La une des lecteursTous les blogsles top listes
Envoyer ce blog à un amiAvertir le modérateur

10.12.2009

Pierrot le fou, forever


1971, internat de jeunes filles, lycée Pierre et Marie Curie, Châteauroux

Ce soir, dans nos blouses en nylon beige brodées à nos noms et prénoms, serrées les unes contre les autres sur les chaises et les tables du foyer, c’est cinéma. Enfin, façon de parler, c’est plutôt soirée film à la télé. Elle est d’ailleurs bien loin la télé, un petit rectangle coloré, séparé de moi par des dizaines de têtes, cheveux plus ou moins bien coiffés,  plus ou moins propres. Les groupes habituels se sont formés, souvent hermétiques, parfois hargneux et moqueurs. A ma gauche, le clan des intellos qui tiennent en permanence au fond d’une poche le petit livre rouge de Mao, à ma droite,  la bande des coquettes maquillées qui battent des cils hautains et moi, entre les deux, ne sachant vers quel côté pencher. J’ignore quel film nous allons voir, je m’en fiche, c’est toujours mieux que de m’ennuyer en silence dans la salle d’étude en faisant semblant d’étudier.

LIRE LA SUITE

18.10.2009

Tes vieux, ils sont morts comment ?


Au bout de l’allée, il y avait la demeure des châtelains, cossue et confortable. Valentine et Alexandre, mes grands-parents maternels, étaient les métayers. Ils travaillaient la terre et s’occupaient du bétail. Valentine  faisait aussi le ménage au château. C’est là que, quelques jours après la naissance de sa quatrième fille, déjà retournée au labeur, elle fut en contact avec une enfant malade de la rougeole. La châtelaine n’avait pas jugé utile d’informer la bonne, la métayère, la paysanne, être inférieur destiné à l’obéissance, de la maladie de la fillette.

LIRE LA SUITE

12.09.2009

Départs


4 Septembre 1999

Elle a dix ans. Nous quittons Cap d’Ail, direction Bologne. Ses frères sont restés. L’appartement a été vidé à la hâte. Mal organisé, le déménagement. Un dernier baiser sur le trottoir, entre cartons et valises. Le copain qui les accompagne à Nice, où ils habiteront désormais est en retard.
Il arrive.
Je démarre la voiture.
Nous partons.
Elle et moi.
En larmes.

LIRE LA SUITE

13.06.2009

Quand j'étais maîtresse, Michael



Michael a de grands yeux sombres et le regard fixe. Il redouble le cours préparatoire. Il ne sait pas lire. Il ne connaît que quelques lettres. Il a toujours le sourire.
Il est beau.
Par je ne sais quel odieux miracle Michael est arrivé jusqu’au C. P. sans que son cas n’émeuve qui que ce soit.
La première à réagir a été la maîtresse de l’année dernière.

LIRE LA SUITE

07.06.2009

Quand j'étais maîtresse: Alexandre

Quelque part en France, il y a longtemps.

Elle vit avec ses trois enfants, leur père, chômeur-alcoolo-violent l’a partiellement abandonnée (c'est-à-dire qu’il lui tombe dessus une fois de temps en temps pour lui voler le peu d’argent qu’elle a, la frapper et la sauter ce qui fait qu’elle est à nouveau enceinte). Elle a 25 ans. Elle passe ses journées à nettoyer le sol du centre commercial voisin (technicienne de surface comme le précise son badge, au cas où quelqu’un se demanderait pourquoi elle a une serpillière à la main du matin au soir). Elle est Capverdienne. Elle maîtrise mal le français. Elle sait à peine lire.

 

LIRE LA SUITE

01.04.2009

Luxe et amertume



De la grande salle du Negresco ce soir-là, je me souviens seulement de l’éclat de l’argenterie, des voilages aux fenêtres, et d’un incessant ballet de vestes blanches.

Autour de la table ronde ornée en son centre d’une luxuriante composition florale, nous sommes quatre : mon mari d’alors, son frère et un ami de celui-ci. C’est un gros homme à la mine sanguine et au verbe haut. Dans son pays il fut ministre. Je le rencontre pour la première fois. Son arrivée m’a été présentée comme un événement notable, synonyme de coûteuses libations dont il assure entièrement les dépenses grâce à l’ingénieux système des « notes de frais ».

 

LIRE LA SUITE

29.12.2008

Comme des graines que le vent éparpille...



Pendant des générations mes ancêtres ont humblement gratté la terre du bas Berry. Fermiers pour le compte de châtelains, ouvriers agricoles, tisserands, ils n’ont jamais rien possédé d’autre que la force de leurs bras.
Au début du XX siècle la République, créant de belles écoles publiques a permis à mes grands-parents d’accéder au savoir, puis, chienne, elle a expédié les hommes au front. Le premier mari de ma grand-mère maternelle n’en revint jamais.
De retour de la guerre mon grand-père paternel, délaissant la terre, embrassa la noble profession de gendarme à cheval.
Ses frères et sœurs aussi connurent l’exil. Ils partirent pour Paris, certains à pied, comme le Louis, pour y devenir maçons ou femmes de chambre avant de retourner mourir sur la terre qui les avait vus naître.
Continuant ce processus d’ascension sociale...lire la suite

20.12.2008

Auschwitz, Hiroshima et la déconstruction de l’humanité


« Le plus horrible n’a pas été la souffrance physique, mais ce que cette douleur a réveillé de lâcheté chez des hommes ordinaires. L’effacement de la surface policée de la morale, l’éveil d’une abjection plus cruelle que celle d’un animal parce qu’élaborée, érigée en système où, pour avoir une chance de survivre, il faut renoncer à l’amour sous toutes ses formes, il faut déchoir. » Primo Levi

Ma mémoire a gardé d’Auschwitz une sensation de pluie et de froid, l’image d’un ciel gris plombant les bâtiments de brique rouge. Pourtant c’était l’été, le soleil brillait et il faisait chaud.
Le froid était à l’intérieur de moi et les frissons qui hérissaient ma peau ne devaient rien à la température.
Je parcourus hébétée les allées, les enfilades de salles dont les murs affichaient les visages des victimes de la solution finale : un million trois cent mille femmes, hommes, enfants, morts de la démence nazie. Une folie horrible, absurde que je ne comprenais pas « Comment ont-ils pu ? »

LIRE LA SUITE

12.12.2008

Quand j'étais maîtresse: Clara (3)



Et puis les semaines se sont écoulées. J’ai veillé sur Clara. Sa mère est revenue plusieurs fois pour parler avec moi, la démarche titubante et la parole embarrassée mais plus détendue. Il me semblait que, peu à peu, je gagnais sa confiance. Elle m’a expliqué les difficultés financières qui faisaient que les séances d’orthophonie étaient toujours repoussées.

Parfois Clara va mieux, parfois elle va encore plus mal.
Couchée sous sa  table, roulée en boule dans un coin de la cour...
Enfant objet elle est la victime naturelle et consentante des autres. C’est toujours  elle que l’on porte, que l’on traîne, que l’on pousse, que l’on rudoie, c’est d’elle dont  on rit, c’est elle que l’on accuse de toutes les exactions : voler, abîmer, salir...lire la suite

Quand j'étais maîtresse: Clara (2)


Deux jours plus tard, la maman de Clara, que je n’avais jamais vue, est venue la  chercher à l’école...
C’était une femme entre deux âges à la beauté fanée, l’haleine lourde de relents d’alcool.
Elle en était imprégnée.
Elle butait sur les mots.

J’ai pensé aux monstres tapis dans la chambre, aux morsures, aux taches d’encre, à la diarrhée verbale, aux vêtements déchirés, Clara poupée de chiffon...

Elle a raconté, d’une voix mal assurée : ...lire la suite

Toutes les notes

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu