aient de cesse de nous la montrer exclusivement sous d’autres aspects.) »
    Absolument, je travaille dans différents lycées et je ne trouve pas qu’au fond les jeunes soient différents des générations précédentes.
    C’est autour d’eux que le monde a changé, ils subissent des pressions beaucoup plus fortes aujourd’hui.
    les parents sont plus angoissés, les perspectives de futur plus sombres, ils sont aussi sans cesse sollicités pour consommer…cibles de la publicité, du marketing.

    Mais ils s’embrassent toujours dans les recoins et les filles rient devant les garçons qui rougissent en n’osant pas.
    Ils rêvent de liberté, de solidarité, ils sont généreux, joyeux.
    Souvent je m’amuse beaucoup avec eux en classe.

    @Coucou ma Sardine préférée

    moi aussi j’ai vu Quilapayun, à la MJC de Chateauroux, c’était vachement bien les MJC.
    Il y en a encore ou elles ont disparu?
    en posant la question je me dis qu’elles ont certainement disparu…faire des trucs pour les jeunes, ce n’est plus vraiment d’actualité.
    Le putsch de Pinochet, pour moi, la première prise de conscience politique, d’un seul coup j’ai compris que le monde ne tournait pas si rond que ça et que les tyrans existaient encore.
    Savary, trop tard pour les manifs pour moi, je pouponnais.

    en enfin la fête de l’huma, en car depuis chateauroux…inoubliable.
    surtout les petits restos ethniques, la musique, la librairie géante où j’avais acheté des poèmes de Neruda et de Garcia Lorca, les concerts…
    que c’était bien 🙂

    @Mohamed
    oh oui, la mort de Malik Oussekine, quel choc, quelle horreur!
    ces saloperies de “pelotons voltigeurs motocyclistes”!
    et tu fais bien de le rappeler, le recul de Devaquet, sa démission
    Comme quoi on peut avoir des résultats quand on est déterminé à lutter!
    ne jamais l’oublier 🙂

    @michel
    un com enthousiaste, tant mieux!

    @merci Yelrah 🙂

    Je l’avais déja mise, mais j’ai très peu de photos de cette époque, longtemps avant les appareils numériques, on se photographiait peu (pellicule, développement) et puis aussi quand j’étais au lycée je n’avais pas un rond.
    le montant de l’argent de poche hebdomadaire dépendait des notes….et comme je ne faisais absolument rien, de scolaire j’entends car à côté de ça, j’étais très active, mes notes étaient nulles donc pas d’argent de poche!

  15. Ah la réforme Haby.

    Pour la première fois (et pas la dernière) j’allais voir comment une promesse de mieux cachait une réalité de pire.

    Avant lui, j’avais en 6° des classes de 30 élèves. Six cours, dont trois dédoublés. Vous avez bien lu : trois cours avec 15 élèves seulement. Imaginez les possibilités que ça donnait en matière d’expression personnelle et de soutien aux élèves en difficulté.

    Avec lui : plus de dédoublement. Mais pas plus de 24 élèves, mon bon monsieur : c’est-y pas beau ?

    Ouais. Mes anciens collègues ont maintenant cinq cours, zéros dédoublés. Et 32 élèves par classe.

  16. Et après, tu voudrais que l’on prenne au sérieux les manifs et la connaissance des manifestants sur ce qu’ils dénoncent ???

  17. @Annie

    Qu’est ce qu’une manifestation, sinon l’expression populaire d’une recherche de plus de bonheur?
    De l’amélioration de ses conditions de vie?

    Il faut être bien triste ou n’avoir jamais participé à une manifestation pour ignorer le côté festif, joyeux, convivial.

    Sinon, comme l’écrit justement @Yelrah, c’est le bazooka!

    Les manifestants du 29, que je soutiens, ne connaissaient surement pas tous les détails du plan de relance gouvernemental, mais par contre ils constatent jour après jour que le pouvoir d’achat diminue, que les riches s’engraissent et les méprisent, que la qualité des services publics se réduit, que l’école sombre, que le système de justice est attaqué, que leur libertés sont réduites, que ceux parmi eux qui souffrent d’un handicap sont délaissés…etc

    Je suis favorable à la révolution joyeuse 🙂

    Le rire, c’est bien connu, est insupportable aux régimes autoritaires.

  18. Si je ne défilais que pour ma petite personne je ne défilerais jamais…Mais oui ce qui compte c’est d’être ensemble pour dire  » Ne nous prenez pas pour des glands » déjà c’est un bon départ…Mais je sais il y en a toujours qui espèrent passer par la bande et baiser tout le monde…c’est a dire profiter des acquis sans s’être jamais investi dans aucune lutte…Je n’aimerais pas être de ceux là.

  19. @Dom

    « Mais oui ce qui compte c’est d’être ensemble pour dire ” Ne nous prenez pas pour des glands”

    absolument!

    sans les grands mouvements contestataires passés nous n’aurions ni vacances, ni sécurité sociale, ni aucune protection des travailleurs…

  20. oui céleste…on ferait bien de se le rappeler ! tout ce qui a été acquis l’a été grâce à des grèves ,des manisfestations, violentes souvent…
    pour l’instant tout se détricote sans que les générations suivantes ne soient même pas dans la rue..
    c’est à pleurer…mais pq et où est l’opposition ?

  21. Contrairement à ce que pense Annie,ma première manif je savais pourquoi j’étais là!Paix en Algérie.
    je n’ai pas eu d’émoi amoureux,j’aurai bien voulu,ni de volonté joyeuse,c’était très sérieux et avec les poings serrés!
    C’était le 17 octobre 1961 à Charonne et j’avais 16 ans!

  22. Je suis rentré chez moi à Roanne,et l’appel à la grève générale de la semaine suivante fut peu suivie:je fus seul à faire grève dans ma boite(une bonneterie)
    Il y eu des gens qui eurent peur par la suite.
    Mais les grandes excuses étaient:la manif était interdite,c’était des communistes,ils avaient qu’a pas y aller!
    Drôle d’ambiance non?Difficile d’imaginer que 7 ans plus tard c’était mai 68!
    Précision j’étais en milieu de manif et je devais rejoindre la gare de Lyon pour prendre le train,la nous n’avons rien vu puisque la manif se disloquait.
    Souvenirs bizarres tellement en contradiction avec les évènements qui ont suivis.

  23. Juste pour dire qu’on a beau vouloir des manifs joyeuses et colorées,il est des tristesses qui ne vous quittent jamais!

  24. @jean-Claude

    Je comprends tout à fait ce que tu veux dire.

    Disons qu’à l’époque de ma première manif, nous étions globalement confiants (naïfs) dans l’avenir.
    Et ma conscience politique n’était pas aussi développée que maintenant, manifester contre la réforme Haby, oui, mais avoir conscience des enjeux, non.
    En fait ils étaient importants – voir le com de PMB, 22 – d’autres le savaient.

    J’admirais, j’admire encore, celles et ceux qui très tôt, comme toi à 16 ans, ont compris les dangers et ont lutté avec force, énergie conviction.

    Il faut à certain(e)s le temps de grandir, de mûrir, pour s’investir.
    C’est pourquoi la jeunesse actuelle, tant critiquée ici et là par celles et ceux qui déplorent son « apathie », ne m’attriste pas, j’ai confiance, en temps voulu elle se réveillera.

  25. Elle est belle, cette photo, Céleste, comme tu devais l’être à cette époque et comme tu le restes; il y a de la pudeur dans ce regard et de la plénitude, une confiance dans l’avenir…!

    Les manifs, c’est comme ça, une confiance dans l’avenir, un incroyable espoir, une fraternité… Ah l’orateur, le tribun si aimable, qui parait tellement pris dans son combat, qu’on croirait qu’il ne remarque pas cette main amoureuse qui enlace son poignet, et pourtant…! Les révolutionnaires sont à la fois timides et audacieux…

    Ma 1ère manif à moi, c’était en 69, j’avais 16 ans, (68, c’était trop tôt…!), devant les grilles de mon lycée et les Crs bottés, casqués, en armure et de noir élégamment vêtus à 200 mètres, au mois d’avril avec la peur palpable, car tout était encore possible; des deux côtés…!

    Et le souffle chaud de Muriel, dans mon cou et ses boucles qui frôlent mon visage…elle tient la main de son ami et elle plante son regard dans le mien, avec défi, avec assurance et son sourire n’a rien d’équivoque!

    J’aime me souvenir de ces moments là…

  26. @vieil anar

    merci pour ce si joli commentaire

    Moi aussi en 68 j’étais trop jeune. Dans la manif contre la réforme Haby un des slogans était:
    « 7 ans, déjà, coucou nous re voila! »

  27. @vieil anar

    t’en vouloir?
    j’aurais mauvaise grâce!
    ton texte est très beau, tendre, évocateur.

    500 millions de manifestants et moi et moi et moi…
    « c’est la vie c’est la vie… »

    baci

  28. Ma première manif? Mai 68, bien sûr. j’étais, par hasard je crois, dans les premiers rangs. On allait vers la Préfecture, mais un cordon de CRS barrait la rue Lesdiguières. Le premier rang de manifestants, le premier rang de flics sont restés un instant face à face, ça poussait derrière, sans savoir. Un remous plus fort a mis en contact les deux rangs, et les matraques se sont déchaînées, avec les lacrymos.

    Baptême du feu. Nous nous sommes éparpillés, abasourdis, tandis qu’un militant criait « Allez dans le parking, ils cognent pas sur les voitures ».

    Une femme est sortie d’un immeuble, ahurie: « Qu’est ce qui se passe, qu’est ce qui arrive? ». La voir se prendre un coup de matraque pour toute réponse, quelle découverte! on pouvait se faire frapper pour rien, comme ça?

    Ma dernière vision, celle d’un camion grue qui « passait par là », présence incongrue… un instant, j’ai imaginé…mais non, il a bifurqué dans une rue latérale et a disparu.

  29. @jardin

    merci de te souvenir
    d’une certaine part la violence de Mai 68 a été gommée, elle s’est diluée dans les discours des néophilosophes, scribouilleurs qui sont passés du gauchisme au sarkozysme et n’ont de cesse de critiquer les idéaux qui ont poussé tant de gens à se révolter, à faire grève, à descendre dans le rue, à s’exposer aux privations, à lutter.
    Tant de gens dont aujourd’hui les voix sont couvertes par les diatribes de ceux qui se vautrent dans les délices du libéralisme et en vantent les bienfaits à gorge déployée.

    Le souvenir (l’image) de mai 68 a été consciencieusement gâché, affadi, puis critiqué,
    vilipendé, renié.

    Mais dans la tête de celles et ceux, comme toi qui l’ont vécu, qui l’ont fait, qui en ont conservé l’esprit, les souvenirs sont intacts et sont toujours transmis. Ils circulent, c’est bien.

    baci

  30. Je m’en rappelle aussi de la manif contre Haby, ma première, dans mon lycée à Savigny sur Orge, on avait le droit de picniquer dans l’herbe du parc, le début de la liberté…??? puis sont venues, dans le désordre, Amnesty International et l’abolition de la peine de mort, les manifestations un masque blanc sur le visage contre les disparitions en Argentine, les sans papiers à Saint Bernard et les bombes lacrimogènes à Vincennes, celle contre la venue du premier ministre chinois à Paris « Li Peng, assassin, touchez pas sa main » criait un manifestant chinois… mon fils qui avait 6 ans l’a chantée pendant des semaines, la manif. anti Le Pen avec mon fils éclaté de bonheur un énorme sandwich aux merguez à la main… et demain, encore, d’autres ? Bien entendu qu’elles semblent un peu « inutiles » avec le recul… mais en ces temps individualistes, se retrouver avec des gens qui vous sourient, qui partagent pour quelques heures les mêmes valeurs, n’est-ce pas ça le plus précieux ?

  31. @merci FG pour ton témoignage.

    Le rappel de ces manifestations passées, contre la peine de mort, contre Le Pen, en soutien aux argentins disparus, ceux-là même sur qui aujourd’hui Berlusconi plaisante…

    Non ces manifs n’étaient pas inutiles et nous devons impérativement en reprendre le chemin.

    « mais en ces temps individualistes, se retrouver avec des gens qui vous sourient, qui partagent pour quelques heures les mêmes valeurs, n’est-ce pas ça le plus précieux ? »

    Oui, c’est précieux et indispensable.

    L’heure est grave et le peuple (nous) doit être uni contre un pouvoir qui se fait de plus en plus lourd, de plus en plus injuste.

    Tous dans la rue!

  32. Je suis prof depuis 1977 et j’écris un bouquin parce que j’en ai marre de voir défiler des réformes dont le seul but est de supprimer à chaque fois plus de moyens, d’augmenter de plus en plus les effectifs, et au final de multiplier par 10 ou plus les inégalités. Votre site m’a bien aidé. Lorsque mon livre sera fini, je l’enverrai à des éditeurs avec une date butoir. S’il n’est pas publié, je le mettrai en ligne. Je veux que ça sorte!

  33. @bonjour Geneviève

    bravo pour votre initiative, j’espère avoir le plaisir de lire votre livre.
    ravie si mon site a été utile à votre projet

    j’ai été institutrice puis prof des écoles pendant 20 ans, la valse des réformes, j’ai connu…

    de plus je suis fille d’enseignants, autant dire que je connais la question 😉

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