Autour de Gaza

Ils ont installé leurs chaises pliantes sur la colline, à l’orée de leur ville. Assis côte à côte, ils  se passent des jumelles.
Se réjouissent, commentent. Contemplent dans le ciel les arabesques des fusées. Sursautent parfois quand l’impact se fait trop fortement entendre.
Pourtant ce n’est pas un joyeux feu d’artifice qu’ils admirent en bavardant, sûrs de leurs droits et confiants dans l’avenir.
C’est la mort.

Ils marchent dans la nuit de Gaza. La peinture verte sur leurs visages, comme un masque. Ils ont vingt ans. Ils obéissent.
Prêts à tuer, à éliminer la vermine lanceuse de roquettes.
Sont-ils aussi prêts à mourir ?
Ont-ils peur ?
Ou sont-ils galvanisés par la cause qu’ils défendent et qu’on leur a inculquée depuis l’enfance ?
Ont-ils conscience du massacre qu’ils sont en train de commettre ?
A quoi pensent-ils ces jeunes gens qui foulent, l’arme au poing, une terre dont l’ennemi a déclaré qu’elle serait leur tombeau ?

Eux aussi ont vingt ans. Durant toute leur enfance, toute leur adolescence ils ont connu l’occupation, la pauvreté.
Dans les enclos des colons les fruits murissaient au soleil.
Puis les occupants ont plié bagages, dévasté les champs et les fermes, brulé, détruit.
Et les mâchoires du piège se sont refermées sur les Gazaouis.
Leurs déplacements sont limités. Ils n’ont pas de travail, pas de nourriture, pas d’électricité. Prisonniers sur une étroite bande de terre, coincés entre la mer et le pays des colons, l’orgueilleuse et cruelle Israël, ils tournent en rond dans leur geôle.
Oubliés, méprisés, sans futur.
A la mosquée ils se retrouvent et les paroles les pénètrent. Lors de réunions clandestines, on leur dit qu’ils sont fiers et dignes et que pour la liberté il est juste de mourir comme il est juste de tuer. Que celui qui se sacrifie pour la cause de son peuple est un héros.
Le sang qui piaffe dans leurs veines crie qu’ils n’ont rien à attendre de cette vie-là. Que leur destin est scellé: humains de seconde zone privés de liberté, que l’occupant voudrait larbins, ployant leurs échines sous les ordres, devant sans cesse justifier leurs identités.
Leur véritable identité, c’est Hamas qui la leur donne, avec la fierté de défendre leur territoire.
« Avec mon âme, avec mon sang, je te défendrai Gaza »

Elle est blonde, c’est une femme de pouvoir, sûre d’elle. En tant que ministre des Affaires Etrangères, elle répond aux questions des journalistes « Israël, estime-t-elle, distingue la guerre contre le terrorisme, contre le Hamas, de la population civile. Ce faisant, nous maintenons la situation humanitaire à Gaza exactement comme elle doit être ».

Exactement comme elle doit être :

Ils se terrent dans leurs maisons dévastées. Ils tremblent de peur. Ils ont faim, froid, soif. Ils sont exténués.
Leur terre est devenue « lit de sang », leur ville champ de ruines, les égouts sont à ciel ouverts, l’eau gicle des tuyaux et les seules lumières qui trouent la nuit sont celles des fusées mortifères.
Dans les hôpitaux bondés les victimes expirent lentement, se vidant de leur vie. Personne ne peut les soigner.
Elle hurle de douleur, tous ses enfants sont morts dans le fracas rougeoyant des bombes.
Il pleure, son fils aîné a été amputé des deux jambes, le deuxième, le troisième et le quatrième ont été emportés par un obus, le sixième git sur un brancard, la jambe broyée, il se tord de douleur. Il a douze ans.
Comme d’incessants et monstrueux moustiques les drones survolent leurs abris. Les avions dansent dans le ciel, le roulement sourd des chars fait trembler le sol.

S’ils avaient des jumelles et le loisir de les utiliser, les habitants de Gaza pourraient voir, au loin sur la colline, les chaises pliantes des habitants de Sderot.

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