La une des lecteursTous les blogsles top listes
Envoyer ce blog à un amiAvertir le modérateur

20.02.2007

Premier souvenir

medium_claudine_voiture.jpg

C’est dans une chambre inconnue, la fraîcheur d’un carrelage sous mes pieds nus, l’odeur de la poudre de riz, son nuage rose.
C’est le goût amer d’un bâton de rouge à lèvres dérobé sur une commode.
C’est léger, rapide, fugitif, c’est une sensation, une image qui s’anime et disparaît.

J’ai trois ans et nous sommes en vacances quelque part sur la côte atlantique. Mes parents ont loué pour un mois un appartement dans une villa qui s’appelle « Le Yoyo ». De l’autre côté du couloir, s’est installée pour l’été une autre famille, avec deux petites filles, comme Annie et moi.
Guidées par l’aînée des fillettes, nous nous sommes glissées dans la chambre de leurs parents et nous jouons avec les produits de beauté.
Nous nous tartinons de rouge à lèvres.
Nous soufflons dans la poudre de riz.
Nous nous aspergeons d’eau de Cologne.

Mais, alertés par nos rires, les parents font irruption. Ma maman n’est pas contente, elle nous gronde et nous ramène prestement chez nous.

Dans le jardin, suspendue à un arbre, il y a une balançoire, et, fière de mon exploit, je me tiens debout sur l’escarpolette, pliant les genoux pour aller toujours plus haut, le corps arqué, les mains fermement agrippées à la corde. Je vole.

Dans la journée nous allons à la plage. Le matin, l’océan est au loin et nous jouons dans les flaques d’eau qu’il a abandonné sur le sable humide. J’ai un seau plastique que je m’acharne à remplir, nantie d’une petite pelle. Puis je transporte mon butin quelques mètres plus loin et déverse son contenu avant de recommencer, inlassablement.

L’après-midi, sur la plage devenue toute petite, l’océan rugit et ses vagues se fracassent lourdement, provoquant des nuages d’écume.
J’ai peur et me garde bien de m’approcher de cet étrange monstre mouvant et bruyant.
Ma peau claire supporte mal le soleil, je suis toute rouge, puis couverte de minuscules boutons qui me démangent, alors ma mère me badigeonne de crème et après le sable colle à ma peau et c’est encore pire qu’avant.

En fin d’après-midi nous nous promenons en ville, et là, merveille des merveilles, il y a un manège.
Mon premier manège.
Dignement assise dans une voiture, emportée par les flonflons, étourdie par le mouvement, je ne vois pas la queue du Mickey qui danse devant mes yeux.
« Attrape, attrape ! » crient mes parents à l’arrière. Un tour de manège gratuit est la récompense et les autres bambins, y compris Annie, s’agitent frénétiquement pour décrocher ce modeste trophée.
Tous sauf moi qui n’ai pas compris l’importance de l’enjeu.
Mais le Monsieur du manège, séduit par mes bouclettes blondes et ma mine angélique, a décidé de faire gagner. Constatant que ses manœuvres d’approche me laissent de glace, il quitte sa cahute, saisit la corde au bout de laquelle s’agite la queue du Mickey et me l’enroule autour du cou. Tout le monde rit. Moi aussi, par mimétisme et j’ai droit au tour gratuit. Mais pas ma sœur qui du haut de ses cinq ans manifeste si bruyamment son mécontentement devant telle injustice que papa doit acheter pour elle un second ticket.
medium_claudine_annie.jpg


Et vous, votre premier souvenir?

Commentaires

ah l'odeur de la poudre de riz ! et les brosses en ivoire et poil doux pour me faire (moi aussi je devais être coquette et tu es trop jeune pour avoir eu droit à ça) une belle coque sur le haut du crane, avec les cheveux brossés doucement vers les épaules. Mais aussi une robe de chambre rouge de maman qui me faisait peur parce que je pensais au sang. Où en avais je vu ?
C'est charmant ton texte.
Le truc à attraper je me souviens d'un qui était ignoble et de mon incapacité à l'effleurer avec mon bout de bois. Mais bouh! je devais être comme ta soeur

Ecrit par : brigetoun ou brigitte celerier | 20.02.2007

La scène a lieu dans un couloir et je joue avec un camion de pompier offert pour Noël. Je dois avoir trois ans. Ma mère me surveille du coin de l'oeil. J'ai l'air d'être heureux et pourtant je ne me souviens pas de la suite.
Parfois, en feuilletant mon album photo, des bribes de souvenirs réapparaissent pour se dissoudre aussitôt dans les méandres de ma psyché.
ô temps suspend ton vol!

Ecrit par : mohamed | 20.02.2007

En voici un, qui doit remonter à l'école maternelle.

L'ENFANT-ÉTOILE

Il restait là, planté entre les deux tilleuls ronds de la cour, suivant muet le tournoiement de nos gambettes maigres et nerveuses. Petit échassier malingre à tête pointue noire et blanche, noyé dans des hardes approximatives, il nous arrivait en cours d'année pour repartir aussitôt. C'était un forain, terme général et dédaigneux réservé à tous ces gens sans feu ni lieu, sans foi ni loi, rétameurs, chiffonniers, bateleurs ou pire : chapardeurs, qui parcouraient nos campagnes frileuses. Précédé de « petit » et accentué sur la première syllabe, ce nom servait aussi à nos mères quand nous rentrions morvoux et crassoux, cheveux en pétard et genoux couronnés, culotte fendue et liquette sans boutons. Attendant la cloche du premier cours, cet oiseau migrateur pivotait gauchement sur sa détresse de perpétuel déraciné ; jaloux de nos rondes solidaires, il quêtait furtif et déçu nos sourires, nos regards, nos mots.

Ses parents allaient dresser pour la journée un petit cirque sur la place de l'église : une piste sans étoiles autres que des trous dans la toile mal rapetassée, trois bestioles pelées marmonnant derrière la corde d’un enclos bricolé, de vagues affiches écornées pendues vaille que vaille aux entrées du village, promettant pompeusement toutes les merveilles du monde et plus. Loin d’eux, malgré eux, malgré lui, leur enfant unique accomplissait son obligation scolaire, terré au fond de la classe, silencieux, englouti dans notre indifférence et muré dans son ennui. Mademoiselle Galisson à son bureau l'ignora, sûre d'avance qu’aucune réponse ne viendrait de cette tête restée ailleurs, cette tête emplie d'images, de sons et d’odeurs qui n'étaient pas les nôtres.

Vint le soir et le spectacle où, hardiesse revenue, il nous avait conviés. Et là !
Quelle baguette magique, quel souverain claquement de doigts d'un secret enchanteur, ont-ils changé notre avorton muet du matin en artiste ? Son petit corps nerveux moulé dans un collant bleu nuit étoilée, jeté au ciel par le projecteur de son père, soulevé par les craquantes notes gaies d'un phono jusqu'alors inconnu de nos campagnes, il vole au trapèze en bel oiseau gracile et facile qui ne se posera plus. Nous voit-il, voûtés sur nos bancs tremblants. Sait-il que sa beauté efface notre ordinaire, sa lumière écrase notre ombre, son vol pulvérise notre immobilité. Sait-il, ce solitaire, qu’il est enfin désiré, qu’il a enfin des amis – mais qu’il ne les reverra jamais.

Et moi de rester là, sidéré, crevé de jalousie, poigné par la mélancolie d'un monde inaccessible…

Ecrit par : PMB | 20.02.2007

Un parrain (mon grand père maternel) qui m'aimait très très fort et que j'aimais très très fort...

Ecrit par : Marc | 20.02.2007

Quand ma soeur (4 ans) a voulu me raser ma barbe imaginaire (j'avais un peu moins de 2 ans)... 1er séjour a l'hopital.

Le deuxieme, c'est quand un pot de fleurs de la voisine du dessus s'est écrasé sur ma tete. (j'avais tout juste 2 ans)

C'est, je crois, a ce moment que les médecins ont cru que mes parents me maltraitaient...

(Tu étais déja sublime, enfant, tu sais ?)

Ecrit par : Bruno Lamothe | 20.02.2007

ah Bruno, le pot de fleur explique tout ! sourire

Ecrit par : brigetoun ou brigitte celerier | 21.02.2007

@ Brigetoun : Calomnie ;-)))

Ecrit par : Bruno Lamothe | 21.02.2007

merci pour ces premiers souvenirs, mention particulière pour le très joli texte de PMB.
je me souviens bien des romanichels qui installaient leur roulotte sur un terrain vague, de leurs enfants qui venaient quelques jours à l'école et que nous regardions avec méfiance.

bruno, un pot de fleur sur la tête, était-ce un rosier?

Ecrit par : céleste | 21.02.2007

Sans aller plus loin sur les commentaires des "premiers souvenirs", la question est bonne. Quel est notre "premier souvenir"... ? J'en ai pas la moindre idée pour moi... Peut être une tapisserie un peu orangée, un bac à sable qui sent la terre humide... Et un plat de coquillettes à la tomate avec dedans une saucissette.

Joli article, belle idée

Ecrit par : Falconhill | 21.02.2007

@ Celeste : une sorte de révélation socialiste au berceau ? Il faudrait que je me renseigne...

@ Falco : qu'est-ce qu'une "saucissette" ?

Ecrit par : Bruno Lamothe | 21.02.2007

@Bruno

je me préparais à poser la même question: Falco, c'est quoi une saucissette?

Ecrit par : céleste | 21.02.2007

Je sais aujourd'hui que c'était le 10 mai 81, j'ai deux ans et demi, je dors dans ma chambre, il est 21 heures.
Mama entre dans ma chambre, et m'emporte, les yeux encore tout ensommeillés dans la classe de mon père à l'étage en dessous.
Au lieu des rangées bien sages de pupitres habituelles et de la lumière crue des néons, je vois une piste de danse, des spots, et surtout il y a de la musique très forte. Une bonne partie de la nuit, j'ai dansé passant de bras en bras, dans ma longue chemise de nuit rayée. Ils étaient tous heureux et fêtaient la fin de l'ère Giscard, du coup moi aussi mais sans bien savoir pourquoi...

Ecrit par : fanny | 21.02.2007

Moi, mon enfance, je prefere passé . Je t'embrasse et je te remercie pour tes mots

Ecrit par : Bruno | 21.02.2007

(Ce souvenir est tellement ancien qu’on me l’a raconté, et que je me suis amusé à le réécrire ! C’est avec ma grand-mère.)

...Nous sommes montés à la ville biser les moustaches d’une vieille tante éloignée, l'écouter conter ses varices, boire son café (je pourrai faire un canard avec un demi-sucre) et grignoter ses sablés aussi rassis qu'elle. Au retour, le train manqué, il faut attendre le suivant. Et la nuit entend un monstre noir, ventre rouge et cheveux de fumée, chuchoter dans les écharpes de brouillard frais et blême étendues sur les grands champs endormis. Comme moi, juché sur un bagage fixé à la bicyclette, arrimé par une ficelle au vaste dos grand-maternel, si maternel, petite boule de chair souple et confiante emmenée à bon port, petit concentré de bonheur.

Ecrit par : Jean D | 21.02.2007

@ fanny : en 81, mes parents collaient des affiches (pour Mitterrand, bien entendu), j'étais dans la voiture et je n'arretait pas de mettre mes doigts dans les seaux de colle, et je barbouillais les sieges...

Ecrit par : Bruno Lamothe | 21.02.2007

Mon premier souvenir n'est pas très intéressant à raconter je crains. Il s'agit d'un crayon dans un tiroir. Le tiroir d'un secrétaire sans doute, mais le souvenir ne revoit que le tiroir en question dans lequel il y a seulement ce crayon, un crayon à papier. J'ai moins de deux ans à cette époque et quand j'ai évoqué ce souvenir, mes parents m'ont confirmé la présence du crayon, mais n'ont pas pu extrapoler sur pourquoi cela m'avait tant impressionnée.

Ecrit par : Otir | 22.02.2007

ah les journées collage d'affiches! J'ai connu aussi, mais plus tard, on collait pour les cantonales, c'était l'occasion de visiter des bleds dans lesquels on ne serait jamais allé sinon, le seau de colle faisait floc floc entre mes genoux, on rentrait le jean raidi, les mains poisseuses et colorées par les affiches... le bonheur! Et le jour du vote, après que ma mère a fait son devoir, on allait au cinéma...

Ecrit par : fanny | 22.02.2007

Mon premier souvenir, ma grand-mère et moi à trois, quatre ans, elle avait toujours du sucre dans la poche de son tablier et je me suis fait prendre la main dans la poche (la photo a fait rire tout le monde longtemps...)

Ecrit par : irene | 22.02.2007

Merci Céleste pour ton commentaire chez moi, j'espère que tu es tout à fait remise de ta mauvaise grippe. Pour ce qui est de mon premier souvenir...j'ai beau chercher...justement, je crois que je ne me souviens de rien avant l'âge de 7 ou 8 ans et je m'en étonne... est-ce normal docteur ? hi hi

Ecrit par : tanette | 22.02.2007

@ Fanny : j'ai eu l'honneur d'en mener une : c'est horrible de voir sa trombine sur les murs, les transfos EDF, sur des tracts, etc.

Mais j'adore toujours coller, tracter, aller au contact des gens, tout simplement.

Ecrit par : Bruno Lamothe | 23.02.2007

@Bruno : ma belle famille boucher charcutier dans le Forez appelle ça une godiveau. Et mes copains lyonnais (dans le but de faire raler leurs copains stéphanois ?) appelent ça une chipolata.

Mais c'est bon avec des coquillettes à la sauce tomate... (et maintenant, j'en veux ^___^)

Ecrit par : Falconhill | 23.02.2007

mon premier souvenir : vers 2 ans, mon frère ( 2 ans mon aîné) qui me réveillait la nuit pour me mettre sur le pot....quand il allait faire pipi

c'est toi dans la voiture celeste ? j'ai exactement la meme photo de moi dans une voiture similaire, d'ailleurs elle est sur mon blog dans un vieux post su r l'automobile

Ecrit par : lesyeux | 23.02.2007

J'aime beaucoup ton récit ! Mignonne dans cette voiture, et avec ta soeur !
Prem de prems souvenir ? Ah il va me falloir réfléchir ma chère !

Ecrit par : Fauvette | 23.02.2007

Que de jolis souvenirs!

comme Jean, j'avais des vieilles tantes, des grand-tantes pour être exactes, moustachues et odorantes à qui il fallait faire la bise et qui nous proposaient des biscuits rassis. j'aime beaucoup le "petit concentré de bonheur" et j'imagine bien la grand-mère et son large dos.

comme les parents de Fanny et ceux de Bruno, j'ai fait la fête le 10 mai 81;

Avant, plus jeune, j'avais collé des affiches et joué à cache cache avec les "fachos" dans les rues de Chateauroux.

marrant la grand-mère d'Irène qui avait des sucres dans sa poche, la mienne avait des pastilles Vichy.

Otir, le crayon, bizarre bizarre

Tanette, pas de souvenirs de la petite enfance.

Falco, tu avais déjà un bon coup de fourchette? Tu sais qu'ici (en Italie) la coquillette Ketchup est une hérésie.

oui, lesyeux, c'est bien moi dans la voiture, elle était rouge. au fond peu étonnant que tu aies eu la même, nous n'avions pas beaucoup de jouets et je ne me souviens pas en avoir souffert, au contraire. L'ère de l'enfant roi a débuté après. Dans les années soixante, la société de consommation était encore à ses débuts.

Fauvette, tu reviens quand tu veux!


merci à toutes et tous

Ecrit par : céleste | 23.02.2007

@ Falco : Une chipolata ! Ben voila ! Maintenant j'arrive a comprendre. Tiens, moi aussi j'ai faim...

Ecrit par : Bruno Lamothe | 23.02.2007

mon premier souvenir ? comment savoir chronologiquement ? surement l'oduer du grenier de ma grand mère plein de costumes d'une autre époque amassés depuis au moins 200 ans et les chauves souris qui frolaint ma tête dans cet endroit d'autant plus "magique" !

Ecrit par : joline-103 idées | 24.02.2007

@Joline

est-ce dans ce grenier qu'est né ton talent de créatrice de vêtements?

ches mes grands-parents aussi il y avait un grenier, j'y passais des heures

Ecrit par : céleste | 24.02.2007

un peu en terrrain étranger vos souvenirs d'enfants de militants, surtout dans un bain familial comme ici à Grignan (pas de militance et elle serait différente - en 81 je devais avoir l'âge des parents de ccertins et j'étais bien la seule joyeuse, pour les autres c'était l'effroi presque la peur

Ecrit par : brigetoun | 25.02.2007

Hi hi... c'était le Youyou je crois... Ah les queues de Mickey ! On n'a pas changé finalement ! Bises

Ecrit par : Annie | 25.02.2007

@ Celeste : dans le grenier de mes voisins, nous nous amusions a jouer avec une vieille baïonette et un gros obus, et plein de choses amusantes... Jusqu'au jour ou les parents de Memet, Ishran et Ali ont vu ce qui faisait la base de nos jeux. Interdiction de monter au grenier...

Ecrit par : Bruno Lamothe | 25.02.2007

Voici un des miens le premier je ne sais ... je n'ai pas la mémoire très chronologisque :)

Dès qu'elle sut marcher, la petite fille acquit la liberté de déplacements, la jouissance de la découverte des espaces intérieurs et extérieurs. Chaque jour ses frontières reculaient tandis que la vigilance des adultes, fort occupés aux labeurs de la ferme, s'estompait.

Un jour d'hiver de 1967 ou 1968 (la mémoire a ce défaut de ne pas graver les dates exactes sur les souvenirs, même les plus marquants), la petite fille s'échappa un peu plus loin que les limites parentales autorisées; par on sait quelle pulsion étrange, elle s'aventura jusquà l'arrière cour de Blondine et Gustave...
Possible qu'elle ait eu l'intention de rendre visite à Pèpère dont la maisonette donnait sur cette arrière cour... Petite fille n'avait pas encore conscience du calendrier, elle ne pouvait savoir que Pèpére ne venait qu'aux périodes de vacances scolaires, puisqu'elle ne fréquentait pas encore l'école.

Yeux grand ouverts aux détails d'un nouvel espace qui s'offrait à elle, Petite fille désirait toucher tout ce qu'elle decouvrait : les bûches entassées par Gustave contre le mur de la maison, où pullulaient de petits insectes qu'elle n'avait jamais vus ; les lapins sautillant dans leur clapier sous le vieux noyer, qu'elle se prit à nourrir de quelques pissenlits et brins d'herbe cueillis à ses pieds ; les poules qu'elle chassait avec un bâton ramassé près du tas de bois (les poules n'étaient plus ses amis depuis ce jour où, trottinant avec sa tartine de beurre confiture dans la cour de la maison d'en haut, une poule lui avait piqué sa pitance et l'avait abandonnée là, transie au beau milieu des autres poules menaçantes).

Plus que par les insectes étranges, les lapins copains et les poules ennemies, Petite fille fut attirée irrémédiablement par le trou vert au centre de la cour. Ce trou constituait une réseve d'eau où Blondine et Gustave puisaient leurs besoins quotidiens, un puits non maçonné dont la surface était recouverte de lentilles vertes flottantes. Petite fille s'en approcha, s'accroupit au bord, captivée par ces petits confettis qui s'accumulaient là par milliers. Munie de son bâton, elle se mit à taper sur ce tapis verdoyant, par simple curiosité des conséquences de son geste. Les lentilles s'écartaient comme par enchantement du point d'impact et se formait un disque noir parfait où se reflétaient les nuages du ciel.
Petite fille dut demeurer ainsi à fouetter l'eau pendant de longues minutes, fascinée par ces miroirs qui s'ouvraient devant elle. Elle voulut percer le tapis plus loin vers le centre, là où les lentilles d'eau s'étaient rejointes.... et ce fut la chute. Petite fille se mit à crier très fort en se débattant dans ce trou sans fond où elle s'enfonçait puis remontait. Les lentilles venaient se coller dans ses cheveux, sur sa bouche. Ses petites jambes s'agitaient elle y sentait des branchages s'y frotter, s'imaginant d'horribles monstres la tirant à eux ... Elle criait, appelait son papa ...
Par chance, un voisin passant sur le chemin l'entendit et se précipita pour la sortir du puits. Eugène l'enveloppa dans son veston et frotta énergiquement son petit corps tremblant pour le réchauffer. Il la ramena chez papa et maman qui venaient de rentrer du champ...
Maman, affolée, prépara une grande bassine d'eau chaude en jurant de rage, tandis que papa me frictionnait vivement de ses grandes mains. Maman me baigna rapidement, me sècha dans une grande serviette, puis papa m'empoigna sous les bras... Je criais toujours, entendant les jurons de ma mère, les paroles de mon père pour la faire taire ...
J'avais conscience que j'avais franchi un interdit sans comprendre bien ce qui s'était produit. Aussi, lorsque papa me souleva au-dessus de la cuisinière à bois, je fus prise d'une panique incontrôlable, étant convaincue que papa allait me poser sur la plaque brûlante dans l'intention de me punir ...

Ecrit par : Yuyu ou Carine | 25.02.2007

heu... Impolie je suis ! de m'inviter ainsi sur votre blog ... Nous nous lisons souvent je pense sur le blog de Bertrand à Valparaiso ... Bonsoir à vous. Je n'avais pas encore eu la curiosité de visiter les blogs des amis de l'ami Che de Valpo :) je ne suis pas déçue ! Amitiés virtuelles

Ecrit par : Carine ou Yuyu | 25.02.2007

Carine, ou Yuyu

merci pour ce souvenir, qui fait un peu peur quand même!

j'y ai retrouvé un peu de mon enfance campagnarde!

merci de la visite

Ecrit par : céleste | 26.02.2007

J'envie tous ceux qui comme toi sont capables de se remémorer des choses quand ils avaient trois ans. Mes premiers vrais souvenirs doivent remonter à l'âge de 10 ans au moins, avant, c'est quelques impressions fugaces parfois ramenées à la surface par une odeur, une musique, mais sinon, rien. Le trou noir.

Ecrit par : Dom | 27.02.2007

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu