Les marcheurs de Pondy

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Les premiers rayons du soleil éclairent l’Océan, il est 5 heures, Pondy la belle s’éveille.
Sur la promenade du bord de mer apparaissent les premiers marcheurs. En dhotî, en survêtement, en short, en sari ou en churidar, écharpes flottantes et mines décidées, les Pondichériens marchent, silencieux et concentrés.

Certains avancent en effectuant d’amples moulinets avec les bras.
D’autres, les plus jeunes ou les plus sportifs, courent, seuls ou par petits groupes.

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Au fur à mesure que la lumière se fait plus vive, la promenade se remplit. A six heures l’affluence est à son apogée.

Bras énergiquement balancés.
Pieds à dix heures dix.
Epaules dégagées et ventre fièrement poussé vers l’avant.
A grands pas.
A petits pas.
En tennis ou en savates.
Imperturbables.
Conscients d’accomplir un rite de première importance.
Ils sont là chaque matin.
Vieux, moins vieux, hommes, femmes, chacun avançant à son rythme.

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Alors que là bas, dans les pays modernes, enfermés dans des salles comme des souris dans des cages, moulés dans des maillots de marque, rivalisant d’élégance vestimentaire, les occidentaux s’escriment, suant et haletant sur des machines de torture afin d’acquérir une musculature de légionnaire ou une taille de top model, les pondichériens marchent.

Autres pays autres mœurs.
Le but du Pondichérien qui foule la promenade d’une démarche approximative, droit comme un I et le short remonté sous les aisselles, n’est pas de devenir Monsieur Muscle, mais de pratiquer une activité physique à sa mesure, de profiter de la fraicheur de l’aube, de se maintenir en bonne forme, de commencer la journée du bon pied.

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Les indiens sont très matinaux.
Levés à l’aube, ils se livrent, chaque jour, à de multiples activités.
Ils mangent, copieusement. Le petit déjeuner est un véritable repas qui permet de déguster des puris, gonflés comme des petits ballons, des dosa croustillantes farcies de pommes de terre au curry, du riz épicé.
Ils font leurs ablutions, longuement et consciencieusement.
Ils vont au temple ou prient à la maison.
Ils méditent.
Ils lisent le journal
Ils ont une activité sportive, marche, natation, badminton.
Ils jouent avec leurs enfants.

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Et finalement, tranquilles (mimile), ils se rendent au travail aux environs de neuf heures.
Lorsqu’ils commencent à travailler, ils sont déjà riches de ces heures agréables consacrées au bien être. Ils sont détendus, sereins.
C’est cela avoir un art de vivre, profiter de son temps.
Le travail n’est pas le centre de la vie, il en est un élément, pas plus.
Avoir en permanence le nez dans le guidon pour payer les inévitables dépenses quotidiennes ou pour atteindre des objectifs professionnels, travailler plus en espérant gagner plus, se laisser bouffer par l’entreprise, vider de son énergie pour le compte d’un patron, n’est pas vivre.

C’est survivre.

Ci-dessous, deux minutes de pur bonheur, signées Flora et Fabio.

13 réflexions sur « Les marcheurs de Pondy »

  1. bonsoir Celeste,

    Un pur bonheur ton post, Un vrai moment de détente.
    Une musique comme je les aime. (j’ai d’ailleurs posé « mausam » comme sonnerie d’appel).
    J’aime une grande partie de l’art Indien.

    Maintenant, nous avons nous aussi nos façons de jouir du temps. Et je ne connais pas de personnes qui courent sur des tapis, mais d’autres qui s’entretiennent bien tout de même. Et physiquement, et mentalement.

    Nous jouissons différemment, comme l’africain, l’U.S ou le péruvien, non?

  2. Merci, merci Céleste de ces deux minutes où j’ai retrouvé la promenade de Pondichéry et ses gros lapins-poubelles ! 😉
    Depuis 2 jours, je me cherche à nouveau un billet d’avion pour « là-bas », plus au nord cependant. Cette musique, ton texte, tes images me mettent une impatience fébrile au coeur. Pourvu que je puisse repartir !

  3. très joli texte. Me rappelle que j’ai tant aimé la marche (bon sans le vent qui ce matin jouait avec moi, allongeant notablement mon trajet)
    Je remarque que le ou les cameramen étaient eux en voiture ou à l’arrêt – et que la lumière du petit matin est bien jolie

  4. Quelle merveille que ta manière de décrire les petites choses du quotidien, tellement proche de la vie des gens, tellement peu « exotique ».

    On les découvre à la fois proches de nous et si différents. Découverte et fraternité.

  5. Quel plaisir ! Une promenade du matin à regarder ce soir, mc a raison, tout se mêle, si proches, si différents !
    Vivre selon Céleste, que voilà une belle chose.
    Kiki 🙂

  6. Quel douceur se dégage de ce billet, le texte, les photos… J’aime bien voyager avec toi, tu as l’oeil et le coeur d’une belle personne.

  7. Merci pour ce billet.

    Ces gens qui marchent (alors que nous, que moi, assis devant nos écrans…) m’en rappellent d’autres.

    En Ukraine, où je suis allé plusieurs fois (et j’espère y retourner).

    On y marche beaucoup parce que les voitures sont plus rares que chez nous, les transports publics ne peuvent pas aller partout.

    On marche d’un bon pas, et les femmes n’y perdent pas leur élégance, je dirais au contraire 😉

    Beaucoup moins d’obèses chez les jeunes.

    Beaucoup plus d’enfants à jouer dehors avec trois fois rien.

    Mais l’american way of life les fascine.

    Quadn marcheront-ils moins, quand rejoindront-ils « les rangs des joufflus des obèses » ?

  8. Des idlis-vada (avec sambar et chutney), un robusta moussant, sucré, une balade matutinale, un surya namaskar et puis aller dormir au bureau: le paradis existe.

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