Aller à l’école

C’est le plus cher désir du garçon roumain qui mendie devant la porte du magasin. Ne plus avoir à quémander, apprendre un métier, pouvoir, quel luxe, avoir des projets pour l’avenir.
C’est le but des enfants de Rosemala qui chaque jour parcourent un long trajet au cœur de la forêt pour s’instruire, passionnément.
C’est le rêve de millions d’enfants et d’adolescents à travers le monde : aller à l’école.

En France et depuis longtemps (les lois de 1880-1882, inspirées par Jules Ferry, instaurent la gratuité, la laïcité, la mixité et l’obligation de l’enseignement primaire de 6 à 13 ans), l’école est ouverte à toutes et tous. Mais voilà, aujourd’hui, des adolescents la désertent. Alors pour les convaincre de revenir, d’être là, de poser les fesses sur leurs bancs, des lycées professionnels ont imaginé offrir des sommes d’argent, ces fameuses cagnottes qui serviront à financer des « projets ».

Triste paradoxe !
Là où dégringolent les bombes, là où règne la misère qui condamne les enfants au travail ou la mendicité, les écoles, rares, sont des trésors.
Là où elles existent librement certaines ont perdu toute valeur.

Payer les élèves afin de les attirer au lycée est à mon sens la plus nulle des solutions : tape à l’œil, expéditive, superficielle, nuisible.

Il est bien plus facile de se débarrasser du problème « absentéisme » en déboursant quelques euros que de s’interroger sur ses causes et de chercher à y remédier. Car si les adolescents délaissent l’école c’est, sans nul doute, parce que celle-ci ne leur convient pas, ne leur apporte rien, pas même le plaisir d’être ensemble.
Il est de notoriété publique que l’enseignement professionnel a été depuis des décennies abandonné par l’Etat. Que trop souvent les élèves ne peuvent étudier ce qu’ils ont choisi, ce qu’ils aiment, ce qui les intéresse. Que les classes sont surchargées, inévitable conséquence des suppressions de postes dans l’Education Nationale. Qu’il n’y a pas suffisamment de moyens financiers pour les ateliers. Et que pour finir, il n’y a pas d’emploi à la clé pour les jeunes diplômés.
Alors à quoi bon se rendre chaque jour dans ces mornes établissements quand on a la conviction qu’aucune des contraintes imposées à longueur de journées ne portera le moindre fruit ?

Accorder ces cagnottes à quelques classes, dévalorisant le savoir, ramené à une simple marchandise, coûtera infiniment moins cher à l’Etat qu’une véritable réforme des lycées professionnels. Réforme qu’il se garde bien de faire, nul besoin que les enfants du peuple accèdent à l’instruction. Incultes et achetables pour une poignée d’euros ils n’en seront que plus manipulables.

«Les tyrannies comme les démocraties d’argent savent que pour régner il faut séparer le travail et la culture. Pour le travail, l’oppression économique y suffit à peu près. Pour la seconde, la corruption et la dérision font leur œuvre…» Albert Camus

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