Quelques jours à Nice

J’ai d’abord vu son petit crâne chauve s’élever parmi les palmiers de la promenade au rythme d’un panneau publicitaire automatique. Puis apparurent ses bésicles rondes, ses grandes oreilles, sa moustache et le pan blanc de son dhoti.
J’ai pensé « Oh, Gandhiji ! »
Mais le léger sourire de surprise teintée de plaisir qui venait d’éclore sur mes lèvres fut promptement figé lorsque l’affiche, enfin déroulée, me délivra le vilain message qu’elle avait sournoisement concocté à l’attention de l’automobiliste et du passant (sans oublier le cycliste et le patineur).
Adecco !
Le numéro un mondial du travail temporaire !
Plus fourbe que le serpent et plus moqueur que la hyène.
Qui utilise sans vergogne l’image du petit homme à la grande âme afin de mieux se goberger en exploitant ceux qui n’ont d’autre choix que le travail, n’importe quel travail et parfois, c’est-à-dire souvent à l’échelle mondiale, dans des conditions difficiles, sinon insupportables.

A peine remise du choc et alors que je traduisais en discours – à l’intention exclusive et distraite de Fabio qui était occupé à conduire – le profond agacement qui montait en moi, voilà qu’un Coluche rigolard traversa brièvement dans mon champ visuel.
Portant lui aussi la marque rouge de l’infamie.

Mais de quoi ces détournements sont-ils le signe ?
C’est clair, ils veulent nous voler nos mythes (nos symboles? nos images? nos visages?)

Faut-il qu’ils aient peur pour tenter cette grotesque opération !
Qui pensent-ils convaincre de la véracité de ce nouvel humanisme fraichement émoulu d’une agence de marketing ?
Ceux qui, comme nous (vous vous reconnaitrez, ou non) savent bien que Gandhi et Coluche, n’ont absolument rien à faire dans cette galère infecte ?
Ceux qui n’ont qu’une très vague idée de qui étaient ces deux personnages ?
Ou ceux qui s’en tamponnent le coquillard de Gandhi, de Coluche, de la solidarité et de l’humanité ?
Mais peut-être sont-ils moins nombreux qu’ils ne le pensent à n’avoir d’autres valeurs que le profit.

Ce Gandhi qui nous sourit est un clin d’œil : les passants, lorsqu’ils sont unis, peuvent vaincre les oppresseurs.

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