Contrastes niçois et an nouveau

A Nice, on les appelle les Bouddhas. Juchés sur de hauts piliers de fer des hommes nus, moulés dans une matière translucide, assis ou agenouillés, surplombent la place Masséna. Le soir de douces lumières changeantes éclairent de l’intérieur leurs corps immobiles.

Le sculpteur Jaume Plensa a intitulé son œuvre « Conversation à Nice ».

« Mon projet pour la ville de Nice se situe sur la Place Masséna, qui est peut-être sa place la plus belle et la plus emblématique avec sa structure classique d’arcs tout autour, une fontaine dans le style le plus traditionnel et par sa position géographique, occupant le cœur de la ville à proximité de la mer.
L’opportunité de ce projet est liée à la construction du nouveau tram qui, au cours de son itinéraire dans la ville, traverse toute la place dans son axe. Cette irruption du mouvement du tram et son impact visuel dans une structure très classique m’a amené à le concevoir comme les vitraux du Moyen Âge que j’ai mentionnés précédemment, un travail sur trois niveaux : au premier niveau, le tram et l’architecture existante s’articulent dans une nouvelle relation ; au second niveau ce sont les personnes qui utilisent le tram, qui se promènent sur la place, ainsi que les habitants des immeubles et les usagers des commerces du lieu ; pour finir, au troisième niveau, mon intervention, qui introduit l’élément spirituel, qui manquait, les figures de mes personnages de lumière assis sur des mâts qui regardent d’en haut le passage des choses et des gens. Un dialogue de couleurs, une excuse qui invite le spectateur à regarder à nouveau vers le haut pour retrouver ce merveilleux ciel bleu de Nice. »

Les sept statues, Bouddhas, scribes ou penseurs représentent les sept continents en «une métaphore sur la relation entre les différentes communautés qui font partie de la société d’aujourd’hui ».

C’est joliment dit et le symbole est superbe.

Dans la réalité niçoise, la relation « entre les différentes communautés » est nettement plus problématique. Depuis 14 ans un projet de mosquée traîne dans les bureaux municipaux et si, depuis peu, les choses commencent à bouger on peut difficilement s’empêcher de penser que cette soudaine accélération a pour but principal de rallier les votes des musulmans (nombreux à Nice) en vue des élections régionales.
Détail piquant, l’inénarrable Christian Estrosi, ministre de l’Industrie et maire de la ville,  a récemment déclaré « Les minarets (contrairement aux bouddhas ?), ça n’appartient pas à l’architecture de notre pays, ça n’est pas un élément essentiel ni dominant de la religion musulmane, c’est un faux débat (…) »Nous devons rester dans la culture architecturale qui est la nôtre, nous n’avons pas une architecture byzantine »

Toujours dans la réalité, les grands hommes nus, humbles penseurs, dominent en cette période festive une invraisemblable débauche de lumières soutenues par de lourdes structures de métal. La municipalité de Nice n’a visiblement pas rechigné à la dépense. Gabegie financière et énergétique dans une région trop souvent à deux doigts du blackout.

La réalité est décidément contrariante, les penseurs immobiles dégoulinent de guano et, les structures d’accueil étant insuffisantes,  de nombreux sans-abri dorment dans la rue, entourés de couvertures, de sacs et d’objets hétéroclites. En Janvier dernier, deux d’entre eux sont morts de froid. Pourtant, la ville est riche, les touristes s’y pressent et dépensent allègrement.

Aujourd’hui, une nouvelle année commence, encore un symbole. Les humains aiment bien les symboles.  Ils jalonnent la connaissance, créent des liens mais attention, ils sont aussi très utiles à ceux qui veulent manipuler, contrôler, programmer ou déprogrammer les esprits.

De la cérémonie des vœux je ne retiens qu’une chose : l’opportunité de souhaiter à vous qui passez lire mes élucubrations, des temps sereins et joyeux, des rencontres, des projets, de la tendresse…

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