Mortels à Saint-Tropez

Alignés face à la mer, comme les bateaux du port qui, petits et gros, doucement tanguent, les morts de Saint-Tropez reposent en silence.

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Peu leur importe, aux morts, le pouvoir, l’argent, les vaines illusions dont les humains se bercent.
Les bateaux, au contraire affichent la richesse. Mâts effilés, proues orgueilleuses, ponts bien cirés.

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Le plus gros, le plus cher, le plus luxueux, blanc comme une meringue, haut comme une maison, les marins à son bord le décorent de fleurs.
Comme les tombes en ce premier novembre gris bleu, gris doux, gris tendre du ciel qui descend dans la mer.

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Trop beau pour être triste ce cimetière si fleuri, débordant de couleurs.
De mots d’amour aussi, d’épitaphes gracieuses.

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Poèmes recopiés
« Douceur d’être et de n’être pas
Car j’ai vécu de vous attendre
Et mon cœur n’était que vos pas
»  (Paul Valéry)

Poèmes détournés.
« Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts sur quelque immense aurore
Perdus au-delà des tombeaux
Les yeux qu’on aime voient encore
» (d’après Sully Prudhomme)

Ils ont le temps les morts de goûter la quiétude, ils n’attendent plus rien, pas comme les voiliers qui espèrent du ciel une brise clémente.

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Sur le quai les vivants déambulent, admiratifs ou jaloux. Avoir un beau bateau, être riche, célèbre, naviguer au loin direction les tropiques ou prendre l’apéro sur le pont, les fesses calées dans un fauteuil en tek, narguer le gueux qui passe.
Je suis riche ô mortel !

Croix de fer.

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Croix de pierre.

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Mortel, tu l’es toi aussi !

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16 réflexions sur « Mortels à Saint-Tropez »

  1. Les cimetières marins (il n’y a donc pas que celui situé à Sète !) permettent de prendre enfin une hauteur de vue par rapport à ce qui paraît finalement dérisoire.

    Tes photos ont su montrer ce contraste, ces différences entre l’être (paradoxalement) et le paraître.

    Les navigateurs immobiles rejoindront un jour Charon, mais là ils ne tiendront plus la barre, une flûte de champagne à la main.

    La mort est démocratique, finalement, et qu’ils le veuillent ou non !

  2. @bonsoir Dominique

    « La mort est démocratique, finalement, et qu’ils le veuillent ou non ! »

    C’était le message 😉

    merci de l’avoir si bien formulé!

  3. j’oubliais, dans la catégorie « cimetière marin », celui d’Hammamet, en Tunisie, est superbe.

    par contre je ne connais pas celui de Sète, lacune à combler, d’autant que Sète est une ville que j’avais beaucoup aimée.

  4. Avec le titre, et connaissant Celeste, je m’attendais à « Ouaohh trop mortel à Saint Tropez ! ».
    Mais je n’avais pas vu le « s »…

    Et c’est une Celeste illuminée et radieuse qui nous éclaire encore sur ce lieu où j’ai passé toute mon enfance, quand c’était encore une ville (presque) comme les autres.
    C’est cette enfance magique dans une nature et des hommes drôles à l’époque que j’ai perdu, je veux dire que cette époque est morte, on y trouve plus que béton, mobilier urbain standard, caniveau granit taillé industriellement et panneau Decaux et personnes formatées par le rétrécissement qu’on ammené le TGV, la télé et internet. Et je le rtetrouve dans l’inde actuelle au Tamil Nadu.

    Et c’est dans ce cimetière que le dernier de ma lignée – je suis l’ainé, il est le 7ème et dernier, j’ai nommé mon frère Stéphane – où repose ses cendres.

  5. Indépendamment du contexte tropézien, je trouve ce cimetière joliment marin par sa grande proximité avec la baie. Ils sont gâtés, ceux qui reposent là (sans mauvaise intention Zolive, j’ai vécu presque 20 ans là-bas). En comparaison, celui de Sète est trop grand à mon goût, même si je l’aime bien aussi.

  6. @bonsoir zolive 🙂

    J’ai pensé à toi à Saint-Tropez et particulièrement au cimetière, j’ai même cherché ton nom, sans le trouver.

    Oui, saint-Tropez a changé, s’est pliée, banalisée…
    Les enfants ne jouent plus dans les rues et les yachts ont remplacé les barques des pêcheurs, pas complètement heureusement!

    Nous étions avec une amie italienne, ravie de découvrir la ville, mythique.
    Et en ce premier novembre, sous le ciel gris, le charme était là, il y a très longtemps que je ne l’avais plus perçu.

    Je t’embrasse.

  7. @ coucou celeste, je t’embrasse itou !
    @ le coucou : je ne n’arrive pas à voir de mauvaise intention, même en me tordant la tête dans tout les sens !

    Oui cela garde du charme, mais bon, tu le dis si bien, « pliée, banalisée ».
    C’est terrible, c’est partout, c’est partout. Partout.

    Oui ce cimetière est étonnement placé ! Isolé, en dehors du temps. Mais je n’arrive pas à le trouver beau. Je ne suis plus très cimetière – je l’ai été – maintenant je pense plus à l’incinération et à l’épandage de cendres.

    Je ne vois pas l’intérêt de conserver des restes à un endroit précis. Je préfère justement éviter un lieu, afin d’être « partout » !

  8. @zolive

    « Je ne vois pas l’intérêt de conserver des restes à un endroit précis. Je préfère justement éviter un lieu, afin d’être « partout » ! »

    Tout à fait d’accord!

    Mais les cimetières me touchent, je n’y pense pas à la mort, mais aux humains, il y a les noms, les photos, les épitaphes…avec ça je peux imaginer des vies, des émotions, des sentiments…

  9. @zolive

    Je ne l’ai pas trouvé, il est grand le cimetière!
    En plus, comme j’étais occupée à rêvasser sur les destins des un(e)s et des autres, m’embarquant sur des noms, en goûtant les consonances, élaborant des histoires, j’ai marché très lentement dans les allées…jusqu’au moment où j’ai vu que Fabio, photos prises, attendait dehors avec ma copine!

  10. Je reviens, parce que vos derniers échanges me frappent.
    Moi qui crois pouvoir penser à la mort comme un horizon plus si lointain, je suis déchiré à l’idée qu’un jour l’on puisse me mettre ailleurs que dans les bras de mon épouse (elle est aussi vivante que moi, ouf !). Et l’idée que mes morts ont une adresse, un lieu privilégié où je pourrais me sentir plus proche d’eux encore, m’apaise (mais curieusement, je ne les visite pas).

  11. J’ étais à Sète la semaine dernière et , par hasard, je passais devant le cimetière: trop grand presque -si on peut dire: trop « touristque »! Pas envie d’y entrer. Avec à l’entrée: « Tombe de Brassens »
    Rien de tout cela pour le cimetière de Saint-Tropez, petit, direct sur la mer, modeste. Saint-Tropez c’est aussi heureusement autre chose que le showbizz et le bruit. Surtout l’hiver. J’aime y aller…

  12. @zolive

    tu ne m’avais pas parlé de ton frère mais de tes souvenirs d’enfance à Saint-Tropez, c’est pour cela que j’ai pensé à toi et que j’ai cherché le nom de ta famille.
    Tu sais quand je pense à toi, je pense à Pondy et j’ai chaud au cœur 😉

    @le coucou

    Ce que vous avez écrit est très émouvant.
    Le souvenir des morts que j’aime est partout, il peut surgir à tout moment, d’un parfum, d’un mot, d’un paysage, d’un objet, d’une fleur…je peux alors leur parler, leur dire que je ne les oublierai jamais, où que je sois.

    @Nouvel Hermès

    J’ai aimé cette journée d’automne à Saint-Tropez. J’y retournerai cet hiver, en semaine, quand la ville oublie d’être touristique.

  13. J’avais fait le voyage, de Béziers à Sète, tout spécialement pour rendre un hommage au moustachu amoureux des chats, mais le cimetière était fermé quand je l’ai enfin trouvé ! 🙁
    Alors, je me suis sifflé un apéro en terrasse, et je me suis promenée dans cette ville inconnue et attachante.
    Un autre cimetière marin, le plus beau vu jusqu’ici, c’est celui de Saint-Paul, à la Réunion, où repose un célèbre pirate : Olivier Levasseur, dit « la Buse »
    Jolie note, pleine d’humour et de sagesse, Céleste !
    Je vous embrasse 🙂

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