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26.10.2006

Courage les filles !

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Publicité indienne :

« Payez 500 roupies aujourd’hui pour en économiser 50 000 demain»

De quoi s’agit-il ?
D’une banque qui cherche des investisseurs ? D’un organisme d’épargne ?

Non, c’est le slogan du service échographie d’une clinique privée indienne. Pour 500 roupies (10 euros), on peut connaître le sexe d’un fœtus et si, par malheur, il s’avère que c’est une fille, pratiquer un avortement.
Oui, par malheur. Dans beaucoup de foyers indiens la venue au monde d’une petite fille n’est pas souhaitée, pire, elle est indésirable et tout sera mis en œuvre pour empêcher la naissance.
Pourtant, comme nous le signale le terrible documentaire diffusé mardi sur Arte, la loi indienne interdit aux médecins d’indiquer aux futurs parents le sexe du fœtus.
Mais la corruption est telle qu’il est aisé de contourner la loi, 6 millions de fœtus féminins sont éliminés chaque année et tous les acteurs sociaux concernés y trouvent leur compte.
Le pire n’ayant pas de limites, si l’échographie n’est pas pratiquée et que naît une fillette, il arrive fréquemment que, sous la pression familiale, la mère tue l’enfant de ses propres mains, ou la laisse mourir par manque de soins, ou de nourriture.

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Dans le sud de l’Inde, la situation est moins dramatique et nous avons rencontré de nombreux couples, parents heureux et aimants de petites filles. Et je dois dire qu’à chaque fois j’ai éprouvé pour eux une tendresse accrue, justement parce qu’ils n’avaient pas suivi cette horrible coutume.

Coutume ancestrale, mais dont la pratique, au lieu de disparaître, s’est amplifiée durant les dernières décennies, à tel point qu’aujourd’hui, dans certains états indiens, les hommes ne trouvent plus d’épouses et qu’il existe des villages de célibataires ou l’alcoolisme et la violence servent de défouloirs à la frustration sexuelle.
En témoigne le film « Mattrubhoomi, un monde sans femmes», réalisé par un jeune Indien de 26 ans, Manish Jhâ. Dans un village du nord de l’Inde où plus aucune femme ne vit, une jeune fille est vendue à prix d’or, par son père à un homme et à ses cinq fils. La suite est horrible.

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Pourquoi cet acharnement, cruel, stupide, qui prive le pays d’avenir et contraint les hommes à la solitude?

Un dicton indien dit « La femme est sa propre dot », mais ce n’est qu’un dicton, dans la réalité la dot, bien qu’interdite depuis 1960 coûte cher, très cher aux familles et sa pratique est systématique.
Un autre dicton dit « Elever une fille c’est arroser le jardin du voisin » et celui-ci correspond mieux à la réalité. Quand une fille se marie, elle part définitivement, elle change de famille pour se mettre, trop souvent encore, au service de sa nouvelle belle-mère, qui va reproduire, sans pitié, sur elle, les exactions dont elle a été la victime lors de sa jeunesse.
En Inde, le patrimoine des parents revient au fils aîné, qui, en échange, assumera la charge de ses parents vieillissants.
Le système de retraite n’existant que pour les fonctionnaires, les parents qui n’ont pas de fils risquent de finir leur vie dans la solitude et le dénuement.

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Tout cela a toujours existé, alors pourquoi le phénomène s’est-il amplifié ?

L’autre soir sur Arte, Isabelle Altané, démographe, a livré des éléments de réponse, dont celui-ci: « La libéralisation économique tend à s’accompagner d’un accroissement du fossé entre les hommes et les femmes, lorsqu’il y a des progrès, les progrès bénéficient d’abord aux hommes » et elle ajoute que les femmes ici, là bas, et partout, sont les premières victimes du chômage et de la discrimination à l’embauche.

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Le spectaculaire développement économique de l’Inde ne profite pas à tout le monde et, à Bangalore par exemple, les injustices sociales m’avaient particulièrement frappée.

Le mariage, institution fondamentale de la société indienne a donné naissance à un marché, énorme, gigantesque. Pour payer les dots et les frais de la cérémonie, les familles doivent s’endetter pour des années.
Alors de nombreuses familles, toutes classes sociales confondues, choisissent de ne pas avoir de filles.

Et pourtant comme elles sont mignonnes ces petites filles aux cheveux tressés et aux grands yeux noirs. Comme elles sont douces et souriantes ces femmes bafouées, méprisées, contraintes à l’infanticide, parce que, dit un autre dicton « En éliminant une fille le prochain enfant sera un garçon. »

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Et ce libéralisme galopant qu’on nous impose, dans toute son horreur économique, ce libéralisme qui ne parle pas d’être humains mais de ressources humaines, qui ne parle pas de partage mais de profit, ce libéralisme qui tue, qui enchaîne, qui contraint les indiennes, les pakistanaises, les bengalaises, les chinoises, à ne pas mettre au monde, ou à tuer des fillettes, frappe aussi en occident.

Alors nous, femmes occidentales, sommes-nous vraiment à l’abri ?

Après des siècle de soumission nous pensions avoir enfin conquis l’égalité avec les hommes, mais sommes-nous vraiment sûres qu’elle ne soit pas qu’un éphémère feu de broussailles ?

Si les difficultés économiques se multiplient, dans un monde devenu sourd et aveugle, ne serons-nous pas les premières victimes ?

Nous pouvons aider nos sœurs en poussant nos états à faire pression sur les gouvernements des pays concernés.
Nous pouvons œuvrer par le biais d’associations, il en est qui font un travail remarquable.

Les aider, c’est nous aider nous-mêmes, un monde trop déséquilibré n’est viable pour personne.

Courage les filles !

PS : les mecs, on a besoin de vous aussi, sinon, vous pourriez bien connaître les délices de la chasteté!

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Commentaires

et si j'en crois un article lu je ne sais plus où sans doute tiré du livre que tu cites c'est déjà le cas

Ecrit par : brigetoun | 27.10.2006

j'ai vu une partie du reportage que tu cites... mais j'ai éteint la tévé au bout d'un moment, j'ai pas supporté. Oui c'est lâche, oui c'est se voiler la face, mais je ne pouvais vraiment plus.
Mais quelle horreur, ces femmes contraintes de tuer leur bébé. Si tu savais tout ce que ça fait remonter en moi ...
Je ne comprends pas, sans doute l'esprit occidental, mais ces femmes sont des millions, elles représenteraient une force en refusant ces meutres, non? Sans doute est ce utopiste de croire à un mouvement de masse?...

Ecrit par : fanny guillot | 27.10.2006

@Fanny

elles ont beaucoup de mal à s'organiser, la pression sociale et familiale est très très forte, elles peuvent être brûlées vives ou défigurées à l'acide si elles refusent (nord de l'Inde, Pakistan, Bangladesh)
ou alors les maris les abandonnent, par exemple, les 3 des mamans de la "Casa delle mamme", ont été abandonnées, et elles ont des filles.

Très difficile aussi pour elles de se sauver, où aller?


L'etat indien commence à agir: diffusion de spots à la télé, suivi des nouveaux-nés.

Il y a une prise de conscience, mais ce sera long.

je comprends que tu ne sois pas arrivée à regarder le reportage, c'est horrible, et ce n'est pas lâche d'éteindre la télé, c'est humain

Ecrit par : céleste | 27.10.2006

La burka ou l'acide ? Et je lis que le prochain touriste de l'espace sera un milliardaire américain de 58 ans. Cela lui coutera 20 millions de dollars ...

Ecrit par : amarula | 27.10.2006

Quelle tristesse...
quand on voit le sourire de ces jolies gosses
cela fait mal...

Ecrit par : Viviane | 27.10.2006

je lisais hier dans courrier international un article sur les intouchables et l'un d'eux, Bant Singh, un chanteiu rebelle qui avait été agressé violemment , le médecin contacté a refusé de le soigner tant qu'il n'aurait pas réuni de quoi le payer ( 1000 roupies soit 17 euros)

le temps de réunir cette somme la gangrène a gagné et il a fini par etre amputé des deux jambes et d'un bras.

Que d'injustice et de souffrances partout.

peut-être un jour nous parlerez vous des intouchables?

Ecrit par : Viviane | 27.10.2006

Bravo, céleste pour ton patient travail de démystification de la "sagesse millénaire" ... si chère à bien de nos bobos écolo-commercéthique ...
Gaffe quand même , parceque les "intouchables qu'on ne veut plus soigner", ça commence aussi chez nous ... et là, nous avons la possibilité d'agir, encore un peu ...

Ecrit par : les marques du plaisir | 27.10.2006

Deux observations et un constat suite à ton article.
1ère obs: la situation de ces couples sans filles, tributaires pour les uns des pressions familiales et pour les autres des pressions économiques, est sans nul doute une des pires situations humaines et morales existantes et une des pires violences faites aux femmes.
2ème obs: Le rôle des belles-mères et des femmes dans la perpétuation de ces coutumes traditionnelles. Comme dans beaucoup de pays du sud, certaines femmes jouent un rôle prépondérant dans la survivance de ces coutumes dégradantes, peu-être faute d'accès à l'éducation ou aussi par accoutumance morale ou pressions du milieu culturel.

Le constat: je trouve qu'en occident, il y a des solidarités féminines à la carte. Je m'explique: aujourd'hui, le débat dans les magazines féminins portent le plus souvent sur l'individu "femme" que sur le "groupe" d'où des articles privilégiant le bien être d'une minorité de femmes (comment avoir plusieurs amants?, connaissez-vous l'orgasme?) que des articles de fond sur la situation précaire des femmes issues des classes sociales défavorisées victimes des trente cinq heures ou de compagnons violents. Le sort d' une femme seule avec enfants en banlieue n'intéresse les magazines féminis que lorsque certaines aspects interviennent. (port du voile, sexisme et vios collectifs, je ne nie pas pour autant que ces éléments soient de nature à porter atteinte à la dignité de la femme). Pourtant aujourd'hui certains problèmes sont niés et on occulte les violences sociales faites aux femmes. (manque de parité salariale, emploi précaire, difficulté dans la garde des enfants, méconnaissances chez les plus jeunes des moyens de contraception d'où le développement de ces grosseses non désirées.)

Comme tu t'en es rendu compte, je suis plus en accord avec la vision féministe des années soixante-dix qui privilégiait les violences collectives faites aux femmes.
Un conseil de lecture: la servante écarlate de margaret atwood qui décrit un monde futuriste où dans un univers pollué par les produits toxiques et les radiations nucléaires, le taux de natalité a chuté de façon alarmante. Les rares femmes, capables de féconder, offrent leur corps au service de la République de Gilead. Defred, l'une de ces servantes écarlates, s'évade et raconte comment elle a grandi dans cette société totalitaire.

Ecrit par : mohamed | 27.10.2006

Je viens de découvrir votre blog, j'aime beaucoup. Très bon article.
Puisqu'on en est aux conseils de lecture, je conseille à tout le monde "Les instincts maternels", de Sarah Blaffer-Hrdy, sur les choix des femmes, les rapports aux enfants, la sexualité et la maternité. Il y a deux chapitres sur l'infanticide, un historique principalement sur l'occident [effarant d'ailleurs] et un contemporain où la situation en Inde est abordée. C'est passionnant et on apprend vraiment beaucoup.
@ mohamed : je suis aussi fan de Margaret Atwood...

Ecrit par : charlie | 27.10.2006

@Mohamed
je suis entièrement d'accord avec toi, à 100%, sur les solidarités féminines à la carte et sur la presse féminine, les véritables sujets sociaux ne sont jamais abordés, ou alors de façon biaisée.

Imagine toi que j'ai tout lu de margaret atwood, que j'aime beaucoup, sauf la servante écarlate, je le cherche régulièrement quand je vais en France, sans jamais le trouver.

@charlie
merci de ta visite et de ton conseil de lecture, je note immédiatement les références

en ce qui concerne l'infanticide en occident, je crois que nous n'avons effectivement pas grand chose à envier aux asiatiques.
J'ai grandi à la campagne, et bien des horreurs étaient accomlplies dans le secret.

Ecrit par : céleste | 27.10.2006

C'est vraiment horrible ! Et dire que ces coutumes ancestrales s'amplifient, je n'aurais jamais cru, merci pour ton article.

Ecrit par : tanette | 27.10.2006

Céleste,
Malgré tout il faut savoir lire l'insoutenable.

Ecrit par : corinne | 27.10.2006

Tes derniers messages étaient des invitations aux voyages... Là sur deux messages tu nous montres ce qu'il y a laid et de franchement minable en ce monde. Insoutenable comme le dit Corinne...

Putain, quand j'entends tous ceux qui critiquent la France, je me dis en te lisant qu'on ne vit pas dans le pire des mondes...

Sinon, et pour finir, un monde sans fille, ce serait dommage, ben je m'ennuierais moi ^____^ (pas taper pas taper, c'est pas pour le succés que j'ai avec elle *^__^*, c'est pour sourire un peu)

PS : le pire, c'est que malgré le laid, le moche, l'insoutenable, tu arrives à mettre des photos maginifiques... L'art d'adoucir l'amer. Clap clap. Et encore merci pour ton blog.

Ecrit par : Falconhill | 27.10.2006

Vos articles sont toujours très justes. J'aime beaucoup celui-ci par exemple, ou ce que vous pensez de ce qu'il reste de Gandhiji. (J'ai bien connu un de ses petit-fils Ramachandra, prof de philo à Shantiniketan et écrivain). Le blog que je tiens doit tout à ce pays, même si je l'évoque rarement. J'ai vécu plusieurs années là-bas et quand je vous lis, je m'y retrouve. Merci.

Ecrit par : Marc | 28.10.2006

@Marc
bienvenue et merci de votre com.
Donc vous avez vécu en Inde et bien connu le petit fils de Gandhiji, quelle chance!
nous envisageons dans l'avenir d'y effectuer des séjours plus longs, d'avoir plus de temps pour aller à la rencontre des indiens.

Ecrit par : céleste | 29.10.2006

J'ai découvert ton blog par celui de Marc que je lis quotidiennement...
Tes mots concernant le sort malheureux des filles en Indes sont poignants, je n'ai pas vu le documentaire sur Arte mais j'ai lu des articles à ce sujet...
C'est vrai qu'elles sont adorables ces petites filles aux nattes noires...
Ce pays est comdamné à long terme à une dénatalisation, saura-t-il le comprendre à temps...
Je reviendrai te lire, bonne semaine à toi

Ecrit par : irene | 29.10.2006

J'a i vu ce reportage, et j'ai pensé à toi.
Il est bien de rappeler la triste réalité de ces pays où les hommes sont aujourd'hui obligés d'aller acheter dans d'autres provinces et pays les femmes qu'ils n'ont plus, parce qu'ils les ont tuées.

Ecrit par : Dom | 30.10.2006

Les commentaires sont fermés.

 
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