Touriste en Thaïlande

Porteur d’argent frais, le touriste qui voyage dans le sud de la Thaïlande bénéficie de nombreuses structures destinées à faciliter son séjour.

Tout est organisé dans les moindres détails. D’innombrables agences de voyage l’expédient d’un bout à l’autre du pays.

A Surat Thani, à peine descendu du train de nuit de Bangkok dans lequel, si un hasard malveillant lui a attribué une couchette « upper » battue par le vent glacial de la climatisation et éclairée sans interruption par un néon particulièrement agressif , il  n’a pas fermé l’œil , il est enfourné dans un bus qui l’emmène dans une « gare  de triage » où on lui colle une étiquette dont la couleur indique sa destination finale. On l’entasse ensuite  avec ses congénères dans un autre bus ou  dans un bateau qui le portera à une nouvelle gare de triage, de taille plus modeste que la précédente. Finalement, une camionnette le déposera, exténué mais soulagé d’être parvenu au but de son expédition, devant l’hôtel de son choix.

Si son budget le lui permet, il déposera ses valises dans un luxueux resort avec piscine, massage, salle de gym et pelouse verdoyante, à deux pas d’une plage de fin sable blond où il s’étalera de longues heures entrecoupées de baignades paresseuses dans une eau tiède et limpide en attendant que son épiderme passe du blanc rosé au cuivre doré. Passage parfois douloureux lors de la première étape, le rouge, éventuellement assorti de cloques.

Le touriste moins fortuné trouvera son bonheur dans une guest house ou dans un bungalow. Il rôtira lui aussi sur la plage et, le soir, mangera du poisson grillé arrosé de bière Chang au son de standards anglo-saxons ou jamaïcains.
Mais, quel que soit le montant de son compte en banque, une chose est sûre, le touriste ne fréquentera que des endroits qui lui sont dévolus et ne rencontrera que ses semblables, à quelques détails près, dont, bien sûr, la nationalité – dans une moindre mesure car la plupart des touristes que nous croisons dans la zone de Krabi sont anglo-saxons (australiens, canadiens, anglais), originaires du nord de l’Europe, d’Allemagne ou de France.

Pour sortir de ce microcosme créé par les Thaïs et semble-t-il apprécié par les touristes, il faut y mettre de la bonne volonté.

Lorsque le touriste veut se déplacer il est immédiatement orienté vers les moyens de transport qui lui sont réservés et on tente de le dissuader, gentiment certes mais de le dissuader quand même, d’utiliser le bus ou le bateau de ligne, considérablement moins chers.

Le touriste, parqué dans des domaines réservés, n’a donc de contact qu’avec la partie de la population dont la profession consiste à s’occuper de lui : le loger, le nourrir, laver ses affaires, le distraire ou lui vendre des objets artisanaux fabriqués pour lui.

Le « night market » (s’il y en a un) avec ses multiples étals de restauration, cuisine thaïe ou chinoise, est un des rares lieux où le touriste peut être en contact avec la population locale.
Pour les Thaïs, le repas n’est pas, comme dans d’autres cultures, une institution plutôt rigide et contraignante permettant à la famille de se retrouver (parfois sous le regard du père). Ici chacun mange quand il a faim et, généralement, un plat préparé acheté à un restaurant ambulant. Les prix sont très modestes et le choix, infini. Permettant de nombreux emplois et libérant les femmes des foyers, ce système me semble très judicieux !
Dommage que dans les sociétés européennes on souffre d’une sotte incapacité à s’inspirer de ce qui fonctionne bien chez les autres s’il ne sont point occidentaux.

La séparation entre les touristes et les thaïs s’est considérablement renforcée ces dernières années. Elle donne l’impression d’un total et réciproque désintérêt d’une communauté pour l’autre.
Peut-être est-ce dû à la quantité, impressionnante, de touristes qui viennent en Thaïlande. Trop de touristes tue le voyageur. La curiosité initiale envers ceux qui venaient d’ailleurs s’est tarie.
Peut-être aussi et c’est même probable, ces étrangers venus de pays riches ont-ils fait preuve d’arrogance excessive.
Comme ce Français, au night market de Krabi town, qui pique une colère noire contre la tenancière d’un stand, la traitant de voleuse. Objet du litige : un plat de poulet à 30 baths (60 centimes) qui ne correspond pas à la commande qu’il a passée. Furibard il quitte les lieux, son assiette à la main, en criant qu’il va, de ce pas rageur, la dénoncer à la police. Derrière lui son ami tente de le dissuader. « N’y va pas, n’y va pas, tu vas te retrouver en garde à vue ! »
J’aurais presque envie de lui dire que nous ne sommes pas en France !
C’est une boutade (quoique), le régime politique qui gouverne le royaume est franchement autoritaire pour ses sujets, les droits de l’homme et la liberté d’expression y sont souvent bafoués.

Voila, tout ça pour dire que malgré les touristes, parfois peu sympathiques, souvent gros, incroyablement gros, bedonnants, adipeux, c’est en les voyant, tous ces gens trop nourris, que l’on mesure à quel point une petite partie de l’humanité s’empiffre sur la peau de l’autre partie, celle qui trime pour quelques dollars par jour, qui se prive, qui n’a pas assez pour donner à manger à ses enfants, bref, malgré eux et tous ne sont pas aussi caricaturaux, la Thaïlande est superbe et il suffit de sortir des chemins battus et rebattus pour rencontrer une population souriante, affable, rieuse, d’une infinie patience,  paisible, tellement paisible…

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