Orelsan: aux antipodes du sexe joyeux

Des corps féminins nus et lisses, pénétrés, fouillés, soumis aux rudes assauts de mâles en rut. Le sperme qui gicle sur des visages aux regards vides, dégouline sur les mentons, poisse les cheveux.
Au pays du porno l’homme est roi et la femme son esclave.
Disponible, corvéable, baisable à merci.
Formatée à mesure de phallus !

Aux antipodes du sexe joyeux et libérateur, de l’exultation des corps, de la tendresse,  les productions pornographiques actuelles diffusent une image violente, mécanique et infiniment triste de l’acte sexuel.
Une domination, clairement exprimée, de l’homme sur la femme.

Ils sont incontournables ces films pornographiques. Pitoyables pansements à la frustration sexuelle des mâles, ils déferlent sur les écrans dans la solitude des chambres et, en flattant les plus bas instincts, contaminent les esprits.

La sous-culture porno a pavillon sur rue, elle s’exprime haut et fort, se répand comme un torrent de boue nauséabonde, envahit les espaces.

L’affaire du rappeur Orelsan en est pour moi un symbole.

Au-delà des paroles, immondes, de ce que je me refuse à appeler des chansons, le succès que rencontre Orelsan symbolise une effrayante dégradation de la culture, pire, l’utilisation des plus vils ressorts de la nature humaine afin d’alimenter la machine à fric.

Qu’un individu se prétendant artiste surfe sur le sexisme et la violence pour se faire connaître et s’enrichir, c’est banal, ce genre de personne a toujours existé. Qu’il veuille être publié, diffusé entre aussi dans une certaine logique.
Mais que des producteurs et des maisons de disques lui permettent de le faire, que des radios le diffusent et que des festivals l’invitent est profondément choquant.
Combien sont-ils à avoir laissé passer les textes du rappeur, à ne pas les avoir expédiés à peine lus dans la poubelle ou dans la cuvette des toilettes ?
Combien de complices ont participé à sa célébrité et se réjouissent de la publicité qui lui est faite ?
Combien d’acheteurs et d’auditeurs ont écouté sans broncher ces longues litanies de supplices infligées à des femmes ?

Qui décide de nous infliger ces jets de vomi putride en les baptisant « création artistique » ?

Alors que tant d’artistes talentueux se heurtent aux portes closes et aux refus indifférents, qu’un apôtre de la violence envers les femmes, dénué de tout talent musical ou poétique accède au succès est à la fois effrayant et révélateur des dérives de la société marchande.

Tout vendre, y compris l’horreur.
Détruire les sentiments, annihiler la dignité, casser la création artistique, la piétiner, niveler par le bas la société, maintenir l’humanité à son plus bas niveau de conscience.

Je suis opposée à la censure. Ce qui est exprimé peut-être combattu.
Mais ces paroles- là, de haine sexiste, ne devraient jamais parvenir à la diffusion publique, c’est en amont qu’elles devraient être bloquées. Et ce ne serait pas de la censure mais simplement du bon sens, de l’intelligence, de la sensibilité. Ce serait juste.

Au contraire, afin que le bruit du tiroir caisse tinte à leurs oreilles, les vautours préfèrent souiller, déchiqueter les corps des femmes, les jeter en pâture au public.

Et les politiques de détourner le regard, le marché, qui englue le peuple dans la fange, est juteux.

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