Italie : déclarations choisies

Suite à l’élection de Barack Obama, la classe politique italienne dominante n’a pu s’empêcher de proférer haut et fort quelques honteuses âneries qui ont fait la une des journaux :

La première émana de Maurizio Gasparri, président du groupe Popolo della Libertà au sénat: « Avec Obama à la Maison Blanche, Al-Qaïda est sûrement satisfaite »
Je signale au passage que le même Gasparri a été en 2004 l’auteur d’une vilaine petite loi sur l’audiovisuel  autorisant la privatisation et le démembrement de la RAI tout en renforçant la société Mediaset, dont Berlusconi est l’actionnaire majoritaire.
A tel point que le Parlement européen a réagi en adoptant un rapport affirmant que « le système italien présente une anomalie qui réside dans la réunion d’un pouvoir économique, politique et médiatique entre les mains d’un seul homme »

A peine en avait-on fini avec les remous provoqués par ces paroles que Berlusconi, de la lointaine Russie, s’exclamait d’un ton jovial : « Obama ? Il est jeune, beau et aussi… bronzé « . Particularités qui d’après lui devraient permettre au nouveau futur président étasunien de bien s’entendre avec Medvedev.

Une des journaux et tollé médiatique !

Comme tous étaient occupés à commenter ces deux idioties, le mouvement de lutte contre les manœuvres gouvernementales destinées à détruire le système scolaire et universitaire a dégringolé du top cinquante de l’actualité. Il est pourtant encore très vivace et actif. Toute la semaine a été marquée par des occupations d’université, des nuits blanches dans les écoles et des manifestations.
Hier, à Rome, la police a violemment matraqué des étudiants qui voulaient symboliquement occuper les quais d’une gare.

Mais, a dit ce matin Francesco Cossiga démocrate chrétien, sénateur à vie, ex président du Conseil et ancien président de la République italienne, au chef de la police Antonio Manganelli (tiens c’est rigolo, façon de parler, en italien matraque se dit… manganello, au pluriel manganelli), bref, a dit Cossiga, ce n’est pas comme ça qu’il faut faire.
Sa tactique est beaucoup plus simple  : « On a besoin d’une victime pour pouvoir utiliser la manière forte ».
Il faudrait, dit-il « que dès le premier signe de violence les forces de l’ordre se retirent (…) L’idéal serait qu’un passant soit victime d’une de ces manifestations, mieux un vieux, une femme ou un enfant. (notons au vol que les femmes sont assimilées aux vieillards et aux enfants, ça en dit long…) Qu’il soit blessé par l’arme à feu d’un manifestant : une blessure légère suffirait, mais ce serait quand même mieux si c’était grave, mais sans risque pour la vie »
Cet événement ferait grandir au sein de la population « la peur des manifestants et avec la peur, la haine contre eux et ceux qui les envoient »

Et d’ajouter : « J’attendrais encore un peu, c’est seulement quand la situation se sera aggravée, quand des colonnes d’étudiants infiltrés par les militants des centres sociaux dévasteront des magasins, des rues, des infrastructures publiques et attaqueront les policiers en chantant « Bella Ciao », quand ils en blesseront ou tueront un, que j’enverrais massivement et lourdement les forces de l’ordre contre les manifestants »

L’ensemble des propos provoque carrément la nausée. Mais au fond Cossiga n’a rien fait d’autre que d’exposer tranquillement des méthodes déjà éprouvées depuis longtemps – et pas seulement en Italie – pour combattre les rebellions populaires et étudiantes.

D’ailleurs la partie de la droite qui tient à sa respectabilité a immédiatement réagi en se dissociant de ces déclarations intempestives et Giancarlo Fini a affirmé que les manifestants qui utilisaient la violence ne représentaient qu’une bruyante minorité.

Suite au prochain épisode…

« Ça aurait pu être pire. » , « Non. »« 

dessin d’Altan

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