Nuit d’horreur à Mumbai

Être musulman en Inde, ce n’est pas facile.
Mon ami Johny, qui vit et étudie à Trichy au Tamil Nadu ma l’a souvent dit.
Depuis l’attentat du 11 septembre 2001, les contrôles policiers se sont multipliés, le soir, ils sont systématiques pour qui porte la barbe et le calot, et cela crée une constante et pénible sensation de suspicion.

Johny m’a raconté que quand il a voulu s’inscrire à un club de tir (il en rêvait depuis l’enfance), les dirigeants ont refusé son inscription, pour le motif que le club ne pouvait se permettre de prendre le risque d’apprendre le maniement d’une arme à un adolescent musulman, mais, devant sa déception, ils ont accepté de le former sans le déclarer. Par la suite, Johny s’étant révélé excellent tireur, ils ont procédé à son inscription. Il est rapidement devenu champion du Tamil Nadu dans sa catégorie. Son niveau technique lui permettrait d’accéder au niveau national et de viser une sélection olympique, mais son arme, de qualité moyenne, l’empêche de rivaliser avec ses concurrents et malheureusement ses moyens ne lui permettent pas l’acquisition d’un fusil plus performant. Quant aux sponsors, ils ont accepté depuis peu de prendre en charge ses déplacements, mais, toujours à cause de sa religion, ils ne veulent pas financer l’achat d’une nouvelle arme.
Son copain Ashiq, lui, rêvait de devenir pilote, mais, en tant que musulman, il lui a été impossible de trouver un centre de formation. Finalement, pour une petite fortune, il a intégré une école néozélandaise.

Ce ne sont que deux exemples, qui peuvent paraître mineurs mais qui sont authentiques et très significatifs des continuelles tracasseries auxquelles sont soumis les musulmans indiens, qui sont dans leur énorme majorité, comme Johny et Ashiq, des gens pacifiques et honnêtes qui ne demandent qu’à vivre tranquillement dans le respect de leurs droits.
Il faut aussi préciser que, globalement, les conditions de vie économiques et sociales des musulmans  sont inférieures à celles des hindous.

Depuis des siècles hindous, musulmans, sikhs,  chrétiens, bouddhistes, parsis vivent côté à côte. Régulièrement des épisodes sanglants viennent endeuiller l’une ou l’autre des communautés.
Ce sont alternativement le fait d’extrémistes, soit hindous liés au BJP, soit appartenant à mouvances islamistes.

Hier ce sont les islamistes qui ont frappé. Le groupe des Moudjahidines du Deccan, qui a revendiqué l’attaque n’est pas connu ; il semblerait que ce mouvement soit typiquement indien et non pas lié à des mouvances terroristes internationales.

Quoiqu’il en soit, c’est horrible.

Des jeunes gens armés jusqu’aux dents ont semé la terreur dans les hôtels, une gare, un hôpital, un café et les rues de la ville tuant une centaine de personnes, en blessant encore plus et prenant en otages des étrangers.
L’hôtel Taj, l’un des plus luxueux du pays, symbole du colonialisme et de la richesse d’une poignée de nababs indiens, prisé par les occidentaux fortunés, a été en partie incendié.

Cette cible n’a certainement pas été prise au hasard.

Je ne veux en aucun cas justifier ou excuser ce monstrueux déchainement de violence, mais simplement constater que quand l’injustice envers une communauté devient flagrante et continuelle elle provoque la révolte, sanglante, horrible.

On peut craindre dans les jours ou les semaines qui viennent à des représailles de la part des extrémistes hindous.
En décembre 1992 et janvier 1993 la destruction de la Babri Masjid (mosquée Babri) à Ayodhya et le massacre dans un train de pèlerins hindous ont été suivis d’un carnage à Bombay, dont au moins 1788 personnes furent les victimes.

Depuis d’autres attentats ont endeuillé le pays.

Tout cela est infiniment triste. Le pays de Gandhi apparaît aujourd’hui déchiré, meurtri.

Voilà où mènent l’injustice sociale, l’intolérance, le fanatisme religieux, la bêtise.

BASTA!

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