Sciatique, moral dans les chaussettes et amères considérations

Bon, j’exagère, contrairement à mon dos, mon moral ne va pas si mal, c’est cette difficulté à me mouvoir, mes petits pas prudents, mes gestes mesurés, ces pointes douloureuses qui bloquent mes élans qui me pèsent et assombrissent mes pensées.

Et il ne faut pas compter sur l’actualité pour remonter mon moral flottant.
De tous bords on accuse, on vilipende, on déforme, on désinforme, on méprise, on discrimine en toute impunité, en toute irresponsabilité.
Pendant que les chrétiens crétins défilent pour interdire aux couples homosexuels et à leurs enfants de bénéficier des mêmes droits qu’eux, ce qui est quand même d’un égoïsme notable, n’hésitant pas dans la défense de leur rance cause à s’allier avec des groupes d’extrême droite, le gouvernement PS expulse à tour de bras, stigmatise les Roms et ignore les SDF.
Harlem Désir (un si joli nom pourtant) traite d’antisémite Mélenchon qui se permet de critiquer un ministre aux ordres du capital.
Evidemment sur ce coup-là, je soutiens le leader du FdG mais paf, me tombe sous les yeux un communiqué du parti de gauche qui hurle à l’injustice au sujet du jugement Baby Loup, estime que la laïcité prend l’eau et réclame de nouvelles lois !
Encore ?
Encore des lois ?
Il n’y en a pas assez comme ça, des lois ?
Une démocratie en bonne santé a-t-elle vraiment besoin de légiférer sans cesse ?
Que cherche-t-on à faire avec toutes ces restrictions et sournoises discriminations si ce n’est nous contrôler, nous réduire au silence, et, sous couvert «d’égalité » nous soumettre aux diktats du libéralisme « social », hypocrite avatar du libéralisme tout court?

La laïcité made in France, rappelons-le, garantit la séparation de l’église et de l’état et la neutralité de ce dernier vis à vis des religions. L’état garantit le libre exercice des cultes et ne fait pas de favoritisme. Notons au passage que ce principe de laïcité ne s’applique pas dans les écoles d’Alsace Lorraine où on est resté au concordat.

Mais ce n’est bien sûr pas le catholicisme qui pose problème, lui, il fait partie de nos « racines ».
Foutues racines, pendant des siècles mes ancêtres paysans se sont épuisés à cultiver les terres des possédants et ont courbé l’échine devant les curés qui les maintenaient dans la soumission : « Obéis ma fille, obéis mon fils, il ne faut pas contrarier le seigneur, souffre, crève, rampe, il en va de ton salut et de notre pouvoir et n’oublie pas le denier du culte ! ».

Non, ce qui dérange, c’est l’islam, enfin, ses fidèles. Ces musulmans que l’on ne voudrait ni voir ni entendre. Qu’ils payent leurs impôts et qu’ils ne se fassent pas remarquer !
D’où la chasse au voile, ou plutôt à la femme voilée, cette ingrate qui attaque la laïcité.

Athée et m’en trouvant fort bien, il ne viendrait pas à l’esprit de cacher mes cheveux, mon cou et mes oreilles et je ne tolérerais pas non plus qu’on me l’impose mais quand je passe l’après-midi à donner des cours de français à ma copine Kurde, toute souriante sous son foulard, je ressors de chez elle tout aussi athée que lorsque j’y suis rentrée !
Mon athéisme et ma laïcité ne sont nullement dérangés quand je croise dans la rue des femmes aux cheveux couverts, pas davantage quand j’achète mon pain aux raisins préféré dans la boulangerie de l’Atlas à Nice et si je devais confier un bébé à une nourrice mon premier souci serait sa compétence.
Quant à l’appartenance religieuse, ce n’est pas parce qu’elle ne se voit pas qu’elle ne s’exprime pas !

Je me souviens de ma grand-mère, une gentille petite dame comme tout le monde et de ses discours larmoyants sur le petit Jésus qui souffrirait encore un peu plus si je faisais des bêtises.

Bref, tout ça pour dire que je suis agacée, et que je ressens la société actuelle comme mon dos, tiraillée, douloureuse, coincée.

Pour ma sciatique, je suis très contrariée mais pas inquiète, dans quelques jours, ça passera et je pourrai de nouveau marcher au soleil, pour la France, je suis triste et soucieuse.

Lorsque la situation économique est mauvaise, que l’état est incapable ou n’a pas la volonté de garantir la justice sociale mais qu’il se réfère à « l’ordre », lorsque que l’on créé des boucs émissaires, que l’on stigmatise en fonction du sexe, de la religion, de l’origine sociale ou ethnique et des préférences sexuelles, le pire n’est jamais loin.

nole - prova costume

Dessin de mon amie Nole, intitulé: Prova costume (essai de maillot de bain)

12 réflexions sur « Sciatique, moral dans les chaussettes et amères considérations »

  1. Arf !

    Ma pauvre Céleste… En ce moment, avec cette humidité qui n’en finit pas dans la région parisienne, je suis perclus de douleur. Sciatique chronique, articulations : on paye cher le fait de travailler à l’extérieur !

    Et quand on voit ces technocrates de merde qui nous enjoignent de travailler jusqu’à plus d’âge, tu as envie de les rôtir au barbecue.

    Et puis ces histoires de voiles qui n’en finissent plus, ces bigots qui manifestent davantage pour des raisons politiques que pour contester une loi qui ne leur fait aucun tort…

    Je comprends ton désespoir. Mais un jour viendra sans doute où il y aura un retour de balancier. Continuons à clamer nos convictions, envers et contre tout.

    Baci.

    1. Désespoir non, on sortira de ce tunnel mais ça ne sera ni facile ni rapide (quoique si ça pète ça peut aller vite et n’importe comment)
      Ce qui est exténuant , ce sont toutes ces diversions, manipulations, tous ces trucs pourtant élémentaires comme le respect de l’autre qui sont sans cesse remis en question;
      Et pendant ce temps le chaos se rapproche!

      Baci à toi aussi!

  2. Merci Céleste,

    J’avais oublié de te souhaiter un prompt rétablissement. Quel mufle, je fais ! 😉

    Et puis prenons un peu de recul et efforçons nous d’agir concrètement de notre côté : les petits ruisseaux font les grands fleuves…

    Courage.

  3. On sort à peine de 4 voire 5 mois atroces, un véritable tunnel. Pas mal de gens pourtant solides sont dans le pâté en ce moment. Fatigues inexplicables, mal ici ou là… ça va passer… 😉

    1. PS. Et de même que Descartes conseillait de diviser un problème en autant de plus petits qu’il est possible de trouver, mieux vaut éviter de mélanger les soucis. Pris séparément, on peut s’organiser. 2 ou 3 d’envergure considérés en même temps, ça devient impossible à gérer.

      PS. Avantage de la sciatique : on a une excellente raison de rester à la maison à rien faire, à visionner des films par exemple. Ceci avec une entière bonne conscience.

      1. Merci Antenne 🙂
        Bons conseils! Et oui, je lis, je regarde des films et même ma télé ce qui m’a permis de découvrir des émissions d’une nullité affligeante mais aussi de beaux documentaires, intéressants, bien cachés sur des chaînes de moindre audience au coeur de l’après-midi!

        « PS. Avantage de la sciatique : on a une excellente raison de rester à la maison à rien faire, à visionner des films par exemple. Ceci avec une entière bonne conscience. » Voilà 🙂

  4. Le Monde ne va jamais comme on voudrait.
    Et parfois, on en a plein le dos. Triste et soucieux, oui. Le Brésil a ce mot intraduisible pour nous situer entre la Mélancolie et le Désespoir : Saudade
    Hier, malgré la « saudade », c’était un peu mieux : je pouvais encore faire l’éloge de la Vie. Ce soir, non.
    Et demain, je serai étonné de relire ce que je t’écris ( et serais peut-être en désaccord total).
    Ainsi vont les jours. (Pour les nuits, c’est vrai, c’est une autre affaire).
    Allez, courage, vous deux.

    1. et moi aujourd’hui ça va mieux 😉
      profitant de ma relative immobilité, j’ai passé la journée à faire un truc que je ne fais jamais, les FF sur Twitter, avec un petit mot gentil sur chacune et chacun, du coup ce soir, je suis détendue 🙂
      la gentillesse est aussi une forme de résistance, il est si facile de se laisser aller à l’indifférence, la cuistrerie, le mépris
      baci baci

  5. Quel plaisir de retrouver tout mon petit monde sur ton blog 🙂 he ben ça va pas fort pour nous tous !

    Il va falloir dire stop !

    comment ? je ne sais pas.

    Embourbée ,depuis juillet, dans « ma » ville Clermontoise je n’ espère qu’une chose en sortir au plus vite . Toulouse ma manque …….

    Repose toi « copine » , il n y a que ça à faire de toute façon puisque même le temps nous joue des tours
    baci baci

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