Una notte per la scuola (une nuit pour l’école)

une nuit pour l’école publique, du lever du soleil à l’aube du jour suivant

L’école était joyeuse hier soir, emplie de parents et d’enseignants résolus à combattre un nouveau décret qui renvoie le système scolaire italien au conservatisme des années soixante.
Les enfants couraient d’un étage à l’autre, s’ébattaient dans le parc, heureux de cette fête improvisée dans la douceur du soir.
Il y a eu une assemblée générale et nous avons parlé.
Puis un groupe est venu, qui a joué des airs entrainants de folk irlandais (pourquoi irlandais je ne sais).
Nous avons dansé des rondes et des farandoles.

Ils ont étalé des matelas de mousse dans les couloirs et déplié des duvets.
Ils ont dormi dans l’école, pour l’occuper.

Ils ont dormi dans les établissements scolaires, un peu partout en Italie.
Parti d’une école élémentaire de Bologne le mouvement s’est rapidement répandu.
Les lycéens, leurs parents et leurs professeurs ont suivi.
Dans le calme.
Dans l’enthousiasme.
De l’Université sont venus des penseurs, des économistes, des historiens pour expliquer patiemment les enjeux de la lutte.

Car l’attaque portée à l’école italienne ne peut se dissocier de la crise financière, économique, politique actuelle.

Assassiner l’école publique, en faire une garderie pour les enfants des pauvres, ceux des riches iront dans le privé, pas de soucis pour eux.
Instruire le peuple n’est plus de mise, mieux vaut le tenir dans l’ignorance, il sera plus facile à manipuler.

Dans le système actuel, l’école élémentaire italienne présente, suivant les villes ou les régions, deux options possibles.
– « le tempo pieno » : deux maestri enseignent successivement dans une même classe, l’un les matières scientifiques, l’autre l’italien. Ils assument cette fonction pendant toute la durée du cycle, 5 ans. Les enfants passent la journée entière à l’école, tous les jours, sauf le samedi.
– « le modulo », ou temps partiel : trois enseignants sont répartis sur deux classes, les mêmes pendant cinq ans. Les cours ne sont dispensés que le matin, y compris le samedi.
Dans les deux options les enfants en difficulté (de grave à moins grave) sont intégrés dans les classes et bénéficient d’un soutien personnalisé dont la durée varie suivant les cas. L’instit de soutien est assis à côté d’eux et leur explique les leçons ou leur propose des activités adaptées à leur niveau.

Les deux systèmes fonctionnent très bien, mais du point de vue de l’état, ils coûtent cher, trop cher, beaucoup trop cher.
Qu’importe à la Gelmini, la ministre de l’Education que l’école primaire italienne soit une des meilleures d’Europe !
Que lui chaut que les enfants soient respectés, aidés, écoutés

Elle veut un maître unique qui dispenserait la totalité des cours le matin.
L’après-midi, des structures, vagues et probablement payantes, seraient mises en place pour garder les enfants dont les parents travaillent.
Si ce bouleversement, qui a déjà été en partie voté, est instauré, plus de 80 000 enseignants perdront leur poste.

Par ailleurs le décret prévoit aussi l’obligation de noter les élèves dès le primaire et l’attribution d’une note de conduite pouvant entraîner le redoublement.

Et puis au dernier moment, vite fait bien, la Lega ajouté un affreux petit amendement préconisant que « les enfants des extracommunautaires qui veulent fréquenter l’école publique devront réussir un test d’évaluation général, en cas d’échec ils seront placé dans des classes spéciales afin de ne pas retarder les autres élèves. »

Histoire de ne pas mélanger les torchons avec les serviettes.

Autrement dit, vivre ensemble avec ses différences, c’est fini !

Demain, vendredi, grève des enseignants et des autres aussi.

le blog d’une école italienne

et un autre texte que j’avais écrit sur le système scolaire italien

Répondre à Maëlle Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

9 commentaires sur “Una notte per la scuola (une nuit pour l’école)”