Inde, une bonne nouvelle pour les filles

Hier,  hier parmi un déprimant fatras d’informations  plus ou moins tragiques, j ai découvert une bonne nouvelle.
Petite, pas le genre à faire la une des journaux mais suffisante pour avoir été signalée par le très bon site Aujourd’hui l’Inde car symptomatique d’une évolution des mentalités indiennes:

« Le Panchayat  -ou conseil de village- de Nilambur, dans le Kerala, a profité de la Journée de la Femme pour annoncer que le système de la dot serait aboli sur le territoire, et ce grâce à un site web, Dowry Free  Marriage. Ce site devrait fonctionner comme un site d’annonces « matrimoniales » à l’indienne, où les mariages arrangés sont la norme, mais se font sans dot.
A l’origine de cette campagne, le problème de l’endettement des familles de Nilambur, qui se ruinent pour pouvoir marier leurs filles. « La dot est requise dans 85% des mariages de notre communauté. Avec cette mesure, nous espérons faire tomber ce taux à 40% », a déclaré le président du Panchayat de Nilambur, Aryadan Shoukath.
Plus de 1600 jeunes se sont déjà enregistrés sur le site web, et un gigantesque mariage  « sans dot » est déjà prévu en mai, en guise de coup de pub pour la campagne lancée par Nilambur. Le système de la dot, payée par la famille de la mariée, bien qu’aboli officiellement en 1961, est encore trop souvent à l’origine de nombreux drames en Inde.
»

Bravo au Panchayat pour cette décision.


Toutes religions confondues, la pratique de la dot conduit de nombreuses familles à s’endetter jusqu’aux yeux pour des années, exclut souvent du mariage les jeunes filles pauvres, est la cause des avortements sélectifs pratiqués à grande échelle dans le sous-continent et parfois de l’assassinat pur et simple de fillettes indésirables.

Il y a deux semaines, dans l’estomac de Pranjali, âgée de 17 jours, les médecins d’un hôpital de Mumbai, ont trouvé un clou. Seconde fille d’une famille modeste, ses parents ont tenté de l’assassiner.

Ce n’est qu’un exemple, parmi tant d’autres.

Je me souviens de cette publicité indienne, slogan du service échographie d’une clinique privée :
« Payez 500 roupies aujourd’hui pour en économiser 50 000 demain »
Autrement dit pour 500 roupies (10 euros), vous pouvez connaître le sexe d’un fœtus et si, par malheur, il s’avère que c’est une fille, pratiquer un avortement donc économiser demain le montant de la dot.

Depuis 15 ans, la loi indienne interdit aux médecins d’indiquer aux futurs parents le sexe du fœtus mais il est aisé de  la contourner et, la corruption aidant,   les sanctions sont quasi inexistantes.
Conscient du problème le premier ministre Manmohan Singh a récemment déclaré: « L’avortement sélectif est une honte nationale. »

Le phénomène n’est pas nouveau, comme le rappelle ce dicton indien« Élever une fille c’est arroser le jardin du voisin ».
Quand une fille se marie, elle part définitivement. Elle change de famille pour se mettre, trop souvent encore, au service de sa nouvelle belle-mère, qui sans pitié, va reproduire  contre elle les exactions dont elle-même a été la victime lors de sa jeunesse.
En Inde, le patrimoine des parents revient au fils aîné. En échange celui-ci assumera la charge de ses parents vieillissants.
Le système de retraite n’existant que pour les fonctionnaires, les parents qui n’ont pas de fils risquent de finir leur vie dans la solitude et le dénuement.
Sordide, un autre dicton précise : « En éliminant une fille le prochain enfant sera un garçon. »

Au cours des dernières années, la libéralisation économique, accroissant le fossé entre les hommes qui bénéficient des progrès et les femmes qui en sont généralement exclues, plongeant dans la pauvreté une partie de la classe moyenne, condamnant les paysans à la misère et multipliant les injustices sociales  a considérablement amplifié le phénomène.

Dans une petite portion du Malabar, au nord du Kerala, qui va de Kannur à Mahe, depuis très longtemps, la pratique de la dot n’existe pas et ses habitants, à juste titre, en sont très fiers.
Le sex ratio, 1148 femmes pour 1000 hommes, y est considérablement plus élevé que dans le reste de l’Inde : 927 femmes pour 1000 hommes en 2001 (dernières statistiques disponibles), voire même, à Mumbai, 898 femmes pour 1000 hommes.

C’est pourquoi l’initiative du Panchayat de Nilambur est vraiment une bonne nouvelle.

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